00:00Bonjour Karen Noblinski, merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes avocate en droit pénal. Mathias
00:10Tesson du service Police Justice de BFMTV nous accompagne également. On est trois jours après
00:14les obsèques de Philippines et c'est ce moment qu'a donc choisi la première victime du meurtrier
00:19présumé de Philippines pour sortir du silence, pour prendre la parole dans une lettre que l'on
00:24découvre ce matin, Mathias Tesson. D'abord c'est une lettre adressée à qui ? Alors c'est une lettre
00:29qui a été diffusée hier en fin de journée, qui a été adressée à nos confrères de l'agence France
00:33Presse dont on a pu prendre connaissance et quand on lit cette lettre et bien on découvre qu'elle
00:38s'adresse, cette jeune femme aujourd'hui âgée d'environ 28 ans, à plusieurs personnes. Elle
00:43parle d'abord à Philippines, elle parle aussi à la famille de Philippines mais finalement plus
00:48globalement elle s'adresse aux autorités dans cette lettre poignante puisqu'elle va s'adresser
00:52et on va le découvrir à la fois aux autorités judiciaires sur la question de la récidive
00:57mais aussi aux autorités administratives et également aux autorités politiques. Très
01:01concrètement, Mathias, qu'est-ce qu'elle dit ? Alors d'abord elle raconte son histoire, elle raconte
01:05les faits dont elle a été victime en 2019 dans cette forêt du Val d'Oise, à Tavernier,
01:13exactement. Elle raconte toute la procédure qui a alors été la sienne au moment des faits, le dépôt
01:19de la plainte, l'instruction, l'enquête qui aura duré près de deux ans au total. Mais le plus
01:25important, j'allais dire dans cette lettre, c'est toutes les pistes de réflexion que cette jeune
01:29femme propose sur la question de la récidive puisqu'elle s'adresse aux autorités judiciaires
01:33en se demandant pourquoi est-ce que la prison n'a pas réussi à enrayer la mécanique de
01:39récidive chez cet individu. Elle s'adresse également aux autorités administratives en
01:43questionnant les OQTF et la non-exécution de cet OQTF concernant le mise en cause et aux
01:49autorités politiques en se demandant s'il ne faudrait pas lancer une commission d'enquête
01:54sur la question de la récidive. On va reprendre toutes les questions effectivement qu'elle pose parce que c'est très intéressant. Elle ne met pas
01:58totalement en cause la justice, cette jeune femme, à ce que d'autres ont fait ces derniers jours. Elle dit
02:02justice a été faite, elle l'écrit, pour elle évidemment. La justice a été faite, mon agresseur a
02:06été condamné à la peine quasi maximale encourue pour ce type de crime. Ce qui la choque, et ça
02:11choque évidemment tout le monde, c'est la non-application de l'OQTF mais aussi la
02:16récidive. Pourquoi le système pénitentiaire a-t-il failli à prévenir cette récidive ? Je la cite
02:23encore, qu'il soit français ou étranger, que le viol ait lieu dans une forêt ou un appartement
02:27conjugal. Quel dispositif, et c'est la première question qu'elle pose, de coopération internationale
02:33existe pour prévenir la récidive de crimes sexistes et sexuels de criminels expulsés ? Est-ce que ça
02:40maître, c'est une vraie question ? C'est une vraie question et je pense qu'à travers ce nouveau drame,
02:46en fait, nous sommes à un moment clé de l'histoire en ce moment en matière de lutte contre les
02:51violences sexuelles et en matière de lutte contre les violences faites aux femmes. Et en fait, c'est
02:55la succession de drames qui nous amènent tous à cette conscientisation et qui nous amène à revoir
03:01en fait ce qui se passe aujourd'hui en matière de suivi thérapeutique des auteurs de violences
03:06sexuelles. Et c'est une question primordiale parce que plus que jamais, nous devons améliorer cette
03:12prise en charge en matière de moyens. C'est-à-dire, qu'est-ce qui se passe en prison, qu'est-ce qui se
03:17passe au moment de l'exécution d'une peine ? Est-ce qu'il y a un accompagnement suffisant dans les
03:23services psychologiques, psychiatriques ? Est-ce qu'il y a suffisamment de moyens ? Bien sûr qu'ils
03:27existent ces services, mais est-ce que le nombre de rendez-vous qui doivent être honorés, est-ce que
03:32les traitements qui doivent être honorés, est-ce que tout cela, toutes ces rencontres elles existent
03:37et est-ce qu'il y a suffisamment de moyens mis en place pour que justement on puisse accompagner
03:42les auteurs de violences sexuelles ? Parce qu'il n'y a seulement cet accompagnement qui
03:48permettra de se prémunir de tout passage à l'acte après, lors de la sortie de prison. Et c'est une
03:55question qui est primordiale et à laquelle il faut s'intéresser. Parce qu'on connaît l'état de la
03:59psychiatrie, j'allais dire, en ville. On imagine qu'en prison, c'est la même chose ou c'est même
