00:00 - Europe 1, il est 6h41.
00:02 - Est-ce la lumière au bout du tunnel pour les consommateurs français ?
00:05 Si le pic de l'inflation est passé, est-ce que la baisse des prix est visible au moment de passer à la caisse ?
00:11 - Et nous en parlons avec votre invité ce matin Lionel sur Europe 1, il s'agit d'Emilie Maillard,
00:15 experte produit de grande consommation chez Cirque à la France,
00:18 qui analyse tous les mois le panier Europe 1 de 12 produits du quotidien.
00:21 - Bonjour Emilie Maillard. - Bonjour.
00:24 - Merci d'être en ligne ce matin sur Europe 1.
00:26 Alors, on le disait, le panier Conso d'Europe 1 du mois d'avril regroupe 12 produits quotidiens
00:31 de grandes marques ou de marques distributeurs comme les pâtes, le café ou encore les huiles.
00:37 Et donc ce panier est en baisse par rapport au mois dernier, Emilie Maillard ?
00:42 - Oui, c'est ça. C'est-à-dire que par rapport au mois dernier, le prix baisse légèrement
00:47 et surtout par rapport à l'année dernière, c'est encore plus visible.
00:50 On voit quelques centimes perdus sur pas mal de produits.
00:53 - Quels sont les produits en rayon qui baissent le plus, qui accusent cette baisse justement ?
00:57 - Alors, c'est les produits, on va dire, ceux qui avaient le plus augmenté
01:01 et dont l'augmentation avait commencé vraiment au début du cycle d'inflation.
01:05 C'est sur ceux-là qu'on voit une petite relâche.
01:07 Donc dans le panier, ça va être quelques centimes perdus sur les œufs, sur les pâtes,
01:11 sur le papier toilette, sur le lait, sur la lessive, le café,
01:15 même la viande hachée qui avait tellement augmenté.
01:17 On voit que par rapport à l'année dernière, on le paye un petit peu moins cher cette année.
01:21 - Bonne nouvelle donc pour les consommateurs.
01:22 Pour ce qui concerne, donc, on le rappelait là, ces produits particuliers,
01:26 parce qu'il faut préciser que le palier européen
01:30 n'est pas vraiment représentatif de l'inflation générale sur l'alimentation.
01:34 On observe que globalement, l'inflation est en recul.
01:37 Il y a un an, elle atteignait 16,2%, elle est de 0,5% en avril.
01:42 Alors, est-ce qu'on peut dire, Émilie Maillère, que la lumière est au bout du tunnel ?
01:47 - Oui, oui, on peut vraiment dire ça.
01:49 C'est-à-dire que là, avec 0,5% d'augmentation au mois d'avril,
01:53 par rapport au mois d'avril de l'année dernière,
01:55 c'est vraiment pas grand-chose.
01:56 On peut dire que globalement, ça y est, les prix se sont stabilisés.
01:59 Après avoir augmenté, vous venez de le dire,
02:02 parfois avec des taux de 16, 17%.
02:05 Donc oui, on est au bout du tunnel, c'est-à-dire que les prix n'augmentent plus.
02:08 Maintenant, les prix sont quand même significativement plus élevés qu'il y a deux ans.
02:13 Mais au moins, ils n'augmentent plus. Voilà, ça c'est la chose positive.
02:15 - Donc, on parle d'inflation maîtrisée et non pas de baisse des prix, c'est ça ?
02:19 - On parle exactement de fin du cycle d'inflation,
02:23 mais on ne parle pas encore,
02:25 et je ne suis pas certaine qu'on en parle, de déflation,
02:27 c'est-à-dire de baisse des prix,
02:29 qui soit vraiment significative pour les Français.
02:32 - Oui, parce qu'il y a encore des produits de grande consommation
02:35 qui concernent directement et au quotidien les consommateurs,
02:40 qui continuent d'augmenter.
02:42 - Oui, c'est ça. C'est-à-dire que là, on dit qu'il n'y a quasiment plus d'inflation,
02:45 mais c'est une moyenne entre des produits qui baissent,
02:47 on en a cité quelques-uns,
02:48 et puis des produits qui continuent d'augmenter assez significativement,
02:52 parmi lesquels on va trouver l'huile d'olive, par exemple,
02:55 autant on a de la baisse sur l'huile de tournesol ou de colza,
02:58 autant l'huile d'olive augmente encore assez fortement,
03:00 le jus d'orange, tous les produits à base de chocolat,
03:03 tout ce qui est légumes en conserve, voilà,
03:05 ça c'est encore des produits qui connaissent des hausses
03:07 qui sont assez significatives.
03:09 - Et qui ne sont pas concernés, donc, par une baisse des matières premières,
03:13 du prix des matières premières que l'on a observées ces derniers temps, ces derniers mois ?
