00:00Il est 6h21, la campagne Octobre Rose débute aujourd'hui, un mois entier pour sensibiliser
00:05au cancer du sein et je reçois ce matin le patron du principal centre français de lutte
00:09contre le cancer, l'Institut Curie, c'est même le premier en Europe pour le cancer
00:13du sein.
00:14Bonjour Alain Puzieux.
00:15Bonjour.
00:16Votre titre exact c'est Président du Directoire de l'Institut Curie qui est une fondation
00:19reconnue d'utilité publique.
00:21Alors le cancer du sein c'est le plus fréquent chez les femmes, il est responsable de 12
00:25000 décès par an, c'est le plus mortel aussi chez les femmes.
00:28Malgré tout, est-ce que les chances de guérison s'améliorent ?
00:30Oui absolument, on assiste depuis déjà une quinzaine, une vingtaine d'années à une
00:36amélioration importante de la prise en charge thérapeutique de ces cancers.
00:41Pour vous donner une idée, aujourd'hui il y a une amélioration de 2% de survie après
00:48cancer du sein chaque année.
00:50Donc c'est une augmentation progressive.
00:52Aujourd'hui on considère qu'il y a deux contextes très différents et c'est très
00:56important en termes de prise en charge thérapeutique.
00:58Il y a les cancers du sein qui sont, quand ils sont diagnostiqués, qui sont localisés
01:03et là c'est quasiment synonyme de guérison puisque on considère que 99% des femmes
01:10qui ont un cancer du sein qui est diagnostiqué précocement vont être guéries.
01:14Et puis malheureusement il y a encore des cas qui sont des cas compliqués avec des
01:19cancers qui ont déjà évolué, c'est-à-dire qu'ils ont été diagnostiqués trop tardivement
01:23et là c'est une toute autre histoire puisqu'on est seulement à 26% de survie à 5 ans et
01:28donc on voit tout ce qu'il reste à faire encore.
01:29Et on pourra atteindre un jour les 100% ?
01:32C'est ce que nous espérons, c'est pourquoi nous travaillons, nos soignants à l'Institut
01:36Curie, nos chercheurs à l'Institut Curie et nous y croyons vraiment parce qu'il y
01:40a énormément de progrès qui sont faits, tant dans le domaine du diagnostic précoce
01:44parce qu'on voit bien l'importance du diagnostic précoce que dans la prise en charge
01:49thérapeutique de ces cancers évolués, de ces cancers agressifs.
01:52Au-delà du cancer du sein et des cancers féminins, un monde sans cancer, c'est envisageable ?
01:56Un monde sans cancer, à mon sens, ce n'est absolument pas envisageable.
02:00Pourquoi ? Parce que les cancers sont nés, ont émergé avec les organismes multicellulaires.
02:06On découvre aujourd'hui encore des cancers sur les os de certains dinosaures qui vivaient
02:11il y a 35 millions d'années.
02:13Donc en fait, c'est inhérent à la vie multicellulaire.
02:16Et un monde où les cancers seraient tous soignés, ça c'est possible ?
02:18Voilà, c'est exactement ça.
02:20Donc nous ne pensons pas qu'on peut vivre sans cancer, on pense par contre qu'on va
02:25évoluer progressivement vers un monde où il n'y aura plus de cancers incurables.
02:31C'est ça l'enjeu.
02:32Et chaque année en France, on le rappelle, il y a quand même 157 000 décès par an
02:35à cause de cancers.
02:36Absolument.
02:37Alain Puizieu, l'Institut Curie a créé il y a trois mois l'Institut des cancers des femmes.
02:41Pourquoi mettre l'accent sur ces cancers en particulier ?
02:43Alors c'est vraiment quelque chose auquel nous tenions énormément parce que d'une
02:48part nous sommes très engagés dans la lutte contre les cancers du sein.
02:51Vous l'avez rappelé, nous sommes le premier centre européen pour la prise en charge thérapeutique
02:55de ces cancers.
02:56Vous portez ce matin le petit ruban rose.
02:57Je porte le ruban rose, c'est évidemment important.
03:00Cette démarche octobre-août, cet événement, c'est vraiment quelque chose qui nous est
03:05très cher.
