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  • il y a 2 ans
Pierre Bellemare comme vous ne l’avez jamais entendu ! C’est la promesse de ce nouveau podcast imaginé à partir des archives exceptionnelles du Service Patrimoine Sonore d’Europe 1.
Affaires criminelles, true crime, crimes, enquêtes, crimes historiques ou plus récents, crimes crapuleux, crimes familiaux, crimes inexpliqués surtout : Pierre Bellemare est le pionnier des grands conteurs de récits radiophoniques. Dans les années 70, cette voix culte d’Europe 1 a tenu en haleine les auditeurs avec ses histoires extraordinaires. Des histoires vraies de crimes en tout genre qui mettent en scène des personnages effrayants, bizarres ou fous. Des phrases à couper le souffle, des silences lourds de suspense, un univers de polar saisissant et puissant.
Avec un son remasterisé et un habillage modernisé, plongez ou replongez dans les grands récits extraordinaires de Pierre Bellemare.

En 1960, Ricardo Klement est enlevé par un groupe d’hommes dans le quartier ouvrier de Buenos Aires. La situation, qui pourrait à priori être classée comme un simple fait divers, cache une vérité bien plus terrifiante…

Ces hommes sont en réalité des agents du Mossad, les services secrets israéliens. Ces derniers sont prêts à tout pour ramener sur la terre promise l’ancien nazi Adolf Eichmann, réelle identité de Ricardo Klement.

C’est sa carrière au sein de l’armée allemande qui lui a permis d’intégrer les SS, et de gravir les échelons jusqu’à devenir une figure importante de la Shoah. Il est donc logique qu’après la chute du Reich, à l’origine de sa fuite en Argentine en 1948, il soit pourchassé sans relâche par l’Etat hébreux…

C’est en le faisant passer pour un malade placé sous sédatif que le commando israélien quitte le pays au nez et à la barbe des Argentins. Il aurait été plus facile de le tuer, mais cette opération illégale avait pour seul but de juger publiquement le criminel de guerre….

Écoutez Pierre Bellemare faire le récit de cette traque dans cet épisode du podcast "Les récits extraordinaires de Pierre Bellemare", issu des archives d’Europe 1 et produit par Europe 1 Studio.
Retrouvez "Les Récits extraordinaires de Pierre Bellemare" sur : http://www.europe1.fr/emissions/les-recits-extraordinaires-de-pierre-bellemare

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Transcription
00:00Bienvenue dans les récits extraordinaires de Pierre Belmar, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:10Ricardo Clément était un travailleur tranquille et honnête. Chaque soir,
00:18Ricardo Clément rentrait paisiblement chez lui dans un modeste logement du quartier ouvrier de
00:23Buenos Aires. Pourtant, l'histoire de Ricardo Clément pourrait vous tenir en haleine de la
00:32première à la dernière page d'un livre épais. Aussi, ne m'en veuillez pas trop si je vous
00:39raconte en quelques 24 minutes une enquête qui dura 15 ans. Pourquoi le mercredi 11 mai 1960,
00:48une équipe complète d'hommes venus de fort loin était-elle sur le pied de guerre? Pourquoi ces
00:55hommes étaient-ils prêts en quelques secondes à se mettre hors la loi? Et pourquoi tout cela
01:02précisément à propos d'un travailleur tranquille et honnête qui rentrait paisiblement chez lui
01:07chaque soir dans un modeste logement du quartier ouvrier de Buenos Aires? Que pouvait représenter
01:13pour ces hommes et ces femmes sur le pied de guerre un certain Ricardo Clément? Vous répondrez
01:21en partie à ces questions quand vous saurez que le paisible Ricardo Clément, travailleur honnête,
01:27fut plus connu quelques années plus tôt pour une besogne abominable à laquelle il se livra avec la
01:36même conscience professionnelle, besogne qu'il accomplit sous son vrai nom. Quand vous saurez
01:42que ce nom fut Adolf Eichmann, vous comprendrez qu'à ce titre, l'enquête qui amena à la capture
01:50de ce Ricardo Clément et cette capture elle-même, méritait de tenir une place toute spéciale dans
01:57les dossiers extraordinaires.