03:17 - Non, voilà, c'est-à-dire que globalement,
03:19 il y a de l'accalmie sur des matières premières assez importantes,
03:22 comme les céréales, par exemple,
03:24 en revanche, sur le chocolat, il y a des très fortes tensions,
03:27 sur l'orange, il y a des très fortes tensions qui sont plus récentes,
03:30 et qui provoquent des hausses de prix encore actuellement dans les magasins.
03:33 - Et puis, il y a des différences, comment dirais-je, selon les enseignes ?
03:37 - Oui, alors, les enseignes de la grande distribution, il y en a plusieurs,
03:41 et il y a des différences, comme on dit, de positionnement prix entre les enseignes,
03:46 on évalue qu'entre les enseignes les plus chères et les moins chères,
03:49 il y a à peu près 20% d'écart de prix,
03:51 donc c'est vrai que selon l'endroit où on fait ses courses,
03:53 on va payer les produits pas tout à fait le même prix.
03:55 - Alors, ça tient à quoi, ça ?
03:57 - Globalement, c'est le positionnement des enseignes,
03:59 c'est leur capacité à pouvoir proposer des prix moins élevés,
04:03 c'est la compétition que se livrent les enseignes sur le terrain du prix,
04:06 avec des enseignes qui réussissent mieux que d'autres à proposer des prix plus bas aux consommateurs français.
04:11 - Et qui sont plus ou moins efficaces dans les négociations qu'elles ont
04:15 avec leurs fournisseurs, j'imagine, également ?
04:18 - Voilà, dans les négociations, dans le fonctionnement aussi,
04:22 des enseignes de la distribution, qui sont aussi après tout des entreprises,
04:26 et à la fin ça se traduit effectivement par des hétérogénéités assez importantes dans les prix proposés.
04:31 - On parle des produits de grande consommation et de maîtrise de l'inflation avec vous,
04:36 Émilie Maillard, ce matin sur Europe 1,
04:39 l'autre constat que l'on peut faire, c'est une baisse des prix sur les produits d'entretien et d'hygiène.
04:44 Est-ce qu'il faut voir les effets de la loi EGALIM 3,
04:48 dite loi de Crozat, votée en mars, qui interdit les méga-promos sur ce type de produits ?
04:53 Là aussi ça a eu un effet ?
04:55 - Oui, ça a un effet, parce qu'effectivement depuis le 1er mars,
04:58 les Français ne peuvent plus trouver dans les magasins de la grande distribution
05:01 ce qu'on appelle des grosses promos sur les produits d'entretien et d'hygiène.
05:04 Ça veut dire que le maximum de réduction qu'ils vont avoir grâce à la promo, c'est 34%,
05:09 alors qu'avant on pouvait avoir 50%, 70%, etc.
05:12 Donc pour compenser le fait qu'il n'y ait plus ces grosses promos,
05:16 les industriels des produits d'entretien et d'hygiène se sont attachés à baisser les prix dans les rayons,
05:22 pour qu'au quotidien les Français ne soient pas complètement perdants sur les deux tableaux.
05:27 - Et là aussi, on peut le constater directement, concrètement,
05:30 dans les rayons des grandes surfaces et des commerces traditionnels ?
05:34 - Oui, surtout des grandes surfaces qui sont concernées par ces limitations promos,
05:39 sur le shampoing, sur le gel douche, sur les produits d'entretien, les cives,
05:44 effectivement on paie un petit peu moins cher cette année ces produits-là que l'an dernier dans les rayons.
05:48 - Un effet mécanique, en quelque sorte.
05:50 En revanche, si la parenthèse inflationniste est en passe d'être tournée,
05:55 comme on le disait tout à l'heure, on observe quand même, Émilie Maillard,
05:58 que pour le panier européen, il coûte 9,56€ de plus qu'en deux ans.
06:06 C'est quoi le constat ? C'est que les prix ne reviendront pas forcément au niveau d'avant Covid, par exemple ?
06:13 - Absolument. C'est-à-dire que les prix ont commencé à grimper au printemps 2022,
06:18 ça fait donc aujourd'hui deux ans. En deux ans, et on le voit très bien sur le panier,
06:23 les prix ont augmenté de 20%, donc sur le panier qui fait à peu près 50 et quelques euros,
06:27 c'est quand même une hausse de 10€.
06:29 Là, les prix se stabilisent, mais effectivement, on ne va pas faire le chemin en arrière
06:34 et on ne verra pas les prix faire du -5, du -10 et encore du -20% pour retrouver les prix d'il y a deux ans.
06:40 Donc en fait, ce sont des nouveaux prix auxquels les Français sont "en train de s'habituer".
06:44 Ils ont mis en place des stratégies pour essayer de modérer l'impact de l'inflation sur leur budget.
06:51 Mais oui, on ne reviendra pas en arrière, ça c'est certain.
06:54 - Le constat, merci. Émilie Maillard, experte produit de grande consommation chez Circana France,
06:59 notre partenaire qui analyse tous les mois le panier européen de 12 produits du quotidien.
07:04 Merci d'avoir été en ligne ce matin sur Europe 1. Bonne journée à vous.
07:06 - Merci.
Commentaires