03:06Et donc aussi parce que nous avons une recherche très développée dans ce domaine.
03:11Donc évidemment, nous sommes très impliqués tant en termes de recherche qu'en termes
03:15de prise en charge thérapeutique des cancers du sein.
03:18Et il se trouve que les cancers du sein, et de façon générale les cancers de la femme
03:22ont certaines spécificités qu'il faut prendre en compte en termes à la fois de prévention
03:28que de prise en charge thérapeutique.
03:30Et donc il nous paraît tout à fait important de mettre ces cancers en avant, d'une part
03:35pour des problématiques scientifiques et médicales, et puis aussi pour une autre dimension
03:41qui est une dimension humaine.
03:42Je cite juste un exemple qui me paraît tout à fait frappant.
03:46On sait aujourd'hui que lors du parcours de soins des femmes qui sont atteintes de
03:51cancer, elles ont six fois plus de risques de devoir affronter, de connaître une rupture
03:57au niveau de leur couple qu'un homme.
03:58Je ne veux pas du tout rentrer dans un débat de genre, mais ça montre qu'il y a un aspect
04:03quand même à la fois psychologique et social très important et qu'il faut aussi prendre
04:06en compte quand on parle des cancers des femmes.
04:08Ce n'est pas que du médical ?
04:09Ce n'est pas que du médical.
04:11Pour la recherche, l'intelligence artificielle, est-ce que ça va profondément modifier vos
04:15pratiques ?
04:16Vous aider ?
04:17Je crois que ça va profondément modifier les pratiques.
04:20Ça a déjà commencé d'ailleurs à modifier les pratiques.
04:22Et ce, je parlais à la fois de la recherche et de la médecine, en fait dans les deux
04:28domaines d'activité.
04:29Dans la recherche, parce que j'ai l'habitude de le dire, parce que j'y crois profondément,
04:34la recherche c'est d'abord l'art du questionnement, c'est-à-dire qu'il faut poser les bonnes
04:38questions.
04:39C'est de l'importance d'ailleurs, dans le domaine de la santé, de faire en sorte que
04:42les chercheurs et les médecins travaillent ensemble.
04:44Ça va changer la façon dont on va poser les questions parce que l'intelligence artificielle
04:48va intégrer des données que le cerveau humain lui seul ne peut pas intégrer.
04:52Donc ça permettra de faire un meilleur diagnostic ?
04:53Donc ça va déjà permettre de poser des bonnes questions en termes de recherche et
04:56effectivement en termes de pratiques médicales, ça va aider au diagnostic.
05:00Maintenant, on associe l'intelligence artificielle et l'imagerie, par exemple, pour obtenir des
05:06techniques qui vont permettre d'être beaucoup plus spécifiques et qui vont permettre,
05:10par exemple, pour le diagnostic précoce, de faire des diagnostics très précocement
05:16pour faire en sorte qu'il n'y ait plus cette évolution vers des états agressifs.
05:22Mais pour faire tout ça, il faut de l'argent ?
05:23Et pour faire tout ça, il faut de l'argent.
05:25Il faut de l'argent, c'est vrai que la recherche est un investissement.
05:29Très clairement, nous n'en avons pas assez.
05:31Je crois qu'il faut qu'il y ait une prise de conscience des pouvoirs publics, que malheureusement
05:36il y a un glissement vers le bas de la recherche en France parce que nous n'avons pas assez
05:41d'investissements dans ce domaine et je crois que tous les critères d'évaluation le montrent.
05:46Donc, il faut plus d'argent qui vient des pouvoirs publics et je voudrais rendre hommage
05:52à ce niveau-là et en particulier parce que c'est Octobre Rose, je voudrais rendre hommage
05:56au grand public parce que la générosité du public est particulièrement importante.
06:00Dans un centre de recherche comme le nôtre, 35% du budget de fonctionnement vient de la
06:04générosité du public.
06:06Donc, on doit remercier les bénévoles et les donateurs parce qu'ils nous permettent
06:10de faire une recherche compétitive.
06:11Et votre centre de recherche, c'est l'Institut Curie.
06:13Merci beaucoup Alain Puiseieux, président du directoire de cet institut.
06:17Vous étiez l'invité du 5-7.
06:18Merci.
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