02:12Adolf Eichmann qui fut-il avant de tomber dans les filets d'une police très spéciale opérant dans
02:24la plus parfaite illégalité près d'un faubourg oublié de Buenos Aires? Et bien Adolf Eichmann,
02:30cet homme grand et maigre avec d'immenses oreilles décollées qui lui donne l'air d'un vieil élève du
02:37type forentem, Adolf Eichmann fut ni plus ni moins que l'homme de confiance du troisième Reich.
02:43Robert Sturmbannfuhrer Adolf Eichmann, en tant que chef du service de sûreté,
02:49eut l'insigne honneur d'être choisi pour trouver la solution définitive. Vous ne vous souvenez
02:57peut-être plus de ce que ce terme pudique recouvre. Cette solution devait bien sûr résoudre un
03:04problème. Ce problème, c'était le problème juif. Quand j'aurai terminé mon travail, les juifs
03:10auront disparu d'Europe. Voici quelle fut la promesse solennelle faite par Adolf Eichmann en
03:171942 au chef des SS Heinrich Himmler. Lourde tâche qu'il acceptait là, n'est-ce pas? On ne fait pas
03:26disparaître dix millions d'êtres humains comme cela. Mais Adolf Eichmann devait être exceptionnellement
03:33doué. En tout cas, il était fort consciencieux et s'attaqua aux fameux problèmes avec un sens de
03:37l'organisation qui lui valut l'estime de ses chefs. Ainsi furent créés les camps de la mort,
03:44approvisionnés par trains spéciaux et débouchants sur les chambres à gaz et les fours cramatoires.
03:49Déportations massives et exécutions groupées se succédèrent et le consciencieux chef de la sûreté
03:55allait inexorablement vers l'aboutissement de sa mission. Six millions. Il en extermina six
04:04millions. Six millions de femmes, d'hommes et d'enfants lui doivent une fin horrible. Six
04:11millions. Voilà qui était Adolf Eichmann. Personne ne sut où il était passé lorsqu'arriva l'heure des
04:19comptes en 1945. Parmi les milliers et les milliers de prisonniers que firent les troupes américaines,
04:27il y avait un caporal de la Luftwaffe qui un jour s'échappa du camp où on le gardait plus ou moins
04:34bien et disparaît. En fait, ce caporal était mort depuis plusieurs semaines et sous son uniforme
04:40locteux se cachait Eichmann. Bien sûr, on n'en resta pas là et le nom, le signalement du criminel
04:48furent diffusés dans tous les pays alliés ou occupés. Il fut en tête de liste des criminels
04:53de guerre à retrouver par tous les moyens. On en retrouva d'autres, pas lui. Mais les réfugiés
05:01juifs, eux, n'avaient pas oublié. Le souvenir des frères, des femmes, des fils et des filles qu'ils
05:07avaient perdus à cause d'Eichmann était un aiguillon vivace pour leur mémoire. Dès le mois de juin 1945,
05:15un réseau de recherche était en place pour traquer le criminel. Imaginez-vous investir
05:22une telle mission. Un homme. Un homme seul se cache quelque part. Vous ne savez rien de lui. Bien sûr,
05:30vous en avez une vague description, mais il a pu changer de visage. Il a pu prendre 100 noms
05:36différents. Mais il y a des millions de cachettes possibles. Est-il un employé de banque de la
05:43cité londonienne, dont le melon se fond dans la foule de ses semblables ? Est-il un paysan bavarois
05:49demi-caché derrière un pied de houblon ? Ou peut-être ce péode à deux minutes, habibé de
05:54mauvaise tequila ? Si la fumée de son cigare était moins épaisse, ne le découvriez-vous pas derrière
06:00le bureau de cet industriel bien français ? Alors, comment feriez-vous pour retrouver un homme seul
06:06en fuite, se cachant quelque part dans le monde ? Et puisque vous savez depuis le début de cette
06:14histoire qu'il a été arrêté un soir à Buenos Aires dans un quartier ouvrier, c'est qu'il y avait
06:20bien un moyen. Comment donc procéda l'organisation mise en place par les réfugiés juifs pour retrouver
06:27la trace de l'homme seul qui pouvait se dissimuler n'importe où dans le monde ? D'abord, elle prenait
06:34ses ordres et rendait ses rapports à un quartier général. Ce quartier général, basé à Tel Aviv,
06:38devait par la suite être rebaptisé bureau 06. Entendez par là bureau 06 de la police d'Israël.
