00:00 11h-13h, Pascal Praud sur Europe 1.
00:03 Jean-Rémi Girard, comment ça va d'abord ? Vous êtes président du syndicat national d'enseignement des lycées collèges et écoles.
00:10 Est-ce que vous êtes content des débuts de madame Belloubet ?
00:13 - On va quand même attendre un petit peu de voir ce qui se passe puisque là elle nous a reçus d'ailleurs la semaine dernière.
00:21 On a pu évoquer pas mal de dossiers après.
00:24 Voilà, on va surtout voir les actions qu'elle va mener. Nous on se préoccupe pas trop de la personne de la ministre, c'est quand même la politique
00:31 menée qui nous rapporte au SNALC.
00:33 - On a l'impression quand même que ces groupes de niveau qui avaient été lancés, ces classes de niveau qui avaient été lancées par
00:40 Gabriel Attal, l'idée que moi je trouve intéressante pour tout vous dire parce que ayant été
00:46 confronté parfois à cela avec mes enfants, j'ai l'impression que quand un enfant
00:51 est en difficulté
00:54 il vaut mieux qu'il soit avec des enfants qui soient comme lui
00:57 parce qu'il va plus progresser. Si vous le mettez avec des enfants qui sont très performants, il peut être en
01:05 difficulté, il peut être tétanisé, il peut oser ne plus parler, il peut être
01:09 complexé et que je trouve que c'est pas mal de mettre les bons avec les bons et je dis pas les mauvais moi mais les
01:16 moins bons avec les moins bons. Je trouve que c'est pas mal. Alors on me dit que des études
01:21 scientifiques disent exactement le contraire de ce que je dis là. Quelle est votre position ?
01:24 - Alors sur la question des études scientifiques, toujours un peu compliqué.
01:29 - Bah oui, pour le moins on en fait dire ce qu'on en veut dire.
01:31 - Il y a rien d'enfant-puce pour les scientes de l'éducation là-dessus.
01:33 Non, globalement les classes de niveau ça pose des soucis, les groupes de niveau ça peut être efficace.
01:40 - Ah c'est pareil. On dit la même chose.
01:42 - C'est pas tout à fait pareil parce que oui enfin c'est pas non plus incroyablement loin mais c'est à dire que
01:48 c'est pas mal que les élèves une partie du temps soit
01:50 aussi peut-être plus mélangés les uns aux autres mais que nous c'était l'idée en français et en mathématiques qui sont quand même les deux
01:57 disciplines sur lesquelles on construit un petit peu tout le reste.
01:59 Là on travaille plus par groupe. Ça marche aussi à certaines conditions c'est à dire que si vous mettez les élèves en difficulté
02:05 par paquet, 30, ça va pas fonctionner.
02:08 L'une des choses importantes c'est que les élèves le plus en difficulté soient dans des effectifs réduits quand ils sont
02:14 dans ces groupes là. Le problème c'est pas l'idée. Nous aussi on trouve que ça peut être intéressant les groupes de niveau au SNALC
02:20 mais c'est qu'on n'a absolument pas travaillé au ministère les conditions de la réalisation de la mesure.
02:26 C'est à dire qu'on n'a pas mis les heures, les collèges sont là en train de savoir ce qu'ils vont supprimer pour pouvoir mettre en place
02:32 des groupes de niveau donc supprimer des groupes de sciences, supprimer le latin dans pas mal d'établissements à ce retour là.
02:38 Donc voilà ça n'a pas été travaillé.
02:40 - Il y a toujours du latin, le latin est optionnel ?
02:43 - Le latin est optionnel tout à fait.
02:45 - A partir de quelle classe ?
02:46 - 5e.
02:47 - A partir de la 5e pour le latin et à partir de la 3e pour le grec mais c'est des disciplines qui sont
02:52 en crise parce que c'est souvent les variables d'ajustement de telle ou telle réforme. C'était le cas de la réforme du collège de 2016.
03:00 Ça risque encore d'être le cas vu qu'il n'y a pas les moyens horaires pour mettre en place des groupes de niveau correctement à rentrée prochaine.
03:08 - Combien aujourd'hui en 3e par exemple ou en 4e y a-t-il d'heures de français par semaine ?
03:13 - Alors en 3e ça doit être 4 heures de mémoire.
03:18 - Et vous savez combien j'en avais ?
03:20 - Vous savez combien j'en avais en 5e ?
03:22 - J'en avais sans aucun doute plus parce que ça m'a pas cessé de baisser.
03:24 - J'en avais 8.
03:26 J'ai regardé le nombre d'heures, je suis tombé sur un emploi du temps que j'avais qui date de
03:31 79-80 donc j'étais en 3e, j'avais 8 heures de français. Vous vous rendez compte, 8 heures de français.
