00:00Cela, Vincent Hervoët est avec nous pour l'édito international d'Europe. Bonjour Vincent.
00:03Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:05Vincent, depuis vendredi soir, nous sommes entrés dans l'après Nasrallah.
00:09Oui, Hassan Nasrallah était l'ingénieur du chaos méthodique, parano, implacable, une malédiction pour le Liban.
00:16Les confrères qui parlent de son charisme ne l'ont jamais rencontré.
00:19Un Libanais devenu un parfait représentant du haut clergé iranien, Turban noir inclus,
00:26car il se prétendait descendant du prophète, c'est pour ça qu'il fallait l'appeler le Sayyed, comme un titre de noblesse.
00:32Même les assassins peuvent être snobs.
00:35C'était un terroriste doté d'un grand flair politique et d'un vrai talent pour la propagande,
00:40avec des mensonges énormes, ses discours sentencieux et le culte de la personnalité.
00:45Il était une icône, Tartuffe parlait perçant.
00:49Tout le monde s'y est laissé prendre, on a cru le Hezbollah invulnérable,
00:52parfaitement secret, lourde erreur, les services israéliens savaient tout de lui.
00:57Est-ce que la mort d'Hassan Nasrallah marque un tournant, Vincent, dans l'histoire du Moyen-Orient ?
01:02S'il s'est cru à l'abri, s'il a refusé toute trêve, c'est qu'en 30 ans, Hassan Nasrallah a fait de sa milice
01:07le premier parti politique libanais et la plus puissante armée privée au monde,
01:11ou plutôt, la République islamique a financé, formé, armé une légion étrangère qu'il commandait
01:18et qu'elle a utilisée pour étendre son influence et le protéger.
01:22Le Hezbollah a asservi le Liban qu'il a ruiné,
01:25le Hezbollah a sauvé le trône de Bachar el-Assad en sacrifiant une partie de ses troupes
01:30et le Hezbollah a tenu un pistolet sur la Temple d'Israël
01:33avec les milliers de missiles équivalents à une arme de destruction massive.
01:38On doit se demander pourquoi il n'appuie pas aujourd'hui sur la gâchette,
01:42c'est le moment où jamais l'organisation est décapitée,
01:45ses chefs sont tombés comme des quilles, les petits chefs envoyés à l'hôpital
01:49et une partie des arsenaux en feu.
01:51Qu'est-ce que les survivants attendent pour vider leurs chargeurs ?
01:55La réponse est atterrante,
01:56les Iraniens ont peur de tomber dans le piège que leur tend Benyamin Netanyahou,
02:01s'ils répliquent, ils savent qu'Israël les attaquera,
02:04que l'Amérique sera bien obligée de suivre
02:06et que s'en sera fini de leurs courses au nucléaire furtives et obstinées.
02:11Alors le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou,
02:14dit que les comptes sont soldés, Vincent, vraiment ?
02:16Israël a essuyé depuis un an plusieurs milliers de roquettes,
02:19missiles, drones du Hezbollah, ça justifie la riposte,
02:22c'est aussi une revanche sur la guerre de 2006
02:24où le Hezbollah avait résisté à l'invasion du Sud-Liban
02:27et tout le Moyen-Orient assiste à la démonstration de force,
02:31elle restaure la crédibilité de l'armée israélienne
02:34entamée par la désastreuse bataille de Gaza.
02:37Elle est magistrale comme la guerre des six jours
02:40et ça s'appelle la dissuasion.
02:41On s'interroge sur ce que va faire l'Iran,
02:43on pourrait surtout et aussi se demander
02:46ce que va faire le Liban.
02:48Il n'y a plus de président, plus vraiment de gouvernement,
02:50il vit la fin d'un monde, mais il reste l'armée libanaise.
02:54Elle tient là l'occasion de relever l'État
02:56en déployant la troupe pour désarmer les miliciens,
02:59en reprenant le contrôle du Sud-Liban,
03:01il faudrait une aide extérieure massive,
03:03on a le droit de rêver.
03:05La France préfère pleurer devant le calvaire des civils,
03:09tués dans les bombardements au contraint à la fuite,
03:12plutôt que de fêter la disparition des terroristes
03:15qui ont tué les 56 soldats français du Drakkar.
03:18Elle pleure aussi de peur, car elle redoute une guerre régionale,
03:21elle préfère toujours le désordre établi.
03:24L'Occident a regardé couler le Liban,
03:27tant qu'il pouvait aimablement discuter
03:29avec son tortionnaire, il s'en consolait.
03:32Signature Europe 1, Vincent Herouët.
03:34Merci beaucoup Vincent, on parlera du Liban.