06:44Quelle piste possédait l'organisation ? Il valait mieux partir sur une trace ancienne que
06:52totalement dans le vide. On commence à la chasse par la ville de Linz, Linz en Autriche. C'est là
07:01qu'Adolf Eichmann avait passé quelques années de sa jeunesse et d'ailleurs non loin de Linz
07:07vivaient encore sa femme et ses enfants à Badaos. Un agent de l'organisation se rend donc à Linz,
07:14il y fait l'acquisition d'une petite boutique et l'affût commence. Le père d'Eichmann vend du
07:22matériel électronique, il est commerçant. La femme d'Eichmann, Vera Liebl, a en fait divorcé de
07:30lui et allait rester seule avec ses trois enfants bien avant le procès de Nuremberg. Mais on
07:36soupçonne que l'ancien SS a gardé des relations avec eux ainsi qu'avec ses frères et ses sœurs.
07:40Et toute cette famille se conduit de manière plutôt curieuse. Chacun des membres sera à son
07:46tour à heure fixe dans un petit village entre Linz et Salzbourg. Le but, la maison du docteur.
07:51Les Eichmann s'y rejoignent discrètement puis repartent séparément. Les Juifs qui sont membres
08:00du groupe des Vengeurs, comme ils se sont eux-mêmes appelés, établissent dès lors une surveillance
08:05sans faille. Ils posent des questions discrètes qui habitent le chalet sur la colline. En effet,
08:10la nuit, le frère et la femme d'Eichmann sont secrètement sortis de la maison du docteur pour
08:15aller vers ce chalet. Les guetteurs ont suivi leur moindre geste. Dans ce chalet sur la colline,
08:20il y a quatre hommes. Qui sont-ils ces quatre hommes? Nul ne le sait. Personne au village ne
08:28les connaît. Ils ne sortent que très rarement la nuit et jamais ensemble. Du chalet on ne s'approche
08:34pas. Vous avez vu les trois gigantesques chiens qui le gardent? Comment savoir si l'un des quatre
08:42hommes est Adolf Eichmann? Les Juifs en faction font la demande du maximum d'informations sur le
08:47physique du nazi recherché. Malheureusement, ils ne peuvent en obtenir une photo. Peu importe,
08:53le signalement est plus que précis jusqu'à sa dentition qui y est décrite. Quatre semaines
09:00d'observation encore et la certitude est acquise. Desmarche, corpulence, taille, l'un des quatre est
09:08Adolf Eichmann. La décision est vite prise. Il faut s'emparer de lui à sa prochaine sortie. Mais
09:15attention, il se fait toujours accompagner dans ses promenades nocturnes par deux des trois chiens.
09:20Pour l'embuscade, ils seront quatre. Quatre hommes dans une jeep et en uniforme de l'armée
09:27britannique. Ils laissent leur voiture, se cachent derrière des arbres et attendent.
09:32Tard dans la nuit, voici que paraît Eichmann, précédé par ses chiens. L'un des hommes du groupe,
09:44spécialement entraîné à ce genre de besogne en Yougoslavie, se met à aboyer. Les chiens devancent
09:50leur maître pour aller vers ce nouveau compagnon. Lorsqu'ils approchent, ils voient rouler entre
09:57leurs pattes énormes des boulettes de viande rouge, une aubaine. Mais le poison qu'elles
10:04contiennent est violent, presque instantané. Voici donc les chiens éliminés. Eichmann s'avance dans
10:12la nuit, les cherche les appels en sifflant. Un pistolet tenu par le canon s'abat sur l'arrière
10:18du crâne. L'homme s'effondre. Les quatre silhouettes se réunissent autour de la forme allongée et sans
10:24perdre une seconde, fourrent le SS, inconscient, à même le plonger, dans la Jeep qui démarre.
10:30Eichmann reprend conscience dans un sous-bois à quelques kilomètres de là. Deux autres hommes se
10:36sont joints au commando. « Tu es Eichmann, dit l'un d'eux », revêne le chef des vengeurs. « Tu es Eichmann
10:45et nous sommes des Juifs ». À la surprise générale, l'Allemand éclate de rire. « Tu sais ce que tu as fait
10:54aux peuples juifs ? », poursuit Revenne. Nouveau rire, puis ses paroles incroyables. « Vous ne pouvez
11:01me faire aucun mal ». La mitraillette a claqué quelques coups secs. La phrase s'est arrêtée au milieu.
