00:00 Est-ce que vous vous avez constaté, sur une période de 14 ans par exemple,
00:04 une dérive chez certains de vos étudiants ?
00:10 Déjà si vous parlez de dérive, c'est que vous faites un jugement de valeur,
00:13 si je puis me permettre, n'est-ce pas ?
00:16 Je vous pose la question.
00:17 Il y a plutôt une évolution.
00:18 Moi je suis arrivé comme directeur à Lille en 2007,
00:21 et je fais plusieurs mandats et avec une interruption je suis parti il y a un mois et demi.
00:26 Je pense que les centres d'intérêt, pour le dire autrement que dérive,
00:30 les centres d'intérêt dominants des étudiantes et des étudiants très engagés politiquement
00:34 et en l'espèce plutôt engagés à gauche ont évolué.
00:37 Et ont évolué vers des thématiques notamment tiers-mondistes, autour de la question du genre,
00:42 notamment c'était évident autour bien sûr de la question de la transition écologique.
00:46 Et d'autre part, et on le voit là sur votre écran,
00:49 c'est que ce qui a évolué aussi c'est les formes d'organisation des étudiantes et des étudiants.
00:54 Quand je suis arrivé comme directeur, on avait de grosses organisations syndicales type l'UNEF,
00:58 on avait les jeunesses socialistes, les jeunesses communistes,
01:02 avec lesquelles en tant que directeur on pouvait discuter, négocier,
01:05 pour éviter par exemple un blocage, en transigeant, en proposant de mettre à disposition un amphi.
01:10 On arrivait assez bien à le faire.
01:11 C'est vrai qu'au fur et à mesure des années,
01:13 on a vu plutôt des organisations un peu, comment dire, liquides, comme on dit maintenant, gazeuses,
01:18 c'est-à-dire des organisations sans leader,
01:22 donc avec une très grande difficulté quand on est en déposition de direction,
01:25 à pouvoir négocier, discuter, parce qu'on n'a pas en face de nous d'organisation structurelle.
01:30 C'est ça qui a évolué je pense et qui est la chose la plus complexe à gérer quand on est,
01:35 passez-moi l'expression, de l'autre côté du manche,
01:37 et qu'on doit faire face en tant que directeur,
01:40 donc garant quand même de la sécurité et du bien-être de l'ensemble de la communauté,
01:45 les étudiantes et les étudiants, les personnels, les profs, etc.
01:49 C'est vrai que ne pas avoir véritablement d'interlocuteur face à nous,
01:52 de ne pas toujours comprendre ce qui est demandé par exemple,
01:54 c'est vrai que ça peut être une difficulté.
01:56 - Au-delà des formations qui se créent à l'intérieur de Sciences Po,
01:59 est-ce que vous avez eu l'impression, vous, en 14 ans, qu'une pensée dominante a émergé à Sciences Po
02:05 et est-ce qu'avec le temps n'est pas survenue aussi une forme d'auto-censure ?
02:10 - Alors il n'y a pas de...
02:11 Alors une pensée dominante, ça voudrait dire que tout le monde pense la même chose.
02:14 Ce que l'on peut dire en essayant d'être objectif,
02:17 c'est qu'une minorité très activiste,
02:20 mais qui ne représente pas plus de quelques pourcents des étudiantes et des étudiants,
02:24 cette minorité très activiste est très mobilisée, très engagée,
02:28 et d'autant plus engagée qu'on a aussi affaire à une majorité
02:32 qui est là pour étudier et qui s'engage assez peu, pour le dire vite.
02:35 Et c'est vrai que cette minorité très engagée, très investie,
02:38 a tendance à occuper le terrain aussi bien physiquement que sur les réseaux sociaux
02:43 et à tenter quelque part, disons, d'imposer ses manières de voir.
02:47 Mais quand on est du côté de la direction,
02:48 le travail qu'on a à mener, c'est d'essayer de faire en sorte de garantir le pluralisme,
02:53 ce qui fait partie quand même de nos missions,
02:55 de garantir la liberté d'expression dans les établissements, la liberté de débat.
02:59 C'est un travail de tous les jours qu'on arrive à peu près à mener
03:02 dès lors qu'on a des relations, qui parfois sont sportives bien sûr,
03:05 mais des relations régulières et directes avec les étudiants les plus engagés.
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