00:00 Ce qu'on voit à la télévision ou au cinéma,
00:02 et qui est complètement normalisé, banalisé à l'écran,
00:06 on finit par le banaliser dans la vraie vie.
00:09 La violence, elle est très présente dans les films,
00:26 mais surtout là où on ne l'attend pas,
00:27 par exemple dans les comédies romantiques.
00:29 Il serait complètement illusoire de croire
00:31 que ces films-là n'ont pas d'incidence sur nos constructions
00:35 quand on est enfant, quand on est ado,
00:37 et puis ensuite en tant qu'adulte.
00:38 Et je me suis rendu compte que les modèles
00:40 qu'on m'avait donnés dans la fiction
00:42 étaient la plupart du temps très toxiques.
00:44 Le syndrome Chuck Bass, finalement, on pourrait l'appeler autrement.
00:54 On pourrait par exemple l'appeler le syndrome Darcy,
00:56 le syndrome Daniel Cleaver,
00:58 mais je trouve que Chuck Bass, il est particulièrement intéressant
01:01 parce que c'est vraiment l'archétype de la masculinité toxique.
01:05 C'est typiquement cet homme de fiction
01:08 qui n'est jamais tombé amoureux,
01:09 qu'aucune femme n'a réussi à conquérir.
01:11 Dès le premier épisode de la première saison,
01:14 il commet déjà deux tentatives de viol.
01:17 Malgré ça, alors qu'on devrait se dire
01:18 "ce personnage est complètement infâme",
01:20 Chuck Bass devient très rapidement l'obsession
01:23 des jeunes spectatrices qui regardent la série.
01:26 Et au fil des six saisons,
01:28 ce qu'on voit c'est que la relation entre Chuck et Blair
01:31 correspond complètement au cycle des violences conjugales,
01:34 donc les violences dans la vraie vie.
01:35 Ce que j'appelle le syndrome Chuck Bass
01:37 est directement lié à quelque chose de décrit en psychologie
01:40 qui est le syndrome de la sauveuse.
01:42 Les bad boys sont présentés comme des petits animaux blessés
01:47 qui manquent cruellement d'amour.
01:49 Et ça vient susciter chez nous
01:51 l'envie évidemment de leur fournir cet amour dont ils ont manqué
01:54 et d'être celles pour qui il va changer.
01:57 Le problème c'est qu'à Hollywood, ça finit par marcher.
02:01 Dans la vraie vie, les violences conjugales finissent mal.
02:05 Les hommes ne changent pas.
02:08 Assez systématiquement dans les fictions,
02:10 on oppose la figure du bad boy à celle du nice guy,
02:13 donc le mec sympa.
02:14 Cette figure-là, il faut s'en méfier.
02:16 Très souvent, le nice guy, s'il est sympa avec l'héroïne,
02:20 c'est quand même parce qu'il a une idée en tête
02:22 et quand même parce qu'il a envie de la séduire.
02:24 Il y a un exemple français qui est issu de l'Auberge espagnole.
02:27 Xavier, on se dit normalement qu'il est vraiment un mec sympa.
02:32 Mais dans l'Auberge espagnole, il y a une scène d'agression sexuelle pourtant
02:35 entre Xavier et Anne-Sophie.
02:38 Ils lui forcent un baiser alors qu'elle lui dit non.
02:42 Et elle lui dit non à sept reprises.
02:45 Pour autant, Xavier y va et ça finit par être quelque chose de romantique.
02:49 Quand Xavier raconte cette aventure au parc, il dit
02:53 "Putain, je te jure, c'était trop bon, c'était comme dans les films".
02:56 Ça inscrit que comme dans les films, et donc comme dans l'Auberge espagnole,
03:00 et donc comme dans la vraie vie,
03:02 eh bien non, non, non, ça veut finalement dire oui, oui, oui.
03:06 Il existe quand même des vrais nice guys dans la fiction.
03:09 Mais le souci, c'est qu'on n'a pas, en tout cas jusqu'à très récemment,
03:13 appris à érotiser la gentillesse.
03:16 Par exemple, Mike, le mari de Phoebe dans Friends,
03:19 si on pense à Charmed, l'être de lumière, Léo,
03:23 c'est le mari de Piper Alliwell, l'une des sorcières.
03:25 Il ne leur arrive jamais rien de croustillant.
03:27 Les vrais nice guys, finalement, sont soit relégués au rang du mec ennuyeux,
03:33 soit aux meilleurs amis complètement friendzonnés,
03:35 ou encore aux meilleurs amis gays.
03:37 Sous-titrage Société Radio-Canada
03:39 [Musique]
03:46 [SILENCE]
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