00:00Les Algériens voulaient l'indépendance,
00:02donc ils ne peuvent pas être considérés comme n'importe quelle immigration.
00:05Toutes les autres immigrations sont venues reconstruire le pays,
00:08ont fait tourner le pays, etc.
00:09Mais les Algériens, eux, ils s'étaient révoltés contre la France.
00:13Donc, on ne pouvait pas leur pardonner ça.
00:15Je veux dire, il y avait une mémoire de la Revanche qui n'a jamais disparu.
00:19Les Algériens qui sont arrivés en France de manière très importante
00:23sont arrivés après la Première Guerre mondiale.
00:26Il y avait environ 100 000 Algériens,
00:28mais à l'époque, on ne les appelait pas les Algériens,
00:30parce qu'à l'époque, l'Algérie, c'était la France.
00:32Donc, ils ne pouvaient pas être considérés comme des étrangers.
00:35Mais en même temps, c'était des indigènes colonisés,
00:39c'est-à-dire qu'ils n'avaient pas la nationalité française.
00:41Ils n'étaient donc ni Français ni étrangers.
00:45Donc, c'était ça la grande contradiction principale
00:48qui fait qu'un certain nombre d'Algériens ont estimé
00:51qu'il fallait l'égalité politique.
00:53Ils n'ont pas obtenu l'entrée dans la cité française à égalité.
00:56Et alors, ils ont décidé, à partir de ce moment-là,
00:59de réclamer leur indépendance.
01:01Après la Seconde Guerre mondiale, comme ça a été le cas aussi
01:04après la Première Guerre mondiale,
01:05la France a fait appel aux mains d'œuvre immigrées,
01:08des Italiens, des Espagnols, des Européens,
01:11mais aussi ce qu'on appelait à l'époque les coloniaux.
01:13C'était ceux qui venaient de l'Empire.
01:15Et donc, effectivement, environ un peu plus de 200 000 Algériens
01:19après la Seconde Guerre mondiale qui sont venus s'installer.
01:22Et à partir des années 50, au moment de la guerre d'Algérie,
01:26eh bien, on a assisté à un nouveau développement
01:28qui est la migration familiale.
01:30Et qui sont venus s'installer à la périphérie des grandes villes,
01:34mais des grandes villes industrielles de la France,
01:37c'est-à-dire la région parisienne, la région lyonnaise,
01:40l'est de la France.
01:41Et on a vu aussi l'apparition à cette époque-là des bidonvilles
01:44pour loger ces populations qu'on a commencé à appeler immigrées.
01:48C'est un accueil qui n'était pas bon.
01:51Je dis pas bon, c'est un terme gentil.
01:53En fait, ils ont été mis dans des sortes de ghettos
01:57situés à l'extérieur des grandes métropoles.
02:00Donc, ils n'étaient pas en contact avec la société française,
02:04avec la société réelle.
02:05La grande majorité des Algériens qui sont arrivés dans les années 50
02:09et qui ont vécu dans des bidonvilles, dans des conditions terribles,
02:12leur objectif principal, c'était précisément d'essayer de se sortir
02:16de cette situation sociale et d'accéder, disons, à un logement.
02:21Mais fondamentalement, pour la plupart de ces Algériens,
02:25se réapproprier une identité par l'engagement nationaliste et politique,
02:30ils pouvaient devenir des Algériens alors que leur nom n'existait pas.
02:34Pour les Français de métropole, de France,
02:37ils pensaient que la France avait apporté des tas de choses à l'Algérie, etc.
02:41Donc, ils ne comprenaient pas l'existence d'un nationalisme différent.
02:44Il y avait cette espèce d'incompréhension
02:46fondée aussi sur une sorte de racisme colonial.
02:49Et donc, il y avait une hostilité réelle d'une fraction de la société française.
02:53Il y avait aussi quand même toute une fraction
02:55qui s'est montrée solidaire aussi avec les Algériens.
02:58Simone Veil s'est engagée aux côtés des femmes algériennes
03:00qui étaient détenues dans les prisons françaises.
03:02Donc, il y a quand même eu un sentiment anticolonialiste dans la société française.
