00:00Europe 1 & Vous, 11h-13h, Olivier Delagarde.
00:06Allez, on passe à cette histoire à peine croyable, celle de Christophe Kidder,
00:10braqueur multirécidiviste en prison depuis 1995.
00:14Il est aussi l'auteur de multiples tentatives d'évasion.
00:17Il n'est pas libérable avant 2044, mais il a pourtant obtenu une permission de sortie
00:22pour passer son permis de conduire dès le 19 août prochain.
00:25Et pour en parler dans Europe 1 & Vous, est en ligne avec nous Emmanuel Chambaud,
00:28secrétaire général du syndicat UFA-PUNSA, c'est un syndicat de justice.
00:32Bonjour Emmanuel Chambaud.
00:34Bonjour.
00:35Est-ce que cette histoire vous choque ?
00:37Oui, évidemment qu'elle nous choque.
00:40Nous avons vécu des événements terribles le 14 mai dernier,
00:44il y a tout juste 4 mois en Normandie, 3 mois en Normandie.
00:49Et aujourd'hui, si vous voulez, nous sommes dans la...
00:51L'évasion mortelle de Mohamed Amra, rappelons-le.
00:54Ou deux surveillants ont été tués.
00:56Deux de mes collègues ont été tués et trois blessés, dont un un peu plus griemment.
01:00Et si vous voulez, on est dans l'incompréhension par rapport à ce qui se passe,
01:04parce que ce détenu, le détenu qui est très connu dans l'administration pénitentiaire,
01:10un détenu particulièrement signaté, qui fait partie des DPS,
01:13juste un chiffre, 79 000 détenus incarcérés en France et en Outre-mer,
01:20300 détenus seulement classifiés DPS.
01:24DPS, c'est quoi ?
01:25Détenus particulièrement signalés.
01:27C'est des détenus qui, dès qu'ils sortent d'un établissement pénitentiaire,
01:30sont pris en charge par les forces de sécurité intérieure,
01:33soit la police, soit la gendarmerie nationale.
01:35Voilà, on regarde leur profil de dangerosité.
01:37Et si vous voulez, ça nous interpelle le détenu DPS
01:40avec le pacifisme qu'il a et la violence qu'il a commise dans les prisons, rappelons-le.
01:45Plusieurs tentatives d'évasion.
01:47Et une dernière, qu'il avait réussie à Moulin-les-Heures en 2009,
01:51avec la prise d'auto-otage pendant 36 heures de deux collègues,
01:55en utilisant des explosifs,
01:57avec quelqu'un qui est dangereux et connu dans le milieu pénitentiaire
02:01et qui bénéficie de cette permission de sortie alors qu'il est libérable en 2044,
02:05nous laisse effectivement très interrogatif sur les raisons de cette permission de sortie
02:12et les modalités d'attribution de cette permission,
02:14qui en nous ne correspondent à rien,
02:16à un aménagement de peine ou à un quelconque objectif,
02:20puisque, je le rappelle, ça date de libération en 2045.
02:23Mais pour vous, c'est un dysfonctionnement de la justice ?
02:26Écoutez, l'administration pénitentiaire, pour une fois, a pris ses responsabilités
02:30puisque le chef d'établissement s'était opposé à cette permission de sortie.
02:33Il s'était opposé.
02:35Et le juge d'application des peines, les juges d'application des peines,
02:38en ont décidé autrement,
02:40et donc ont validé cette permission de sortie.
02:43Alors, on verra bien, l'avenir nous dira,
02:45si nous avons eu tort de nous inquiéter pour rien.
02:48Néanmoins, s'ils détenus ces votes pendant sa permission de sortie et ses codes de conduite,
02:52ceux qui ont pris la telle décision vont porter la responsabilité, quelque part.
02:56Mais, a priori, c'est le fonctionnement normal de la justice, quand même, qui va s'appliquer.
03:00C'est une décision qui est encore prise, une fois, par le juge d'application des peines.
03:06Il y a un débat contradictoire qui se tient dans les permissions de sortie.
03:10L'administration pénitentiaire avait émis un avis négatif sur cette permission de sortie.
03:15Les magistrats, en leur rendant méconscience, n'en ont pas tenu compte,
03:19et donc ont validé cette permission de sortie.
03:21Voilà, je trouve ça un peu dommageable.
03:25Qu'il y ait mieux que les personnels de surveillance,
03:27qui sont au contact, au quotidien, des individus qu'on garde,
03:30ont un regard objectif sur la possibilité d'octroyer ou pas une permission de sortie.
03:34Même si la décision est pénale, bien sûr, on revient aux juges d'application des peines.
03:38La reconversion, c'est aussi important.
03:41Préparer sa sortie de prison, on vous dira,
03:44il est bon que des détenus puissent se réinsérer progressivement.
03:49Ce n'est pas le cas, là, dans cette histoire ?
03:51Non, si vous voulez, nous, on n'est pas contre la réinsertion.
03:53La réinsertion fait partie de nos missions.
03:55On a une mission de sécurité, une mission de réinsertion.
