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  • il y a 2 ans
"C'était important pour moi de proposer un film qui rende hommage à ces témoignages."
L’actrice et réalisatrice, Judith Godrèche, est venue nous parler de son court-métrage Moi Aussi, qu'elle présente au festival de Cannes. Une œuvre collaborative créée à partir des témoignages de 5 000 victimes d'agressions sexuelles, qu'elle a reçus suite à ses prises de parole publiques sur ce sujet. #metoomovement

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Après avoir porté plainte contre Benoît Jacot et Jacques Doyon,
00:02Judith Godrèche a lancé un appel à témoignage sur Instagram.
00:05Elle a reçu plus de 5000 messages et réalise aujourd'hui un court-métrage
00:08qui est présenté à Cannes pour faire entendre la voix de ses victimes.
00:11En fait, je pense que l'idée, quand toutes ces personnes m'écrivent,
00:15il y a deux choses, il y a des personnes qui disent juste moi aussi,
00:17mais il y avait, je crois qu'à partir du moment où j'avais mis dans mon post Instagram
00:22que je réfléchissais à un projet, pour moi, il est clair que la plupart de ces personnes
00:27sont quand même dans une perspective de participer à une œuvre commune
00:31ou à quelque chose de l'ordre d'une communauté,
00:33qui crée cette communauté ou qui existe déjà.
00:37Et dans le fond, évidemment qu'à partir du moment où j'écris,
00:42je réfléchis à un projet qui vous rendrait hommage et que je me retrouve avec 5000 témoignages,
00:46c'est comment faire ? Parce que 5000 témoignages, c'est énorme.
00:49Un projet avec 5000 personnes, qu'est-ce que ça peut être ?
00:52Et c'est à ce moment-là que j'ai eu l'idée de proposer ce court-métrage
00:56qui n'était pas possible évidemment pour tout le monde.
01:02Parce que dans le fond, ces personnes qui m'ont écrit,
01:04c'est comme une correspondance presque qui se crée.
01:07Ce n'est pas vraiment des gens qui déposent dans une boîte quelque chose,
01:12c'est des gens qui attendent éventuellement une réponse et ça crée un lien.
01:16Et que faire de ce lien une fois qu'il existe ?
01:19Si on peut proposer quelque chose, autant le faire et c'est ce que j'ai essayé de faire.
01:22Je ne savais pas en effet que j'étais si peu seule.
01:25Et puis je vivais aussi aux Etats-Unis et tout à coup ce retour en France
01:30et puis tout ce qui s'est passé depuis et la découverte à travers ces e-mails
01:35d'un état des choses très impressionnant.
01:39Et c'est pour ça, je pense qu'il ne faut pas forcer la parole à se libérer non plus.
01:43C'est un chemin qui prend énormément de temps et que justement,
01:46j'ai réalisé ce film, ce court-métrage qui est ici à Cannes
01:50pour proposer un cadre et une œuvre cinématographique
01:54qui puissent donner la possibilité à ces personnes qui m'ont écrit
01:58d'incarner au grand jour, d'être là sous le regard de quelqu'un
02:02qui j'espère est bienveillant, c'est-à-dire moi.
02:04Et à travers cette caméra qui serait comme une prolongation de mon regard et de moi-même,
02:08d'assumer ou d'oser être soi avec notre histoire, avec les souffrances
02:14et de participer à une œuvre qui s'inscrit j'espère dans l'histoire du cinéma
02:20à un endroit particulier parce que c'est vrai que le cinéma n'est pas toujours
02:23un art qui a de la considération pour les êtres humains, qui n'est pas toujours.
02:28Et en tout cas pour moi, c'était important de proposer un film
02:32qui rende hommage à toutes ces histoires, à tous ces témoignages.
02:36J'avais 25 ans. J'avais 12 ans et demi. J'avais 19 ans. J'avais 13 ans. J'avais 15 ans.
02:44Je dois vraiment énormément aux techniciens et aux techniciennes qui ont mis ça en place
02:51parce que c'était vraiment grâce à eux que les choses se sont bien passées.
02:54Parce que quand on demande à des personnes qui ne sont pas des acteurs
02:58de participer à une œuvre comme ça collective,
03:01l'important c'est quand même malgré tout de s'assurer que ces personnes soient bien traitées.
03:05Et le cinéma et les plateaux de tournage ne sont pas toujours des endroits où les gens sont bien traités.
03:10Et donc pour moi c'était vraiment essentiel d'organiser, de faire en sorte qu'il y ait une équipe
03:14qui prenne en considération chaque être humain présent sur ce lieu de tournage.
03:18J'ai de l'espoir, mais c'est plutôt que je me dis que s'il y a trop d'attentes et qu'on se dit
03:23« j'ai fait ça, alors pourquoi telle personne n'a pas fait ça ? »
03:26ou « j'ai parlé au César et pourquoi est-ce qu'ils n'ont pas tous ensuite parlé de moi ? »
03:30Je pense qu'il faut faire les choses et savoir pourquoi on les fait,
03:33dire ce qui nous semble être important à dire, mais pas dans un espèce de truc de cause à effet.
03:40C'est-à-dire « j'ai dit ça, donc il doit se passer ça. J'ai parlé comme ça, donc untel doit dire ça. »
03:45Dans le fond, la déception existe depuis tellement longtemps, le manque de soutien est tellement déjà présent
03:50quand on a passé sa vie dans un milieu qui fait semblant de ne pas savoir,
03:55que c'est compliqué pour les gens de s'inscrire à un endroit ou à un autre,
03:58que c'est compliqué de savoir quel est le bon moment pour parler.
04:00Et je comprends ça en plus. Moi ce n'est pas du tout quelque chose que je ne comprends pas.
04:04Pour être quelqu'un qui a vécu dans le silence pendant 35 ans quasiment,
04:07je comprends très bien que ce soit compliqué.
04:10Et c'est même compliqué de dire à quelqu'un « oh là là, mon Dieu, mais j'étais là ».
04:14Je n'ai pas d'animosité vis-à-vis de…
04:18Mais de l'espoir évidemment que j'en ai.
04:20J'ai appris des choses sur la société, j'ai appris des choses sur toute une tranche de vie,
04:28de personnes que je ne connaissais pas.
04:30Alors évidemment que je ne peux pas inscrire mon écriture ou me mettre à…
04:34Tout va être forcément teinté de ce que j'ai appris ou de ce que je sais ou de ma vision du monde.
04:42Mais ma vision du monde, elle n'est pas que…
04:44Je ne vois pas le monde qu'à travers cette fenêtre-là.
04:47C'est-à-dire qu'il y a plein de choses aussi qui m'intéressent,
04:49plein d'histoires, plein de combats qui ne sont pas forcément le mien.
04:52Et non, je ne me dis pas que je vais faire des films qui seraient dans la veine de moi aussi, non.
05:12Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org
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