00:00C'est ce que j'ai commandé une fois, c'est une robe que j'ai mis une seule fois parce que c'était pour mon anniversaire.
00:07C'est vrai que j'étais un peu prise par le temps, donc je l'ai commandé là-bas.
00:13Vous l'avez acheté où alors ?
00:14Sur Shein.
00:15D'accord, ok.
00:16Où est-ce qu'ils vous l'ont rendu ?
00:1835.
00:19Et voilà, Made in China, 95% de polyester, 5% d'élastane.
00:23Je vous laisse.
00:24Merci.
00:25Je ne peux pas le passer en machine à laver, je pense.
00:27Je ne sais pas.
00:28Ce qui passe en machine à laver, c'est fini.
00:29Non, je pense que c'est…
00:30Ça, c'est typiquement le produit moelle éphémère.
00:38Bonjour, je m'appelle Antoine Vermorel Marques.
00:40Je suis député de la 5e circonscription de la Loire.
00:43On est une terre du textile.
00:44On a produit des emplois pendant plus de 200 ans et aujourd'hui, je défends une proposition
00:48de loi contre la fast fashion.
00:50C'est-à-dire la mode jetable, qui ne crée aucun emploi en France, qui importe tout
00:53de Chine.
00:54Et cette proposition de loi, elle vise aussi à favoriser le « made in France » ici
00:57dans ma circonscription.
01:00Antoine Vermorel Marques, agrandi à l'ombre des vieilles cheminées d'usines, vestige
01:06d'un passé pas si lointain où Rouen, dans la Loire, était un fleuron du textile français.
01:12Mais dans les années 70-80, il est devenu l'un des plus importants producteurs de
01:18Mais dans les années 70-80, les délocalisations vers l'Asie ont sinistré tout le bassin
01:24d'emploi.
01:25Avec Philippe Marconnet, historien spécialiste du patrimoine rouennais, le député revient
01:30sur ce traumatisme à l'origine de son combat contre la mode éphémère « made in China ».
01:37Dans chaque famille rouennaise, il y a quelqu'un qui a travaillé dans le textile.
01:40Et potentiellement, il y a quelqu'un qui a aussi été licencié au moment des années
01:4470.
01:45Et donc, c'est une forte charge émotionnelle parce qu'il y a à la fois une fierté d'avoir
01:50participé à ce mouvement-là.
01:51On a habillé la France pendant des décennies.
01:53Et puis, une forme d'humiliation de cette délocalisation en Asie, de ces métiers qui
01:58sont partis.
01:59Rouen, c'était le centre de la production du Vichy.
02:01Du carré Vichy.
02:02Du carré.
02:03Mais du textile également, il n'y a pas que le carré Vichy.
02:05C'est-à-dire que les habits en Vichy, on va dire 80% de la production était faite
02:09à Rouen.
02:10Et celle qui va relancer ce tissu-là dans les années 50, c'est Brigitte Bardot.
02:16Elle se marie avec une robe rose et blanche, avec Jacques Charrier.
02:22Elle va relancer à nouveau la mode du Vichy.
02:24Tout le monde va vouloir du Vichy.
02:26C'est ce qui va créer à Rouen des milliers d'emplois parce que cette industrie, elle
02:30va perdurer dans les années 50, 60, 70.
02:33On est en termes d'emplois entre 5 000 et 7 000 personnes qui travaillent uniquement
02:39pour le textile.
02:40En sachant qu'à cette époque, on a des grands noms du textile qui arrivent.
02:44Il y a des arbres, il y a Jeannie Poporté, il y a Griffon, il y a Devernois.
02:49Bref, des maisons qui existent toujours.
02:53Le textile à Rouen n'a pas disparu du paysage.
02:56Le secteur relève même un peu la tête et recommence à embaucher.
03:00Mais la concurrence venue d'Asie revient hanter les entreprises avec l'avènement
03:05de la fast fashion en ligne qui casse les prix.
03:08Et puis, c'est des industriels aujourd'hui qui m'en ont parlé en me disant qu'on
03:12est concurrencés par l'ultra fast fashion et si vous ne faites rien, ça va être
03:17une deuxième mort pour nous.
03:20Pour éviter que l'histoire ne se répète, le député a identifié son adversaire.
03:25Mais en quoi consiste exactement ce nouveau concept venu de Chine qu'il appelle l'ultra
03:31fast fashion ?
03:33A sa permanence parlementaire installée dans un camping-car, il reçoit une étudiante
03:39qui a fait un stage dans son équipe.
03:43Avec elle, il veut mieux comprendre comment ces nouvelles marques parviennent à toucher
03:48leur cœur de cible, les jeunes générations.
03:52Donc là, on voit qu'il y a des t-shirts vraiment pas chers.
03:55C'est ça, c'est pas cher.
03:56En plus, si on commande, je pense, un certain nombre d'articles, il y a des réductions
04:00en plus.
