00:00 8h moins le quart, tous les syndicats de pompiers appellent à faire grève aujourd'hui.
00:04 Mobilisation inédite nationale, on en parle avec un représentant de Romois ce matin, Emmanuel Champal.
00:09 Bonjour Frédéric Greff, bonjour.
00:11 Secrétaire départemental sud pour les pompiers de la Drôme, qu'est-ce qui coince aujourd'hui ?
00:15 Pourquoi vous vous mettez en grève comme ça ?
00:17 Alors c'est pas comme ça, donc déjà que les neuf organisations syndicales nationales
00:22 unitairement ont appelé à ce mouvement, donc c'est un mouvement inédit.
00:27 Donc c'est plusieurs thématiques et c'est surtout une reconnaissance générale de notre profession
00:34 où on voit on n'est pas reconnu sur différentes thématiques, que ce soit au travers des JO,
00:40 au travers de la santé, sécurité, au travail, parce qu'on a des problématiques chez nous,
00:45 c'est les grandes thématiques.
00:47 Et bien sur les retraites, même si on a l'impression que c'est, on pourrait dire, un vieux sujet qui revient,
00:52 mais il y a certaines problématiques chez nous par rapport à notre profession.
00:55 Alors on va les reprendre un par un, ces problèmes, les Jeux Olympiques de Paris d'abord, qu'est-ce qui ne va pas ?
01:00 C'est la reconnaissance, on voit que tous les autres services, que ce soit la RTP, les forces de l'ordre,
01:06 dans leur mobilisation vont avoir une reconnaissance.
01:08 Nous ce n'est pas le cas.
01:11 Alors certes aujourd'hui en Drôme, pour l'instant notre direction garantit par exemple nos congés,
01:16 néanmoins on a une certaine inquiétude, puisque aujourd'hui les sapeurs-pompiers de Drôme
01:22 devraient être mobilisés sur Paris, si un Allemand devrait être envoyé aussi sur Paris,
01:28 sur Lyon, pour les JO qui vont se dérouler sur Lyon,
01:32 mais en même temps on a la saison Feu de Forêt,
01:34 donc tout ça cumulé, on a une inquiétude sur la garantie des potentiels opérationnels journaliers,
01:40 et qui pourrait avoir potentiellement un impact sur nos congés aussi.
01:44 - Et ce que vous voulez c'est quoi ? Pour parler clair, c'est des primes ?
01:47 - Si on doit reculer nos congés, qu'on ait une reconnaissance, un minimum,
01:52 une anonymisation, comme il se passe pour les policiers nationaux, pour les RATP, etc.
01:56 C'est une reconnaissance.
01:58 Aujourd'hui la difficulté qu'on a c'est les sapeurs-pompiers en France,
02:03 c'est national, on est à deux têtes, on dépend du ministère de l'Intérieur,
02:08 qui décide, qui est là, mais les financeurs et les payeurs sont les départements, les communes.
02:13 Donc c'est un peu la difficulté.
02:17 Face à cette difficulté, on traîne des difficultés de reconnaissance, notamment sur ce point-là.
02:22 - À l'approche des JO, en tout cas, vous vous sentez oublié ?
02:24 - Tout à fait.
02:25 - Pour parler clair. Frédéric Greff, autre problème, vous l'avez évoqué, votre santé.
02:30 Aujourd'hui, parmi les revendications, il y a la demande d'un suivi médical plus important
02:35 concernant votre profession, par rapport à ce qu'on a appelé les PIFAS,
02:40 ces fameux polluants éternels qui sont potentiellement cancérigènes.
02:44 Qu'est-ce qui se passe là ?
02:46 - En fait, ça fait à peu près 20 ans, il y aurait dû y avoir une étude épidémiologique
02:50 sur la filière sapeurs-pompiers par rapport à ces problématiques de toxicité des fumées,
02:55 puisqu'on retrouve tous ces éléments, notamment sur les incendies.
03:00 Rien n'a été fait.
03:02 Aujourd'hui, ce qu'il faut savoir en France, pour les sapeurs-pompiers,
03:06 il n'y a qu'un seul cancer qui est reconnu, c'est le carcinome du nasopharynx.
03:12 Alors qu'aux Etats-Unis, il y en a 30.
03:15 Au Canada, 19. Et en Australie, 12 types de cancers qui sont reconnus.
03:19 Donc aujourd'hui, ce qu'on veut, c'est une reconnaissance des effets
03:25 de l'ensemble de ces polluants éternels ou rotateurs de flammes
03:29 qu'on retrouve dans notre quotidien, dans notre mobilier, dans les objets du quotidien.
