00:00 Bon, je suis convoquée par la police pour un tweet sur la Palestine.
00:03 C'est dans le cadre d'une enquête préliminaire pour "Apologie du terrorisme".
00:06 T'es là, t'entends "Apologie du terrorisme", t'as l'impression que j'ai dit un truc de ouf.
00:10 Mais en fait, voici ce qu'on me reproche.
00:12 C'est une publication qui date du 7 octobre dernier et dans laquelle j'ai écrit
00:16 "Inresponsable, l'état colonial israélien, une solution, la fin de la colonisation et la libération de la Palestine,
00:22 une ligne politique, sans cesse rappeler les causes, à savoir l'occupation et ses violences,
00:27 dénoncer les états complices et soutenir la résistance palestinienne".
00:30 Plusieurs choses sur ça.
00:31 Bon, déjà, évidemment, je ne suis ni la première ni la dernière à être convoquée
00:35 pour avoir exprimé un soutien à la Palestine et aux luttes des Palestiniens.
00:39 Depuis le 7 octobre, des centaines de personnes ont été inquiétées pour les mêmes raisons.
00:43 Toutes n'ont pas eu affaire à la police ou à la justice.
00:46 On le sait, la répression prend plusieurs formes.
00:48 Il y a eu, bien sûr, des garde à vue, des perquisitions, des procès et même des condamnations.
00:54 Mais il y a aussi eu des conseils de discipline, des licenciements, des manœuvres d'intimidation,
00:59 des conférences déprogrammées de force, des publications censurées sur les réseaux sociaux,
01:04 des expulsions, une pression politique et médiatique quotidienne, etc.
01:09 En fait, c'est simple, en France, comme dans d'autres pays occidentaux,
01:12 tout a été fait pour empêcher l'expression d'une solidarité avec le peuple de Palestine.
01:17 Pourquoi ? Parce que c'est comme ça que tout pouvoir impose sa domination.
01:20 Et en l'occurrence, là, le récit colonial.
01:22 Ça fonctionne toujours avec, d'un côté, la propagande et de l'autre, la répression.
01:27 D'un côté, on instaure un récit dominant avec sa chronologie, ses hiérarchies, ses mythes et son vocabulaire.
01:33 On te raconte l'histoire de manière à ce que l'opprimé apparaisse comme l'oppresseur
01:38 et l'oppresseur comme l'opprimé.
01:40 Et de l'autre côté, on criminalise tous ceux qui rejettent ce récit,
01:43 qui proposent une autre analyse de la situation et qui s'organisent contre cette violence.
01:47 Eux, on les menace, on les censure, on les sanctionne.
01:50 Et plus les failles du récit colonial sont exposées,
01:53 plus le pouvoir est contesté, plus la répression se durcit.
01:56 C'est une manière d'envoyer un signal fort à tous ceux qui voudraient prendre position.
02:00 C'est à ça que sert la criminalisation, à disqualifier les voix contestataires,
02:03 à désigner des ennemis et bien sûr, ce faisant, à préserver l'innocence des dominants, l'innocence coloniale.
02:09 Ben oui, c'est eux l'axe du bien et non l'axe du mal.
02:12 C'est aussi, évidemment, une manière de pousser à l'autocensure,
02:16 que chacun se dise "Regarde un tel, il a été condamné pour ses propos sur la Palestine,
02:20 regarde l'autre, elle a perdu son travail,
02:22 regarde lui, comment il se fait attaquer sur les réseaux sociaux,
02:25 oh là là, vaut mieux éviter ça, voyez ?"
02:27 Bref, on veut nous faire taire.
02:29 Et c'est le rêve de tout pouvoir, quelle que soit sa forme,
02:31 il travaille au silence, à l'inaction et à l'impuissance
02:34 de ceux qui pourraient contester son autorité ou menacer l'ordre établi.
02:38 Bon, et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ?
02:40 Trois choses.
02:41 Déjà, si vous avez été victime de cette répression,
02:44 vous êtes en lien avec des organisations.
02:46 Vous pouvez, par exemple, contacter la Legal Team antiraciste,
02:49 je mettrai les coordonnées en commentaire.
02:51 C'est important parce que les responsables politiques
02:53 ou les militants qui sont visés ont, a priori, de quoi se défendre.
02:56 En tout cas, ils connaissent les rouages.
02:58 Mais ce n'est pas le cas de tout le monde.
03:00 Donc partagez l'information, s'il vous plaît.
03:01 Ensuite, il n'y a pas de secret, l'une des clés, c'est la solidarité.
03:04 Il faut faire front ensemble.
03:06 Toutes les personnalités et structures visées,
03:08 mais aussi toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans ce combat,
03:11 doivent organiser la riposte.
03:13 Il faut les soutenir, les rejoindre,
03:15 participer aux mobilisations à venir.
03:17 Bref, il faut s'organiser.
03:19 Enfin, il faut tenir la ligne politique.
03:21 Malgré les intimidations et les menaces,
03:23 il ne faut rien céder.
03:25 Il ne faut rien renier de nos discours et de notre dénonciation
03:28 du colonialisme israélien
03:30 et des complicités mortifères des États occidentaux.
03:33 On ne peut pas se taire.
03:35 On ne doit pas se taire.
03:37 Ceux qui sont du côté des peuples colonisés et opprimés
03:39 n'ont pas à rougir.
03:41 Ceux qui sont du côté de la vie, de la justice et de la paix.
03:44 C'est la ligne à tenir et c'est la ligne qu'on continuera de défendre.
03:47 Inch'Allah.
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