04:01On peut changer de style, je dirais, facilement comme on change super rapidement des vêtements.
04:07Des ventes exclusivement en ligne, des collections renouvelées en permanence à des prix imbattables
04:12mais dont la qualité importe peu.
04:14C'est le modèle de la fast fashion.
04:17Les leaders sont chinois et s'appellent Xi Yin, Temu et Ali Express.
04:23Je comprends que le consommateur, il se dise, tiens, j'ai un vêtement pas cher que je
04:27peux avoir rapidement en un clic sauf qu'en un clic, ça a des conséquences énormes.
04:30Ça a des conséquences sur l'environnement, ça a des conséquences pour les personnes
04:34qui produisent ça, qui travaillent 70 heures par semaine, ont un jour de repos par mois.
04:38Ça a des conséquences pour notre santé parce que pour produire pas cher, ils mettent
04:41des matériaux qui sont parfois interdits d'utiliser en France comme des perturbateurs
04:45endocriniens.
04:46Et tout ça, ça détruit les emplois en France, ça ne crée aucune richesse.
04:50Et le pire de tout, c'est que le vêtement, il va être porté une fois ou deux, après
04:53il va être délavé, décousu, on ne pourra pas le reporter.
04:56Ce n'est pas vertueux comme mode de consommation, même si eux, évidemment, veulent le faire croire.
05:02Pour sensibiliser à sa cause ceux qui achètent ses produits, Antoine Vermorel-Marques a décidé
05:08d'attaquer la marque Xi Yin sur son propre terrain, le réseau social chinois TikTok.
05:14Sa vidéo a dépassé le million de vues.
05:39C'était un peu provocateur de ma part, c'était de me dire, je vais aller sur le
05:41réseau qui promeut le plus Xi Yin, pour combattre Xi Yin en fait, et essayer de m'adresser
05:45à ceux qui commandent sur cette plateforme.
05:47Et donc on a lancé cette vidéo et puis effectivement, elle a fait le buzz parce que je pense que
05:51ça répondait aussi à une forme d'attente, de sentiment de se faire arnaquer peut-être
05:56par l'ultra fast fashion aussi, et on a apporté des arguments contre ça.
06:00Et en plus, ils ont été trop sympas, ils ont laissé le billet d'avion à l'intérieur
06:03pour Shanghai parce que tous les produits de Xi Yin sont apportés en avion, c'est
06:0720 fois plus polluant que le bateau.
06:08Clairement sur une pépite.
06:09Et cette pépite, moi ce que je veux, c'est qu'elle reste en Chine.
06:12Et pour ça, en tant que député, je propose qu'on impose un malus à tous les produits
06:15de la fast fashion pour qu'elle soit définitivement démodée.
06:20Imposer aux entreprises de la fast fashion un malus fixé à 5 euros pour chaque produit
06:25vendu, voilà ce que le député, par un amendement, a réussi à faire voter à l'Assemblée nationale.
06:33Comment peut-on laisser entrer des produits qui ne respectent ni nos normes sociales,
06:37ni nos normes environnementales, ni nos normes sanitaires ?
06:42Ce malus n'est pas une taxe à proprement parler.
06:45Chaque euro perçu sera réinjecté sous forme de bonus aux entreprises qui, elles, produisent
06:51en France ou en Europe des vêtements respectueux de l'environnement.
06:57Bonjour, ça va et vous ?
06:59Bonjour, enchanté.
07:00Vous allez bien ?
07:01Oui, ça va.
07:02On va visiter l'entreprise.
07:03D'accord, très bien.
07:05Dans les locaux historiques du Griffon.
07:08Voilà.
07:09Exactement.
07:11C'est le cas dans cette vieille manufacture où sont aujourd'hui installées plusieurs
07:15entreprises de prête à porter.
07:18Tout ce qui est tricotage, assemblage, traitement, expédition, c'est tout fait en France.
07:24Là, l'usine, elle ne tourne pas au charbon.
07:25Oui, non.
07:26Ce n'est pas expédié en avion non plus.
07:28Non, non, oui.
07:30L'idée, c'est vraiment un malus sur la fast fashion et un bonus pour le made in France
07:34et le made in Europe.
07:35De façon soit à aider les entreprises à investir et à produire encore davantage,
07:39à massifier pour baisser vos coûts, soit à faire baisser le prix de ce pull-là pour
07:43qu'il soit plus accessible.
07:44Ce qu'on va payer sur le made in China, ça va financer le made in France ou le made
07:49in Europe parce qu'on est en Union Européenne.
07:51Et ça, ça sera vertueux pour nos entreprises, pour nos emplois.
07:54Il faut en passer par là.
07:55Il faut vraiment taxer tout ce qui arrive de Chine et autres.
08:03Ici, les marques misent sur une autre tendance aux antipodes de la fast fashion, le renouveau
08:09du made in France.
08:11Le principe est de proposer des vêtements haut de gamme au style intemporel.
08:20Un pull comme ça, il sort à combien pour le consommateur ?