11:08« C'en était trop ». Après un instant de stupeur, l'un des membres du commando se penche sur le
11:15cadavre traversé par les projectiles. À la lueur d'une lampe, on regarde sa figure, on examine
11:20sa dentition. Pas de doute, Eichmann est mort. Vous qui m'avez entendu parler de l'arrestation
11:26d'un certain Ricardo Clément à Buenos Aires, vous savez bien que ce n'est pas vrai, que ce n'est pas
11:32Eichmann qui vient d'être abattu à la sauvette dans un sous-bois près de Salzbourg. Mais nombreux
11:36sont ceux, chasseurs de nazis et vengeurs entre autres, qui le croiront, qui le croiront dur comme
11:41fer, qui le croiront pendant quinze ans, jusqu'à ce que l'arrestation du véritable Eichmann vienne
11:47les convaincre qu'ils se sont trompés. Mais alors, si ce n'est pas Eichmann qui gîte en se perçant de
11:53balles dans le sous-bois, qui est-ce ? Un nazi. Mais un personnage de second ordre, choisi à cause
11:59de sa ressemblance très grande avec Eichmann, pour détourner l'attention.
12:04Les récits extraordinaires de Pierre Bellemare, un podcast européen.
12:14Donc, après cette exécution, les vengeurs sont persuadés que c'en est fait d'Eichmann. Pourtant,
12:23la chasse aux nazis continue. En 1955, Israël crée le Yad Vashem, sorte de documentations sur les
12:29crimes nazis et leurs auteurs. En 1958, l'Allemagne fédérale ouvre elle-même un centre pour
12:35l'investigation des crimes de guerre nazis. Ces deux organisations vont joindre leurs efforts pour
12:40traquer les criminels de guerre en fuite. C'est ainsi qu'en été 1959, une nuit, trois hommes sont
12:47interceptés dans la montagne près de la frontière autrichienne. Au cours de la fusillade, l'un d'entre
12:52eux est tué. On emmène les deux autres, avec discrétion et célérité, vers une maison située
12:57à l'écart de tout, près de Francfort. Les prisonniers se laissent aller à quelques
13:02confidences. Ils parlent notamment de la filière de fuite des nazis dont ils font partie. Ils parlent
13:09des capitaux secrets. Ils parlent des arbres de paix que les criminels du Troisième Reich ont
13:13pu trouver en Amérique du Sud. Ils parlent de l'Argentine. Et quelques temps plus tard,
13:21le président d'Israël, Ben Gurion, recevait un certain Isser Harel, dit Isser Akatan,
13:28c'est-à-dire Isser le Petit. Isser le Petit a débarqué sur la terre de Palestine en 1933,
13:34avec pour tout bagage une miche de pain contenant un revolver. En 1948, il est nommé chef des
13:41services de sécurité d'Israël. C'est-à-dire que lorsqu'Isser le Petit déclare vouloir mener
13:46une action, il ne plaisante pas. Et c'est ce qui le fait savoir au président Ben Gurion.
13:50L'Allemagne fédérale a la preuve. Keichman est en Argentine, que faisons-nous ? Ben Gurion n'a
13:58pas une hésitation. Ramenez-le, mort ou vif. À temps de réflexion, puis, je le préférerais vivant,
14:05ce serait important pour la jeunesse. Isser Akatan, Isser le Petit, était lancé. Et puis,
14:14comme ces chiens de chasse courent sur pattes, qu'ils ne lâchent plus le sanglier avant qu'il
14:18ne soit mort, une fois qu'ils sont sur la piste, l'Allemagne Akatan allait flairer celle d'Eichmann
14:23et se mettre en devoir d'aller jusqu'au bout. Un homme avait débarqué en Argentine en chemise
14:30blanche, noeud papillon et par-dessus. Un feutre noir ombragé son visage, des lunettes fumées et
14:37une moustache complétaient cette parodie de déguisement. C'est pourtant ainsi que,
14:42quinze ans plus tôt, Eichmann était arrivé dans le faubourg Vincente Lopez, dans la banlieue de
14:50Buenos Aires. Logeant successivement chez plusieurs anciens nazis déjà établis, il s'était ensuite
14:56retrouvé à Tucumane, à mille kilomètres de la capitale. C'était moins dangereux, moins chaud,
15:02comme disent les malfaiteurs en cavale. À Tucumane, Eichmann avait trouvé du travail
15:08dans une succursale de la Capri, société de construction créée par des nazis pour aider
15:13les nazis. À Tucumane, le 4 avril 1952, une cédula d'identitade, une carte d'identité argentine,
15:22fut délivrée au nom de Ricardo Clément, né à Bolzano de mer allemande, profession mécanicien,
15:28situation célibataire. Célibataire. Un an plus tôt, Vera Liebl, Madame Eichmann, avait reçu une
15:37lettre en Autriche. Elle y apprit que l'oncle Ricardo, cousin de son mari, que Ricardo Clément,
15:44que l'on croyait mort, était encore en vie. Et elle reconnut aussitôt l'écriture et compris.
