00:00 [Générique]
00:05 Et nous sommes en direct à Montpellier avec la maire de Samara, Asibara Joule.
00:09 Merci d'être avec nous ce matin.
00:12 Véronique Fèvre du service éducation de BFMTV est également avec nous
00:16 au lendemain de ce rapport d'enquête administrative
00:20 qui avait été demandé par la ministre de l'Éducation nationale
00:23 sur l'agression de Samara.
00:25 On rappelle, agressée le 2 avril dernier aux abords de son collège
00:29 sur Rimbaud de Montpellier. Samara a 13 ans.
00:32 Elle a été agressée, rouée de coups par plusieurs élèves,
00:35 dans un état grave. Elle est restée d'ailleurs dans le coma
00:37 pendant un peu plus d'une journée.
00:39 Elle n'est pas retournée à l'école depuis.
00:41 Véronique, est-ce que vous voulez bien nous dire
00:43 ce que dit aujourd'hui le rapport diligenté par l'Éducation nationale ?
00:47 Alors ce que dit le rapport, c'est qu'il n'y a pas eu de harcèlement du tout.
00:51 Mais que ce harcèlement scolaire que subissait cette jeune fille,
00:54 il n'a pas pu être établi par les équipes du collège.
00:58 Et cela en dépit d'indices qui étaient nombreux,
01:00 du mal-être de la jeune fille, d'un mal-être croissant.
01:03 La mission n'a relevé aucun manquement fautif
01:05 de la part du personnel de l'établissement
01:07 et ne peut établir, objectivement, une situation de harcèlement scolaire
01:10 à l'encontre de Samara. C'est ce qui est écrit.
01:12 Le rapport décrit un collège qui est un gros collège,
01:15 avec 800 élèves, qui travaillent sérieusement sur la question du harcèlement.
01:18 Il y a 42 situations qui ont été prises en charge depuis la rentrée.
01:21 Mais que les équipes soupçonnent bien qu'il s'est passé quelque chose.
01:25 En janvier, par exemple, la jeune fille est convoquée par un professeur formé
01:30 et elle lui dit "oui, j'ai eu un conflit avec une élève".
01:33 Elle ne veut pas la nommer et elle ne veut pas en dire plus.
01:37 Elle ne veut pas nommer les mécanismes.
01:38 A partir de là, ce que décrit le rapport,
01:40 c'est une équipe qui voit qu'il y a un problème,
01:42 mais qui ne parvient pas à percer le mystère de ce qui se passe.
01:46 Mais Véronique, factuellement, Samara s'est fait quand même taper dessus
01:49 au point de se retrouver dans le coma. On est bien d'accord.
01:53 Absolument.
01:54 Mais ce que vous dites, ce que dit le rapport, c'est qu'on ne sait pas pourquoi.
01:57 Clairement, on ne sait pas pourquoi.
02:00 Il faut bien faire la différence entre un rapport administratif et une enquête judiciaire.
02:03 Le rapport administratif, qu'est-ce qu'il s'attache à trouver ?
02:05 S'il y a eu des manquements et des fautes de la part des personnels.
02:08 Il y a eu 51 auditions qui ont été menées.
02:11 Il était question de savoir si le collège avait bien reçu des appels
02:15 qui lui demandaient de garder Samara.
02:17 Est-ce que ça a été le cas ?
02:18 Les agents, eux, expliquent qu'ils n'ont pas reçu ces appels
02:21 et on n'a pas de journal des appels.
02:23 Il n'y a pas de commission rogatoire dans ce type d'enquête.
02:26 Autre question, est-ce que le professeur était bien au courant de risque ?
02:30 Et là, le professeur principal, qui avait un rendez-vous le 2 avril téléphonique
02:34 avec la maman de Samara parce qu'il y avait des problèmes de comportement,
02:37 ses signes faibles, parce qu'il y avait des notes qui baissaient,
02:40 lui a signalé qu'il y avait eu, effectivement, comme souvent,
02:43 parce qu'il y en avait souvent, une altercation de Samara devant le collège
02:46 avec un garçon à propos d'une photo déformée où elle n'était pour rien.
02:50 Et puis, 4 personnes extérieures qui arrivaient au collège,
02:53 il les avait fait dégarpir, pour lui, il n'y avait plus de risque.
02:56 Aciba, la maman de Samara est avec nous.
02:59 Pas de harcèlement, dit le rapport.
03:01 D'abord, sur cet aspect-là, comment vous avez réagi ?
03:04 Bonjour, écoutez, j'ai été très choquée de découvrir tout ça à la télé.
03:14 Franchement, pour moi, j'étais effondrée.
03:20 Je me suis dit "mais comment on peut dire de telles choses ?"
03:23 alors que tout ce que Mafia a vécu depuis l'an dernier,
03:27 c'est comme si ça n'avait jamais existé.
03:30 Moi, ça a été trop pour moi. J'étais vraiment pas bien.
03:36 Parce que si on rentre dans les faits très concrets,
03:39 le rapport dit qu'il n'y a pas de traces de harcèlement.
03:43 Ma fille, son histoire, tout ce qu'elle a vécu,
03:47 il faudrait qu'on m'explique à quoi correspond l'histoire de ma fille.
