00:00Punchline, 18h-19h, Thierry Cabane sur CNews et Europe 1.
00:08Vous êtes bien sur Europe 1, vous êtes bien sur CNews, il est 18h17, c'est la dernière ligne
00:15droite pour votre Punchline Week-end. Toujours autour de cette table Naïma Mfadel, Louis de
00:19Regnel, Vincent Roy, Nathan Devers, Magali Vicente et Anan Bakuy, secrétaire national du syndicat des
00:26commissaires de la police nationale. Nous poursuivons nos débats sur cette cérémonie où
00:32l'émotion était vive à Versailles, les obsèques et le dernier adieu à Philippines. Vous souhaitiez
00:38réagir sur les échanges que nous ont pu avoir Nathan Devers et cette émotion importante et
00:45ces messages qui sont délivrés à nos politiques où on le voit, les sondages nous le rappellent
00:51très régulièrement, les français veulent davantage de sécurité et cette foule qu'on a pu
00:58voir et observer à Versailles aujourd'hui, ça veut dire quelque chose ? Oui bien sûr, ce qui s'est
01:05passé, on l'a dit tout à l'heure et je l'ai dit tout à l'heure, est absolument horrible, impossible
01:10à décrire, une souffrance vraiment qui touche à l'ineffable et une indignation qui est absolue,
01:18qui est absolument légitime, d'autant que des informations qui commencent à remonter,
01:23on sait qu'il y a eu des dysfonctionnements, si l'on entend par là, un monsieur qui a récidivé,
01:27qui a été libéré d'un centre de rétention par une juge, même si ce n'est pas de sa faute parce
01:33qu'elle respectait le droit, mais en tout cas qui savait qu'il avait des risques de récidive,
01:36etc. Mais je voulais revenir sur la question de l'émotion, sur pourquoi à mon avis l'émotion
01:41peut aveugler, l'émotion peut mal orienter, l'émotion est mauvaise conseillère en politique,
01:45tout à l'heure j'ai écouté votre débat et c'est le risque quand on commente à mon avis un
01:51événement à chaud, c'est qu'on a uniquement certains éléments d'informations qui nous
01:58empêchent d'avoir une vision d'ensemble. Tout à l'heure dans le débat vous avez parlé des OQTF,
02:02de notre relation avec le Maroc, de notre relation avec l'Algérie, vous êtes allé tout de suite sur
02:08la dimension migratoire de la chose, parce que là l'individu était originaire du Maroc et avait
02:13une OQTF. Moi j'aimerais rappeler quelque chose qui est une évidence, mais que quand on parle des
02:18féminicides, féminicides il n'y en a pas un tous les dix ans, il y en a énormément en France,
02:21il y en a énormément en France chaque année. Quand on parle des viols, pareil, il y en a
02:25énormément en France chaque année, c'est pas si vous voulez quelque chose qui survient rarement,
02:27et que dans la très très large majorité des cas de viols et de féminicides, ce sont des gens qui
02:33sont dans l'entourage proche immédiat de la victime et qui n'ont, si vous voulez, aucun lien avec la
02:38question migratoire ni de près ni de loin. Ce que je veux dire par là, c'est que je pense qu'il
02:42faut analyser les faits tragiques ou les faits divers, comme la presse les appelle, sans ornières
02:46idéologiques, sans œillères, et si vous voulez, voir les choses dans leur complexité. Moi je ne
02:52me ferme pas les yeux face au fait que cet individu venait, avait une OQTF, qu'il avait
02:59récidivé, qu'il aurait dû être expulsé, je ne ferme pas les yeux là-dessus, mais je pense qu'il
03:02faut pas non plus zoomer là-dessus parce que c'est pas un élément d'explication de causalité sur les
03:06violences sexuelles en général. Je suis complètement d'accord avec ce que vous dites et
03:12on sait très bien que pour ce qui est des viols, c'est souvent dans la famille, on connaît tout ça,
03:18mais là on parle de ce cas-là, de celui-ci dont je parle, c'est pas des viols et des atteintes
03:25sexuelles de manière générale. L'émotion, là, elle est pour Philippines, elle est ce qui est
03:30arrivé à Philippines, elle n'est pas sur les viols de manière générale ou les agressions sexuelles
03:36de manière générale, donc là on est sur ce cas-là et je dis que ce cas-là, comme bien d'autres cas,
03:42et je ne zoom pas, il n'est pas question de zoomer, il est question de rappeler la réalité. On est là,
03:46il y a un rapport direct entre des gens qu'on laisse rentrer sur notre territoire, qui commettent
03:52des infractions et là, si cet individu avait été expulsé, ce qui était la voie normale puisqu'il
03:59avait rien à faire ici, sauf a priori, hélas, des horreurs, si cet individu avait été expulsé,
04:06Philippines ne serait pas morte. Il n'y a aucun problème à regarder le réel. Là, je ne parlais
04:11que de cela. Évidemment, si l'on veut parler plus largement des agressions sexuelles, vous avez
04:15complètement raison, mais c'est un tout autre débat. Moi, je ne parlais que de l'émotion qui,
04:19aujourd'hui, nous serre le cœur et du fait que Philippines n'aurait pas dû mourir.
