00:00 M. Montréal, on a, dans l'émission de Laurence Ferrari, on a commencé par essayer d'analyser ce qui s'était passé au lycée de Cachan,
00:07 où on a assisté à une horde sauvage de 300-400 personnes qui sont venues à la fois s'en prendre aux forces de l'ordre et au bâtiment lui-même, le lycée Gustave Eiffel.
00:17 Est-ce que vous avez le sentiment qu'on va passer d'émeutes, celles qu'on a vécues, qui ont duré plusieurs jours, à des émeutes sporadiques,
00:25 c'est-à-dire que les émeutes qu'on a vécues donnent maintenant des idées à ce type de groupe ?
00:29 C'est très intéressant et très inquiétant, mais pas surprenant, ce qui s'est passé à Cachan ce matin.
00:34 Ça veut dire qu'à tout moment aujourd'hui en France, on le savait, on peut avoir des attentats, etc.,
00:38 mais on peut aussi avoir des groupes d'agitateurs nombreux, parce que Deux Sommes, c'est quand même un groupe très organisé,
00:44 donc qui n'ont pas été anticipés par le renseignement territorial, puisque c'est le travail du renseignement territorial,
00:50 donc des gens qui se rassemblent à la dernière minute.
00:52 À 7h30, 7h du matin.
00:54 Voilà, c'est-à-dire, quand je dis qu'ils n'ont pas été vus, ça veut pas dire que c'est une erreur de renseignement,
00:57 ça veut dire que c'est une organisation quasi spontanée, même si elle est d'ampleur.
01:03 Donc, il y a une capacité de mobiliser 200 personnes au dernier moment, grâce sans doute aux réseaux sociaux,
01:08 pour aller commettre des désordres très graves, et ça, effectivement, c'est un nouveau signe de l'affaissement de l'autorité de l'État.
01:14 C'est extrêmement inquiétant, parce que ça concerne des gens qui communément viennent des quartiers,
01:21 et ils sont quand même très hostiles à la France, même quand ils en ont la nationalité,
01:25 et toutes les enquêtes le démontrent.
01:28 Ça montre également que ça touche l'environnement scolaire, et il y a aussi eu un autre événement aujourd'hui.
01:32 Il y a eu une manifestation de 200 recteurs contre les menaces de mort des islamistes dans les écoles et les lycées.
01:39 C'est-à-dire qu'on en est à organiser des manifestations, les proviseurs en sont,
01:45 à organiser des manifestations pour dénoncer les menaces.
01:47 Mais là, on a une nouvelle forme d'émeute ?
01:50 Oui, c'est de la mini-émeute, mais ce n'est pas nouveau.
01:52 Des affaires comme ça devant des établissements d'enseignement,
01:56 il n'y en a pas tous les jours, mais il y en a eu il y a quelques mois, une ou deux fois.
01:59 Mais je rebondis sur votre question pour dire que c'est inflammable de partout.
02:04 Cette affaire, pour revenir aux grandes échéances de cet été,
02:07 elle va exiger une mobilisation de toutes nos forces sur les points les plus sensibles à défendre,
02:13 mais ça va nécessairement exposer des zones qui sont moins directement liées au G.O.
02:19 Par exemple, une des inquiétudes de la gendarmerie,
02:21 qu'il a exprimée dans différents documents internes,
02:24 c'est qu'il y ait des pans entiers du territoire,
02:26 et notamment en zone rurale, qui se retrouvent livrés, démunis sur le plan sécuritaire.
02:31 Même si, évidemment, il faut rassurer les gens,
02:32 il n'y aura pas un endroit du territoire où il n'y aura aucun policier ou gendarme.
02:36 Mais ils mettront peut-être un peu plus de temps à venir.
02:37 Dans les motifs d'inquiétude que vous avez, il y a ces attaques antisémites qui se multiplient.
02:42 Un monsieur qui a été agressé ce week-end, il y en a aussi à Zurich.
02:47 Comment est-ce que vous expliquez cette montée de l'antisémitisme
02:52 en lien avec l'actualité Israël-Gaza ?
02:55 Ce qui est totalement hallucinant,
02:58 c'est que, on le sait, toutes les stats de ces dernières années montrent
03:02 que les faits antisémites sont de très loin...
03:07 Le montrent que les faits antisémites sont de très loin devant les faits antichrétiens,
03:11 et que les faits antimusulmans sont de très loin les moins nombreux.
