00:00Jusqu'à 21h avec le communicant et chroniqueur politique Jean-Michel Salvatore et mon confrère
00:09du Figaro, Louis Ouzalter, on va parler de voitures, vos achats, si vous avez un projet
00:15à moyen terme, d'acheter une voiture neuve, peut-être que vous devriez le faire maintenant
00:20plutôt que dans quelques années, c'est assez abusant, juste avant le rappel de titres
00:26de l'actualité, j'entendais les publicités et il y a vraiment beaucoup de publicités
00:30pour les marques automobiles et ironie du sort, les voitures sont de plus en plus chères
00:35et les gens ont beaucoup plus de mal maintenant à les acheter.
00:39Bonsoir Xavier Horan.
00:40Bonsoir Monsieur Levinot.
00:41Vous êtes le délégué général de Mobilianz, Mobilianz c'est ce grand syndicat automobile
00:46qui regroupe 30 secteurs d'activité, il y a 600 000 actifs, vous représentez la filière
00:52automobile du centre de vérification, du contrôle technique en passant par les garagistes
01:00jusqu'aux très très grands distributeurs automobiles, ces grands groupes que sont Guedet,
01:07Bernard, Émile Frey, ces énormes concessions que l'on peut voir aux abords des agglomérations
01:14et qui ont de la peine aujourd'hui à vendre des voitures électriques puisqu'on arrive
01:19d'une certaine manière à un plafond de verre, on a eu en flèche une accélération
01:28des ventes de voitures électriques puis là maintenant ça stagne, et en même temps,
01:33et c'est quelque chose que vous révélez ce matin par Mobilianz, c'est que les malus
01:40automobiles et sur les voitures thermiques vont être multipliés par 7, pas par 2 ou
01:45par 3, par 7 d'ici 2027.
01:49C'est parfaitement exact, M. de Villeneuve, vous savez que le projet de loi de finances
01:54sera dévoilé demain, mais un certain nombre d'informations, de données avaient fuité
01:59chez un certain nombre de vos confrères depuis maintenant quelques jours, quelques semaines,
02:04et nous avons effectivement préféré, faute de consultation d'ailleurs, préalable avec
02:10le gouvernement, décider de mener une première étude d'impact pour voir à quel type de
02:18trajectoire, en termes de malus et aussi de bonus, parce que c'est un système global
02:22qu'il faut regarder, on y reviendra sans doute, quels étaient les impacts sur la chaîne
02:27de valeur et puis bien naturellement pour les consommateurs.
02:31Et si les informations sont exactes, c'est-à-dire une prévision d'un abaissement des différents
02:41seuils d'assujettissement des malus, à la fois les malus au CO2 et les malus au poids,
02:47et bien nous arrivons à des chiffres qui donnent le vertige, c'est une sorte de dépression
02:52quirk qui risque de s'abattre sur l'ensemble de la filière automobile et de la glacer
02:56littéralement, en tout cas de l'immobiliser. Simplement quelques chiffres, vous parliez
03:01d'une multiplication par 7, on parle en fait des recettes fiscales qui seraient issues du
03:07projet de loi de finances tel qu'il se dessine. Je suis prudent, attendons les prochains jours
03:13pour voir l'exactitude de nos évaluations, mais quand on parle d'une multiplication par 7,
03:19il faut comparer par rapport à une base de l'année 2023. L'année 2023, les malus avaient
03:26rapporté à l'État, en termes de recettes fiscales, à peu près 630 millions d'euros.
03:32Et quand on active les différents seuils de malus à la fois CO2 et au poids, et bien le calcul est
03:39relativement simple, c'est une multiplication par 3,5 en termes de recettes fiscales dès l'année
03:45prochaine en 2025, c'est-à-dire un peu plus de 2 milliards d'euros. Et puis, si je puis dire,
03:51ainsi de suite, chaque année, l'État gagne un milliard d'euros à peu près de plus par an.
03:58Donc pour résumer, Xavier Horan, l'État cherche de l'argent, ça on l'a tous compris, et tout d'un
04:04coup il s'est dit, ah bah tiens, il y a la filière automobile, on pourrait, parce qu'en plus avec le
04:09véhicule électrique, on n'aura plus cette manne qui est je crois de 40 milliards, à peu près 45
04:14milliards d'euros qui sont liés aux recettes fiscales sur les produits pétroliers, absolument.
04:18Donc ça on ne va plus avoir, puisque les voitures peu à peu vont devenir électriques, donc où est-ce
04:23qu'on va trouver de l'argent ? Sur les malus, et donc sur l'automobile elle-même.
04:28C'est là où le sujet est un peu vicieux, parce qu'en 2000, lors de la présentation des précédentes
04:34lois de finances, lorsque le malus poids a été mis en place en 2022, le parc qui était assujetti
04:42à cette nouvelle taxe était relativement marginal, c'était de l'ordre quand même déjà de 20%.