03:52 Le fait qu'elle ait été frappée à plusieurs reprises,
03:56 qu'elle ait été humiliée, moquée, qu'on l'a insultée, qu'on lui a craché dessus.
04:00 Si ce n'est pas du harcèlement, je ne sais pas ce que ça peut...
04:03 C'est quoi la définition alors du harcèlement ?
04:06 Elle a subi des faits répétitifs, ça n'a pas été une fois,
04:10 ça a été à plusieurs reprises.
04:12 – Est-ce que Samara a rencontré les enquêteurs
04:15 qui ont diligenté cette enquête de l'administration ?
04:18 Est-ce qu'elle leur a parlé ?
04:20 – Non, elle a parlé de ce que j'en sais, de l'agression,
04:26 mais pas de tout ce qu'elle a subi auparavant.
04:29 – À qui elle a fait part du harcèlement dont elle était victime ?
04:34 – Elle n'en a pour moi jamais fait part,
04:40 parce qu'en fait elle expliquait qu'elle n'était pas à l'origine
04:43 de tout ce qui se passait.
04:45 On m'a annoncé qu'elle avait rencontré un référent de harcèlement dans le collège,
04:50 moi je n'ai pas été informée, on ne m'a pas demandé
04:53 comment était ma fille à la maison, ça a été fait en interne dans le collège.
04:57 Samara, il faut savoir que c'est un référent,
05:00 ça a été fait en interne dans le collège.
05:03 Samara, il faut savoir qu'elle n'a pas parlé auparavant,
05:07 elle ne parle pas à l'heure actuelle,
05:09 et voilà, chaque victime est différente,
05:11 il y a des victimes qui vont arriver à parler,
05:13 il y en a d'autres qui ne vont pas arriver à parler,
05:15 et le cas de ma fille en attendant, c'est que même si au départ elle parlait,
05:20 l'an dernier elle s'exprimait, "voilà j'en ai marre qu'on me fasse ça,
05:24 qu'on me frappe, que tout ça et tout",
05:26 mais au bout d'un moment, une fois qu'on ne la croyait plus,
05:28 elle aussi elle arrêtait de parler en fait,
05:30 elle n'avait pas raison de toujours se défendre,
05:35 parce qu'au niveau de l'administration, au niveau de l'établissement,
05:39 personne ne l'entendait, personne n'entendait,
05:42 il y avait des signaux, moi je n'ai pas été formée contre le harcèlement,
05:45 mais ces personnes-là étaient formées contre le harcèlement.
05:48 - Oui, Asiba a complètement raison en ce qui concerne les enfants et les adolescents,
05:52 quand il y a des violences physiques, verbales ou sexuelles,
05:56 l'enfant ne parle que quand il a la certitude qu'il va être cru et entendu.
06:00 Donc si Samara se retrouvait dans une situation où elle avait honte,
06:03 où elle se sentait humiliée, où elle avait peur qu'on remette en doute sa parole,
06:07 elle a pu se replier sur elle, et certaines fois les faits sont insuffisamment caractérisés,
06:11 on a du mal à prouver, du coup le harcèlement est difficilement qualifiable.
06:15 - Je voudrais revenir vers vous Véronique, est-ce qu'il est normal
06:17 que dans le cadre de cette enquête, la petite n'ait pas été entendue ?
06:21 - Les inspecteurs ont essayé. - Ils ont essayé ?
06:24 - Oui, bien sûr, mais ils ne peuvent pas forcer sa parole.
06:26 Encore une fois, c'est une enquête administrative, ce n'est pas une enquête judiciaire.
06:29 Et peut-être que l'enquête judiciaire va pouvoir tirer les fils de ses indices
06:34 et trouver des choses, sans doute, elle va pouvoir compléter cette enquête.
06:38 - D'un mot vraiment, d'un mot Asiba, Samara, comment elle va là ?
06:42 - Écoutez, elle est à la maison, elle est déscolarisée, elle est isolée,
06:50 elle n'a quasiment plus personne, mis à part une copine avec qui elle communique.
06:55 Voilà, depuis, elle est mal, elle a encore des rendez-vous médicaux,
07:00 quasi tous les jours, elle doit passer d'autres examens
07:04 pour savoir par rapport à l'agression ce qui en résulte,
07:08 et oui, elle est mal ma fille.
07:10 Et encore hier, le fait qu'elle ait entendu que Limith,
07:13 encore on ne la croyait pas, que Samara, c'était une enfant,
07:17 comme on l'a dit dans le rapport, qui posait beaucoup de problèmes.
07:20 Et c'est double peine pour ma fille d'entendre même des choses comme ça.
07:24 Malheureusement, elle est obligée, je suis là, je suis au milieu,
07:27 elle entend, elle comprend que même après avoir été agressée,
07:31 elle a encore pas entendu, pas défendu,
07:37 et voilà, les propos qui ont été tenus dans le rapport,
07:41 moi j'arrive pas à les encaisser, je suis écœurée par tout ce que j'ai entendu.
07:46 Et on essaie de la faire passer pour la méchante dans l'histoire,
07:49 alors que ma fille, elle a été victime, et victime de cette agression,
07:53 et victime de tout ce qu'elle a subi dans ce collège.
07:56 Merci infiniment d'avoir été en direct avec nous ce matin sur BFM TV.
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