03:57Donc la réinsertion et les aménagements de peines,
03:59ça se fait quotidiennement dans les établissements pénitentiaires.
04:02Encore une fois, ce qui nous interpelle,
04:04c'est le fait que ce détenu soit au répertoire des détenus particulièrement signalés.
04:09Donc, ça nous interroge parce qu'on a vécu un drame.
04:13Je fais un parallèle avec le drame. Pourquoi ?
04:15Parce qu'on est en train de revoir les escorts pénitentiaires
04:17quand on sort les détenus des établissements pénitentiaires.
04:20Et aujourd'hui, on est en train de nous dire que finalement,
04:22un DPS, qui est le plus haut du spectre et le plus dangereux,
04:25peut sortir sans personne.
04:27Si vous voulez, ça m'inquiète.
04:29On a déjà eu deux collègues qui ont été tués,
04:31trois qui ont été blessés.
04:32Je n'ai pas envie de revivre ça.
04:33Et ce type de permission accordée, si vous voulez, à ce détenu,
04:36qui est encore aujourd'hui DPS,
04:38nous interroge et nous interpelle quant à la sécurité des personnels
04:43quand ils vont sortir puisqu'on estime,
04:45les magistrats ont estimé qu'ils avaient besoin de personne pour sortir.
04:49Mais ça veut dire que pour vous, un DPS, un détenu particulièrement signalé,
04:53ne devrait pas bénéficier de permission ?
04:56Écoutez, à un moment donné, si le détenu qui est classé DPS
05:00peut rentrer dans un programme d'aménagement de peine,
05:04c'est qu'il a son niveau de dangerosité abaissé.
05:07Dans ce cadre-là, l'administration pénitentiaire doit revoir
05:10le niveau de dangerosité de l'individu.
05:13Aujourd'hui, au moment où on se parle,
05:14l'administration pénitentiaire n'a pas jugé bon
05:17d'abaisser le niveau de dangerosité du détenu PDR,
05:20c'est qu'elle a des motifs réels pour ne pas l'avoir fait.
05:23Voilà.
05:24Moi, je dis simplement, nous sommes des professionnels.
05:27Nous avons, dans le cadre de nos missions,
05:29l'observation, la réinsertion et la sécurité
05:32des établissements pénitentiaires et des personnes que nous prenons en charge.
05:36Et aujourd'hui, ce détenu est DPS.
05:39Et tant qu'il est DPS, effectivement,
05:41le fait d'accorder une permission de sortie à un DPS
05:44alors que le même individu sortira à l'hôpital escorté
05:48d'au moins six à dix policiers, nous interpelle.
05:52Est-ce que vous attendez quelque chose du ministre,
05:55ministre des missionnaires en ce moment ?
05:58Écoutez, on travaille actuellement sur le relevé de décision
06:01qu'on a fait avec le ministre suite aux événements dramatiques du mois de mai.
06:04Effectivement, quand on va se rencontrer,
06:06on va remettre ça sur la table parce qu'on a une réelle difficulté
06:09sur ces missions dès lors qu'on sort des détenus.
06:12Alors là, j'allais dire, on pourrait très bien dire,
06:15finalement, ça ne nous concerne pas puisque ce détenu va sortir libre.
06:18Il va sortir libre, donc il ne mettra pas en danger
06:21l'institution et les personnels pénitentiaires.
06:23Néanmoins, il peut fragiliser le travail qu'on est en train d'effectuer
06:28sur le niveau de renforcement des escorts,
06:31tel qu'on est en train de le définir avec le directeur d'administration pénitentiaire,
06:34suite à l'événement dramatique d'un carbine.
06:38Et l'évasion mortelle de Mohamed Amra,
06:42où deux surveillants, racontons-le, ont été tués.
06:44Mohamed Amra est toujours en fuite.
06:47Dans quel état d'esprit sont les surveillants de la pénitentiaire
06:51trois mois après ce drame ?
06:54Écoutez, c'est compliqué.
06:58Je ne vous cache pas qu'aujourd'hui,
07:00bon nombre de collègues qui effectuent ces missions se posent des questions.
07:03On doit se battre encore des fois quotidiennement
07:06pour relever certains niveaux d'escort de détenus qu'on sort.
07:09Une note vient de sortir, une circulaire du ministre vient de sortir
07:13concernant les visioconférences,
07:15puisque nous, on a souhaité,
07:17n'étant pas en capacité de sécuriser correctement
07:20ces missions extérieures,
07:22pas pendant des respectifs dans l'administration pénitentiaire
07:25que dans les forces de sécurité intérieure,
07:27on a demandé qu'on puisse développer un petit peu plus les visios.
07:30C'est-à-dire que là où il n'y a pas à sortir un détenu,
07:33il n'y a pas d'obligation à le sortir et on peut le faire en visio.
07:36Traitons-le par visio, ça évite de mettre en difficulté
07:38les personnels pénitentiaires, si vous voulez.
07:40Merci beaucoup, Emmanuel Chambaud.
07:42Je rappelle que vous êtes secrétaire général de l'UFA Punsa,
07:44l'un des principaux syndicats de l'administration pénitentiaire.
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