00:00 Chaque année, c'est le même rituel.
00:01 A la Saint-Valentin, les amoureux s'offrent des roses.
00:05 Le 14 février, elles représentent 63% des fleurs achetées par les Français.
00:10 Problème, les roses ne poussent pas du tout en hiver.
00:13 Alors, pour satisfaire la demande, 85% des fleurs viennent de l'étranger,
00:18 en majorité d'Afrique de l'Est.
00:20 Transportées en masse par avion cargo, les roses coupées transitent aux Pays-Bas
00:24 avant d'être expédiées en France, puis d'atterrir sur les étals des fleuristes.
00:28 Une véritable course contre la montre qui dure moins de 48 heures.
00:32 Mais comment fonctionne ce business ultra-mondialisé ?
00:35 Et pourquoi les roses viennent-elles de si loin ?
00:37 Direction le lac Naivasha, à une centaine de kilomètres au nord de Nairobi, la capitale du Kenya.
00:46 Réputée pour sa faune exceptionnelle,
00:48 cet étendu d'eau est l'un des principaux lieux de production de roses kenyanes.
00:52 En témoigne la marée de cerfs visibles depuis le ciel,
00:55 qui s'étale sur près de 2000 hectares, soit l'équivalent d'environ 2800 terrains de foot.
01:00 Ici, une soixantaine de fermes font pousser environ 40% des roses
01:04 qui seront vendues en France à la Saint-Valentin.
01:07 En quelques décennies, le Kenya est devenu le premier exportateur de roses vers l'Europe.
01:11 Un commerce très juteux, le secteur horticole a rapporté 709 millions de dollars au pays en 2019,
01:18 et il est devenu la troisième source de revenus du Kenya, après le thé et le tourisme.
01:22 Et face à ce succès économique, son voisin l'Ethiopie a décidé lui aussi de tout miser sur le business des roses.
01:29 Direction maintenant le lac Ziweï, dans la vallée du Grand Rift, à 3 heures de route de la capitale Addis Abeba.
01:35 Ici, la multinationale néerlandaise Afriflorachère a installé la plus grosse ferme de roses au monde.
01:42 650 hectares de cerfs qui produisent 1,2 milliard de roses chaque année.
01:47 Aujourd'hui, l'Ethiopie et le Kenya produisent à eux deux la moitié des roses qui finissent dans votre salon.
01:53 Mais comment arriver à transporter des roses sur plus de 6000 kilomètres sans qu'elles fanent ?
01:58 Mais avant qu'Elia ne nous en dise plus sur le business des fleurs,
02:01 à Explore, on aimerait remercier notre sponsor, Inconi.
02:04 C'est un service qui permet de supprimer nos données personnelles auprès de courtiers randonnés.
02:08 Ok, mais c'est quoi les courtiers randonnés ?
02:10 Vous vous êtes déjà demandé comment les démarcheurs téléphoniques avaient accès à votre numéro de téléphone ?
02:14 Et non, c'est pas à cause de votre fleuriste.
02:16 Merci.
02:17 Eh bien en fait, c'est via ce qu'on appelle des data brokers.
02:20 C'est des entreprises qui récupèrent nos données personnelles pour les revendre à des tiers.
02:24 Comme des spammers par exemple, ou des démarcheurs téléphoniques.
02:27 Ouais, c'est rageant, mais c'est tout à fait légal.
02:30 Et la plupart du temps, c'est bien spécifié quand on s'inscrit quelque part.
02:34 La bonne nouvelle, c'est que selon la loi RGPD,
02:37 ces courtiers sont dans l'obligation de supprimer nos infos perso si on le souhaite.
02:41 La moins bonne nouvelle, c'est que pour formuler la demande,
02:44 ça prend du temps, beaucoup, beaucoup de temps.
02:47 Eh ouais, en moyenne près de 300 heures.
02:50 Et c'est là qu'Inconny intervient.
02:52 Lui peut faire toutes ses demandes automatiquement et en continu.
02:55 Oui parce qu'une fois que nos données ont été supprimées,
02:57 elles peuvent être récupérées à nouveau.
02:59 Donc en fait, tant qu'on est abonné, on est protégé.
03:02 Et d'ailleurs, en ce moment vous pouvez profiter de 60% de remise sur l'abonnement annuel
03:06 grâce au code EXPLORE-FR qui s'affiche à l'écran.
03:09 Le lien est en description.
03:10 Un grand merci à Inconny pour ce partenariat qui nous permet de faire grandir la chaîne.
03:15 Et merci à vous bien sûr d'être de plus en plus nombreux à nous suivre.
03:18 Les fleurs sont par définition un produit périssable.
03:20 Donc pour les transporter, il faut aller vite.
03:23 C'est une course contre la mort.
03:24 Contre la mort de la fleur.
03:25 Il faut que la fleur arrive chez le fleuriste le plus rapidement possible
03:29 de façon à ce qu'elle soit vendue le plus rapidement possible.
03:32 Le but, c'est que les clients européens puissent garder leurs fleurs en vase
03:35 pendant au moins deux semaines.
03:37 Donc pour y arriver, pas le choix, il faut réduire au maximum le temps de transport.
03:41 Et c'est un véritable défi logistique.
03:43 Dès que la fleur est coupée, c'est le top départ de la course.
03:46 25 minutes après, elles doivent être triées, rangées en bouquets standardisés
03:50 et placées dans des frigos à 4 degrés.
