00:00Maître Stéphane Babonneau, bonjour, merci beaucoup d'être avec nous, vous êtes l'avocat de Gisèle Pellicot, merci de prendre quelques minutes.
00:06Bonjour.
00:07On pense évidemment à Gisèle Pellicot, on a suivi hier tout ce qu'elle a dit, et elle a cette phrase
00:12« Je ne sais pas comment je vais me reconstruire, me relever de tout ça, à bientôt 72 ans, je ne sais pas si ma vie me suffira pour me relever ».
00:21Elle est troublante cette phrase, parce qu'on voit le courage et la dignité dont elle fait preuve au quotidien, et hier elle a montré aussi toute sa fragilité.
00:31Oui, c'est vraiment le sens du message de Gisèle Pellicot, elle ne cherche pas à ce qu'on l'admire, elle ne cherche pas à ce qu'on pense qu'elle est exceptionnelle,
00:37parce que ça serait aussi d'une certaine manière faire insulte à toutes les victimes qui traversent les mêmes épreuves, en disant qu'il n'y a qu'une seule manière de se comporter.
00:46En réalité, ce qu'elle cherche à montrer, c'est qu'on est évidemment profondément détruit quand on subit pour une femme un viol, et pour un homme aussi,
00:55même si numériquement, évidemment, ce phénomène est moins répandu, mais il existe également.
01:00Et quand on est victime de faits de nature sexuelle, on peut être effectivement détruit, mais c'est aussi un message d'espoir, ce qu'elle a souhaité donner,
01:08en montrant qu'on peut faire face si on trouve les ressources autour de soi, parce qu'elle le dit aussi, elle a bénéficié d'énormément d'aides,
01:16elle bénéficie aussi d'un soutien aujourd'hui qui est exceptionnel, je pense que ça n'est jamais arrivé, mais elle a en permanence,
01:22elle nous le dit fréquemment, une pensée pour toutes les victimes qui, à l'heure à laquelle nous parlons, dans les cours d'assises, les cours criminels de France,
01:28font face à la même épreuve, sans nécessairement avoir des gens qui viennent les applaudir à la sortie, mais qu'elles sachent que Gisèle Pellicot pense à elle,
01:35parce qu'elle traverse les mêmes épreuves.
01:37L'avocate de Dominique Pellicot a regretté qu'il ne puisse pas répondre hier à Gisèle Pellicot, espérant qu'il puisse peut-être livrer plus de réponses.
01:45Est-ce que vous auriez aimé qu'il parle ? Est-ce que vous pensez qu'à mi-parcours, il peut enfin essayer de livrer des réponses ?
01:52Écoutez, c'est la décision de la cour criminelle de ne pas instaurer à ce stade un dialogue, parce que c'est un procès, avant tout,
02:01ça n'est pas un forum de discussion entre Gisèle Pellicot et Dominique Pellicot, et je pense que le Président a estimé hier qu'il n'était pas opportun
02:10qu'il s'instaure ce dialogue, parce que ça n'était pas le moment, et que M. Pellicot avait eu l'opportunité de s'exprimer vendredi dernier.
02:17Lorsqu'il s'est exprimé, Mme Pellicot n'a pas demandé à lui répondre, et elle a attendu son tour de parole.
02:23Et c'est ça la difficulté d'une audience de cour criminelle, c'est que chacun doit parler au moment où la cour le décide.
02:28Gisèle Pellicot a attendu huit semaines pendant lesquelles elle a dû encaisser des explications qui étaient pour le moins baroques,
02:35des choses contradictoires, parfois insultantes pour elle, et à aucun moment elle n'a dit « il faut que je réponde immédiatement ».
02:41Donc c'est le sens d'une audience de cour criminelle, que chacun parle au moment où la cour le décide.
02:48Puisque vous évoquez les témoignages et les auditions des autres accusés, des autres co-accusés, il y a eu un expert psychiatre notamment
02:55qui a pris la parole ces dernières heures, François Halmic, qui a expertisé quelques-uns de ces co-accusés,
03:01qui a expliqué qu'ils étaient sous l'emprise de Dominique Pellicot, qu'en fait ils avaient été manipulés,
03:07qu'en fait Dominique Pellicot savait choisir des dupes, qu'en fait il savait utiliser des gens pour les utiliser,
03:12que finalement ces co-accusés n'étaient pas vraiment responsables. Ça vous choque cette analyse ?
