00:00 [Musique]
00:03 Bonjour Sabine.
00:13 Bonjour Albert.
00:14 Ça va ?
00:15 Oui.
00:16 Comment va ta maman ?
00:17 Bien.
00:18 Bonjour Albert.
00:27 Bonjour.
00:28 Bonjour.
00:29 Vous aussi vous avez sacrifié vos moustaches ?
00:31 Oh oui, j'ai fait comme tout le monde.
00:33 Mais je ne me plais pas ainsi, j'ai l'impression d'être tout nu.
00:35 Je vais la laisser repousser.
00:37 Albert a été blessé à la guerre ?
00:39 Dans les tranchées ?
00:41 Maintenant ça va tout à fait, mais quand je me suis réveillé
00:43 et que j'ai vu le chirurgien fouiller dans mon crâne,
00:46 j'ai pensé à Oscar Wilde.
00:47 Mon Dieu, épargnez-moi les douleurs physiques,
00:49 les douleurs morales, je m'en charge.
00:51 C'est qui est révoltant dans la guerre ?
00:54 C'est quel prix flambe de son combat individuel ?
00:57 Oui, c'est vrai, mais je crois qu'il peut quand même,
00:59 en marge de la guerre, mener la sienne.
01:02 Je pense à cet artilleur que j'ai connu à l'hôpital.
01:05 En revenant de permission, il a rencontré une jeune fille dans le train.
01:09 Ils se sont parlé entre Nice et Marseille.
01:11 En sautant sur le quai de la gare, il lui a donné son adresse.
01:14 Et bien pendant deux ans, tous les jours,
01:16 il lui a écrit frénétiquement depuis les tranchées,
01:18 sur du papier d'emballage, de la lueur des bougies,
01:21 même quand les obus pleuvaient, des lettres de plus en plus intimes.
01:24 Au début, il commençait "Chère Mademoiselle"
01:26 et terminait par "Mes hommages respectueux".
01:29 A la troisième lettre, il l'appelait "Ma petite fée"
01:31 et lui demandait une photographie.
01:33 Puis ce fut "Ma fée adorable".
01:35 Puis "Je vous baisse les mains", puis "Je vous baisse le front".
01:38 Plus tard, il lui détaille la photographie qu'elle lui a envoyée
01:41 et lui parle de sa poitrine qu'il a cru deviner sous le peignoir.
01:44 Et bientôt, il passe au tutoiement.
01:47 "Je t'aime terriblement".
01:49 Un jour, il écrit à la mère de cette jeune fille pour lui demander sa main.
01:52 Dès lors, il devient son fiancé officiel sans jamais l'avoir revu.
01:56 La guerre continue et les lettres deviennent toujours plus intimes.
02:00 "Je m'empare de toi, mon amour.
02:02 "Je prends tes seins adorables.
02:04 "Je te presse absolument nue contre moi."
02:07 Lorsqu'elle répond un peu froidement à une de ses lettres,
02:09 il s'emporte et l'apprie de ne pas faire la coquette
02:11 parce qu'il peut mourir d'un jour à l'autre, et il dit vrai.
02:14 Voyez-vous, Jules, pour comprendre cet extraordinaire dépucelage par correspondance,
02:19 il faut avoir connu toute la violence de la guerre des tranchées,
02:22 cette espèce de folie collective et cette présence de la mort minute par minute.
02:26 Voilà donc un homme qui, tout en participant à la grande guerre,
02:29 a su mener sa petite guerre parallèle, son combat individuel,
02:33 et conquérir totalement une femme par la persuasion à distance.
02:37 Quand il est arrivé à l'hôpital, il était comme vous, blessé à la tête.
02:41 Il n'a pas eu votre chance.
02:43 Il est mort après la trépanation, la veille même de l'armistice.
02:46 Dans sa dernière lettre à sa fiancée inconnue, il écrivait...
02:50 Tes seins sont les seuls obus que j'aime.
02:53 Je vous montrerai une série de photos que j'ai de lui.
02:56 En les regardant vite, on croit le voir bouger.
02:58 C'est une belle histoire, Jim.
03:00 Quand il était à la guerre, Jules aussi m'envoyait des lettres très belles.
03:03 Bonjour, Albert. Vous avez terminé ma chanson ?
03:06 Montez, on va travailler ensemble.
03:09 Albert, Albert, Albert !
03:16 Albert ! Voilà.
03:19 Merci, Sabine.
03:21 Sous-titrage FR : VNero14
03:28 [Musique]
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