00:00 Le tournage qui fait malheureusement écho à énormément d'histoires qu'on entend encore aujourd'hui, dans l'actualité.
00:05 J'espère qu'on n'aura pas à refaire des films dans le futur sur des sujets comme ça.
00:09 Dans "Maria", Anna Maria Vartolome rejoue la vie de l'actrice Maria Schneider,
00:13 de son arrivée dans le milieu du cinéma à son combat pour le consentement sur les plateaux,
00:17 en passant par l'agression subie sur le tournage du dernier Tango à Paris, elle nous raconte.
00:21 J'ai vu, je sais pas, je l'ai vue sur mon ordi il y a quelques années.
00:24 Ce qui m'intéressait, c'était elle, parce que je la trouve complètement dingue dans le film, elle a une énergie, une fougue,
00:31 et d'une beauté à couper le souffle.
00:33 On avait un mariac, câblé de responsabilité, et une femme ronchon.
00:36 Maintenant, au contraire, le mariage de la publicité est un mariage souriant.
00:40 Et puis, je l'ai revue sur grand écran.
00:42 C'était marrant qu'il passait, qu'il le projetait avant le tournage, quoi.
00:45 Donc ça m'a aidée dans la prépa.
00:46 Et il passait même, je crois, le premier jour de tournage.
00:50 Et je l'ai vue comme un signe, je me suis dit, il passe le dernier Tango avec Maria, le jour de notre premier jour de tournage.
00:57 C'est comme si elle était un peu là avec nous, quoi.
00:59 Mais c'est marrant. Mais oui, je l'ai vue, je trouve qu'elle a mal vieilli ce film.
01:02 Je ne sais pas qui qualifie ça de chef-d'oeuvre.
01:05 Maintenant, je me demande, mais c'est quoi l'histoire de Maria ?
01:06 L'histoire de Maria, on l'aura résumée à une seule scène d'un seul film.
01:12 Mais ce n'est pas son histoire. Son histoire, c'est toute la vie qu'elle a eue avant, après.
01:17 Ça, c'est qu'une bribe de sa vie. Et c'est vrai que l'histoire du Tango,
01:22 je l'avais entendue, mais je crois que je l'avais entendue même assez déformée.
01:27 Ce n'était pas ce qui s'était réellement passé.
01:29 Parce que ça reste quand même une histoire assez fantasmée.
01:31 Il y a beaucoup de gens qui qualifient encore le film de pornographique,
01:34 qui pensent qu'il y avait eu pénétration.
01:36 Il y a des gens qui, quand on leur dit que c'était un viol, ils assimilent ça, la pénétration, alors que non.
01:41 Il faut dire que la scène a été simulée.
01:43 Il faut dire que ça a été un attouchement et qu'après, chacun sa définition du viol.
01:48 Mais pour moi, même sans pénétration, et bien que simulé, ça reste un viol.
01:52 Non, non !
01:55 Non !
01:56 Et donc, oui, cette histoire, je l'avais entendue, mais son histoire à elle,
02:00 c'est vrai que je m'en voulais même presque parce que je n'avais pas cherché à en savoir davantage sur sa vie, sur qui elle était.
02:05 Pour nous, c'était essentiel de passer par cette scène parce que déjà, c'est là où tout a basculé pour Maria.
02:11 Et on avait envie à tout prix de se retourner dans son regard à elle.
02:15 Déjà, d'être avec elle, au plus proche de sa peau, de son souffle, de ses émotions à ce moment-là.
02:21 Donc, il y a un grand plan.
02:22 Et puis, de se retourner sur l'équipe, qui est complètement statique en fait,
02:26 c'est qu'il ne fait rien, qu'il ne réagit pas.
02:28 Comprendre la violence de ce qu'elle a subi face à une équipe.
02:32 Parfait !
02:36 C'est super !
02:38 On termine la lumière et on tire.
02:40 Bien sûr, je pense que ça a été une des premières femmes à essayer de lever le voile sur les tabous liés aux violences faites aux acteurs, aux actrices dans le cinéma.
02:50 Mais malheureusement, c'était une époque où déjà les femmes étaient trop peu entendues.
02:53 Et puis, au-delà de ça, les journalistes, les médias, je pense, n'étaient pas prêts à recevoir ça
02:59 parce qu'on n'avait pas envie de déboulonner des icônes, on n'avait pas envie de réduire Bertolucci, Brando.
03:06 On voit une jeune femme de 19 ans qui fait son premier, enfin, ce n'était pas son premier film, mais c'était son premier grand rôle.