04:25On peut le dire en un mot, juste en une phrase. Moi, ce qui me serre le cœur, c'est que Philippines
04:29ait été violée et assassinée. Si vous voulez, ce n'est pas spécifiquement que ce soit par
04:34quelqu'un qui était sous occupé. C'est l'horreur de ce qui s'est passé.
04:36Moi, ce qui me serre le cœur, c'est qu'elle aurait pu ne pas l'être.
04:39On va écouter Didier Migaud, le ministre de la Justice, qui a été relativement silencieux
04:43depuis le début de cette histoire. Il s'est exprimé ce matin. Écoutez-le sur cette affaire.
04:49Je serai toujours le défenseur de l'état de droit, toujours le défenseur de la justice,
04:54toujours le défenseur des magistrats, sans être complaisant vis-à-vis de manquements
05:00qui peuvent effectivement intervenir. Mais je comprends que l'émotion est telle qu'elle
05:07submerge, bien évidemment, tous les discours objectifs que nous...
05:13Donc vous répusez l'idée qu'il y a eu défaillance de l'institution judiciaire
05:17dans l'affaire qui a mené au meurtre de la jeune Philippine ?
05:21C'est une décision individuelle, vous savez que je n'ai pas à la commenter. Pour moi,
05:24c'est un sentiment d'échec, bien évidemment, quand on est confronté à ce type de situation.
05:27C'est évident. Donc comment faire en sorte que ce type de situation ne puisse pas se reproduire ?
05:35C'est la vraie question, ça, Magali. Sentiment d'échec, dit Didi Migaud.
05:39Oui, je voudrais juste revenir et faire le parallèle avec l'émotion. L'émotion,
05:43c'est un indicateur. C'est un indicateur très fort et ça doit interpeller, ça doit interroger.
05:49C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les politiques doivent se demander pourquoi il y a une telle
05:55émotion et pourquoi il y a eu autant de gens aujourd'hui qui avaient envie de la partager
05:58et d'être dans cette communion. Parce que, je vais faire le lien avec le sentiment d'échec,
06:04il y a cette volonté aujourd'hui, pour l'ensemble des citoyens, de partager ces émotions parce qu'on
06:10est tous acteurs. Pourquoi on est dans ces émotions aujourd'hui et on est en colère ? Parce qu'on a
06:16cette notion d'injustice qui vient nous chercher. Mais parce qu'en fait, au quotidien, on participe
06:21à cette société et on a envie qu'elle grandisse et qu'elle soit meilleure pour nos enfants et pour
06:25tout le monde. Et aujourd'hui, qu'est-ce qui se passe ? C'est cette déconnexion du monde politique
06:29qui, justement, n'accueille pas cette émotion, ne l'accueille pas chez eux, mais ne l'accueille
06:33pas aussi sur celle qui est démontrée publiquement. Et du coup, dans le discours,
06:38ne sont pas en capacité de montrer qu'ils l'ont accueillie, qu'ils l'ont gérée et qu'ils sont
06:42en capacité de répondre à cette émotion. Donc là, quand Didier Migaud, en plus, la façon dont il le
06:47dit à un moment donné, on ne sait pas trop si dans son visage, il y a un espèce de sourire ou un
06:52rictus un peu bizarre, il n'incarne pas cette prise de conscience de l'émotion qui est provoquée
06:57par ce qui se passe aujourd'hui. Et on se rappelle qu'il y a eu un appel à l'ordre entre Bruno
07:01Rotaillot et lui, par Michel Barnier. C'est une structure juridique très dure. On est dans le
07:06juridique, on est dans la règle, on est dans le droit. Et bien sûr que je serai dans l'incarnation
07:11de cette rigueur. Je vous rejoins, il me manque aussi un peu la défense des victimes, parce que la
07:18justice, elle sert à défendre aussi les victimes. Sinon, il n'y aurait pas de justice. Et moi, ce qui
07:23me choque vraiment dans la première partie des propos du garde des Sceaux, c'est justement le
07:27côté. Bon, là, il y a de l'émotion. Une fois que l'émotion sera rentrée, on parlera de choses
07:34rationnelles. C'est un peu plus compliqué que ça. Je trouve ça quand même très gênant de la part
07:40d'un garde des Sceaux de dire ça. Et je ne dis pas que ça, c'est maladroit. Encore une fois, je ne
07:44pointe pas du doigt des responsabilités individuelles dans le drame qui s'est passé
07:50avec Philippine. En revanche, il faut qu'il admette que c'est le système qui a failli. Quand il dit
07:55moi, je suis le garant, je suis le défenseur de l'état de droit et de l'institution judiciaire,
07:59on a l'impression que ça veut dire on ne bougera rien. Et parce que tous ceux qui veulent que ça
08:06bouge sont des gens qui sont pris sous le coup de l'émotion, sont pleins de sanglots et de colère.
08:11Je pense que ce n'est pas tenable très longtemps comme position. Ça, c'est le moins qu'on puisse
08:16dire.