00:00L'économie Nicolas Dose, comment les comptes publics ont-ils pu à ce point déraper cette année ?
00:05C'est la question que va poser la commission d'enquête parlementaire qui va voir le jour.
00:09Michel Barnier veut que cette commission apporte la vérité.
00:13Sous-entendu, il y a eu mensonge sur l'état de nos finances.
00:16C'est très difficile à affirmer, mais c'est vrai que quand vous prenez les derniers avis de la Cour des comptes
00:21et du Conseil des finances publiques, même s'ils n'utilisent pas le mot parce qu'il a une portée juridique forte
00:26et que c'est un document de magistrat, il y a un petit parfum d'insincérité.
00:29Le mot n'est pas utilisé parce qu'un document juridique ne peut pas utiliser le mot insincérité à la légère.
00:35Il y a eu ce SMS énigmatique de Bruno Le Maire il y a quelques jours.
00:39La vérité apparaîtra plus tard.
00:42Alors là, on en est là. Donc, on a deux questions devant nous.
00:44Comment on peut avoir un tel dérapage du déficit ?
00:47On part avec 4,4% prévu au tout début, début, début.
00:50On arrive à 6,2%. Presque 200 points de base d'écart.
00:53C'est du jamais vu, à part des trucs de fous comme l'année Covid 2020, bien sûr.
00:57Quasiment 60 milliards de dérapages. C'est absolument incroyable.
01:02Et puis ensuite, Bercier a-t-il sciemment passé sous silence la réalité de la dérive des comptes publics ?
01:08Les deux questions à laquelle cette commission va tenter d'apporter des réponses.
01:11Ça fait beaucoup de questions, mais est-ce qu'on a d'ores et déjà des éléments de réponse ?
01:14Alors, sur la dérive incroyable des déficits publics de près de 200 points de base,
01:18je peux vous donner 4 éléments qui, à mon avis, ne sont pas suffisants pour expliquer 60 milliards.
01:23Le premier, on a évidemment surestimé le mouvement de désépargne des Français.
01:28Les Français, à les prendre dans leur épargne pour consommer, ils ont fait l'inverse.
01:31Erreur d'appréciation. Ce n'est pas un mensonge, c'est une erreur d'appréciation.
01:34On fait ça au tout début, on se dit...
01:36Ça ne fait pas 60 milliards.
01:37Non, non, non. Deuxième élément, on pensait au début, au moment de la loi de finances,
01:42qu'on allait avoir un retour de la productivité. Elle a continué à reculer.
01:46Deuxième erreur de prévision. Ce n'est pas criminel, une erreur de prévision.
01:50Ensuite, quatrième point. Normalement, c'est la consommation qui tire à l'affaire.
01:54Or, là, la consommation était moins forte que prévue et, au contraire,
01:57les exportations ont surpris par leur dynamisme. Très bonne nouvelle.
02:00Sauf qu'il n'y a pas un centime de TVA quand un produit part à l'export.
02:03Donc, pas de recette de TVA.
02:05Quatrième élément, on a une baisse beaucoup plus forte que prévue des recettes fiscales
02:10liées à l'immobilier, qui a beaucoup ralenti.
02:12Et notamment, l'une des grosses recettes des collectivités, ce sont les DMTO,
02:18les droits de mutation à titre onéreux, les frais de notaire.
02:20Quand il n'y a plus de frais de notaire, il n'y a plus de recettes.
02:22Et ça a dépassé les prévisions.
02:23Mais encore une fois, on n'a pas vraiment 60 milliards avec ce que je vous ai dit.
02:27Après, il ne faut pas oublier qu'on a des héritages structurels liés à des choix politiques
02:32qui ont été faits au moment où l'argent ne valait rien, où les taux étaient à zéro.
02:35On a abandonné la taxe d'habitation.
02:37C'est 22 milliards d'euros tous les ans qui ne sont plus là.
02:40On a fait un Ségur de la santé joli, joli comme tout.
02:42Ce sont 30 milliards d'euros tous les ans qu'il faut décaisser pour financer le Ségur de la santé.
02:47Ça, ce sont des choix hérités du passé.
02:49– Et puis, il y a une question qui est plus politique, Nicolas.
02:51C'est, est-ce que Bercy a passé, sous silence, une vérité que le ministère connaissait ?
02:57– Alors, effectivement, c'est la question très difficile à trancher.
03:00Comment personne n'a rien pu voir alors qu'on a des alertes mensuelles
03:03qui remontent sur l'état des finances publiques ?
03:05Pourquoi les notes d'alerte régulière du Trésor ont été ignorées ?
03:10Jean-François Huisson, pour la Commission des finances du Sénat,
03:13a quand même parlé de rétention d'informations.
03:16Après, qu'est-ce qui s'est passé ?
03:17Est-ce qu'effectivement, on a menti ?
03:19Ou est-ce qu'on n'a pas voulu voir ?
03:21Est-ce qu'il y a eu un déni de l'Élysée qui a continué à dépenser ?
03:24Parce que Bruno Le Maire, il a quand même voulu faire une loi de finances rectificative.
03:26On lui a dit non.
03:28Il a voulu faire un premier décret à 10 milliards de crédits.
03:30Ce décret a eu le jour.
03:31Un deuxième à 16 milliards de crédits qui s'est perdu dans les limbes de la dissolution.
03:36Et il faut bien reconnaître qu'à l'Élysée, on a systématiquement fait des chèques
03:39devant chaque coup dur, devant chaque difficulté,
03:42dans des décisions prises d'en haut sans aucune concertation.
03:45Mensonge ou déni ou foutage de gueule, on verra bien.
03:48Bruno Le Maire a dit hier qu'il réservait sa vérité aux représentants du peuple.
03:52Sa vérité, c'est sa version lorsqu'il sera évidemment entendu par la commission d'enquête
03:56dans laquelle on va trouver Éric Coquerel et Éric Ciotti.
03:58Et il n'attend que une seule chose, c'est d'être entendu.