03:19Écoutez, ce que Gisèle Pellicot a souhaité en permettant que ce procès se tienne de manière publique et qu'il n'y ait pas d'ouïe-clos,
03:26c'est que chacun puisse faire sa propre opinion sur les arguments qui sont les arguments habituellement utilisés pour se défendre,
03:33pour essayer de se justifier pour des faits de viol. Là, on en a un qui est effectivement mis en avant par beaucoup d'accusés,
03:39c'est le viol accidentel. J'ai commis un viol, mais je ne me suis pas rendu compte que je commettais un viol.
03:45Chacun pourra se faire un avis sur cette position. Évidemment, pour Gisèle Pellicot, c'est absolument inaudible.
03:50Pour sa défense, que je représente avec mon confrère Antoine Camus, c'est absolument inaudible.
03:55Et je pense qu'on voit aujourd'hui que pour la société, c'est entièrement inaudible.
03:59Mais c'est le sens d'un débat judiciaire et ça sera à la cour de trancher.
04:02Il y a ce que disent les accusés. Là, c'était une expertise de quelqu'un d'extérieur, à priori, qui n'est pas partie prenante.
04:11Oui, mais c'est pour ça que je vous dis qu'effectivement, c'est une position.
04:17Il y a beaucoup de positions qu'on entend dans ce procès qui ne sont pas nouvelles.
04:21Et moi, je ne fais aucun procès d'intention à un expert en particulier.
04:24Je dis simplement que dans le cadre de ce procès, c'est vraiment à la racine de la volonté de Gisèle Pellicot d'ouvrir ce procès qui, pour elle, est une souffrance.
04:33C'est une souffrance qui est inimaginable de devoir faire face à ces individus que, pour la majeure partie, la quasi-totalité, d'ailleurs, à l'exception de son mari, elle n'avait jamais vu de sa vie.
04:43De voir ces vidéos, d'entendre ces arguments des heures durant dans cette salle d'audience sans, comme on l'a dit, pouvoir répondre à chaque fois.
04:50Elle voulait qu'à travers cela, chacun puisse entendre ses arguments et se faire un avis, y compris un expert, y compris un témoin.
04:57Vous savez, il y a beaucoup de témoins qui sont venus pour dire « moi, je connais cet homme, tel ou tel accusé », alors que nous avons des vidéos qui les représentent en train de commettre un viol,
05:05pour dire « c'est impossible qu'il ait commis un viol parce que c'est un bon ami, un bon père, un bon collègue ».
05:10Et ça aussi, c'est quelque chose que Gisèle Pellicot a souhaité voir déconstruit dans le cadre de ce procès.
05:16Il n'existe pas une forme de viol, il n'existe pas un type de violeur, et dès qu'on s'écarte de la norme, on n'est plus dans le cadre de viol.
05:24Elle a souhaité montrer que le viol peut être partout.
05:27Oui, Gisèle Pellicot qui disait hier « il n'y a pas viol et viol, ces hommes ont violé, ces hommes violent ».
05:33Vous vous rappelez toute la souffrance qu'endure Gisèle Pellicot durant ce procès, évidemment, toute la difficulté. Est-ce qu'elle vous impressionne, Gisèle Pellicot ?
05:41Elle nous impressionne par sa volonté, mais encore une fois, elle a effectivement cette souffrance,
05:48mais qui est une souffrance partagée par toutes les victimes qui ont à faire face à ce type de procès, qui sont des procès nécessaires, il faut le dire.
05:57Personne ne dit que c'est une souffrance gratuite.
05:59Il y a des peines de prison très lourdes qui sont encourues, on a des peines de 20 années de réclusion criminelle qui sont encourues.
06:05Il est normal que les gens puissent se défendre, d'ailleurs ça ne pourrait être autrement.
06:09Donc c'est une souffrance qui est nécessaire, mais qui doit être aussi prise en compte.
06:12Et je pense que dans le cadre de ce procès, il y a un certain nombre de souffrances qui ont été des souffrances qui étaient inutiles, superflues,
06:19qui ont été imposées à Gisèle Pellicot.
06:21Et il faut aussi le savoir, parce qu'il faut peut-être repenser la manière dont ces procès se tiennent, la manière dont les victimes peuvent être traitées.
06:30Je pense qu'on peut faire valoir tous les arguments nécessaires à une défense dans une cour d'assises, sans nécessairement imposer à la victime ou à la partie civile,
06:38même lorsqu'on conteste les faits, une souffrance qui est inutile.
06:41– Merci beaucoup Maître, merci d'avoir pris ces minutes pour être avec nous ce matin en direct dans le live BFM.
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