00:00 Il y avait un épisode inédit de Star Wars et on ne le savait pas.
00:03 Et plus dingue encore, cet épisode inédit, il se déroule non pas en Tunisie, non pas en Californie,
00:08 mais dans le Pas-de-Calais, c'est l'Empire de Bruno Dumont.
00:12 "Et dans son proche..."
00:15 "Sire, voici enfin parmi nous."
00:18 "Ne tardons pas."
00:19 "Nous livrons bataille pour la cause dont vous êtes la souveraine, ici sur la Terre."
00:28 "Vous n'avez pas vu un ovni ?"
00:30 "Un quoi ?"
00:31 "Un ovni."
00:32 Il y a vraiment un côté Star Wars, ou plutôt "Shtar Wars",
00:35 c'est les grandes figures de la Guerre des Etoiles et du space opera en général,
00:42 le combat du bien et du mal dans l'espace et sur Terre,
00:45 des chevaliers qui ressemblent beaucoup à des chevaliers Jedi,
00:48 des incarnations des forces du mal, des sabres lasers, des vaisseaux spatiaux en veux-tu en voilà,
00:54 et tout ça dans ce paysage assez insolite pour ce genre de film du Pas-de-Calais.
01:00 Là, c'est la première force de ce film, c'est de pouvoir mélanger à la fois un décor que l'on connaît bien,
01:05 surtout si on apprécie les films de Bruno Dumont,
01:07 et puis cet univers international, et plus spécialement américain,
01:12 transplanté dans un décor très français.
01:14 Je crois que c'est ce que je préfère dans le film,
01:16 ce sont ces images de vaisseaux spatiaux,
01:20 ces chevaliers qui se battent aux sabres lasers mais devant des pavillons,
01:25 et que ce soit inscrit dans un paysage tellement français,
01:29 à la fois tellement beau quand on regarde ces plages,
01:32 quand on regarde la mer qui sont survolées par des vaisseaux qui sont soit la Sainte-Chapelle,
01:37 soit un château qui rappelle drôlement Versailles quand même.
01:40 Et je me dis, il est vraiment très fort, Dumont,
01:43 parce que tout à coup, en voyant ça, je sens qu'il est en train de décoloniser mon regard.
01:49 Mon imaginaire, voilà.
01:51 C'est un imaginaire traditionnellement américain.
01:53 On se rend compte qu'on est formaté malgré tout, notre regard l'est.
01:57 Et là, c'est comme de voir des vaisseaux spatiaux pour la première fois.
02:01 C'est vraiment stupéfiant.
02:18 Après, moi, j'ai un peu plus de réserve peut-être que Samuel sur le scénario.
02:22 Je suis assez amusée par les personnages.
02:25 J'aime beaucoup ce qui se passe à l'écran.
02:28 Il ne faut pas que j'y réfléchisse trop non plus,
02:30 parce qu'il y a un petit côté chez Dumont d'Emerdensizich.
02:34 Qu'est-ce que ça veut dire que le bien soit représenté par la Sainte-Chapelle ?
02:38 OK, mais en même temps, il n'y a que des femmes.
02:40 Alors c'est woke, c'est pas woke ? Qu'est-ce qu'il veut raconter ? On ne sait pas bien.
02:44 Le mal, c'est que des hommes et c'est dans un château extraordinaire.
02:49 Et donc c'est quoi ? C'est le pouvoir temporel, c'est le capitalisme, c'est les hommes.
02:53 On ne sait pas bien.
02:54 Tout ça est un peu flou, peut-être moins naïf, moins mythologique
02:58 que l'était la guerre des étoiles, tout bêtement.
03:00 L'entreprise est vouée à l'échec.
03:03 La gendarmerie, ils sont de coup.
03:06 Mais les humains, Johnny, ils sont nuls.
03:08 Faites attention à ce que vous dites.
03:10 Vous adressez quand même à la gendarmerie nationale.
03:12 So what ?
03:13 Ce qui est très fort dans l'Empire, c'est que ça joue encore plus que d'habitude
03:17 dans le cinéma de Bruno Dumont sur le choc des contraires,
03:20 ou plus précisément l'association des contraires.
03:23 Marie l'a dit, il y a du mythologique, il y a du hyper naturaliste.
03:26 On est vraiment dans un territoire très précis,
03:28 avec mine de rien une petite dimension sociale.
03:31 Il y a du trivial et du sacré.
03:33 Il y a beaucoup, beaucoup d'humour.
03:34 On rit énormément devant l'Empire.
03:36 Et il y a aussi de l'émotion, de la grandeur, du drame, de la tragédie même.
03:40 Et puis, ce choc des contraires, ça se retrouve aussi dans l'interprétation.
03:43 Alors comme le fait beaucoup Bruno Dumont,
03:46 c'est d'associer des comédiens non professionnels du cru, je dirais,
03:50 de ce territoire du Nord Pas-de-Calais,
03:52 avec des comédiens professionnels, voire des vedettes.
03:56 Ce qui est très intéressant, c'est que les différents acteurs ne jouent pas dans le même registre.
04:00 Peut-être par choix, mais en tout cas, Bruno Dumont l'a vraiment,
04:04 parfaitement utilisé ça.
04:05 Ça donne un peu de la friction,
04:07 une friction qui, à mon sens, est très féconde pour le film.
04:10 Et puis, le plaisir de retrouver, évidemment, les grandes figures de son cinéma.
04:14 Et puis, à titre personnel, revoir pour la troisième fois le duo de gendarmes de Petit Quinquin,
04:20 le commandant Von der Weyden et son adjoint Carpentier,
04:23 encore plus incompétent et dépassé que d'habitude.
04:25 C'est un bonheur.
04:26 On est au cœur du mal, Carpentier.
04:28 C'est ça qui est bien.
04:29 L'Empire, c'est complètement fou, mais c'est très bien.
04:33 Allez, ouvre la voiture !
04:35 Ouais, là, là, c'est le tien, Carpentier !
04:37 Ouais, là, là, c'est le tien, Carpentier !
04:39 Merci.
04:40 [Musique entraînante diminuant jusqu'au silence]
04:42 [SILENCE]
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