15:51Elle annonça à ses trois fils, Horst, Klaus et Dieter, que le cousin de leur père les
15:57invitait à les rejoindre en Argentine. Elle réussit, en déjouant toutes les surveillances
16:02dont elle était l'objet, à obtenir un passeport en règle et, le 15 août 1952, elle le retrouvait
16:08enfin sur le quai de la gare de Tucumane. Rien de commun entre cet homme maigre, fatigué, le front
16:13dégarni et le fragrant officier qu'elle avait connu. C'est pourtant cet homme-là qu'elle suivit et avec
16:21qui elle s'habitua à une vie proche de la pauvreté et toujours dans l'inquiétude d'être découvert.
16:25C'est cet homme-là qu'elle épousa très officiellement sous le nom de Clément,
16:30devenant ainsi sa femme pour la seconde fois. Puis c'est à nouveau Buenos Aires où Eichmann a
16:38des amis dans une usine automobile. Il obtient là un emploi de contremaître et c'est alors que
16:43les erreurs commencent. Il prend des habitudes, des horaires réguliers. Il recommence à avoir
16:50des amis avec qui il sort dans des lieux publics et un jour, un jour il est formellement reconnu
16:56par un juif en vacances alors qu'il mange gaiement un Apfelstrudel dans un café tyrolien en compagnie
17:02d'anciens pilotes de la Wehrmacht. Faut-il, chers amis, faut-il que la nature humaine ait profondément
17:08ancré en elle le sens des habitudes pour qu'un homme qui se sait coupable d'avoir tué six millions
17:13d'êtres humains, qui sait au fond de lui que jamais cela ne sera oublié par ceux qu'il chasse, pour
17:19qu'un tel homme donc aille déguster des spécialités autrichiennes en compagnie d'autres nazis dans un
17:24café tyrolien de San Carlos de Bariloche en Argentine, faut-il que l'habitude soit un besoin
17:30vital de la nature humaine ? La piste est aussitôt connue et transmise aux services israéliens. Et
17:37quelle idée aussi, alors que les chasseurs étaient sur ses talons, quelle idée d'aller faire ce qu'il
17:42fit le 21 mars 1960. Écoutez bien, voilà un homme qui depuis des années change d'identité et le
17:51voici qui le 21 mars 1960, devenu Ricardo Clément, achète un énorme bouquet de fleurs pour sa femme.
17:57Vous me direz, Ricardo Clément n'avait-il pas le droit d'offrir des fleurs à sa femme ? Non, non,
18:05chers amis, non. Car le 21 mars était le jour de leur anniversaire de mariage, mais de leur premier
18:13mariage, celui du 21 mars 1935, le mariage en Autriche d'Adolf Eichmann et de Vera Liebl.
18:21Dès le soir du 21 mars, un télégramme arrivait sur le bureau d'Isser le petit à Tel Aviv. Trois mots
18:30seulement en hébreu. Haïchou Haïch, l'homme et l'homme. Le mercredi 11 mai 1960, la nuit descend sur
18:42le Faubourg San Fernando. En mai, c'est l'automne, la nuit vient tôt. Il est 18h29. Un certain Ricardo
18:52Clément saute de l'autobus et du pas honnête et paisible du travailleur fatigué, il rentre chez lui.