03:07Petit à petit, à partir des années 1956, 1957, 1958,
03:11sont arrivés d'Algérie les témoignages, notamment des appelés du contingent.
03:15Alors, l'opinion publique française a commencé à se modifier.
03:18Beaucoup de Français ont commencé à dire, dans le fond,
03:20si les Algériens se révoltent, c'est qu'il y a bien une cause.
03:24Jusqu'à la fermeture des frontières officielles, en 1974,
03:28on a eu effectivement une espèce de montée du racisme anti-algérien
03:31à l'intérieur de la société française.
03:33Par exemple, dans une ville comme Marseille,
03:35il y a eu beaucoup d'Algériens qui ont été assassinés dans les années 70.
03:38Suite à cette vague de racisme qui existait dans la société française,
03:43les nouvelles générations de cette époque,
03:46dont je fais partie d'ailleurs, c'était il y a longtemps,
03:48ont espéré une société plus ouverte, une société plus égalitaire.
03:54Et donc, il y a eu plusieurs marches qui ont existé en 1983,
03:581984, 1985, etc.,
04:00qui ont donné naissance à des grands mouvements antiracistes,
04:03où il y a eu cet espoir, disons, d'une société nouvelle,
04:07débarrassée des fantômes du passé de la colonisation,
04:10en fait, fondamentalement.
04:12Et puis non, et puis non, parce que dans les années 90, 2000,
04:16il y a eu toute une fraction de la société française
04:18qui a commencé à valoriser l'histoire coloniale,
04:22en disant que c'était formidable, l'Empire, c'était mieux avant.
04:26Ce qui est venu bousculer cet espoir
04:30qui existait à l'intérieur de la société française,
04:33il y a plusieurs éléments.
04:34La montée du chômage.
04:35Et donc, quand il y a montée du chômage,
04:36on va chercher un bouc émissaire.
04:38Le bouc émissaire le plus commode, le plus facile, le plus évident,
04:41c'est l'étranger.
04:41Deuxième aspect qui est très important, malheureusement,
04:44ça a été le terrorisme en Algérie dans les années 90.
04:47Ça a nourri un fantasme,
04:48ça a nourri une peur à l'intérieur de la société française.
04:52Je dois quand même dire qu'il y a eu de la solidarité aussi
04:57dans la société française vis-à-vis des Algériens qui fuyaient aussi.
05:03Le manque de liberté, le terrorisme, etc.
05:07Il y a eu aussi des marques de solidarité,
05:08parce qu'il ne faut jamais oublier ça.
05:10Tout n'est pas univoque, tout n'est pas uniforme.
05:12Il y a toute une partie de la société qui est un atout pour la France,
05:17par le fait de parler plusieurs langues, d'avoir plusieurs cultures,
05:21de pouvoir voyager à l'intérieur de plusieurs civilisations.
05:24Et toute cette chance-là, elle est combattue aujourd'hui
05:26par toute une série de mouvements
05:28que moi, je pourrais appeler une sorte de néo-nationalisme français.
05:32Pour rentrer en France, quand on est Algérien, c'est très compliqué.
05:35Donc, dire aujourd'hui qu'il y a des facilités,
05:38qu'il faut fermer, qu'il faut réguler, etc.
05:40Ça n'a plus à voir avec des arguments de propagande idéologique anti-algérienne
05:45qu'avec la réalité.
05:46Les liens entre la France et l'Algérie, ils sont énormes.
05:48Pourquoi ? Parce qu'il y a beaucoup de Franco-Algériens
05:51entre les deux rives, qui vivent en France et qui vivent en Algérie.
05:54Il y a en commun et en partage, qu'on le veuille ou non, la langue.
05:57La langue française, bien sûr, ça c'est évident.
06:00Il y a aussi en commun une histoire, un passé, des souvenirs communs.
06:04Il est évident que la France a besoin de l'Algérie.
06:06Il y a une nécessité qui ne peut pas disparaître
06:09simplement parce qu'il y a des discours de ressentiment, de haine, de vengeance.
06:14Il y a la réalité à la fois de l'histoire et de la géographie.
Commentaires