00:00 à la télévision, en tout cas dans le sport,
00:02 un homme, on l'écoute et une femme, on la regarde.
00:04 Donc, le documentaire est sorti le 21 mars 2021
00:08 et à peu près trois semaines après, je dirais peut-être un mois grand max,
00:12 le documentaire a été retiré des plateformes de la chaîne qui l'avait produit.
00:16 Donc, sur le moment, je l'ai pas mal pris parce que c'était tellement
00:20 une vague médiatique difficile à vivre que je me suis dit bon,
00:23 mais OK, je vais pouvoir respirer.
00:25 Ça va tout redevenir un petit peu normal.
00:27 Mais aujourd'hui, c'est vrai que je suis un petit peu contrariée
00:31 parce que c'est un travail qui m'a pris du temps, qui m'a demandé
00:34 beaucoup de réflexion, d'émotion.
00:37 À Guillaume Pryou aussi, qui a réalisé le documentaire, on l'a monté.
00:40 On a discuté, ça nous a mis à peu près un an et qu'en fait,
00:43 j'ai l'impression que mon travail, non seulement il ne servait à rien,
00:47 mais qu'il a été effacé, alors que le livre, lui,
00:50 c'est un objet qui ne peut pas être effacé comme ça.
00:53 Le documentaire, j'en suis très fière parce que déjà,
00:57 c'est mon premier, mon premier produit.
00:59 C'est la première chose que j'ai faite moi toute seule.
01:00 Ce qui m'a dérangée, c'est la vague que ça a provoqué
01:04 et surtout le fait que tout le système s'est caché derrière un seul exemple
01:09 et que ce n'est pas du tout ce que je voulais faire.
01:11 Moi, ce que je voulais faire, c'était dénoncer un système dans sa globalité.
01:14 Et je pense que ce que je fais dans le livre,
01:16 ça rejoint ce que je voulais faire initialement dans le documentaire,
01:19 c'est à dire que les individus, concrètement, on s'en moque.
01:23 Je cible aucun individu.
01:24 Ce que j'ai envie de dénoncer, c'est le système, le système dans son entièreté.
01:28 Dans le livre, je raconte beaucoup d'anecdotes
01:31 et ce sont quand même des anecdotes qui relèvent de la misogynie.
01:35 Ce n'est pas vraiment des agressions, ce n'est pas du harcèlement.
01:37 C'est la misogynie systémique qui existe,
01:40 qui existait au sein des rédactions.
01:43 Un jour à l'antenne, j'avais oublié mes lentilles de contact
01:45 que je mets tous les jours pour voir ce qui se passe, pour voir mes fiches.
01:49 Et donc, j'ai été contrainte de mettre mes lunettes.
01:52 Et quelques heures après le début de l'émission,
01:55 je constate sur les réseaux sociaux que je suis en TT,
01:59 c'est à dire en "trending topics",
02:01 c'est à dire un des sujets les plus commentés sur Twitter à ce moment là.
02:05 Et donc, je regarde ce que disent les gens et les gens parlent uniquement
02:09 de mes lunettes et du fait que je ressemble à une secrétaire salope,
02:12 que j'ai l'air sexy, qu'on aimerait bien me démonter sur la table,
02:15 enfin des trucs très, très agréables, mais qui m'ont fait plaisir.
02:18 Et ça, en fait, c'est là où j'ai participé au système.
02:21 C'est que concrètement, ce rôle de la femme que j'avais du mal moi-même à accepter,
02:26 non seulement là, je l'ai complètement embrassé, mais en plus, je me suis dit
02:29 "Ah ouais, ils aiment bien les lunettes, eh ben je vais les mettre à chaque fois".
02:32 Et donc, pendant un mois ou deux, je les ai sortis à chaque émission
02:35 et chaque émission, je recevais des messages très clairement à caractère sexuel.
02:39 Et ce qui est terrible, c'est que ça me faisait plaisir parce que j'existais enfin.
02:44 Quand on est une femme dans le milieu du sport, on est un peu unique.
02:47 Et en fait, cette place là, on veut la garder pour soi.
02:50 Et c'est pour ça que la sororité dans le milieu des rédactions sportives,
02:53 elle a été compliquée parce que le système nous a fait croire
02:56 qu'on ne pouvait être qu'une dans chaque émission,
02:59 alors que concrètement, on peut être plusieurs sur un plateau.
03:02 Comme on n'était qu'une par plateau, c'était notre place.
03:05 Donc, c'est un système auquel j'ai participé,
03:08 puisque j'ai voulu conserver ma place et ne pas la partager.
03:11 Et un jour, on m'a dit "On arrête la femme du plateau parce que ça marche pas".
03:14 Et c'était sur une émission où j'étais l'unique femme du plateau.
03:17 Et vraiment, je me suis dit "Ah oui, je suis que la femme du plateau".
03:20 Je ne suis pas Marie Portolano, je ne suis pas journaliste,
03:23 je ne suis pas quelqu'un qui a fait des études, quelqu'un qui réfléchit.
03:26 Je suis uniquement la femme du plateau.
03:28 Et ce que je dis dans le livre et ce que je pense réellement,
03:30 c'est qu'à la télévision, en tout cas dans le sport,
03:32 un homme, on l'écoute et une femme, on la regarde.
03:34 Et c'est la seule chose qui importe.
03:36 Moi, je pense que le féminisme, c'est un combat qu'on doit mener avec les hommes.
03:40 Donc concrètement, ce que je veux dire, c'est que je n'ai pas envie
03:44 d'être porte parole d'une guerre des sexes.
03:47 Pour moi, le féminisme doit être un humanisme dans sa globalité.
03:51 C'est à dire que concrètement, on aura gagné quand il n'y aura plus le féminisme.
03:54 Ça n'existera plus.
03:55 Voilà, les hommes et les femmes seront égaux, c'est super.
03:57 Mais c'est surtout ensemble qu'on doit mener ce combat.
04:00 Et je fais confiance aux hommes pour comprendre ce qu'on veut dire.
04:03 Qu'on ne veut pas prendre la place de personne, qu'on ne veut pas tuer personne.
04:06 On veut juste être ensemble.
04:08 COMMUNIS !
04:10 à suivre...
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