18:58Au cou de la rue, une automobile stationne le long du trottoir. Oh, pourquoi une automobile en
19:04stationnement inquiéterait-elle Ricardo Clément ? Il passe. Un peu plus loin, trois hommes discutent
19:10avec de grands gestes des raisons possibles d'une panne. C'est sûrement cela, car on voit auprès
19:16d'eux le capot d'un véhicule qui est levé. Pourquoi Ricardo Clément se soucierait-il d'une
19:22voiture en panne non loin de chez lui ? Il avance toujours. Il croise un homme qui marche à pas lent
19:28sur le même trottoir. Qui aurait-il d'inhabituel à ce que Ricardo Clément croise un passant rentrant
19:35chez lui ? Il avance toujours, arrive au niveau de la voiture en panne et soudain porte vivement la
19:42main à sa poche. Le geste est à peine amorcé que l'un des trois hommes de la voiture saisit cette
19:46main et jette Ricardo Clément à terre. Les deux hommes roulent en se battant dans une tranchée
19:52ouverte par des terrassiers. Clément veut crier, mais ses fausses dents glissent au fond de sa
19:56gorge et étouffent sa voix. Les deux autres hommes se jettent dans la tranchée, immobilisent Clément.
20:0127 secondes. Après le début de la bagarre, la voiture démarre. L'homme nommé Ricardo Clément
20:08est tassé entre le siège avant et le siège arrière. On examine le contenu de ses poches
20:15pour lui retirer son arme. Surprise, c'était une lampe électrique qu'il s'apprêtait à prendre
20:22pour y voir tout simplement en ouvrant sa porte. On arrive bientôt à une villa qui doit servir de
20:29cachette. On examine la bouche du prisonnier, pas de poison, on le fait déshabillé et on regarde
20:36sous son aisselle gauche. C'est là que les nazis portent les tatouages SS. Pas de tatouage, mais la
20:43cicatrice bien nette d'une brûlue. Une question ? Une seule en allemand. Qui êtes-vous ? La réponse
20:53nette, instantanée. Ich bin Adolf Eichmann. Pendant neuf jours, on le garda dans une chambre nue ou une
21:05lumière brillée. 24h sur 24. Il ne put échanger aucune parole avec ses geôliers. Le problème était
21:13maintenant d'opérer le transport du criminel vers Israël. Mais tout avait été prévu. On fit une
21:19piqûre de sommifères à Eichmann, on lui fit passer l'uniforme d'un steward de El Al, la compagnie de
21:25navigation israélienne, et on l'arrosa copieusement de whisky. Aussi, les policiers, douaniers et
21:32employés de l'aéroport, se contentèrent-ils, à peine, d'un léger sourire, en voyant sortir d'une
21:38voiture une joyeuse équipe d'aviateurs et naviguants en uniforme, chantant fort et soutenant un de leurs
21:44camarades à qui l'alcool ne réussissait pas très bien. La joyeuse équipe en question se dirigea,
21:50sans attendre, vers un Britannia dont les moteurs tournaient déjà. Personne n'avait non plus remarqué
21:56particulièrement que cet appareil reprenait l'air presque aussitôt arrivé d'Israël. Pas plus que
22:01l'on avait fait une quelconque réflexion sur le nombre inhabituel des morts de l'équipage. Ils étaient
22:0819. Le 23 mai, à 16 heures précises, la Knesset, le parlement israélien, est réunie. Le président
22:18Ben Gurion monte à la tribune. « Je dois vous informer de ceci, nos services secrets ont réussi
22:24à localiser et arrêter l'un des plus grands criminels nazis. Il sera jugé ici, en Israël,
22:30conformément à notre loi sur les crimes de guerre. » Une formidable clameur s'élève des bancs de
22:36l'Assemblée. Ben Gurion la laisse éclater et termine. Il s'appelle Adolf Eichmann. La parole est maintenant à la justice.
23:00Vous venez d'écouter les récits extraordinaires de Pierre Belmar, un podcast issu des archives d'Europe 1
23:13et produit par Europe 1 Studio. Réalisation et composition musicale, Julien Tarot. Production,
23:21Lisa Soster. Patrimoine sonore, Sylvaine Denis, Laetitia Casanova, Antoine Reclus. Remerciements
23:29à Roselyne Belmar. Les récits extraordinaires sont disponibles sur le site et l'appli Europe 1.
23:35Écoutez aussi le prochain épisode en vous abonnant gratuitement sur votre plateforme d'écoute préférée.
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