03:15 Ce qui est fou, quand on y pense,
03:17 c'est que le 7 octobre, après l'attaque terroriste abominable,
03:22 les exactions immondes du Hamas contre la population israélienne,
03:25 et en particulier les femmes,
03:27 instantanément, si on regarde les chiffres, les courbes,
03:31 instantanément, dès le 7, c'est-à-dire le jour même,
03:34 l'attaque du Hamas a commencé le matin,
03:36 dès l'après-midi, il y a eu une explosion des messages sur les réseaux sociaux
03:41 et des actes antisémites.
03:42 C'est-à-dire que par une réaction qui est complètement contre-intuitive,
03:50 alors qu'il aurait dû y avoir une émotion, une solidarité
03:54 envers la communauté qui était attaquée, en l'occurrence la communauté juive,
03:57 ça a produit l'effet inverse.
03:58 Moi, ce que j'en tire comme analyse,
04:01 c'est qu'il y a en France, malheureusement,
04:04 mais comme dans tous les pays d'Europe, une rue arabe.
04:06 On a longtemps dit, à propos des événements du Moyen-Orient,
04:08 "Ah, il faut écouter la rue arabe."
04:10 Et on disait, la rue arabe, c'est, on citait beaucoup, "le Caire".
04:12 La rue arabe, c'est le Caire.
04:14 Mais aujourd'hui, la rue arabe, c'est Paris, Londres et Berlin.
04:16 C'est ça, la rue arabe, aujourd'hui.
04:18 Donc, on voit cette rue arabe qui n'existait pas
04:20 ou qui était négligeable il y a 20 ans
04:23 et qui, aujourd'hui, a un vrai poids politique,
04:25 qui est notamment récupéré par la France insoumise,
04:27 qui pèse et qui s'exprime également par la menace
04:32 et maintenant par la violence.
04:33 Et c'est très inquiétant parce que c'est un facteur supplémentaire
04:37 de fracture de la société française.
04:39 Et moi, ma grande crainte, c'est que,
04:42 je le disais dès cet été au moment des émeutes,
04:44 le calme est revenu d'abord
04:45 parce que les forces de l'ordre ont bien fait le boulot,
04:47 mais aussi, il ne faut pas se leurrer,
04:48 parce que les trafiquants avaient intérêt à ce que le calme revienne
04:51 pour que le trafic puisse reprendre.
04:53 Et ils ont d'ailleurs empêché les émeutiers d'accéder aux armes à feu.
04:56 Mais ce que j'ai toujours dit,
04:58 c'est que le jour où il y aurait un événement identitaire international
05:01 qui créerait une émotion,
05:02 qui viendrait rappeler chacun, renvoyer chacun à son identité sublimée,
05:07 plus ou moins fantasmée,
05:08 et qui fasse que cette émotion vienne primer les intérêts de business,
05:12 y compris illégaux,
05:13 alors on pourra avoir des vagues de violence épouvantables en France.
05:16 Et c'est un des sujets des mois qui viennent.
05:18 Le trafic de stupéfiants, vous venez de l'évoquer.
05:22 Il y a des établissements scolaires qui sont menacés,
05:25 il y a des crèches qui sont menacées,
05:27 avec des fusillades à proximité de l'endroit où on dépose les tout-petits.
05:31 Est-ce qu'on va arriver un jour à venir à bout de ce fléau ?
05:34 Et comment ? Quelle solution, Thibault de Montbréal ?
05:36 La chose la plus inquiétante, ce n'est pas tout ce que vous avez dit,
05:40 parce que tout ce que vous venez de décrire, ce sont des conséquences.
05:43 La cause...
05:43 C'est quand même inquiétant pour les Français.
05:45 Bien sûr, mais ce que je vais dire ne va pas forcément être très rassurant,
05:48 mais ça permet de comprendre.
05:49 C'est que, comme toujours, à la base du raisonnement,
05:51 on a un effondrement de l'autorité de l'État,
05:53 et la France est confrontée depuis quelques années,
05:56 alors un peu moins que certains pays du nord de l'Europe,
05:59 mais à un entrysme des réseaux sud-américains,
06:03 qui sont en train de s'allier avec les réseaux européens.
