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  • il y a 2 ans

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00:00En France, le Rassemblement National fait une énorme percée aux élections européennes.
00:04Face à cette victoire de l'extrême droite, Emmanuel Macron prend tout le monde de cours
00:08et convoque de nouvelles élections.
00:10Il a donc dissous le Parlement.
00:12Le premier tour aura lieu le 30 juin, le second le 7 juillet.
00:16Pour en parler, j'ai à mes côtés Benoît Jacquemart et Romain Goffinet qui se sont
00:20intéressés à la question.
00:21Bonjour.
00:22Bonjour.
00:23Mais avant d'en parler et de rentrer plus en profondeur dans le sujet, je vous propose
00:25d'écouter des réactions des militants RN.
00:28Emmanuel Macron a enfin décidé d'écouter les Français.
00:30On lui en a réclamé des choses ces derniers quinquennats, mais là il s'est dit « tiens,
00:36je vais enfin redonner la chance et le pouvoir au peuple » en mettant cette solution en
00:42place.
00:43Les Français vont rechoisir pour qui va débattre les textes et ce qui va nous pousser tous
00:49aujourd'hui et dans l'avenir.
00:50La France n'attend que ça.
00:51Tous les Français n'attendent que ça.
00:53C'est une grande surprise, au sens où on ne s'attendait pas qu'Emmanuel Macron soit
00:56aussi lucide par rapport à la situation.
00:58Maintenant, évidemment, on est très très très content et ça montre aujourd'hui que
01:01le pouvoir il est bel et bien de notre côté et que c'est bien Jordan aujourd'hui qui
01:04pèse dans la vie politique et que Marine, elle est prête pour 2027.
01:07Avec Jordan, on a réussi les européennes et on va réussir pour les législatives.
01:11On voit que la décision est accueillie avec beaucoup d'enthousiasme évidemment du côté
01:15du RN.
01:16Benoît, est-ce que vous comprenez cette décision d'Emmanuel Macron ? Est-ce que ça vous surprend
01:19?
01:20Je pense que la réaction des militants du rassemblement national lors de la soirée
01:24électorale d'hier est assez parlante.
01:28Eux sont très contents.
01:30Je pense que tout le reste des observateurs et de la classe politique française ne le
01:35comprend pas.
01:36Moi, à titre personnel, je ne comprends pas non plus pourquoi il prend un tel risque.
01:39Effectivement, c'est une décision qui a interloqué tout le monde et pas que la presse française.
01:44D'ailleurs, au niveau international aussi, quand on voit les réactions un peu partout
01:47dans le monde, on ne comprend pas très bien où M. Macron veut en venir.
01:51Romain, est-ce qu'au final la décision d'Emmanuel Macron, ce n'est pas dans le but de secouer
01:56un petit peu les Français ?
01:57Moi, c'est comme ça en tout cas que je le perçois.
02:00Je pense en fait que Macron mise beaucoup sur les abstentionnistes.
02:06Il faut savoir qu'en France, il y a à peu près un Français sur deux qui est allé voter
02:10aux élections européennes.
02:11Macron peut-être espère mobiliser tout ce contingent d'électeurs potentiels qui n'ont
02:18pas été votés aux européennes et les mettre quelque part au pied du mur en leur disant
02:22voilà, dans 20 jours, il y a les élections, dans 20 jours, peut-être que l'extrême droite
02:28peut accéder au pouvoir, à vous de vous bouger, à vous de sortir de votre léthargie.
02:32Le choix est dans vos mains.
02:35C'est un petit peu la carte ultime, mais si par contre la stratégie de Macron échoue
02:40et que finalement l'extrême droite accède au pouvoir, ce ne sera pas non plus en conséquence
02:44sur la scène internationale et notamment par rapport à la Russie ?