03:37 Donc on s'étonne que les petits français écrivent ou parlent mal le français.
03:42 Mais nous on avait 4 heures, on est frappé je le dis sans arrêt parce qu'on travaille avec des jeunes,
03:46 moi je travaille qu'avec des jeunes gens aujourd'hui de 25 ans, 25 ans et je les vois arriver.
03:51 En plus ils sont formés, c'est-à-dire que c'est des gens qui veulent être ou qui sont déjà journalistes.
03:55 Ils sont à Bac +4, Bac +5, Bac +6.
03:57 Mais c'est effrayant la grammaire, le vocabulaire et l'orthographe. C'est effrayant, je peux pas vous dire autre chose.
04:04 - Non mais on le constate. - Et ça me sidère, ça me sidère.
04:09 - Oui, mais les écudes même du ministère de l'éducation nationale montrent que le niveau grammatical et orthographique
04:15 est en chute libre. Alors eux ils ont mesuré à partir de 1987 je crois.
04:20 Et effectivement ils font passer une dictée à un panel d'élèves de CM2
04:24 à intervalles plus ou moins réguliers et c'est une catastrophe quel que soit le niveau social d'ailleurs
04:30 des enfants. Et c'est plusieurs raisons, c'est effectivement la question des horaires.
04:34 Moins on adhère à un moment, moins on peut faire deux choses.
04:37 C'est la question des tailles de classe. Quand on est dans un des pays d'Europe avec les classes les plus chargées, ce qui n'aide pas.
04:43 Le climat scolaire en France est extrêmement compliqué. L'enquête PISA montre bien qu'on a du mal à obtenir le silence, par exemple dans les classes
04:50 françaises.
04:52 Et il y a eu des questions de... la grammaire a été relativement mal vue, j'allais dire, dans les années 90 notamment,
04:58 par nos dirigeants ou certains penseurs. Ce qui fait que enseigner la grammaire de manière raisonnée et progressive
05:06 n'était pas quelque chose qui était encouragé ou compliqué par nos inspecteurs.
05:09 On en est revenu ça pour le coup. - Nous sommes d'accord. Il est 11h41, vous êtes sur en rentre-main avec Jean. Rémi Girard, il est président du
05:16 syndicat national d'enseignants des lycées collèges-écoles.
05:19 Dernière chose, on parle d'économie. Tous les élèves de CP au CM2
05:25 vont recevoir d'ici le mois de juin une pièce de collection de 2 euros frappée par la monnaie de Paris dans le cadre des Jeux Olympiques.
05:31 4 millions d'élèves sont donc concernés.
05:33 Opération du ministère de l'éducation nationale, mais le coût peut faire réagir puisque c'est près de 16 millions d'euros.
05:41 Non, si c'est 4 millions d'élèves qui sont concernés, 4 fois 2 ça fait 8, ça serait 8...
05:45 - Alors il y a des livrets, il y a les frais d'envoi...
05:47 - Quel est l'intérêt de donner une pièce de 2 euros ? Je vous assure,
05:54 parfois les bras m'en tombent.
05:56 Quel est l'intérêt de donner une pièce de 2 euros aux enfants alors qu'il y a peut-être
06:01 des économies à faire dans l'éducation nationale ?
06:03 - Oui, alors au SNALC il va y avoir des économies à faire, puisqu'avec la révision des chiffres de la croissance,
06:10 on va perdre, je sais plus, 700 millions de budget, quelque chose comme ça, cette année. Donc on va avoir probablement,
06:17 c'est même sûr, on a vu ça, moins...
06:20 on ne pourra pas recruter autant d'accompagnants d'élèves en situation de handicap ou de contractuel pour remplacer,
06:25 donc on risque d'avoir plus de classes sans professeur ou plus d'élèves en situation de handicap
06:29 mal accompagnés.
06:32 Effectivement le timing c'est quand même assez catastrophique, puisqu'au moment où on dit qu'il faut se serrer la ceinture, on envoie des pièces
06:38 à nos écoliers. Alors nous on l'a découvert hier, le ministère nous a prévenu de ça hier, alors que c'était déjà envoyé.
06:46 C'est vrai que c'est très symbolique, ils font référence au bicentenaire de la Révolution française où s'était passé quelque chose du même ordre.
06:52 Je ne sais pas si les Jeux Olympiques ça méritait autant
06:54 d'avoir ce type d'envoi symbolique. C'est vrai qu'aujourd'hui on se dit
06:59 le budget de l'éducation nationale, si à un moment on plongeait un petit peu le nez dedans, il y aurait peut-être des moyens
07:05 de trouver des marges pour
07:07 recruter des personnels ou pour mieux les payer afin de pallier la crise des recrutements. La pièce de 2 euros,
07:13 voilà, c'est très anecdotique, mais c'est certain qu'on pouvait faire autre chose de mieux avec cet argent, avec l'argent d'État.