08:22Un pull comme ça, ça sort à 95 euros.
08:2495 euros pour le consommateur parce qu'on est sur du coton biologique.
08:28Acheter 100 % en France, fabriquer aussi 100 % en France.
08:32Forcément, le coton coûte un peu moins cher que le Merinos et le Cachemire.
08:35Là, par exemple, nos collerons en 100 % Merinos, Cachemire, eux sont à peu près à 169 euros.
08:40Le bonus à nous, il va nous servir peut-être à faire baisser les coûts par contre pour
08:44le coup.
08:45Peut-être qu'on pourra sortir un pull avec une qualité comme celle-ci, peut-être un
08:48peu moins cher et permettre de toucher une autre clientèle qui aujourd'hui hésite
08:53à acheter un pull français parce que 169 euros, 189 euros, ça reste un budget et on
08:58le conçoit totalement qu'on ne peut pas toucher toutes les bourses.
09:02Privilégier la qualité sur la quantité, changer les modes de consommation, c'est
09:07aussi l'enjeu du système de bonus-malus défendu par le député.
09:12Car depuis plusieurs décennies, les Français ont pris l'habitude d'acheter beaucoup
09:18trop de vêtements bon marché à la durée de vie limitée.
09:23Antoine Vermorel-Marquès se rend maintenant dans un entrepôt où sont triés des vêtements
09:30pour Emmaüs.
09:33Monsieur Vermorel, bonjour.
09:35Allons-y.
09:36Allez, je vous fais visiter la structure.
09:39Tout ça, ça vient uniquement de 150 kilomètres à la ronde.
09:42Tout ça, ça vient de 150 kilomètres à la ronde, donc on a peut-être quand même
09:45une réflexion à avoir sur ce textile-là, tout ce textile-là, est-ce qu'il a besoin
09:50d'en rentrer autant sur le territoire, est-ce qu'on a besoin d'en consommer autant,
09:53d'en trier autant.
09:55Et après, ce sont des vêtements de la phase française, c'est-à-dire qu'il y a des
09:58vêtements de la phase française, c'est-à-dire qu'il y a des vêtements de la phase française
10:01qui ne sont pas des vêtements de la phase française, c'est-à-dire qu'il y a des vêtements
10:05Et après, ce sont des vêtements de la phase fashion type chine, etc., il n'y a quasiment
10:10zéro réemploi en France.
10:11Alors, il n'y a pas de réemploi parce qu'on est quand même sur du vêtement qui perd
10:15vite sa forme, des textiles qui ne tiennent pas longtemps.
10:22Seuls 40% des vêtements triés ici pourront être portés de nouveau.
10:26La majorité finira au mieux en usine de recyclage.
10:31Voilà, clairement, un vêtement de mauvaise qualité, voilà ce qu'il devient au bout
10:34de quelques lavages, c'est-à-dire qu'il est acheté et il va boulocher, il va déteindre
10:40une fois qu'il aura quelques lavages.
10:42Et in fine, il a été porté 3-4 fois, 5 si tout va bien, et puis on ne le fera plus
10:50porter parce qu'il n'est plus en état et il finira sur du recyclage.
10:54Il leur a coûté de la matière première, il leur a coûté de l'eau à la fabrication,
10:58sans doute un peu de sueur, et puis on ne pourra plus rien en faire.
11:03C'est marqué « Authentic wear ».
11:05C'est ce qu'on a de plus en plus sur des vêtements dont les fibres sont courtes,
11:08dont la matière première n'est pas stable.
11:13Donc on sait que sa durée de vie est très limitée.
11:16C'est marqué « Vêtements durables ».
11:19Mais tous ces vêtements bon marché ne viennent pas uniquement de la fast fashion chinoise.
11:24Beaucoup viennent de grandes enseignes comme Zara, Primark, H&M ou Kiabi.
11:29Ces marques-là, qui sont parfois qualifiées de fast fashion,
11:32mais disposent de boutiques physiques,
11:34passent entre les gouttes de la proposition de loi votée à l'Assemblée.
11:38Un choix que le député assume.
11:41Moi ce que je souhaite, et dans le combat qu'on porte à l'Assemblée,
11:44c'est qu'on cible les pires, qui représentent beaucoup.
11:47Chine, c'est déjà 12% des ventes en ligne, et c'est 100% du taux de croissance.
11:51Si on ne fait rien dans les trois prochaines années,
11:53dans trois ans, ils ont 50% de départ de marché sur la vente en ligne de vêtements.
11:56Donc c'est vraiment eux qu'il faut cibler maintenant, tout de suite, sans tarder.
11:59Et ensuite, que cette proposition de loi, elle incite les autres à changer aussi de comportement.
12:06La proposition de loi sur la fast fashion a été votée à l'unanimité en première lecture à l'Assemblée.
12:14Elle doit maintenant poursuivre son chemin législatif et être étudiée au Sénat.
12:21Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
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