03:15 Je pense qu'on peut plus facilement s'attaquer à Maria Schneider.
03:18 Le jugement a été rendu hier, le film est interdit.
03:21 Bertolucci, Brando et moi, on est condamnés.
03:24 Condamnés à quoi ?
03:26 À deux mois de prison avec sursis.
03:29 Pour obscénité.
03:30 Et d'ailleurs, ce qui m'a étonnée beaucoup, c'est que les interviews, on en a très peu, donc on avait très peu d'archives.
03:35 Mais de ce que j'ai trouvé, c'est justement, face aux journalistes, le sexisme dont elle a été victime,
03:42 et à quel point il y avait une grande différence entre la manière dont elles ont lui parlé du film et du rôle,
03:48 et la manière dont on parlait du film et du rôle à Brando et Bertolucci.
03:52 Ça n'avait rien à voir.
03:53 Bertolucci s'est enfui, Brando aussi.
03:57 Il mangeait tout seul à Paris avec la presse qui lui dit tous les jours des horreurs sur nous.
04:02 Des horreurs, je te jure.
04:03 Et là, oui, il n'y avait plus rien d'artistique chez Maria Schneider.
04:07 Elle a été réduite à son corps, à sa poitrine, à son tour de bonnet.
04:11 D'ailleurs, il y a une scène dans le film où Maria demande à un réalisateur
04:14 « Est-ce qu'il faut un tour de bonnet particulier pour raconter ton histoire ? »
04:17 « Je ne pense pas. »
04:18 Où elle refuse de se dénuder, parce qu'elle a refusé ensuite de se réduire à la trop basse valeur qu'on lui aura accordée,
04:25 et de s'émanciper de ça.
04:26 C'est moi, je regardais les deux vidéos d'elle, donc l'archivina qui date des années 80,
04:30 et puis il y avait un autre extrait tiré de « Sois belle et tais-toi » de Delphine Seyrig.
04:34 Il y a très peu de vidéos d'elle, mais j'étais vachement dans le calque,
04:37 l'imitation, de la gestuelle, du phrasé.
04:39 Je crois que vraiment, j'en faisais peut-être des caisses.
04:42 Alors, il faudrait que je fasse des essais ?
04:46 Non.
04:48 Mais c'est le producteur à des doutes.
04:50 C'est moi qui choisis avec qui je vais travailler.
04:52 Mais avec Jessica, on s'est dit qu'il fallait vraiment se débarrasser de tous les ornements superflus,
04:57 se consacrer, c'est de se recentrer aussi sur l'essence de Maria.
05:00 De ne pas avoir peur d'en faire notre propre personnage,
05:02 parce que ça reste aussi une adaptation libre d'un livre.
05:06 Elle n'était pas très connue non plus, donc on avait moins de pression aussi vis-à-vis de comment les gens la percevaient.
05:12 Mais j'ai gardé la gestuelle des mains, la façon de filmer, etc.
05:15 C'était dur parce que, je ne sais pas, pour moi, elle reste encore un mystère aujourd'hui.
05:19 J'avais l'impression que des fois même que j'avais du mal à l'incarner, à l'apprivoiser aussi,
05:24 et à l'atteindre, parce que je ne la comprenais pas.
05:27 Elle était très mystérieuse, elle était blessée, elle était complètement cassée.
05:32 Mais c'est vrai que je ne sais pas si je suis passée à côté,
05:35 et je pense qu'il me reste beaucoup de choses d'elle,
05:37 mais c'est vrai que je ne saurais pas non plus dire qui elle était vraiment.
05:42 C'est inquiétant quand même de se dire qu'on raconte la vie de mariage scénaire
05:45 et le tournage qui fait malheureusement écho à énormément d'histoires qu'on entend encore aujourd'hui, dans l'actualité.
05:52 Je me dis que ça fait plus de 50 ans et on en est encore au même stade.
05:56 Il y a des histoires qui font froid dans le dos.
05:59 Je trouve ça plus inquiétant qu'autre chose.
06:00 Je pense que c'est bien de montrer ça, et c'est beau pour "Mariage scénaire".
06:05 Je me suis dit que c'est un bel hommage pour elle,
06:07 et je suis heureuse, je pense qu'elle aurait aimé le film,
06:10 et je pense qu'elle aurait aimé ce que ça suscite autour.
06:13 J'espère qu'on n'aura pas à refaire des films dans le futur sur des sujets comme ça.
06:17 COMMUNIS !
06:19 à suivre.
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