00:00 Je suis Nathalia Jaime Cortez, je travaille au Pré-Saint-Gervais et je vis à Pantin.
00:20 J'ai une pratique d'artiste plasticienne au sens très large.
00:26 J'ai un matériau de prédilection qui est le papier qu'on a partout là et que j'utilise depuis une bonne dizaine d'années, même plus.
00:38 Toujours le même papier. Ce qui m'a intéressée c'est que c'est un papier qui vient de Thaïlande, donc c'est un papier absorbant.
00:43 Donc il a une forme de plasticité que je ne trouvais pas dans d'autres papiers plus occidentaux.
00:49 Et vraiment je le considère comme un matériau, comme un sculpteur peut travailler un matériau, la terre ou le bois.
00:56 Moi le papier c'est un matériau, ce n'est pas un support, c'est quelque chose qui va être traversé par la couleur,
01:03 qui a un recto et un verso, qui va s'installer dans l'espace.
01:09 Ces dernières années j'ai vraiment développé un travail dans l'espace in situ,
01:14 où à chaque fois je vais essayer de créer un espace dans lequel le spectateur peut circuler.
01:20 Pour cette exposition j'ai eu envie d'intégrer une histoire et un récit dans cette idée de la question de ce qu'on voit.
01:29 C'est une question du visible, de l'invisible.
01:31 Le titre de l'exposition c'est "Hier j'ai vu une baleine dans la Seine".
01:34 J'espère ne jamais voir de baleine dans la Seine, mais ça part un peu de l'idée qu'on peut voir ce qu'on veut là où on veut.
01:46 Je pense que c'est quelque chose dont j'avais très envie, peut-être pour guider,
01:50 ou une façon d'emmener le spectateur dans quelque chose, mais ça reste très ouvert.
01:56 La baleine c'est le support de cette imagination,
01:59 c'est-à-dire qu'à travers cet animal qui est très présent dans l'imaginaire de tout un chacun,
02:07 qui a une histoire forte en termes d'iconographie aussi,
02:11 la baleine l'emmène très loin.
02:14 Moi, elle m'emmène dans un endroit précis où j'ai vu des baleines il y a 5 ans maintenant,
02:23 en Argentine, en Patagonie.
02:25 Et pour moi, c'était important, c'était une évidence que j'avais envie de convoquer ce territoire dans une exposition,
02:32 et de faire un pont comme ça à travers deux lieux,
02:38 Lousie, la Seine, Paris, la ville où j'ai grandi, et l'Argentine, qui est le pays d'origine de mon père.
02:47 Dans l'exposition, il y a une pièce sonore où j'ai compté mes pas entre la salle de l'exposition et la Seine à Juvisy.
02:58 C'est quelque chose que je fais de manière un peu systématique maintenant, un peu comme un rituel,
03:05 et aussi comme une façon de bien savoir à quelle distance se trouve la Seine, parce qu'elle est assez proche.
03:13 Il y a une autre vidéo qui va être dans l'exposition où on voit des pieds qui marchent et qui courent.
03:21 Cette vidéo a été filmée justement en Patagonie.
03:24 On ressent ce corps, ces pieds, ces jambes qu'on devine qui courent et qui cherchent une orientation qui tourne un peu en rond.
03:33 Il y a cette vidéo avec ma fille où on lutte dans le vent en Patagonie,
03:38 et puis il y a cette vidéo de marche aussi où il y a quand même ce corps éprouvé,
03:41 mais de performance effectivement live.
03:44 Ce n'est pas ce que je mets en avant en ce moment, c'est autre chose.
03:48 Ce qui est apparu au printemps dernier, c'était le fait de pouvoir associer ces papiers verticaux en succession de couleurs
03:59 et de créer une grande étendue comme un paysage qu'on va regarder.
04:02 Ce qui est amusant, c'est qu'au même moment où je me mets à faire des choses comme ça, très lisses, très plates,
04:08 sans forcément avoir ce papier qui est déposé sur une tige de métal, mais là qui va être aimanté,
04:16 donc qui est vraiment comme un pan juste montré,
04:19 au même moment, à l'atelier, je me mets à faire des papiers extrêmement froissés,
04:24 tout chiffonné, à travailler vraiment sur tous mes résidus de papier qu'il y a beaucoup ici.
04:32 Et dans l'exposition, il y a au sol ces papiers qui sont concrètement,
04:41 quand je travaille sur les grandes surfaces en aplat, comme je mets beaucoup d'encre et d'eau,
04:46 ça s'écoule et il y en a partout.
04:48 Et les autres papiers viennent comme des éponges recueillir le reste du jus.
04:53 Et je les remets, je les remets, je les remets jusqu'à ce qu'ils soient assez denses et assez chargés
04:58 et qu'ils aient cet aspect un peu entre le végétal, entre l'algue sous-marine,
05:06 entre le papier qui aurait été longtemps sous l'eau et qu'on aurait repêché.
05:11 Et tout d'un coup, ça me permet d'expérimenter une autre façon de travailler
05:17 et d'être vraiment dans la sculpture, je crois, pour ces papiers, et de les déposer au sol.
05:22 Et puis, il y a cette série que j'appelle les dilutions,
05:27 qui reprend un format carré, qui est un format pareil de papier qui me suit depuis dix ans,
05:32 auquel je reviens régulièrement pour développer une série ou pour dessiner,
05:36 un peu comme un carnet de notes de recherche.
05:39 Et les dilutions, c'est vraiment comment faire pour que l'encre,
05:47 comment dire, que le dessin, si on veut parler dessin, se fasse vraiment seulement dans l'absorption de l'encre.
05:53 Je voulais ajouter que ça fait un moment que je connaissais le Centre d'art
05:59 et je pense que j'étais assez sensible au fait que ce lieu soit une école
06:03 et qu'il y ait beaucoup d'enfants, de jeunes adolescents,
06:07 de personnes qui viennent apprendre à dessiner, à peindre, à construire, à poncer, à regarder.
06:13 C'est vrai que ce n'est pas du tout une exposition pour enfants,
06:17 mais il y a quelque chose où elle est pensée aussi avec cette présence-là du regard de l'enfant
06:23 qui sera peut-être plus présent que dans d'autres lieux ou dans une galerie.
06:28 Ça, c'était important pour moi et c'est vrai que c'est toujours...
06:32 Les enfants savent très bien faire des histoires, donc je compte sur eux pour les créer.
06:39 [SILENCE]