04:05pire. C'est-à-dire que les moyens manquent. On imagine évidemment et les moyens manquent. C'est
04:09quelque chose que l'on peut confirmer aujourd'hui, qu'il faut investir plus de moyens dans ces
04:13questions, mais aussi au moment de la sortie de prison. Parce qu'évidemment qu'il y a des suivis
04:18socio-judiciaires et c'est la loi qu'on connaît de 1998. Et évidemment que le suivi socio-judiciaire,
04:24c'est un système qui est pris en charge avec le juge de l'application des peines et qui soumet
04:29un auteur de violences sexuelles à des obligations de suivi thérapeutique. Est-ce que ces suivis,
04:34ils sont correctement honorés ? Est-ce qu'il y a suffisamment de moyens entre la justice,
04:39ces personnes et les médecins pour les mener à bien ? Est-ce qu'en cas d'échec ou de défaut de ces
04:44suivis, est-ce que quelqu'un vérifie ? Bien sûr que les juges de l'application des peines les vérifient,
04:49mais est-ce qu'ils ont suffisamment de moyens pour les vérifier à la hauteur de ce qu'ils
04:52voudraient faire ? Mais est-ce que vous iriez jusqu'à dire qu'un violeur condamné qui a pu
04:56urger sa peine est aussi dangereux en sortant de prison que lorsqu'il y est entré ? Ce que je
05:01veux dire, c'est que la prison, elle doit avoir un sens. La prison, évidemment qu'elle est là pour
05:07sanctionner, qu'elle est là pour punir un comportement, mais qu'elle doit aussi permettre
05:11aux individus qui sont punis de conscientiser, de comprendre le passage à l'acte, de savoir et de
05:16comprendre la gravité des actes pour permettre évidemment que ces actes ne se reproduisent plus,
05:22ce qui est le cas dans bien des situations, mais qui ne doit pas toujours être le cas. Évidemment
05:26qu'on doit améliorer ce système. Dans le cas qui nous intéresse, il a bénéficié d'une prise en
05:30charge particulière en prison ? On n'a pas connaissance précisément de son dossier judiciaire
05:35et de les obligations auxquelles il était soumis au moment de sa détention, mais la simple
05:40observation qu'on peut faire, c'est que c'est un individu qui, quand il va sortir de prison,
05:44va être immédiatement placé en centre de rétention administrative. Et donc, dans ces
05:50structures, il est difficile d'imaginer que les personnes qui s'y trouvent soient soumis à un
05:57suivi particulier. Les centres de rétention administrative, c'est des sortes de salles
06:01d'attente en vue d'une expulsion, ça ne peut pas se substituer à une prise en charge psychologique.
06:07Est-ce qu'il y a un parcours particulier pour les violeurs condamnés en prison ? Justement,
06:11il y a cette question du suivi socio-judiciaire qui est une mesure qui est poste sententielle,
06:17qui est prévue par la loi de 98 et qui vise normalement les auteurs de violences sexuelles.
06:22Et ce qu'il faut savoir dans les chiffres que nous avons eu à lire depuis 24 heures,
06:26depuis la sortie de cette lettre, c'est qu'en moyenne, il y a 5% de récidives, c'est une étude
06:32de 2023, chez les auteurs de violences sexuelles. Et ces 5%, on ne peut pas fermer les yeux devant,
06:38et il faut dès à présent conscientiser cette situation et prendre les mesures nécessaires
06:43pour que sur tout le territoire, quelle que soit la prison, quelle que soit la ville où il y a ce
06:48suivi socio-judiciaire, où il y a des injonctions ou des obligations de soins, on puisse les vérifier
06:53pour qu'elles soient évidemment honorées. La jeune femme réclame dans cette lettre le
06:57lancement d'une commission d'enquête sur la prévention de la récidive. Une commission
07:01d'enquête, ça peut être une solution ? Je vais vous dire, je pense que tout est
07:05tout est bon à prendre. Et cette femme, elle dit quelque chose de très intéressant dans
07:09sa lettre. Elle dit, premièrement, j'ai tenu bon en me disant que ma démarche protégerait
07:13d'autres victimes. Et il ne faut surtout pas que ces drames qui se répètent dissuadent les victimes,
07:20souvent des femmes, d'aller déposer plainte et de se dire évidemment qu'elles seraient
07:25protégées. Et deuxièmement, je pense qu'on a beaucoup parlé de QTF depuis 24-48 heures et
07:31il est extrêmement intéressant que cette femme nous dise, attention, bien sûr qu'il faut parler
07:35du sujet des autres QTF, mais n'oublions pas la question de la récidive et du passage à l'acte
07:39qui est fondamentale et à laquelle il va falloir s'intéresser. Voilà, je finis par cette phrase,
07:43parce que c'est remarquablement écrit aussi. Philippine aurait pu être ma sœur, je ne peux
07:48être sa voix, je ne suis que la mienne. La parole que je porte se jointe à celle des femmes qui ont
07:53lutté et luttent encore aujourd'hui contre les violences sexistes et sexuelles. Merci d'être
07:58venue nous voir ce matin.
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