00:00 23 juin 1984, dans un stade vélodrome de Marseille bondé, la France de Michel Hidalgo affronte
00:16 le Portugal en demi finale de son Euro.
00:18 Un match progressivement haletant, une ambiance survoltée, les bleus passent par tous les
00:22 états.
00:23 Mais au coup de sifflet final, au terme de la prolongation, c'est une explosion de
00:27 joie qui retentit dans tout le pays.
00:28 La France s'impose 3-2 et poursuit sa quête du trophée.
00:31 Héros de cette rencontre, le défenseur Jean-François Demergue, auteur d'un doublé, revient sur
00:36 ce moment fort dans l'histoire de l'équipe de France et de sa carrière.
00:39 Le Portugal, on sait déjà que c'est quand même une qualité et une génération forte
00:45 qui arrive plus ou moins à la fin de parcours avec des joueurs de qualité, Jordan Aou,
00:51 Shalana sur le point offensif, des défenseurs aussi de qualité, Bento dans les buts, des
00:56 joueurs qui étaient très représentatifs au niveau de leur club, principalement du
01:00 Benfica et certains aussi du Sporting.
01:02 On avait une attention toute particulière à leur qualité technique, leur expérience
01:07 et leur volonté d'essayer d'aller au bout d'une compétition européenne.
01:13 Le plan de jeu français fonctionne en première période puisque Jean-François Demergue
01:16 ouvre la marque à la 25ème minute de jeu, sur un superbe coup franc, un exercice habituellement
01:22 réservé au capitaine Michel Platini.
01:24 J'ai vu quand même malgré tout, j'avais une petite ouverture par rapport à l'axe
01:28 où se situait Bento et en la frappant bien avec un bon pied d'appui et mon coup de pied,
01:34 peut-être que ça aurait la chance d'aller au fond.
01:36 J'ai dit je le sens, Michel notre capitaine m'a dit ok vas-y et puis je suis parti.
01:42 La réussite a été au bout puisque Michel était présent.
01:46 Est-ce que Bento a peut-être pensé que Michel allait le tirer par-dessus ? On voit qu'il
01:52 est rouge, à un moment donné, qu'il anticipe peut-être un petit peu sur sa gauche.
01:55 J'ai tiré pleine force, extérieur pied gauche et elle est partie dans la lunette petit filet.
02:00 C'est phénoménal, je marque 1-0.
02:03 C'est un moment superbe.
02:05 Je me souviens très bien, j'ai Bernard Lacombe, Alain Giresse qui arrive les premiers,
02:10 Michel aussi qui arrive, Jean Tigana.
02:12 Bernard Lacombe me dit pense à ton père.
02:15 Ce sont des mots qu'on n'ose pas imaginer, peut-être quand on regarde le match.
02:20 J'en parle parce que c'est quelque chose qui m'a marqué.
02:23 Et puis derrière cet effet d'adrénaline à haut niveau, il faut se replonger dans
02:31 le match, dans la concentration.
02:32 Mais les Bleus qui ont eu de très nombreuses occasions de tuer le match voient les Portugais
02:36 égaliser la 74ème minute puis prendre l'avantage en début de prolongation grâce à deux réalisations
02:42 de Giordao.
02:43 Tout est à refaire et le spectre de l'élimination en demi-finale du Mondial 82 face à l'Allemagne
02:48 plane sur le vélodrome.
02:49 Quand on voit qu'on est mené 2-1, à ce moment-là, il y a tout qui semble un petit
02:55 peu te tomber dessus.
02:56 Mais j'ai la sensation personnelle, mais je pense qu'on en a un petit peu reparlé,
03:03 très peu, mais on avait le sentiment que tout le monde se disait « putain si on doit
03:07 faire quelque chose, c'est maintenant ». Et je pense que tout le monde s'est lâché.
03:10 Toujours mené à cinq minutes du terme de la rencontre, la France doit son salut à
03:13 Jean-François Demergues qui, après une énième montée sur son côté gauche, arrache l'égalisation,
03:18 le jour de ses 27 ans.
03:19 Je me souviens très bien que sur cette action, avec cet appui avec Yvon, Yvon qui ne peut
03:24 pas mal remettre, qui essaie de pivoter pour frapper.
03:27 Oui, on a les images dans la tête.
03:29 Et bon, ce ballon roule, vient dans la course de Michel.
03:34 Y a-t-il faute ou pas ? L'arbitre juge qu'il n'y a pas faute et je suis derrière et je
03:40 fais un petit piqué intérieur du pied.
03:41 Et c'est le deuxième but.
03:43 À ce moment-là, tu ne penses pas du tout que c'est ton deuxième but.
03:45 Tu penses à la folie.
03:48 Tu es complètement dans une situation secondaire.
03:53 Mais le fait d'être venu, je dirais quelque part, tu as le sentiment de légitimité.
03:59 Mais tu ne veux pas en rester là.
04:02 Le vélodrome rugit puis s'embrase à la 119ème minute lorsque Michel Platini, plein
04:06 de sang-froid, inscrit son huitième but dans la compétition qui propulse les Français
04:11 en finale.
04:12 Tout simplement inoubliable.
04:13 Et ce qui nous a tous marqués, et même si j'en parle un petit peu aujourd'hui, j'ai
04:18 la tête d'un con, mais j'ai des frissons, en me disant que c'est le troisième but.
04:23 Quand on regarde bien l'explosion des gens derrière le but, les gens se lèvent tous
04:28 d'une force, ils explosent.
04:31 Et ça, le lendemain soir, en arrivant à Paris, c'est quelque chose qu'on a ressenti
04:36 tous fortement.
04:37 Et c'est là qu'on s'est rendu compte, c'est toujours pareil, on ne s'en rend
04:41 pas compte nécessairement sur le moment, mais avec le recul de 24 heures, qu'on avait
04:46 fait certainement quelque chose de grand et que les gens avaient vibré, et que les gens
04:50 nous avaient aussi portés, encouragés, avaient été vraiment derrière nous.
04:54 Profitant de la suspension de l'habituel titulaire à gauche de la défense Manuel
04:58 Amoros, suite à son exclusion lors du premier match contre le Danemark, le défenseur de
05:02 Toulouse a su saisir sa chance.
05:04 L'été 84 restera assurément le plus beau de sa carrière sportive.
05:08 C'est le plus grand moment de ma carrière, oui, c'est évident.
05:11 La façon dont j'y arrive, la sélection par le sélectionneur Michel Hidalgo, la façon
05:16 dont j'ai la chance de pouvoir rentrer, parce qu'il faut qu'il y ait une bêtise
05:20 pour qu'un joueur puisse rentrer.
05:22 Et puis le fait que la confiance se perpétue, que les matchs aussi nous permettent de les
05:27 gagner.
05:28 Et puis cette demi-finale qui restera, c'est sûr, le match, mon match quoi, c'est évident.
05:34 J'ai toujours eu du mal à me ressortir par rapport à un collectif, parce qu'on est
05:40 certainement une génération, c'est le clivage des générations, mais je pense qu'on était
05:44 vraiment très groupe, très collectif et que le plaisir d'un était le plaisir partagé
05:49 des autres.
05:51 [Musique]
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