02:47Oui, alors juste pour rebondir sur ce que Romain vient de dire, effectivement, ça ressemble
02:51à un énorme pari, un pari un peu fou, enfin Macron n'est pas fou, mais là il fait un
02:58pari qui est, je pense, extrêmement dangereux parce qu'en effet, si jamais, si jamais, et
03:04on va peut-être y venir plus loin, l'ORN arrive avec une majorité absolue à l'Assemblée
03:10nationale française, donc il devrait gouverner en cohabitation, on va dire, c'est comme
03:16ça qu'on dit en France, et on sait aussi que l'extrême droite française, notamment
03:21sa présidente, enfin son ancienne présidente, Marine Le Pen, candidate en 2027 aux élections
03:28présidentielles françaises, on connaît les accointances qu'elle a avec la Russie, notamment
03:34des accointances financières, les amitiés qu'elle peut avoir avec Vladimir Poutine,
03:39on sait que d'autres parties d'extrême droite en Europe ont le même genre d'accointances
03:44avec la Russie, et dans le contexte actuel où l'Europe, l'Union européenne est pratiquement
03:50en guerre avec la Russie via le conflit en Ukraine, où notre sécurité est menacée,
03:56on comprend encore d'autant moins ce risque que le président Macron peut prendre.
04:00Surtout que la France n'est pas un petit pays, donc forcément s'il y a des rapprochements
04:02qui se font avec la Russie pour un pays tel que la France, c'est d'autant plus dangereux.
04:06Voilà, c'est d'autant plus dangereux, et je voudrais quand même rappeler une chose,
04:09c'est que la France, au même titre que la Belgique, les trois pays du Benelux, l'Italie
04:14et l'Allemagne, font partie des pays fondateurs de l'Union européenne, à ce titre ils ont
04:19une espèce de leadership un peu naturel en Europe, et on voit que l'extrême droite est
04:24en train de gagner un peu partout autour de nous, la Belgique résiste, heureusement,
04:33le Luxembourg résiste, mais enfin bon voilà, le Luxembourg avec tout le respect qu'on lui
04:36donne ne pèse pas tellement, mais en tout cas des pays aussi importants que ceux-là,
04:40l'Allemagne, l'Italie, la France, qui prennent de tels risques avec l'extrême droite, et
04:44donc aussi indirectement avec la Russie de Poutine, c'est extrêmement dangereux.
04:49Romain, si à l'inverse, Bardella se plante, ce sera bien joué pour Emmanuel Macron ?
04:53À mon sens, je vois dans le chef d'Emmanuel Macron trois scénarios, soit il se dit que
05:01Bardella se plante, soit Bardella réussit son pari, mais ne parvient pas à former un
05:11gouvernement, auquel cas c'est aussi pas mal pour Macron, qui montre que le R.L. n'a pas
05:16les capacités à gouverner, ou alors ils arrivent à rentrer dans un exécutif, mais qui ne parviennent
05:22pas dans les faits à gouverner, auquel cas Macron peut encore une fois ici retirer les marrons du
05:27feu, mais enfin bon, ce sont des scénarios qui sont assez hypothétiques et au final extrêmement
05:31dangereux. Oui, si on ne sait pas prédire l'avenir, et dans le passé, pas si lointain d'ailleurs,
05:34il y a un président de la République qui a fait l'expérience malheureuse d'une dissolution.
