00:00 Une autre fronde pour défendre l'hôpital public.
00:03 A Romièrement dans les Vosges, on se mobilise en ombre aujourd'hui
00:05 pour défendre un meilleur accès aux soins,
00:07 à l'instar d'autres manifestations du même type
00:09 dans les zones rurales ces derniers mois.
00:11 Ici aussi, les urgences sont fermées la nuit
00:13 et des services sont menacés.
00:15 Et comme ailleurs, la population fait bloc derrière son hôpital.
00:18 Nous voulons montrer au pouvoir public,
00:20 c'est-à-dire au président de la République,
00:23 au gouvernement,
00:24 aux hauts fonctionnaires du pays,
00:26 que ce territoire de montagne vit, résiste
00:30 et refuse le déclin qui n'a que trop duré.
00:33 Depuis le début de l'année, les urgences ici sont régulées
00:35 entre 20h30 et 8h30 le matin.
00:38 Il faut composer le 15
00:39 avant d'être possiblement redirigé vers des hôpitaux plus éloignés.
00:42 L'avenir de la maternité serait aussi en jeu.
00:44 La direction de l'hôpital pointe une pénurie de médecins,
00:47 surtout les pédiatres.
00:48 On y tient notre hôpital, c'est notre vie,
00:50 c'est une question de vie ou des morts.
00:53 Quand on a un problème le soir après 19h,
00:55 on ne peut plus aller aux urgences à Armiremont,
00:57 il faut aller à Épinal.
00:59 On a tout ce qu'il faut tout près,
01:00 je ne vois pas pourquoi aller ailleurs.
01:04 Il y en a d'autres qui sont plus haut dans la vallée,
01:06 ça leur fait 50 km pour y aller.
01:08 On n'a le temps de mourir d'ici là.
01:11 On parle en ce moment de réarmement démographique,
01:14 il faut faire des enfants,
01:16 mais en fait si on n'a pas de maternité,
01:18 elle est où la sécurité ?
01:19 Pour beaucoup de personnes, l'hôpital c'est hyper primordial
01:22 et là on est en train de perdre tout ça par ici,
01:23 donc c'est super grave.
01:25 On a un bassin de vie de 100 000 habitants,
01:27 ça fait beaucoup de monde,
01:27 ça fait la taille d'une grande ville.
01:29 Aujourd'hui on est confronté à un problème de démographie médicale,
01:32 il n'y a pas suffisamment de médecins,
01:34 et en particulier il nous manque un ou deux pédiatres
01:36 pour pouvoir maintenir la maternité dans les prochains mois.
01:38 Maintenant trouver un médecin traitant dans le coin déjà c'est impossible.
01:50 Dès qu'il faut aller voir un spécialiste,
01:52 on va en Alsace, on va dans le Doubs.
01:54 Donc ouais, c'est compliqué dans le coin.
01:56 C'est rassurant d'avoir un hôpital pas trop loin.
01:57 Très rassurant.
01:58 On a eu l'exemple il y a trois semaines,
02:01 avec notre grand-mère, qu'on a dû amener l'épinal.
02:03 Donc oui, si on a une situation compliquée,
02:06 ça peut faire la différence.
02:07 Le système de santé français est un des meilleurs de la planète.
02:12 Maintenant, il est vers le bas.
02:17 À Remermont, il y a la question de l'offre,
02:18 mais aussi de la qualité des soins.
02:20 Parallèlement à cette manifestation,
02:22 l'hôpital est visé par une douzaine de plaintes
02:24 pour homicides ou blessures involontaires.
02:26 J'ai rencontré Angélique Souk et sa sœur Céline,
02:29 qui ont lancé une association de victimes.
02:31 En juillet 2022, leur mère de 67 ans est décédée
02:34 alors qu'elle était hospitalisée pour une opération du fémur.
02:37 Le matin de sa mort, ses appels à l'aide
02:38 n'auraient pas été suffisamment pris au sérieux, selon sa famille.
02:42 Elle a rappelé à 4 heures,
02:43 l'infirmière dit qu'elle se sent vraiment pas bien
02:46 et que cette fois la douleur est montée au thorax.
02:47 Mais pour autant, cette infirmière-là la réinstalle dans son lit et repart.
02:52 Et personne ne revient avant 7 heures, ou là, il la trouve inanimée.
02:55 Donc notre intime conviction, c'est que finalement,
02:57 quand ils l'ont laissée dans sa chambre,
02:59 elle a dû décéder dans la foulée.
03:01 Nous, ce qu'on a remarqué à travers notre histoire
03:03 et l'histoire d'autres personnes,
03:06 c'est qu'il y a déjà beaucoup de négligence.
03:08 On a aussi des gens qui restent des heures et des heures
03:12 sur un brancard, aux urgences ou dans une chambre d'hôpital
03:16 et pour qui on ne fait rien.
03:17 L'automne dernier, l'Agence régionale de santé a relevé ici des dysfonctionnements,
03:21 c'est-à-dire une mauvaise tenue des dossiers médicaux,
03:23 trop peu de visites post-opératoires
03:25 et un manque de médecins aguerris pour superviser les internes.
03:28 Le service de chirurgie orthopédique a été suspendu pendant un mois,
03:32 le temps de faire des ajustements.
03:33 Bien sûr que le personnel soignant, normalement, c'est une vocation,
03:37 il fait ça parce qu'il y croit, il croit en l'être humain,
03:40 il a des valeurs humaines.
03:42 Mais en tous les cas, force est de constater
03:44 qu'il y a quand même des négligences, des dysfonctionnements notoires.
03:47 Donc oui, un hôpital de proximité, pas de souci, mais de qualité.
03:50 On a le droit à ça en fait, en tant que citoyen,
03:52 on paye des impôts, on a le droit à un hôpital public de qualité.
03:56 Le comité de défense de l'hôpital et les élus ne voient pas d'un bon oeil ces plaintes
04:07 qui mettent à mal, selon eux, l'attractivité de l'hôpital.
04:10 Pour eux, l'heure est au soutien, sans faille des soignants
04:12 qui ont surtout besoin de bonnes conditions de travail pour exercer leur mission.
04:15 La mauvaise réputation faite à cet hôpital,
04:18 les difficultés actuelles sont d'abord de la responsabilité
04:23 de ceux qui ne lui ont pas donné les moyens de fonctionner correctement.
04:27 Les médecins ne sont pas parfaits, ce n'est pas des surhommes.
04:29 Il peut y avoir des accidents, il peut y avoir des erreurs.
04:33 C'est à la justice de le dire.
04:35 Il faut surtout rendre l'hôpital public attractif
04:38 parce qu'aujourd'hui, les soignants en ont marre et quittent l'hôpital public.
04:43 Vous, vous avez une histoire personnelle avec cet hôpital ?
04:45 Oui, j'ai fait une pré-eclampsie.
04:47 Si je n'avais pas été prise en urgence et qu'ils n'avaient pas sorti mon bébé
04:51 grâce à une césarienne, ce petit bébé de deux ans ne serait pas là.
04:55 Il fallait que je sois prise en charge en moins de 45 minutes.
04:58 Et voilà, c'est ce qui a été fait.
04:59 Donc, ça a été juste parfait.
05:02 Et on a besoin de cet hôpital.
05:04 [Musique]
Commentaires