00:00Hello, moi c'est Grace, j'ai 28 ans et je suis athlète paralympique en basket-fauteuil.
00:04Je pense que depuis mon expérience aux Etats-Unis, dans ma tête je suis un peu Stéphane Curie.
00:11Quand j'avais 4 ans, j'ai survécu à un incendie criminel
00:14dans lequel j'ai été gravement brûlée à plus de 60% de surface corporelle.
00:18J'ai également perdu ma mère et mon petit frère
00:20et j'ai dû être amputée des deux jambes en dessous du genou à la suite d'une gangrène.
00:25Le basket, j'ai commencé complètement par hasard.
00:27Dans le lycée dans lequel j'étais, on était obligés de faire une activité sportive le mercredi après-midi
00:32et mes copines qui n'avaient pas du tout de handicap m'ont dit
00:35« ils proposent le basket-fauteuil, il faudrait qu'on essaye ».
00:37J'ai essayé, j'ai kiffé et ça fait 12 ans que j'en fais maintenant.
00:41J'ai la chance de vivre de mon sport.
00:43Je sais que ce n'est pas donné à tout le monde dans le handisport et encore moins dans le handibasket
00:47mais moi j'ai de la chance de pouvoir vivre de mon sport depuis 2016.
00:50J'ai de la chance d'avoir des sponsors
00:53et du fait de ma médiatisation sur les réseaux sociaux de pouvoir gagner par rapport à ça.
00:57Et ensuite, généralement, il y a ton club qui te prend en charge,
01:01qui me paye mon logement et mes différentes dépenses.
01:04Il y a également des primes de match et des défraiements.
01:06Je n'ai pas la double nationalité, je joue aux États-Unis en club
01:10et je suis française de nationalité donc je représente la France lors des compétitions internationales.
01:15Je m'entraîne du lundi au samedi.
01:17Trois heures d'entraînement par jour collectif avec mes coéquipières.
01:20Ensuite, je dois me débrouiller pour caler une séance de muscu par jour
01:24et je dois également faire 100 à 200 shoots toutes seules par semaine.
01:30J'ai eu beaucoup de blessures parce que je joue à haut niveau depuis pratiquement 12 ans.
01:34Par exemple, celle-là, c'est une cicatrice que je me suis faite en tombant à l'entraînement.
01:38C'était une quadruple fracture de l'humérus.
01:40Je me suis cassé le scaphoïde aussi une fois.
01:42Généralement, je me lève trois heures avant le match.
01:44Aux États-Unis, on te dit souvent « look good, feel good, play good ».
01:48J'aime bien me préparer, écouter de la musique à fond.
01:51J'adore écouter par exemple du SDM parce que même si je joue aux États-Unis,
01:55je garde ma petite touche française.
01:57J'essaie de visualiser mes shoots qui rentrent.
01:59Je trouve que c'est hyper important de me visualiser dans des situations de réussite.
02:03Et ensuite, showtime.
02:05J'ai déjà rencontré des difficultés dans mon parcours,
02:08notamment à mes débuts parce qu'il faut savoir qu'en France,
02:12le basket-fauteuil, c'est un sport mixte.
02:14Dans le championnat français, tu joues avec des hommes.
02:17Après quelques années de ça,
02:18l'équipe de France Espoir ne voulait pas de femmes dans son collectif.
02:23C'est quelque chose pour lequel mes entraîneurs et mes coéquipiers s'étaient battus
02:27afin que je puisse rejoindre les rangs de l'équipe de France Espoir.
02:31Et puis, il faut se faire sa place.
02:34Il faut se battre, il faut s'entraîner dur.
02:38J'ai déjà eu envie de baisser les bras plusieurs fois
02:41parce que c'est vrai que la vie d'une athlète, c'est quand même beaucoup de sacrifices.
02:46Tu rates beaucoup de choses, des événements familiaux, amicaux.
02:50Tu es loin de ta famille.
02:51En e-sport, c'est vrai que parfois, tu n'as pas non plus la reconnaissance
02:54que certains athlètes valides ont.
02:57Parfois, tu te dis à quoi bon.
02:59Mais j'ai eu la chance de vivre tellement de beaux moments,
03:01notamment les Jeux Paralympiques de 2016,
03:03que quand tu vis ce genre de moment, tu te dis c'est pour ça que je fais ça.
03:07Le plus difficile dans ma discipline,
03:09je dirais que c'est sans doute la manipulation du fauteuil et du ballon.
03:13Moi, il faut savoir que dans la vie de tous les jours, je marche tout le temps.
03:16Je n'ai pas de fauteuil de ville.
03:18Je m'assois dans mon fauteuil que pour les entraînements.
03:20Je pense que je dois m'entraîner un petit peu plus
03:23que des personnes qui sont dans leur fauteuil tous les jours.
03:27Même si le fauteuil de ville et le fauteuil de sport sont différents,
03:29je ne pense pas qu'il serait possible de jouer debout.
03:31Ça me fatiguerait trop et je n'arrive pas à sauter.
03:34Je pense que si je tombe, je me blesserais moi
03:37et je pourrais également blesser les autres.
03:40Comme dans le sport, je pense que ma devise,
03:42c'est « never give up » et de faire les choses à fond.
03:45Je ne suis pas une très bonne perdante
03:47parce que je suis très exigeante avec moi-même.
03:49Je m'entraîne très dur.
03:50C'est vrai qu'aux États-Unis, on t'apprend beaucoup à gagner.
03:53Perdre un match, ça ne remet pas en question ton niveau ni la personne que tu es.
03:57Il ne se passe pas grand-chose quand tu es en situation d'échec.
03:59Mais c'est vrai qu'on t'entraîne pour gagner et on te conditionne pour gagner.
04:03Quand je perds, la seule chose qui me console, honnêtement,
04:06c'est de passer un peu du temps avec mes amis,
04:08qui me fassent rire.
04:09C'est le temps qui efface les choses.
04:11Sincèrement, il y a des victoires ou des actions que j'ai ratées
04:15il y a 2, 3, 4 ans dont je me souviens encore
04:18et qui me font toujours rager comme le jour.
04:21Quand je gagne, je suis hyper contente.
04:23Généralement, le soir, je sors avec mes amis pour fêter ça, c'est sûr.
Commentaires