05:37Oui, alors c'est Jacques Chirac, en 1997, il avait à ce moment-là une Assemblée nationale
05:41majoritairement pour lui, et avec son premier ministre de l'époque, Alain Juppé, c'est d'ailleurs
05:47à l'instigation, si je me souviens bien, d'Alain Juppé, ils ont décidé de dissoudre l'Assemblée
05:53nationale pour se donner une majorité encore plus forte. Eh bien, rassurez, en fait ils se sont
05:57retrouvés avec l'opposition socialiste, à ce moment-là menée par Lionel Jospin, pendant cinq
06:05ans, et donc ils ont été en cohabitation pendant cinq ans, et Chirac a été complètement paralysé
06:09dans son action. Donc, voilà, la dissolution dans tous les cas, c'est un pari. Je pense ici,
06:15le pari de Macron est encore plus dangereux, mais celui de Chirac devrait, aurait dû, en tout cas,
06:19maintenant c'est trop tard, aurait dit, en tout cas, oui, le rendre peut-être un petit peu plus
06:24prudent. Ce qu'on peut peut-être ici peut-être ajouter, c'est que le pari de Chirac, c'était
06:28quelque chose de réfléchi, quelque chose qui avait été mûrement réfléchi. Ici, Macron, il a agi un
06:33petit peu dans la précipitation, en tout cas, c'est l'image qu'il donne. Bardella a demandé qu'il
06:37dissolve l'Assemblée nationale et il s'exécutait dans les dix minutes, pratiquement. Donc, on a un
06:42peu le sentiment ici de, voilà, qui pratique la politique de la terre brûlée, c'est vraiment le
06:47coup de poker, on renverse la table et on voit un peu ce qui se passe. C'est un peu la différence
06:52avec l'exemple de Chirac, peut-être. Oui, tout à fait, et c'est d'autant plus pertinent que, lors de
06:59la soirée électorale, on a bien vu, bon, le RN est à 31 ou 32 %, donc des suffrages français, c'est
07:06quand même énorme, et le propre parti de Macron, lui, il était complètement à la ramasse, très très
07:12loin derrière. Donc, déjà, ils avaient perdu l'élection avec son propre parti, mais là, en plus,
07:19c'est vraiment un marche-pied qui donne sans doute au RN, dont il fait son adversaire depuis
07:27déjà la précédente élection présidentielle, puisque, à chaque fois, il vise, comment dirais-je, à être
07:35opposé aux représentants du Front national, sauf que, cette fois-ci, ce ne sera plus lui le candidat.
07:40Macron, on ne peut faire que deux quinquennats en France, ce ne sera plus lui, et donc là, il plombe son
07:45propre camp, finalement. — On voit, Romain, vous êtes plutôt nuancé. Benoît, vous êtes un peu plus
07:51sceptique, mais vous n'êtes pas le seul. Il y a d'ailleurs une étude qui montre que c'est vraiment un risque,
07:56ce que fait Macron, aujourd'hui. — Alors oui. C'est une étude qui avait été commandée en décembre de l'année
08:01passée, donc c'est pas si ancien, par le parti Les Républicains, donc qui est aussi un parti de droite en France,
08:07mais un parti d'opposition à Emmanuel Macron. Et dans cette étude, il était montré qu'en cas de dissolution –
08:16et on ne parlait pas encore d'élection européenne – en cas de dissolution, le Rassemblement national risquait bien
08:25d'avoir une majorité absolue. Et ce qu'on voit ici avec la dynamique de l'élection européenne, la dynamique en faveur
08:35du Rassemblement national, c'est que cette étude risque bien de se vérifier de manière très cruelle. Le sondage de l'époque
08:44donnait entre 243 et 305 sièges pour le Rassemblement national. La majorité absolue est à 289 sièges à l'Assemblée nationale
08:54française. Ici, on peut imaginer que ce sera bien plus que la majorité absolue. Donc encore une fois, c'est un peu incompréhensible.
09:04– Ce qui est terrible ici, c'est qu'on peut se dire aussi que les JO de Paris, c'est dans quelques jours, c'est fin juillet,
09:10et peut-être qu'ils vont se dérouler dans un pays qui est tombé aux mains de l'extrême droite.
09:14– Tout à fait. Et donc c'est catastrophique pour l'image de la France, mais d'une manière aussi générale, peut-être,
09:20pour l'image de l'Europe. Et il y a un risque que Macron... Encore une fois, la France est une grande puissance.
09:26La France est une puissance militaire, une puissance économique, quoi qu'on en dise. Et prendre un tel risque, c'est tout à fait...
09:36– Inconsidéré. – Oui, c'est inconsidéré, oui. On peut le dire comme ça.
09:40– Merci beaucoup.
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