00:00 Il paraît que vous slamez ?
00:02 Oui, oui.
00:02 Mais quel type de slam ?
00:04 Eh bien écoutez, des slams sur tout.
00:06 J'écris beaucoup sur plein de choses.
00:08 Le slam c'est une sorte de poésie urbaine qui a été créée dans les années 80.
00:11 Je m'y suis mis dedans il y a 6 ans et maintenant j'écris.
00:13 Je fais des scènes, je participe à des concours, tout ça, tout ça.
00:16 Mais ça me fait plaisir, ça me ferait plaisir de vous écouter.
00:19 Avec grand plaisir.
00:20 Vous avez quel âge ?
00:21 23 ans.
00:22 Eh bien la scène des 12 coups de midi vous est ouverte.
00:24 Merci, c'est gentil.
00:25 Bastien, est-ce que vous voulez ?
00:27 De partir, ok, très bien.
00:28 Oui.
00:29 Quand je pense à toi, je repars des années en arrière.
00:32 Une époque où une bille nous donnait témoin.
00:34 Où avoir une carte Pokémon me rendait fier.
00:36 C'était le temps de l'enfance, le temps où moi je berçais dans l'insouciance.
00:39 C'était un temps fait d'ivresse, ivre de bonheur, une époque de tendresse.
00:42 J'étais un fou moi, je montais dans les cerisiers, je me prenais pour un dieu, accomplissant une odyssée.
00:47 J'étais un minot, peut-être un peu naïf, mais au fond ce que je faisais était inoffensif.
00:51 Quand je pense à toi, je me revois dans tes bras, sur tes épaules, sur tes genoux, je te vois encore caresser ma joue.
00:57 J'en ai vécu des choses, en ta compagnie, c'est en quelque sorte avec toi que j'ai découvert la vie.
01:01 Les premières gorgées de bière piquées dans ta bouteille et les premiers gros mots que tu me soufflais à l'oreille.
01:05 Mais aussi ces soirées au stade où toi tu me portais à bout de bras pour que moi j'aperçois vaut loin tous mes idoles et moi.
01:11 J'étais heureux, tu sais.
01:12 Moi je nageais en plein bonheur, je croquais dans la vie.
01:15 Et de rien je n'avais peur.
01:17 Mais un jour, tout a changé.
01:19 C'est à ce moment que t'as décidé de t'en aller.
01:21 Mon petit coeur d'enfant n'en demandait pas tant.
01:23 Mon petit coeur fragile réclamait plus de temps.
01:25 C'est à ce moment précis que j'ai commencé à te détester.
01:27 Et au fait de confiance à personne est devenu ma devise préférée.
01:30 Quand je pense à toi, je vois l'enfer, le désespoir, ce vrai calvaire et un trou noir.
01:34 Je me vois surtout rentrer dans l'adolescence, au monde borné et plein d'intolérance.
01:38 Pour mes portables et mes premières copines, pour mes textos et mes situations coquines.
01:42 Et je le gardais pour moi, ne sachant pas à qui parler car oui j'étais sans toi, toi qui m'avais un peu laissé.
01:47 Un appel pour mon anniversaire, un petit texto au nouvel an, devant mes potes, je faisais le fier.
01:52 Mais papa, je suis ton enfant.
01:55 Quand je pense à toi, je te vois débarquer chez moi pour mes 17 ans.
01:58 6 ans que je ne t'avais pas vu, ça faisait un petit peu longtemps.
02:00 Toi t'as pris quelques rides, mais t'as pas beaucoup changé.
02:03 Tes cheveux grisonnants montrent à quel point tu m'as manqué.
02:05 Un mélange de colère et de rancœur laisse vite place à la nostalgie qui me faisait si peur.
02:09 Tu m'enroules complètement de tes bras musclés et je sens discrètement ton parfum épicé.
02:13 Et on ne partage plus quelques gorgées, mais quelques grandes bouteilles de bière.
02:17 Avec toi, je ris, je pleure.
02:19 Tu m'as manqué mon père.
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