00:00 Bonjour à tous, bonjour Sandrine Rousseau.
00:02 Bonjour.
00:03 Votre parti Les Écologistes doit faire face à une nouvelle secousse cette semaine.
00:06 Votre ancien numéro un, Julien Bayou, a décidé de démissionner et du parti et du groupe parlementaire.
00:12 Pourquoi ? Parce qu'il est notamment accusé de violences psychologiques par son ex-compagne.
00:16 Il y a quelques semaines, le parti ne l'avait suspendu qu'à titre conservatoire.
00:19 Vous aviez regretté cette décision. Là, il prend une décision radicale et il démissionne. Qu'en dites-vous ?
00:25 Non, je n'avais pas regretté la suspension à titre conservatoire.
00:28 Je pensais que c'était une bonne décision.
00:30 Après, ce que j'ai regretté, c'est la décision du groupe parlementaire, ce qui n'est pas tout à fait la même chose
00:34 puisque nous n'avions pas eu le quorum, la majorité nous permettant de prendre une décision de suspension.
00:41 Il est parti de son propre chef.
00:43 Non, mais même sans exclusion, juste une suspension.
00:45 Mais là, en fait, je voudrais dire qu'il y a six femmes qui se sont exprimées dans un premier article de reporter
00:53 et que depuis, il y a eu une plainte qui a été déposée, que le harcèlement moral dans le couple a été complété et aggravé
00:59 par les tentatives de suicide potentiellement d'un des membres du couple.
01:02 C'est dans la loi et qu'en fait, on est dans cette situation-là.
01:05 Et moi, ce que je voudrais maintenant dans le mouvement #MeToo, c'est qu'on passe des dénonciations individuelles
01:09 à la prise de conscience du sexisme systémique qui peut exister dans des organisations.
01:15 C'est ce que fait Judith Gaudrech dans le cinéma.
01:18 C'est ce que j'aimerais que nous fassions dans la politique parce qu'on ne peut pas se plaindre qu'il n'y a pas assez de femmes politiques
01:22 et laisser ça s'installer.
01:23 Madame Rousseau, puisque vous parlez de Judith Gaudrech, elle dénonce des viols dont elle a été la victime.
01:29 Puisque vous avez été la première à révéler publiquement des choses concernant Julien Bayou,
01:35 est-ce qu'il y a des actes commis par Julien Bayou qui tombent sous le coup de la loi ?
01:40 Vous parlez de témoignages repris par un reporter notamment.
01:45 Ce n'est pas la justice.
01:46 Est-ce qu'il y a des... M. Bayou plaide une totale innocence, il parle d'acharnement.
01:51 Est-ce qu'il y a des choses qui tombent sous le coup de la loi ?
01:53 Ça, ce n'est pas moi qui ai révélé, c'est lui-même tout seul qui l'avait fait bien avant moi.
01:57 Première chose. Deuxième chose.
01:59 Il y a un avocat qui s'est penché sur les témoignages qui sont sortis il y a deux ans.
02:05 Et qui disait que si les preuves étaient apportées à ce qui était annoncé dans le magazine reporter,
02:14 eh bien on pouvait parler de harcèlement moral, aggraver de cette tentative de suicide.
02:18 Est-ce que ça tombe sous le coup de la loi ? C'est la question.
02:20 Évidemment, le harcèlement moral tombe sous le coup de la loi.
02:23 Et par ailleurs, je rappelle qu'il a été numéro un du parti et que plusieurs des personnes qui ont parlé
02:28 disaient que c'est en tant que numéro un qu'il avait pris contact avec elles,
02:32 alors qu'elles arrivaient juste dans le parti, qu'il leur a proposé très rapidement une relation
02:38 et qu'après elles sont parties du parti politique.
02:41 Mais lui, il dit qu'il n'a rien à se reprocher.
02:42 Est-ce que la parole des femmes a le droit d'être relativisée ou contestée
02:46 par rapport à ce que vous défendez ? Ou alors il faut la considérer comme sacrée
02:51 et ne pas avoir finalement de débat contradictoire, ce que veut la justice normalement ?