07:22 - Je crois que Fabienne est avec nous, elle voulait réagir sur cette
07:27 possibilité pour les enfants de recevoir une pièce de 2 euros. Bonjour Fabienne !
07:31 - Bonjour monsieur Trott. - Et merci d'être avec nous. Vous nous appelez d'où Fabienne ?
07:36 - Châtellerault.
07:38 - Vous avez des enfants vous-même ?
07:40 - Moi j'ai une fille à 28 ans.
07:42 - Ah oui ? - Et un petit chét qui a 6 ans, qui va avoir la fameuse pièce.
07:46 - Ah bah oui, il est en CP à 6 ans ? - Il est en CP, oui, oui, CP.
07:51 - En CP, pourquoi ? Bien sûr, CP, en cours préparatoire.
07:54 - Voilà. - C'est une année importante de CP. - Plus déterminante.
07:56 - Ah oui, c'est important. - C'est là qu'on apprend à lire, pour ceux qui ne savent pas lire, généralement, on sait lire un petit peu avant.
08:03 - C'est la base avant, oui. - Oui, on a commencé un peu avant.
08:05 - Bien sûr, bien sûr, bien sûr. Bon, qu'est-ce que vous pensez de cette initiative ?
08:09 - Comme d'habitude, comme ça ne sort pas de leur poche, on en fait n'importe quoi.
08:15 Vous savez bien ce que j'en pense. Voilà, c'est ça.
08:17 Moi c'est ça. Je ne comprends pas qu'on va donner une pièce de 2 euros et un petit livret à mon petit-fils qui a 6 ans,
08:23 qui déjà quand je lui donne une pièce de 2 euros, la perd, parce qu'il ne sait pas ce qu'il en avait.
08:28 Alors c'est aberrant de gaspiller de l'argent comme ça. Aberrant.
08:32 - C'est vrai que... - Je ne comprends pas.
08:35 - C'est vrai que c'est étrange.
08:37 - C'est vrai que c'est étrange en même temps.
08:39 - Là on a dit "cessez votre ceinture, on va arrêter la prime Reynolds de temps,
08:43 on va faire payer 10% pour les formations, si vous voulez faire une formation, on va vous faire payer 10%,
08:50 et on va dilapider, je ne sais pas combien, qui va servir à rien".
08:54 Voilà. Voilà ce que j'en pense.
08:56 Comme le monsieur d'avant, je pense qu'il y a autre chose à faire avec cet argent que ça.
09:00 Franchement.
09:02 - C'est sûr que ça interroge alors...
09:04 - La raison c'est quoi en fait ? C'est pour qu'ils aient un petit souvenir des JO ?
09:07 Pour que ça prenne la poussière dans leur champ ?
09:09 - Je ne sais pas ça. D'ailleurs Jean-Rémi Gérard, comment on justifie ça ?
09:16 Qu'est-ce qu'ils vous ont dit ?
09:17 D'abord c'est toujours étonnant que vous appreniez ça, j'ai envie de dire, par la presse peut-être ?
09:20 Je ne sais pas comment vous l'avez appris.
09:22 - Pour le coup le cabinet nous a contactés, mais nous a contactés juste avant,
09:26 au moment même où les directeurs et directrices d'école recevaient les colis.
09:29 Donc c'était quand même une opération qui avait été nettement anticipée,
09:35 et on a été prévenus au tout dernier moment.
09:38 Alors ils justifient ça en disant que c'est sympathique pour les enfants,
09:40 et ils justifient ça en disant que c'est ce qu'on avait fait pour le bicentenaire de la Révolution française.
09:46 Maintenant, effectivement, ils nous auraient demandé notre avis avant,
09:49 on leur aurait dit qu'il y avait sans aucun doute mieux à faire,
09:52 de 16 millions d'euros dans l'éducation nationale.
09:54 Ça représente 800 postes d'accompagnants d'élèves en situation de handicap.
09:58 - 800 postes par an ?
10:00 - Oui, c'est très très mal payé.
10:02 - 16 millions d'euros ?
10:04 Cette pièce de collection frappée par la monnaie de Paris est intégrée dans un livret pédagogique
10:08 intitulé "Au cœur des jeux", conçu pour donner toutes les clés
10:11 sur les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris aux enfants.
10:15 Il est 11h46, on marque une pause.
10:17 - Et vous pouvez réagir avec Pascal Pro, 01.80.20.39.21.
10:20 11h13, c'est Pascal Pro et vous sur Europe 1.
10:22 Appelez Pascal Pro au 01 80 20 39 21.
Commentaires