04:46Mais entre les 20% de 2022, en fait on va arriver à 80% du parc qui va être assujetti, enfin du parc
04:56des inmatriculations naturellement de véhicules neufs, qui vont être assujettis à l'horizon
05:002027, donc c'est absolument considérable. Le poids on passe de combien à combien ?
05:04On passe d'une recette fiscale en 2023 en année pleine à 630 millions d'euros dans les caisses
05:10de l'Etat, à un peu plus de quasiment 4,5 milliards à l'horizon 2027.
05:15Mais le poids de la voiture, il est abaissé de dernière année, c'est ça ?
05:19Il est abaissé dans les hypothèses telles que nous connaissons les hypothèses, parce qu'encore
05:24une fois, et ça c'est une méthode qui est malheureusement qu'on retrouve à la fois en
05:29France et d'ailleurs en Europe, on commence d'abord par taxer et c'est ensuite qu'on fait
05:33les études d'impact. C'est un peu dommage, mais on prend les choses je pense effectivement
05:37plutôt dans le mauvais ordre. Ça c'est une remarque au passage. Mais effectivement,
05:43en termes de cibles, on passe de 20 à peu près % en 2022 à 80% du prix.
05:50Mais là ça va, on va arriver à 1,5 tonnes, c'est ça ?
05:53Et donc dans les hypothèses de calcul, c'est un abaissement du seuil à 1,5 tonnes.
05:581,5 tonnes. Quelques exemples, sur un Peugeot 2008, le montant moyen du malus pour des modèles
06:03touchés sur les neuf premiers mois de 2024 est aujourd'hui de 380 euros. Ce montant moyen passerait
06:08à 653 euros en 2025. Sur sa concurrente, la Renault Captur, montant moyen du malus sur les neuf
06:16premiers mois de 2024, 351 euros. Ce montant moyen doublerait à 695 euros en 2025. C'est pas en 2027,
06:24c'est pas en 2030, c'est pas en 2035, c'est l'année prochaine. Donc s'il faut acheter des
06:28voitures, il faut les acheter maintenant.
06:30C'est un des signaux qui est envoyé, mais les signaux sont extrêmement contradictoires,
06:34parce qu'il faut regarder le système d'un point de vue global. Il y a aussi la question des bonus,
06:38qui est en suspens.
06:39Ça c'est si on achète une électrique.
06:41Ça c'est si on achète un sans-pension électrique, parce que les trajectoires de malus, eux,
06:46sont allées évidemment croissants, tandis que les dispositifs d'accompagnement, eux,
06:51se sont resserrés au fur et à mesure des lois de finances. Et aujourd'hui, c'est effectivement resserré
06:56sur l'achat, l'acquisition de véhicules neufs électriques.
07:00Question de louer aux haltères du Figaro.
07:02Alors on parle évidemment d'un projet de budget, puisque ce sera présenté demain soir,
07:06il y aura ensuite le débat parlementaire.
07:09On sait que c'est Michel Barnier qui active ce levier fiscal,
07:12parce que c'est le plus simple pour avoir des recettes rapidement,
07:15plutôt que de faire la chasse aux dépenses.
07:17Mais que c'est très contesté, y compris chez ses partenaires,
07:21notamment macronistes. Or les macronistes restent traumatisés
07:24par l'augmentation de la taxe carbone en 2018.
07:27On parlait déjà d'un budget à l'époque, c'était l'automne, on discutait du budget.
07:31Et c'est là que les gilets jaunes avaient surgi sur les ronds-points,
07:35ce qui a valu non seulement les week-ends et les semaines de révolts qu'on connaît,
07:39mais à la fin, non seulement ce projet n'a pas vu le jour,
07:41mais en plus Emmanuel Macron a dû lâcher des milliards et des milliards d'euros
07:44pour calmer cette révolte.
07:46Est-ce que vous pensez que le débat parlementaire, en ayant la mémoire de cet épisode,
07:52peut modérer les ardeurs fiscales sur un secteur automobile,
07:56qui en plus est à la peine depuis le milieu de l'année,
07:59et qui est à la croisée des chemins entre thermique et électrique, pour les raisons concrètes ?
08:03Je vais commencer par répondre à votre question, en commençant par la fin,
08:05parce que vous avez raison de souligner que, de manière structurelle,
08:08le marché automobile est effectivement à la peine,
08:11à la fois en France et en Europe.
08:13On est sur un marché qui connaît aujourd'hui son cinquième mois consécutif de baisse,
08:17mais ça au-delà de la conjoncture sur l'année 2024 comparée à 2023.
