00:00 Ces jeunes, qui viennent pour la plupart d'Afrique subsaharienne,
00:03 qui dormaient sous les ponts,
00:04 qui m'ont frappée par leur désarroi, par leur jeunesse extrême aussi.
00:09 Moi-même, comme beaucoup de monde, je pense,
00:12 je me disais "est-ce que ces mineurs sont vraiment des mineurs ?"
00:14 Et vraiment, je ne sais pas s'ils avaient 15, 16 ou 19 ans,
00:18 mais ils m'ont vraiment frappée par leur extrême jeunesse, leur naïveté,
00:22 le fait qu'ils étaient vraiment perdus à Paris.
00:24 Il faisait très froid à ce moment-là, ils grelottaient,
00:27 ils étaient sous ces temps de Quechua.
00:29 J'ai eu envie de les écouter, d'en savoir un peu plus sur eux.
00:32 Et comment est-ce que tu as réussi à trois jeunes,
00:34 que tu décris en particulier dans ce reportage,
00:36 comment est-ce que tu as réussi à rentrer avec eux ?
00:37 Et puis comment, pour des jeunes qui sont dans des situations difficiles,
00:41 tu as réussi à gagner leur confiance ?
00:43 Alors effectivement, le travail de reporter,
00:45 surtout sur ce genre de sujet, c'est souvent un travail d'équipe.
00:48 Et en l'occurrence, ça a vraiment été le cas.
00:49 Puisque j'ai fait ce reportage avec Hervé Lequeu,
00:52 qui est un photographe avec qui je travaille souvent,
00:54 et qui, outre son grand talent, a aussi un formidable contact,
00:58 je dois dire, avec les gens de la rue,
00:59 que ce soit justement les SDF, les migrants,
01:02 ou bien d'autres sujets qu'on a pu faire ensemble dans les quartiers difficiles.
01:05 Un jour, Hervé m'a dit, voilà, j'en ai rencontré deux très sympas,
01:08 très ouverts, ce qui n'est pas toujours le cas.
01:09 Ce n'est pas qu'ils ne soient pas sympas,
01:11 mais ils sont souvent très méfiants vis-à-vis des adultes.
01:15 Donc là, en l'occurrence, il m'a dit, franchement,
01:19 voilà, c'est vraiment deux gars intéressants, etc.
01:22 Et donc, j'ai rencontré ainsi Abdé Rahman, Youssoupha,
01:25 l'un à 16 ans, l'autre 17.
01:29 Et ensuite, on a rencontré Mahmadoo, qui lui, est vraiment tout jeune,
01:33 qu'on voit d'ailleurs en ouverture du reportage,
01:36 qui lui, d'ailleurs, attirait l'attention de toutes les assos par son extrême jeunesse.
01:42 Enfin bon, Mahmadoo, il faut imaginer, quand il est arrivé à Paris,
01:45 il ne savait pas ce que c'était que ces restaurants avec un M, etc.
01:49 Un clou, tout ça. Il disait, mais c'est quoi ça ?
01:51 Il ne connaissait pas McDo, il ne connaissait rien, en fait.
01:53 Mahmadoo, il est arrivé vraiment un peu par hasard, avec son entraîneur de foot.
01:57 Il pensait que l'Europe, c'était un seul pays.
01:59 Alors, il cherchait le club de Bordeaux parce que c'est un passionné de foot.
02:01 Enfin bon, voilà, c'est vraiment des...
02:04 Je ne sais pas exactement quel est son âge réel,
02:06 mais c'est vraiment des gamins et c'est ce qui m'a frappée.
02:09 J'en profite puisque tu en parlais.
02:10 Donc voilà, Mahmadoo, qui est en ouverture.
02:14 Une très belle photo, en effet, de Hervé Lequeu.
02:16 On a Hippolyse 06 qui nous a demandé un mineur non accompagné
02:19 et d'abord un mineur donc pris en charge par l'aide sociale à l'enfance.
02:22 C'est une très bonne question parce qu'en fait, on les appelle mineurs accompagnés,
02:25 ces jeunes, mais en fait, voilà leur situation.
02:28 Il y a 10 000 jeunes qui se sont présentés l'an passé à Paris
02:33 en réclamant ce statut de mineur non accompagné
02:38 parce que c'est le statut le plus protecteur.
02:40 C'est vraiment une espèce de graal pour eux.
02:42 Bon, il faut savoir que les deux tiers d'entre eux ont été déboutés
02:45 et donc, ils se retrouvent, tout le monde se renvoie un peu la balle de ces jeunes
02:47 dont en vérité, personne ne veut et c'est ainsi qu'ils se retrouvent
02:50 dans ces fameux campements, ni tout à fait majeurs, ni tout à fait mineurs,
02:53 on ne sait pas trop, voilà.
02:54 Et qu'est-ce qui t'a le plus marquée dans ce reportage, quand tu les as suivis ?
02:58 Moi, ce qui m'a marquée, je dois dire qu'encore une fois,
03:01 avant de démarrer ce reportage, moi aussi, je pouvais avoir des préventions sur ces jeunes
03:05 parce que souvent, quand on en parle, on parle de délinquance,
03:08 on parle d'exaction, on parle de gamin, de petit voyou, etc.
03:12 Et il y en a, il y en a, mais c'est une minorité
03:15 et ça, c'est un sujet qui est tout à fait documenté.
03:17 C'est-à-dire qu'il y a une commission parlementaire,
03:19 en gros, on estime que 10% de ces jeunes peuvent être dans des filières de délinquance,
03:27 mais précisément, ce sont des filières souvent organisées,
03:30 souvent qui naissent, enfin, structurées depuis le Maghreb,
03:33 où ces jeunes ici sont récupérés, obligés de voler, etc.
03:36 Ce n'est absolument pas le cas de la majorité d'entre eux,
03:39 qui sont des jeunes qui viennent d'Afrique subsaharienne,
03:42 de peu de pays d'ailleurs, puisque beaucoup viennent de Guinée,
03:45 de Côte d'Ivoire et du Mali, c'est vraiment les trois pays principaux.
03:49 Et ce qui m'a frappée, c'est que ces jeunes n'aspirent qu'à une chose, en vérité,
03:55 c'est apprendre un métier et s'intégrer.
03:58 Au bout de 6 mois, 8 mois de Russe, ou les Pons, ou ailleurs,
04:02 c'est dangereux quand on a 16 ans, qu'il y a des tentations.
04:05 Une dernière question, c'est @mrlz qui nous demande,
04:09 comptez-vous rester en contact avec eux plus longtemps ?
04:12 C'est possible.
04:13 En tout cas, pour ces trois-là, c'est possible,
04:15 parce qu'on échange régulièrement des petits messages.
04:18 En tout cas, je vais essayer de suivre un peu, de savoir ce qu'ils deviennent.
04:22 Ça arrive quelquefois au cours des reportages, qu'on noue des liens,
04:24 surtout pour des reportages en loco,
04:26 qu'on noue des liens avec des personnes dont on a traité dans les articles,
04:30 et ça peut être assez chouette.
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