02:54 Est-ce que la parole de Julien Bayou est sacrée ?
02:56 Non mais est-ce qu'il y a eu ce débat contradictoire ?
02:58 C'est ça la question en fait.
03:00 Et moi je vous dis juste, on est dans un parti politique où les femmes ont toutes leurs places,
03:04 qu'elles n'ont pas à être considérées comme des sujets de drague immédiat dès qu'elles arrivent dans le parti,
03:11 que le parti politique n'est pas un lieu de rencontre, que c'est un lieu où l'on fait de la politique
03:15 et que bien des femmes en partent précisément parce qu'elles ont le sentiment d'être sous le regard
03:20 et sous l'avidité de certains.
03:22 Mais vous estimez qu'il a pu se défendre ?
03:24 En fait c'est pas possible de continuer comme ça.
03:26 Si on veut que les femmes aient toutes leurs places dans la politique,
03:28 ça n'est pas possible de continuer comme ça, c'est tout.
03:30 Monsieur Bayou a-t-il pu se défendre équitablement devant votre parti, oui ou non ?
03:34 Mais ça c'est pas moi, moi je suis pas dans la direction du parti.
03:38 Il va y avoir une enquête, je ne sais pas comment ça va se dérouler à partir de maintenant.
03:42 Il y a un appel à témoignage, une fois qu'on aura les témoignages, on verra comment on agit.
03:46 Autre sujet qui secoue cette fois la majorité, l'attitude de Quentin Bataillon.
03:50 C'est le président de la commission d'enquête parlementaire sur les fréquences de la TNT,
03:53 la télévision numérique terrestre, qui est soumise à des autorisations, donc à la loi.
03:58 Et monsieur Quentin Bataillon, il lui est reproché de s'être exprimé, oui,
04:02 alors que cette commission n'a pas terminé ses travaux, et de l'avoir fait en plus sur C8,
04:06 dans l'émission de Cyril Hanouna, en critiquant quelqu'un de la concurrence,
04:09 Yann Barthez, pour ne pas le nommer. Comment réagissez-vous ?
04:12 Plusieurs leaders de gauche demandent la démission de Quentin Bataillon, est-ce que vous en êtes ?
04:15 Il faut absolument qu'il démissionne, je pense que c'est un piège qui a été tendu,
04:19 et par Bolloré, et par Hanouna, et il est allé dans ce piège.
04:23 Est-ce qu'il l'a fait de manière consciente ou naïve, ça je ne sais pas.
04:26 Est-ce que c'est une question d'incompétence, ou une question au contraire,
04:29 de volonté de sa part de décrédibiliser cette commission d'enquête ?
04:33 Je pense que vraiment, en tous les cas, ça décrédibilise derrière le Parlement,
04:37 et ces commissions d'enquête qui sont quand même, je rappelle que tout membre de la commission d'enquête
04:41 qui vient, doit poser toutes les questions, et que toutes les personnes qui sont auditionnées
04:48 doivent jurer de dire toute la vérité, c'est une institution très importante de notre République,
04:53 ces commissions d'enquête, là il vient de la piétiner en faisant ça, et c'est absolument scandaleux.
04:58 Lui il est allé sur C8, est-ce que vous faites partie de ces hommes et femmes politiques
05:02 qui ne veulent plus aller sur les chaînes de Bolloré ?
05:04 Oui, dans toutes les chaînes, donc CNews, ou dans les émissions type TPMP,
05:09 qui ont eu des rappels à l'ordre de l'ArcCom, je pense que je n'ai pas, par ma présence,
05:16 à crédibiliser ou à légitimer ces émissions, et je pense que CNews est une officine
05:25 qui joue bien trop avec les fake news pour être considérée comme d'information.
05:31 Il ne faut pas qu'il y ait des médias pluralistes en France, qui aient différentes opinions,
05:35 ça vous gêne quand c'est par exemple le contrôle de l'amende ?
