00:00 Elle est toujours à la page, même s'il n'y a pas d'image.
00:02 C'était vraiment juste pour la rime, cela dit, des fois on parle de bande dessinée.
00:05 On parle de bande dessinée, c'est arrivé aussi.
00:06 Héloïse Erignac, nouveautés et lectures.
00:08 Oui, avec un très beau roman aujourd'hui intitulé "Dieu le fit" en trois mots,
00:13 même s'il prend pour cadre ce village résistant, Drômois, ainsi baptisé.
00:18 "Dieu le fit".
00:20 Donc, Dan Bassi, c'est l'histoire de Christophe,
00:22 qui est né en 1943 chez des paysans de la Drôme.
00:25 Christophe qui est un enfant très vif, intelligent,
00:27 qui va être poussé par son instituteur
00:29 et qui va devenir un grand avocat parisien.
00:31 Il dit lui-même "je suis né sous une bonne étoile,
00:34 dans un espace sauvage et secret".
00:37 Mais un jour, il doit plaider à Lyon,
00:39 et puis il retombe sur un ami d'enfance,
00:41 et avec lui, c'est une part méconnue de son passé
00:45 qui ressurgit une part d'histoire même,
00:47 avec un grand H et des événements qui se sont produits
00:50 un peu plus d'un an avant sa naissance.
00:52 C'était en 1942, quand des résistants chrétiens
00:55 sont parvenus à exfiltrer une centaine d'enfants juifs
00:59 du camp de rétention de Vénissieux.
01:01 L'autrice Anne Bassi fut elle aussi avocate,
01:05 et ce qui la passionne depuis toujours,
01:07 c'est la résistance.
01:08 Il faut dire que cette période fait partie de son héritage.
01:11 C'est aussi une histoire personnelle,
01:14 parce que j'avais un grand-père qui était dans la résistance
01:19 et qui était notamment assez impliqué
01:22 dans le sauvetage des enfants de Vénissieux.
01:23 Mon grand-père s'appelait Charles Lederman,
01:25 et donc j'ai entendu depuis mon plus jeune âge
01:29 l'histoire de ce sauvetage
01:30 et du coup l'histoire aussi de Dieu le Fils.
01:33 C'est vrai que moi je suis allée assez loin après sur les recherches,
01:35 et j'ai toujours beaucoup écouté les gens dans la résistance,
01:39 les enfants, les enfants cachés, c'est un monde que je connais
01:42 et vers lequel je suis allée, parce que ça m'intéresse beaucoup.
01:45 Je suis fascinée par la notion d'identité.
01:48 J'ai rencontré notamment des avocats
01:51 qui ont appris tard, quand leurs propres parents décèdent,
01:54 qu'ils avaient été adoptés ou qu'ils étaient juifs,
01:56 alors que leurs parents, leurs propres parents,
01:58 n'ont jamais dit qu'ils étaient juifs.
02:00 Donc ils ont continué de vivre cachés en élevant leurs enfants,
02:03 dans le cadre d'une éducation tout à fait laïque.
02:05 Et c'est souvent au moment des décès qu'il y a des recherches,
02:08 et donc exactement comme dans le livre,
02:10 des actes intégraux dont on a besoin pour enclencher des successions.
02:14 On voit les noms de famille des parents,
02:17 les noms de famille qui ont été francisés.
02:19 Et quel regard vous portez-vous sur la décision
02:21 de certains parents adoptifs, comme dans votre livre, de ne pas dire ?
02:25 On sait tous pourquoi les enfants ont été tenus
02:28 à l'écart de ces histoires,
02:30 parce que ce sont des histoires trop difficiles,
02:32 trop bouleversantes, destructrices en fait.
02:35 Mais je comprends aussi ce que disent d'autres,
02:37 et notamment des psyches,
02:39 qu'il faut dire la vérité,
02:40 surtout quand cette vérité, elle est aussi atroce.
02:42 Et pour vous, ce roman, c'est une manière de porter
02:44 tous ces témoignages, ou c'est un hommage ?
02:46 Un hommage à la résistance au sens large,
02:49 à ceux qui sont qualifiés de "justes" parmi les nations,
02:52 à cette résistance catholique, protestante, juive, étrangère,
02:55 et aussi à la résistance féminine en fait.
02:57 Les femmes, elles ont été moins visibles dans la résistance.
03:00 Et de ce que j'ai pu lire et comprendre,
03:02 ce sont rarement les hommes qui ont été à l'initiative
03:05 de l'accueil d'enfants.
03:07 Je pense que c'est plus difficile d'accueillir des enfants,
03:09 parce que les enfants, ils font du bruit,
03:11 parce que les enfants, il faut leur apprendre le mensonge.
03:13 Il faut s'en occuper.
03:14 Un nouveau-né, ça pleure.
03:15 Comment on fait ? Alors eux, ils sont dans un endroit caché.
03:17 Ils sont près de Diolophie, ils sont dans la forêt de Soud,
03:19 dans ce qu'on appelle la petite montagne de l'Adroume.
03:21 Et je décris, j'espère, bien comment cette montagne,
03:25 cette nature les cache d'ailleurs.
03:27 Elle le décrit très bien d'ailleurs.
03:28 Magnifiquement, Anne Bessy, dans ce roman,
03:30 en plusieurs temporalités et en plusieurs tons,
03:34 j'ai envie de dire, parce que souvent c'est un peu l'enfant
03:36 qui parle, l'enfant Christophe.
03:38 On a quelque chose de très doux dans le ton,
03:40 et on sent comme il a été aimé, comme il a été protégé.
03:43 Il y a cette phrase qu'il lit dans une lettre posthume de sa mère
03:45 que j'ai adorée, c'est
03:46 "Il y a des choses que j'aurais dû te confesser,
03:48 et je me désonne de ne pas avoir pu te les dire,
03:51 mais rien de grave, rassure-toi."
03:53 C'est adorable.
03:54 Voilà, c'est un roman qui est aussi touchant que passionnant.
03:57 C'est précis, c'est documenté.
03:59 Diolophie, d'Anne Bessy.
04:01 Ça vient de paraître aux éditions du Layeur.
04:03 Et on a vraiment le grand plaisir de vous l'offrir ce matin,
04:05 ce livre, O04754010.
04:08 C'est vrai qu'on parlait des descriptions,
04:10 c'est vraiment très joli.
04:11 Elle parle justement de ce village,
04:13 ni école, ni cimetière.
04:15 Nous vivons dans la Drôme, entre l'Ardèche et les Hautes-Alpes,
04:17 à 1300 mètres d'altitude.
04:18 Nous habitons un hameau adoucé aux montagnes,
04:21 par-delà les rivières.
04:22 C'est vraiment beau.
04:24 Nous sommes à la frontière du ciel et de la terre.
04:26 Et je peux aller jusqu'à l'endroit où l'on ne marche pas plus haut.
04:29 Pas mal, hein ?
04:31 Allez, on vous conseille le livre et on vous l'offre ce matin.
04:33 Toto Africa, sur France Bleu et sur France 3.
04:36 *musique*