03:32 - C'est ce que j'allais vous dire, ces PIFAS, ces fameux PIFAS, ces fameux polluants éternels,
03:35 on les retrouve où ? Vous êtes au contact comment, quotidiennement, avec eux ?
03:38 - En fait, c'est dans tous les mobiliers du quotidien.
03:40 C'est par exemple pour retarder les départs de feu.
03:43 Donc vous l'avez, les industriels les utilisent dans tout.
03:47 Ce qui fait que dès qu'on a un incendie, ces polluants éternels
03:51 et ces rotateurs de flammes se dégagent dans les fumées.
03:55 Et donc du coup, on est confronté à ces éléments-là.
03:59 Et nos tenues d'intervention ne sont pas étanches à 100%.
04:02 Donc ça traverse et du coup, on contacte de la peau, etc.
04:07 - Les imperméabilisants aussi de votre tenue contiennent ces molécules-là ?
04:11 - Oui. - Aussi ?
04:13 - Ce qui fait qu'aujourd'hui, on va lancer une action pendant la manifestation parisienne
04:19 où on va avoir des prélèvements capillaires sur des collègues
04:23 afin de faire évaluer les taux que certains ont absorbés le long de leur carrière.
04:32 - Voilà pour les deux principales revendications.
04:34 Donc une éventuelle prime pour les JO en tout cas.
04:37 Vous voulez y voir plus clair. Votre santé aussi.
04:39 Et puis derrière tout ça, il y a aussi cette réforme des retraites
04:43 qui n'a toujours pas été digérée.
04:45 - Tout à fait. Profession un peu particulière.
04:48 On a pris deux ans comme tout le monde.
04:52 On a une bonification qui nous permet de partir un peu plus tôt
04:55 mais c'est les sapeurs-pompiers qui se la financent eux-mêmes.
04:58 Les collectivités ne la financent pas. C'est nous-mêmes qui nous la finançons.
05:02 Nous sommes classés ce qu'on appelle en catégorie "active".
05:06 Et aujourd'hui, on voudrait que cet autofinancement par les sapeurs-pompiers soit supprimé.
05:14 Et ce qu'il faut savoir, c'est que les sapeurs-pompiers,
05:17 majoritairement en France, travaillent en régime de garde de 24 heures.
05:20 Ce qui fait à peu près 2000 heures de travail par an, reconnues que 1600.
05:25 Avec différents taux de reconnaissance en fonction des départements.
05:29 Ça aussi c'est un peu particulier. Dans un même pays,
05:32 en Drôme, on est reconnu 17h,3 pour 24 heures.
05:36 Récemment, on a eu une évolution.
05:38 Dans d'autres départements, c'est 16 heures. Dans d'autres, c'est 18.
05:41 Même sur le territoire national, il n'y a pas une reconnaissance identique.
05:44 Donc c'est un peu compliqué.
05:46 J'ai fait le calcul sur ma carrière, j'ai l'équivalent de 14 ans qui ne sont pas reconnus.
05:53 14 ans de travail qui ne sont pas reconnus.
05:55 À un moment donné, c'est pour ça qu'on veut, dans la réforme des retraites,
05:59 que notre spécificité de travailler en 24/3 soit reconnue.
06:03 - Vous vous dites que ce n'est pas perdu, même si la réforme est passée, même si la loi est passée ?
06:08 - Est-ce qu'un combat est perdu d'avance ?
06:10 Non, nous on est de maxime.
06:12 Celui qui se bat peut perdre, celui qui ne se bat pas a déjà tout perdu.
06:15 Il y a des luttes qu'il faut continuer.
06:18 - Lutte que vous allez mener en vous mobilisant au travers de cette grève nationale,
06:22 de cette mobilisation inédite, manifestation à Paris.
06:27 Dans les départements, des choses sont prévues ?
06:30 - Non, on a principalement mobilisé nos adhérents et nos sympathisants à monter sur la région parisienne.
06:37 - Combien de pompiers de Romoie aujourd'hui à Paris ?
06:39 - On aura à peu près une quarantaine de pompiers de Romoie de l'ensemble des organisations syndicales de la Drôme.
06:46 Et on a des collègues Ardècheois qui profitent pour monter avec les Drômois,
06:51 puisqu'on s'entend très bien entre Drôme et Ardèche.
06:53 - Et c'est tant mieux. Merci à vous Frédéric Greff, secrétaire départemental du syndicat Sud pour les pompiers de la Drôme.
06:58 Passez une bonne journée.
06:59 - Merci, vous aussi.
07:00 - Une interview que vous retrouverez dans quelques instants sur l'application ICI par France Bleu et France 3.
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