00:00RTL Matins, avec Amandine Bégaud et Thomas Soto.
00:05Il est 8h17, l'interview d'Amandine Bégaud et on se sent bien ce matin dans le studio, on se sent en sécurité.
00:10Mais en même temps on va se tenir à carreau car Amandine nous a choisi d'inviter le chef de la BRI Pierre Lecauze
00:15car la brigade de recherche et d'intervention fête ses 60 ans. Bonjour, bon anniversaire et bienvenue.
00:20Bonjour Pierre Lecauze. Bonjour madame.
00:21C'est la plus ancienne, 60 ans, de toutes les unités d'intervention française
00:26et l'une des spécificités de la BRI c'est qu'elle intervient sur le terrain
00:30mais il y a aussi un volet police judiciaire, enquête.
00:34Qu'est-ce qui a le plus évolué en 60 ans ? Ce que vous traquez ou vos méthodes ?
00:39En fait c'est une bonne question parce que cette unité est née précisément d'un besoin d'adaptation à une nouvelle criminalité.
00:47En 1964, Paris fait face à une criminalité violente avec des braquages de banques qui finissent parfois par des prises d'otages,
00:57des enlèvements nombreux et là la police judiciaire parisienne, sous l'impulsion de son fondateur,
01:05le fondateur de la BRI, commissaire Lemoyle, avec une idée originale de changer les méthodes d'enquête
01:11et de créer un travail différent, une façon d'approcher différemment les enquêtes,
01:16créer la BRI en disant on va plus travailler sur les faits et tirer le fil pour arriver jusqu'aux auteurs
01:22mais on va travailler sur des criminels d'habitude pour pouvoir les accompagner et pouvoir les prendre en flagrant délit.
01:29Et ça c'est très novateur donc finalement la question de l'adaptation en 60 ans,
01:33c'est son acte de naissance, s'adapter et pour durer et pour être 60 ans après encore une unité d'exception comme elle l'est,
01:42elle a dû en permanence faire des évolutions.
01:45Mais j'imagine qu'on n'arrête pas un Jacques Mérine ou le gang des postiches comme on arrête les grands criminels d'aujourd'hui.
01:52Il y a en commun évidemment une essence commune, c'est-à-dire le travail de terrain, de surveillance, de filature.
02:00L'esprit n'a pas changé ?
02:01L'esprit n'a pas changé et évidemment que les méthodes ont changé quand les voitures à l'époque ne pouvaient pas dépasser les 90 km heure.
02:09Aujourd'hui on peut travailler sur des go fast qui remontent à plusieurs centaines de kilomètres sur l'autoroute.
02:15Évidemment on travaille autrement, la téléphonie nous offre des moyens mais offre aussi aux voyous des moyens de faire leur trafic.
02:27Toute la technologie aussi, j'ai lu des robots espions maintenant, des moyens vidéo dernier écrit qui vous permettent de rentrer dans le moindre petit trou.
02:35Tout ça, ça a quand même révolutionné aussi votre travail ?
02:38Ça a changé globalement, ça nous a offert, ça a augmenté l'éventail de nos possibilités aujourd'hui.
02:48Mais au final on reste sur l'idée qu'on veut avoir l'information, on veut comprendre ce qui se passe,
02:53on veut voir ce qui se passe pour pouvoir apporter des éléments tangibles de preuves pour les équipes d'enquête,
03:00pour présenter à des magistrats et pour pouvoir mettre des organisations criminelles sous les verrous.
03:06Pierre Lecauze, on évoquait il y a quelques jours ces tueurs à gage d'un nouveau genre, des ados de 14, 15, 16 ans qui tuent pour quelques dizaines de milliers d'euros.
03:12Est-ce que vous aussi vous constatez que la grande délinquance, le grand bandicisme a changé de visage ?
03:19Depuis le moment où je suis rentré dans la police, c'est-à-dire il y a 20 ans, il y a eu un phénomène qui est apparu très clairement, très nettement,
03:35qui est le phénomène de ma génération de policiers, c'est-à-dire ce qu'on appelle aujourd'hui le narco-banditisme,
03:41c'est-à-dire les actes criminels violents autour du trafic de stupéfiants et il s'est amplifié et on constate effectivement que dans certains endroits,
03:54les personnes mises en cause sont de plus en plus jeunes et ce qui est sûr, c'est que nous, dans la manière de travailler,
04:03finalement, on est obligé de prendre en compte, dans les objectifs qu'on se fixe, ces phénomènes qui prennent de l'essor et à titre d'exemple,
04:14on travaille très souvent main dans la main avec les services d'enquête criminelle, que ce soit dans la région parisienne ou à Paris avec la brigade criminelle,
04:22pour pouvoir justement travailler sur ces équipes qui sont susceptibles de monter sur des règlements de compte
04:29et à titre d'exemple, il y a quelques mois, avec le service de police judiciaire du 93, on a interpellé avant qu'ils passent à l'acte,
04:37une équipe de personnes, de jeunes délinquants qui étaient sur le point d'aller tuer ou en tout cas tirer sur une autre équipe adverse.