05:37 On a le droit d'avoir des opinions, on n'a pas le droit quand on se dit une chaîne d'information
05:40 de jouer avec les fake news en fait, et là on est dans un problème démocratique fondamental,
05:45 et les chaînes Bolloré posent une question démocratique fondamentale,
05:48 et on voit bien que nous sommes assez démunis en fait face à ce rouleau compresseur
05:52 d'une bataille culturelle de l'extrême droite qui est menée actuellement en France.
05:57 Aujourd'hui Mme Rousseau, à l'Assemblée Nationale, dont vous êtes députée,
06:00 - Je rappelle d'ailleurs qu'on a supprimé quand même la subvention aux services publics,
06:04 enfin la redevance aux services publics, et qu'à côté de ça on est en grande difficulté
06:10 pour limiter la montée en puissance de l'extrême droite.
06:14 - Remplacée par d'autres financements.
06:16 Aujourd'hui donc à l'Assemblée va être discuté votre niche parlementaire, celle des écologistes,
06:20 au premier rang de laquelle figure l'interdiction des PIFAS, on en parle à Télématin,
06:26 ce qu'on appelle les polluants éternels qu'on trouve notamment dans des ustensiles de cuisine,
06:31 dans des vêtements, dans des cosmétiques, de quoi on parle exactement ?
06:35 - C'est ce qu'on appelle le téflon, ou ce qu'on appelle les retardateurs de flammes,
06:38 en fait ce sont des produits chimiques qui polluent, et qui polluent de manière éternelle,
06:42 c'est-à-dire qu'à partir du moment où vous l'avez dans le corps,
06:44 ou à partir du moment où c'est dans l'environnement, ça ne s'enlève plus jamais.
06:48 - Donc il faut les interdire.
06:49 - Et donc il est très important de les interdire, c'est un scandale qui est du même ordre que la miande,
06:54 c'est Nicolas Thierry qui mène cette bataille depuis maintenant plus d'un an,
06:58 et en fait là aujourd'hui arrive dans l'hémicycle la possibilité d'interdire ces substances,
07:03 c'est très important que nous y arrivions.
07:05 - La majorité propose qu'on attende une législation européenne, ça serait trop tard pour vous ?
07:08 - La majorité propose toujours qu'on attende dès qu'il s'agit de contraindre un tout petit peu,
07:12 et d'aller vers des mesures qui protègent la santé des personnes,
07:15 vraiment moi je trouve que là il y a un enjeu de santé publique extrêmement important.
07:18 - Dans cette niche parlementaire vous défendez aussi la fin de l'article 49.3 tel qu'il existe aujourd'hui,
07:23 par quoi vous voulez le remplacer lorsqu'il y a des majorités relatives comme c'est le cas aujourd'hui dans l'hémicycle ?
07:28 - Alors c'est Jérémy Liordanoff qui tient ce texte,
07:31 et l'idée de supprimer le 49.3 c'est de remettre le Parlement comme cœur battant de notre démocratie,
07:37 et de faire en sorte, et je vous réponds, de remplacer ce 49.3 par l'obligation,
07:42 quand il y a un gouvernement qui est nommé, de passer par un vote de confiance du Parlement,
07:47 de sorte qu'il y ait une majorité très claire,
07:50 non mais de sorte que ce gouvernement soit obligé de trouver une majorité à l'intérieur de l'hémicycle,
07:56 et d'avoir un programme politique qui permette aux citoyens et citoyennes de savoir ce qui va être fait.
08:01 - Un contrat comme en Allemagne par exemple ?
08:02 - Comme en Allemagne, et ça fonctionne bien mieux qu'en France,
08:05 ce 49.3 c'est quand même un court circuit, c'est un joker qui est utilisé par le gouvernement pour contourner le Parlement,
08:11 c'est inadmissible, et c'est une violence en fait faite à la représentation du peuple qui est le Parlement aujourd'hui en France.
08:18 Merci Sandrine Rousseau, députée Europe Écologie-Les Verts.
08:20 C'est la suite de Télématins.
Commentaires