00:00Un été de résistance, 80 ans après.
00:11Valence, le bombardement meurtrier des alliés.
00:18De la Libération, on connaît les images de fêtes, de joie,
00:20mais dans la vallée du Rhône, l'été 1944 a aussi été meurtrier,
00:25notamment à cause de bombardements imprécis.
00:28Le 15 août, date du débarquement allié en Provence,
00:31il se passe quelque chose dans le ciel de Valence.
00:33À l'époque, Robert Gauthier habite dans une ferme
00:36proche de l'aérodrome de Chabeuil,
00:38et en cet après-midi clair du mois d'août, il est dehors.
00:41Les Allemands avaient par habitude d'avertir.
00:44Ils tiraient des fusées d'alarme, vous voyez,
00:46avec un pistolet, ils tiraient des fusées d'alarme.
00:48Et alors quand la fusée partait rouge,
00:51ça voulait dire qu'il y avait alerte.
00:54Et comme mes parents m'avaient absolument demandé
01:01de rester dehors pour voir s'il y avait des déclenchements d'alerte,
01:08c'est moi qui avertis mes parents de vite venir dans le tranché
01:12parce que j'avais vu partir les fusées rouges.
01:15Au début, on les voyait arriver,
01:17on voyait les impacts d'obus dans le ciel devant les avions.
01:22On entendait partir l'obus et on l'entendait exploser dans le ciel.
01:26Ça faisait comme un ballon, un nuage, quoi, mais voilà.
01:30Robert Gauthier et sa famille ont une tranchée autour de chez eux,
01:33preuve de la fréquence des bombardements près de l'aérodrome.
01:36Mais comme il le raconte, c'est bien sur Valence
01:39que les bombes tombent ce jour-là.
01:41Elles visent le pont Mistral.
01:43L'historien Alain Coustauri explique que c'est stratégique.
01:46C'était détruire tous les ponts sur le Rhône
01:49pour arrêter la retraite allemande.
01:52Les bombardiers de l'USAF ont bombardé d'assez haut,
01:59trop haut, pour être vraiment précis.
02:02Ils ont manqué le pont.
02:03Plutôt que le pont, l'hôpital est touché, une partie s'est effondrée.
02:08La basse-ville est dévastée avec les quais du Rhône.
02:11La préfecture est frappée de trois bombes, la maire du préfet meurt.
02:15Les incendies se déclarent de partout, il n'y a plus d'électricité.
02:18Le bilan sera fait quelques jours plus tard, plus de 300 morts.
02:22Le chef de la résistance dromoise, le colonel Legrand,
02:27qui commandait tous les FFI de la Drôme,
02:29envoie un message en gueule, disons, pardon, excusez-moi,
02:34ses supérieurs.
02:35Il dit, c'était pas la peine, grossièrement,
02:37c'était pas la peine de faire ceci.
02:39Et surtout, il dit, nous résistants, on ne peut plus rentrer dans Valence
02:44parce qu'on se fait injurier.
02:46Bon, quelques jours après, il y rentrera.
02:48Mais sur le coup, il ne pouvait pas rentrer
02:50parce que les gens ne comprenaient pas que ce sont,
02:52ce seraient quand même les avions alliés qui manquaient le pont
02:56et détruisent l'hôpital et les 300 morts.
02:59Une tragédie à quelques jours seulement de la libération
03:03qui aura lieu le 30 août à Valence et qui, selon Alain Coustauri,
03:07n'a pas été aussi festive qu'on a bien voulu le montrer.
03:09On voit toujours les gens joyeux, on voit toujours,
03:13on va féliciter les Etats-Unis,
03:16bien entendu qui, avec le service de propagande, en profitent et en remettent.
03:20Mais il y a beaucoup de Valentinois qui n'étaient pas très heureux
03:23parce qu'ils avaient perdu parents, cousins et amis dans ce bombardement.
03:29Écoutez les personnes dans la Drôme, les personnes âgées,
03:32quand on parle des bombardements actuels,
03:35quand ce sont les Etats-Unis qui bombardent,
03:40ils bombardent de haut comme en 1944.
03:42C'est resté dans l'imagerie populaire.
03:45Valence est gravement touchée mais a Saint-Vallier,
03:48un bombardement similaire, fait 85 victimes.
03:51Le Poussin est une ville quasiment détruite
03:54où on dénombre 46 morts selon les historiens.
03:57La Drôme-Ardèche a payé cher les derniers instants de la guerre à l'occupant.
04:15Sous-titrage ST' 501
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