08:22Il faut se reporter à l'année 2019, et de manière structurelle,
08:25on n'a pas retrouvé les niveaux d'avant-crise, de l'avant-crise sanitaire,
08:30et on est en décrochage d'environ 23%, ce qui est absolument considérable.
08:35On en voit les effets sismiques un peu partout en Europe,
08:37les principaux marchés automobiles européens sont tous structurellement en baisse,
08:41il y a une trajectoire des ventes de véhicules électriques qui n'est pas au rendez-vous,
08:46ça c'est un phénomène aggravant, parce qu'à partir du 1er janvier 2025,
08:51il y a une réglementation qu'on appelle, dans le jargon automobile, la réglementation dite CAFE,
08:56qui impose des objectifs supplémentaires à la filière automobile
08:59en termes de réduction d'émissions de CO2,
09:02et là on est effectivement, vous avez raison de le dire, à la croisée des chemins,
09:07parce que si la filière n'arrive pas à vendre suffisamment de véhicules 100% électriques,
09:14nous n'atteindrons pas les objectifs qui ont été fixés par Bruxelles,
09:17et ça ce n'est pas 2035, comme Pierre Devineau le disait à l'instant, c'est 2025,
09:22et le risque est très clair, c'est soit 15 milliards d'amendes qui seront infligées à l'ensemble de la filière automobile,
09:31parce que tout sera répercuté sur la totalité de l'achat de valeurs,
09:3595 euros par gramme supplémentaire, ça c'est l'amende.
09:41Donc on arrive à une possibilité, ce sont les calculs du groupe Renault,
09:45qui a été relayé par Lucas Dimeo il y a quelques semaines,
09:48donc c'est soit une amende de 15 milliards d'euros qui sera infligée à la filière automobile,
09:53et à l'ensemble de son écosystème,
09:54soit c'est renoncer à la production de 2,5 millions de véhicules.
10:00Donc vous voyez, la déflagration c'est une véritable bombe à fragmentation qui est en train de se profiler,
10:06et pour bien comprendre la manière dont le marché automobile est en train de muter,
10:11dans toutes les dimensions, parce que c'est une métamorphose qu'on nous demande de faire dans un agenda extrêmement réduit,
10:18et c'est une intensité, une amplitude et une vitesse qui sont absolument inédites dans l'histoire.
10:24Mais ça c'est la partie amont, c'est le côté industriel, commercial,
10:29c'est une chose qui a déjà ses complexités, mais on oublie qu'il y a des clients,
10:33et ce sont les clients qui ont le dernier mot.
10:35Et ces clients auxquels on demande des efforts, notamment sur le plan fiscal qui sont toujours plus hauts,
10:39parce qu'on voit qu'on crève les plafonds et qu'on demande toujours plus à cette filière automobile,
10:44non seulement la France est championne en termes de prélèvements obligatoires,
10:48j'entendais votre débat précédent,
10:50mais nous sommes aussi les champions de la taxation automobile en Europe.
10:54Donc à force de demander toujours plus aux clients et de renchérir l'accès à la mobilité
10:59sur des modèles que citait Pierre de Villeneuve à l'instant,
11:03c'est-à-dire des modèles de l'avenue de Sainte-Montre,
11:05des Dacia, des Renault Captur, des Peugeot 208,
11:08ce ne sont pas des SUV auxquels très souvent on caricature le sujet.
11:13En 20 secondes, le risque des Gilets jaunes...
11:15Qu'est-ce que vous demandez aujourd'hui, Xavier Horan ?
11:18Déjà une attention, le Premier ministre a employé trois mots
11:22quand il a fait son discours de politique générale il y a quelques jours.
11:25Le respect, la confiance et le dialogue.
11:29Et bien qu'il dise la vérité.
11:31Et dire la vérité aux Français, c'est qu'il y a des efforts qui devront être faits de manière incontestable,
11:36compte tenu de l'état de nos finances publiques,
11:38mais il faut aussi être cohérent par rapport à une politique automobile qui a besoin de stabilité,
11:43qui a besoin de cohérence, qui a besoin de lisibilité.
11:46Vous parliez des Gilets jaunes il y a quelques années,
11:48c'était il n'y a pas si longtemps, on a oublié, on a la mémoire courte,
11:51parce que le Covid est passé par là, la guerre en Ukraine,
11:54et l'automobile, c'est un vecteur de stabilité sociale.
11:58Déstabiliser cette poutre-là, qui est une poutre maîtresse
12:02de la stabilité du pays sur le plan économique et social,
12:05c'est prendre un risque, à mon avis, qui n'est pas raisonnable dans le contexte actuel.
12:09Et on a tendance à oublier qu'on est un pays producteur d'automobiles.
12:12Merci beaucoup Xavier Orand d'avoir été avec nous au 20h44 dans un instant, la suite de l'actualité.