00:00Les petites devinettes pour passer à la suite, est-ce que vous avez déjà entendu ça ?
00:03C'est une toux, une toux d'un enfant en bas âge ici et pourquoi on vous fait écouter
00:12cette toux-là ? Parce qu'elle est représentative de quelqu'un qui est contaminé par la coqueluche.
00:16Plus de 18 000 cas recensés en France depuis janvier 2024, 17 décès enregistrés, principalement
00:22des nourrissons.
00:23Pour en parler ce matin, nous recevons Benjamin Davido, bonjour.
00:25Bonjour à tous.
00:26Merci d'avoir accepté notre invitation.
00:27Vous êtes infectiologue à l'hôpital Raymond Poincaré de Garches.
00:30Cette toux, nous l'avons entendue, c'est un des symptômes, j'imagine, de la coqueluche.
00:35Comment la reconnaît-on ? D'abord, vous avez raison, c'est un des symptômes
00:39parce qu'en fait, dans le début de la phase de la maladie, souvent, c'est un syndrome
00:41banal, pseudo-grippal avec le nez qui coule et c'est cette toux asphyxiante de moco-cluche
00:46au champ du coq qui imite le bruit du coq, qui est très évocatrice et qui fait porter
00:50son nom.
00:51Les Chinois, d'ailleurs, l'appellent la toux des 100 jours parce que c'est une maladie
00:53qui donne une toux chronique extrêmement longue.
00:56On peut être symptomatique pendant plusieurs mois absolument, ça s'appelle une toux chronique
01:00et on sait qu'on est contagieux sans traitement pendant au moins trois semaines, c'est-à-dire
01:03une durée de contagiosité extrêmement longue.
01:05Ça se transmet comment ? Ça se transmet par voie gouttelette, par voie
01:08respiratoire, en réalité, comme le Covid, comme l'ensemble de ces maladies respiratoires
01:11dont on a beaucoup parlé ces dernières années et c'est une maladie qui évolue de façon
01:14saisonnière.
01:15On estime que globalement, on a des résurgences environ tous les 5 à 10 ans et aujourd'hui,
01:21on le sait un petit peu comme les autres maladies dont on a pu parler les mois derniers, notamment
01:25le mycoplasme.
01:26Ces maladies-là ont été endormies un petit peu en incubation quelque part pendant la
01:29période du Covid et des gestes barrières et aujourd'hui, on voit la résurgence de
01:32ces maladies malgré une maladie évitable par la vaccination.
01:34Mais oui, c'est ça, il y a un vaccin quand même qui permet d'éviter la coqueluche.
01:38Pourquoi il y a une recrudescence alors qu'il y a un vaccin ? Ça semble un peu contre-intuitif.
01:42Oui, vous avez raison.
01:43En fait, c'est une très bonne remarque.
01:44En réalité, vous l'avez évoqué dans les chiffres, d'abord ce qui est extrêmement
01:47dur, c'est que le peu de décès qu'on voit, ce sont des tout petits enfants et des décès
01:52chez les enfants, évidemment, c'est extrêmement frustrant.
01:54Et on sait que la vaccination des tout petits, elle commence à partir de deux mois et que
01:57finalement, le risque, il est majeur chez ces tout petits, chez ces nourrissons.
02:01Et on estime que pour avoir une protection maximale, il faut au moins chez ces enfants
02:06avoir reçu trois doses, ce qui nous ramène à l'âge de onze mois.
02:09Et on sait qu'aujourd'hui, le trois quarts de ces enfants qui font des formographes sont
02:13des nourrissons, d'où l'importance de la vaccination de la mère enceinte qui sont
02:17des nouvelles recommandations depuis avril 2022.
02:19Ça permet de protéger le nourrisson ? Absolument.
02:22Et peut-être on dira un mot tout à l'heure du Covid, c'est aussi des recommandations
02:24qui maintenant émanent pour l'ensemble de ces maladies, dont la Covid-19, notamment
02:27au dernier trimestre de la grossesse, qui permet d'avoir une immunisation passive par
02:30la mère et d'augmenter la protection en plus de ce rappel vaccinal que l'enfant a
02:35à deux mois, à quatre mois et à onze mois.
02:36Donc c'est hyper important, effectivement.
02:38Comment on explique que certains adultes, vaccinés aussi parfois, soient aussi contaminés
02:43par la coqueluche ? Alors, ça dépend bien sûr des publications,
02:48des cohortes.
02:49On estime que le vaccin est efficace contre les formes graves de 80 à 90%, mais est beaucoup
02:54plus lâche face aux risques de contagiosité.
02:56Vous savez, on a souvent tenté un procès de mauvaise intention, à mon sens, sur le
02:59vaccin de la Covid.
03:00On se dit, finalement, ce vaccin, il n'empêche pas de tomber malade.
03:02On sait qu'il y a, pareil, dans la coqueluche, un distinguo entre ces formes dites bénignes,
03:06ces formes graves qui conduisent notamment les plus petits ou les personnes très âgées
03:09ayant des comorbidités à l'hôpital, et donc on a une vaccination qui est extrêmement
03:14forte et imparfaite.