06:05 Ça passe notamment par une prise des ports,
06:08 le long notamment de la Manche et de la mer du Nord,
06:12 et avec aujourd'hui, une nouvelle méthode
06:16 qui consiste à larguer la drogue au large des côtes
06:18 et à envoyer des petits bateaux pour aller les récupérer.
06:22 Mais, surtout, le plus inquiétant, et on commence à en parler,
06:27 c'est qu'on observe depuis deux ou trois ans,
06:30 une augmentation de la corruption,
06:31 et notamment de la corruption dans les forces de sécurité,
06:34 la police, la douane, la magistrature,
06:37 et ça, c'est un signal extrêmement inquiétant,
06:40 parce que quand les fonctionnaires commencent à être corrompus,
06:43 et la France a longtemps été un des pays les moins corrompus,
06:46 parce que la parole d'État tenait la route.
06:47 Par rapport à la Hollande ou les Etats-Unis, par exemple.
06:49 Par rapport à d'autres.
06:50 Mais quand vous avez les forces vives de votre administration
06:54 qui commencent à être séduites,
06:57 et même à envisager l'hypothèse de la corruption,
06:59 ce n'est pas forcément la très grande corruption,
07:01 ça peut être la petite corruption de terrain,
07:02 à ce moment-là, c'est vraiment quelque chose qui est très inquiétant.
07:05 Donc on est aujourd'hui dans une situation face au narcotrafic,
07:08 qui va là encore, je dis là encore,
07:12 parce que c'est pareil aussi sur la très grande violence,
07:14 une agression toutes les minutes en France, statistique 2023,
07:17 augmentation considérable des homicides et des tentatives d'homicides,
07:22 14 par jour !
07:23 Tout ça, ça va avec une dégradation de l'ambiance sécuritaire,
07:27 et avec une montée,
07:29 on parle beaucoup des fractures ethno-territoriales, etc.,
07:33 mais aussi de groupes liés au narcotrafic
07:36 qui vont prendre toujours plus d'initiatives dans notre pays.
07:40 C'est aussi un des défis des prochaines années.
07:41 Dernière question rapide.
07:42 On a l'impression qu'il y a des effets de seuil qui sont en train d'être franchis.
07:45 On a vu que des crèches, maintenant,
07:47 étaient protégées par des polices municipales.
07:49 Le lycée de Cachan va être protégé par la police nationale
07:52 pendant plusieurs jours.
07:53 Et on finit par s'habituer à se dire,
07:55 bon, maintenant qu'il y a la police, tout est réglé.
07:57 Et on a le sentiment que les problèmes, en réalité, ne sont pas réglés.
08:01 Comment est-ce que vous, vous analysez ce glissement, ces effets de seuil ?
08:04 C'est la question de la grenouille dans le bocal
08:08 quand on élève la température de l'eau.
08:10 C'est-à-dire que si vous plongez une grenouille dans un bocal d'eau bouillante,
08:13 elle va sortir tout de suite parce qu'elle ne supportera pas,
08:15 et elle va propulser avec ses petites pattes pour sortir de l'eau.
08:17 Si vous mettez une grenouille dans un bocal d'eau froide et que vous chauffez,
08:20 elle ne va pas sentir la montée de la température,
08:22 et l'effet de seuil fera carrément...
08:23 C'est ce qui nous arrive.
08:24 Ah, je suis pas entendu.
08:25 - C'est ce qui nous arrive. - On ne mesure pas ce qui arrive.
08:27 On ne mesure pas ce qui est en train d'arriver.
08:29 Aujourd'hui, des événements qui arrivent au quotidien
08:33 auraient fait la une pendant trois semaines de l'actualité, il y a 20 ans.
08:36 Notre société change et devient de plus en plus violente.
08:40 Notre population change.
08:42 Et la mixité d'une culture qui est une culture très différente de la nôtre,
08:48 un rapport à la femme, un rapport à la violence qui est très différent,
08:51 est en train de peser sur l'évolution de la société française.
08:53 Il est grand temps de mettre le haut là, mais ça ne se fera,
08:56 et vous savez que j'en suis un fervent porteur,
08:58 mais que par un choc d'autorité,
09:00 et ensuite une reconquête par l'éducation et la culture.
09:03 Tout ça mériterait du temps, je reviendrai vous voir,
09:05 mais il est indispensable de le faire vite,
09:06 parce que sinon ça risque malheureusement de mal se terminer.
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