04:48Quand on dit BRI, on pense souvent à des hommes casqués, vêtus de noir, lourdement armés. C'est quoi votre quotidien ?
04:57C'est vrai que visuellement, ça envoie plus de gueule, l'image de l'opérateur casqué en noir, mais très clairement, 90% de leur temps,
05:11ils sont soit en entraînement, soit en civil, dans une voiture, dans une zone pas tellement sexy de la région parisienne, en surveillance.
05:21Donc leur quotidien, c'est d'être invisible, vraiment. C'est leur boulot d'être invisible et de prendre le plus d'informations possibles.
05:28Et on les recrute pour ça.
05:30Comment on intègre justement la BRI ? Surtout pas des cow-boys, comme ce que disent plein d'anciens patrons de la BRI.
05:37Non, parce que dans l'idée de cow-boy, déjà, il y a l'idée qu'il n'y a pas de règles.
05:41Nous, on travaille dans un cadre très clairement défini, le cadre de procédures, le cadre de procédures pénales, le code d'idéontologie.
05:48On travaille avec des règles clairement établies et ensuite, dans l'idée de cow-boy aussi, il y a l'idée qu'il y a quelque chose d'un peu spectaculaire.
05:59Or, vraiment, le travail, encore une fois, il faut comprendre que la BRI, dans son ADN, est une unité de la brigade de la direction de police judiciaire.
06:08Donc c'est un service d'enquête qui doit travailler le plus discrètement possible.
06:12J'évoquais tout à l'heure Jacques Mestril, ou encore le gang des postiches.
06:14La BRI a aussi été en première ligne beaucoup plus récemment lors, par exemple, de l'attaque du Bataclan.
06:19Ça fera dix ans l'an prochain.
06:21J'imagine que vous en parlez encore, que ça a marqué à jamais la BRI.
06:26Oui, c'est vrai qu'il y a des anniversaires qui sont plus durs à fêter que d'autres.
06:31Les 60 ans de la BRI, cette année, c'est un anniversaire joyeux.
06:33On sait que l'année prochaine, ça va être quelque chose de difficile parce que c'est un vrai moment de bascule pour la brigade,
06:40pour la France en général, pour la police également,
06:43mais pour la brigade en particulier qui a été en première ligne.
06:47Moi, il se trouve qu'à cette époque, je n'étais pas encore à la BRI.
06:49J'étais à la brigade criminelle et donc j'étais à côté du Bataclan.
06:52J'étais au Bataclan, mais pas dans le Bataclan, ce qui est une vraie différence.
06:55Mais déjà, à cette époque, je rêvais d'intégrer la BRI.
06:59C'est vraiment un service auquel je voulais aller.
07:02Mais au moment où l'assaut est donné, on entend claquer les balles et les grenades.
07:08On réalise ce que ça veut dire.
07:10Qu'est-ce qu'est la réalité de rentrer, d'aller à l'assaut et de risquer sa vie et le courage qui en découle.
07:16Et je trouve que je suis très content d'avoir réalisé ça avant d'y rentrer.
07:20Et d'ailleurs, aujourd'hui, quand on fait des tests, on amène les candidats devant le bouclier qu'on a gardé, le bouclier du Bataclan,
07:27en disant la raison de l'exigence de ces semaines difficiles que vous allez vivre pour les tests,
07:32c'est précisément parce qu'un jour, vous serez peut-être amené à être derrière ce bouclier ou un bouclier de ce type
07:38et qu'on est obligé d'être en totale confiance et d'avoir des gens sur qui on peut compter dans un moment difficile.
07:46Et ça a changé la doctrine, vous le disiez, de la BRI, un point de bascule.
07:51Fini la négociation qui traîne, on frappe vite et fort pour sauver des vies.
07:56C'est ce que dit l'ancien chef de la BRI, Simon Riondé, dans son livre d'ailleurs qui sort cette semaine,
08:01BRI, les patrons de l'anti-gang se mettent à table.
08:04C'est aux éditions Mareuille.
08:06On aurait passé des heures encore avec vous parce que j'ai des millions de questions à vous poser,
08:09mais nous sommes pris par le temps, il y a plein d'anecdotes en tout cas dans ce livre.
08:13Je voulais citer quand même votre devise.
08:16Per verbum, per gladium.
08:18Par le mot ou par l'épée, parce que la négociation, ça compte aussi.
08:21C'est ça que ça veut dire, je n'ai jamais su.
08:24On va arrêter, c'est pas vrai. Merci beaucoup.
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