03:15Et puis aussi, on le sait, cette vaccination, elle va s'estomper après cinq ans caricaturellement
03:19et des données très solides qui montrent que globalement, après sept ans, il est bon
03:23temps de faire des rappels vaccinaux.
03:24Et là où vous avez raison, c'est que le calendrier vaccinal, en réalité, il est
03:28très serré, j'allais dire, jusqu'à l'adolescence, avec des rappels à l'âge de 13 ans, puis
03:33à 25 ans.
03:34Et puis ensuite, on disparaît des radars, sauf pour les professionnels, notamment de
03:37la santé ou de la petite enfance, qui sont en contact avec ces enfants jusqu'à 65 ans.
03:42On peut faire des rappels à 45 ans, à 65 ans, et c'est peut-être ça, aujourd'hui,
03:45qui nous manque pour être en ordre de bataille, pour limiter aussi le risque de transmission
03:49au sein des populations.
03:50Vous l'avez évoqué à plusieurs reprises comme un point de comparaison qui nous a tous
03:54marqués.
03:55C'est évidemment l'épidémie de Covid.
03:57Paris accueille les Jeux olympiques.
03:59Est-ce qu'on peut craindre que la capitale devienne une espèce de cluster géant ?
04:03J'allais dire, elle est déjà en quelque sorte comme beaucoup de capitales du monde.
04:08D'abord, il faut souligner le fait qu'on va arriver sur un mois d'août et que, malgré
04:13cela, on est face à une épidémie de maladies respiratoires hivernales qui sévit en été.
04:17C'est tout un paradoxe.
04:18Et quand on regarde les chiffres de la saison dernière, en réalité, le Covid a grimpé
04:22à partout de la 30e semaine, sans me tromper, on est autour de la 29e, et donc le risque,
04:26vous avez raison, ça coïncide complètement avec cette période des Jeux olympiques où
04:29surtout on va recevoir du public du monde entier.
04:30Le Covid, ce n'est pas une maladie française.
04:32Et donc, il va falloir faire particulièrement attention parce qu'on sait que ce virus peut
04:36se transmettre en été parce qu'il est extrêmement contagieux.
04:39Ce fameux R0, ce taux de reproduction, on estime que pour ces sous-variants d'omicron,
04:43il est supérieur à 10, c'est-à-dire qu'une personne contamine en moyenne plus de 10 personnes
04:46dans l'entourage.
04:47C'est beaucoup.
04:48C'est beaucoup.
04:49Et aujourd'hui, malheureusement, les seules personnes « protégées » face à ces nouveaux
04:53variants, notamment qu'on appelle Kp2, Kp3 de la famille Flirt, sinon amusant, on a
04:57envie de flirter ou pas vraiment avec eux, ce sont ceux qui ont eu la malchance ou la
05:02chance, ça dépend de quelque chose qui se passe, d'avoir été contaminés l'hiver
05:04dernier.
05:05Ça représente peu de personnes, en réalité.
05:06Et donc, aujourd'hui, on est tous quelque part à risque de se contaminer.
05:10Et puis on le sait, la campagne de vaccination pour les personnes les plus fragiles, parce
05:13que l'enjeu, c'est ça, c'est d'éviter une saturation de l'hôpital, et bien elle
05:17n'a pas battu son plein, pour être clair, moins de 5% de la cible pour la vaccination
05:21du printemps, ce qui, malheureusement, fait qu'il y a un risque et qu'on revoit des patients
05:25arriver à l'hôpital pour des formes graves avec ces nouveaux variants.
05:28Très rapidement, on a parlé de la coqueluche, du Covid, est-ce qu'on est à même d'être
05:32peut-être contaminés par d'autres choses, de voir d'autres épidémies, justement, dans
05:35ce contexte des JO ? Et qu'est-ce qu'on fait, du coup ?
05:38Sans être monomaniaque de la vaccination, d'abord, on oublie le trésor de la vaccination
05:42qui nous a protégés contre beaucoup de ces maladies dont on parle, des maladies oubliées,
05:46c'est le cas de la coqueluche, c'est le cas de la rougeole, et en fait, ces maladies,
05:50on en parle beaucoup depuis le début de l'année, et ces maladies ne sont pas des exclusions
05:53françaises, et justement, elles vont faire le tour du monde, et donc la meilleure façon,
05:56on va dire, le risque pour les JO, il va surtout être d'une transmission par voie respiratoire,
06:00et donc probablement les bons réflexes à avoir face à ces maladies...
06:02Le retour du masque.
06:03Alors évidemment, pas le retour du masque, on est sailleurs, on n'a pas envie d'être
06:06ridicule, mais c'est lorsqu'on est symptomatique, lorsqu'on a des symptômes, lorsqu'on sait
06:09qu'on est tombé malade, finalement, de se dépister, de porter un masque pour se protéger,
06:14le lavage des mains, tous ces gestes barrières qu'on connaît, pour éviter en réalité
06:17de transmettre à d'autres personnes, et je pense que ça va être ça l'enjeu si on veut
06:20être responsable et limiter la consommation du système de soins.
06:23Merci, merci beaucoup Benjamin Davidot d'avoir répondu à nos questions ce matin.
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