03:52 Elles sont ensuite mises dans des camions, le plus souvent réfrigérés,
03:56 qui les emmènent à l'aéroport de Nairobi.
03:58 Là, elles subissent les opérations de dédouanement,
04:01 l'inspection phytosanitaire, les opérations préalables à l'embarquement.
04:05 Avant la Saint-Valentin, toutes les nuits, 5 à 6 avions cargo décollent de Addis Abeba
04:10 et de Nairobi pour alimenter le marché européen.
04:13 Donc un 747 cargo, c'est entre 120 et 110 tonnes de fleurs
04:17 qui vont arriver pour l'essentiel à Amsterdam.
04:19 Ce qui est intéressant, c'est cette organisation en fuso.
04:22 Ça permet aux avions de décoller du sud en début de soirée ou en milieu de nuit
04:26 et puis d'arriver sur le marché tôt le matin.
04:29 Les fleurs atterrissent à l'aéroport d'Amsterdam vers 4h du matin.
04:32 Ensuite, direction Alsemire, au sud.
04:35 Surnommé le "Wall Street des fleurs", c'est de loin le plus grand marché aux fleurs du monde.
04:39 Ici, 19 millions de fleurs venues du monde entier sont vendues tous les jours.
04:44 Et tout ça est géré par Royal Flora Holland, une coopérative néerlandaise.
04:48 Son rôle, mettre en relation près de 2500 acheteurs avec des producteurs de fleurs.
04:52 Il n'y a aucun endroit dans le monde où on peut acheter tellement de produits différents.
04:57 Notre bâtiment à Alsemire a la même surface que la ville de Patagonie.
05:01 Et l'endroit en tout, c'est aussi grand que la principale de Monaco.
05:06 Dans ce gigantesque hangar, une partie des roses venues d'Afrique sont vendues aux enchères
05:10 qui commencent tous les jours à 6h du matin.
05:13 On appelle ça la vente au cadran.
05:14 L'auctionneur commence à un prix élevé, le clock va baisser.
05:18 Et quand l'acheteur veut acheter un produit, il arrête le clock en appuyant sur son clavier.
05:23 Et puis il dit combien de fleurs il veut acheter.
05:25 Quand l'acheteur appuie trop vite, peut-être qu'il achète un peu trop,
05:30 mais quand il appuie trop tard, il n'aura pas de fleurs.
05:33 À midi, il ne reste plus aucune fleur à vendre à Alsemire.
05:36 Elles sont ensuite expédiées dans toute l'Europe,
05:38 principalement vers l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France.
05:42 Et ce business est très lucratif.
05:44 En 2022, le chiffre d'affaires de Royal Flora Holland était de 5,17 milliards d'euros.
05:50 Et les Pays-Bas règnent en maître sur ce business.
05:52 À eux seuls, ils représentent près de la moitié du marché mondial des fleurs.
05:57 Mais pourquoi la majorité des fleurs coupées transitent par les Pays-Bas ?
06:01 Eh bien tout simplement parce qu'en matière d'horticulture et de logistique,
06:04 les Néerlandais sont les meilleurs.
06:06 Les Pays-Bas ont inventé la floriculture, le bouquet bourgeois.
06:10 Ce sont des pros de l'intermédiaire.
06:12 Des pros au sens qualitatif et au sens de performance dans le temps.
06:16 Ils vont très très vite.
06:17 Donc ils font gagner du temps, ils font gagner de l'argent,
06:19 ils diminuent les pertes aussi.
06:20 Aujourd'hui, c'est toujours à Alsemire que sont fixés les prix du marché.
06:23 Et difficile pour les producteurs français de faire face à la concurrence mondiale.
06:28 Une rose kenyanne coûte deux fois moins cher qu'une rose française.
06:31 Résultat, en 10 ans, le nombre de fermes horticoles a été divisé par deux en France.
06:36 Pourtant, on est le quatrième plus gros consommateur de fleurs au monde.
06:41 Même les serres hollandaises, ultra mécanisées,
06:43 ne peuvent pas rivaliser avec la rose africaine.
06:46 En Europe, la plupart des roses poussent ici,
06:49 à la lueur des lumières artificielles et dans une température de 20 degrés.
06:53 Problème, avec l'augmentation du prix de l'énergie,
06:55 ce mode de production est devenu exorbitant.
06:57 Et puis surtout, c'est très polluant.
07:00 Une rose hollandaise émet 6 fois plus de CO2 qu'une rose kenyanne transportée par avion.
07:05 Et en moyenne, un bouquet de roses pollue autant qu'un trajet Paris-Londres en avion.
07:11 Les fleurs qui viennent d'Afrique, elles sont plus compétitives.
07:13 Chaque tige revient moins cher à produire,
07:16 même si on prend en compte le coût du transport aérien.
07:18 Parce que le coût du foncier est moins élevé,
07:20 puisqu'on est sous l'équateur, il n'y a pas besoin de chauffer les serres.
07:23 Les roses du Kenya et d'Ethiopie profitent d'un ensoleillement toute l'année
07:26 et poussent en zone montagneuse où il fait chaud en journée et frais la nuit.
07:30 Un climat idéal qui permet de produire des fleurs de qualité toute l'année.
07:34 La main d'œuvre, elle, est très bon marché.
07:37 Les employés des fermes horticoles kenyannes, en grande majorité des femmes,
07:40 gagnent en moyenne 124 euros par mois.
07:43 C'est peu, mais en Ethiopie, c'est pire.
07:45 Là-bas, le salaire varie entre 44 et 51 euros par mois.
07:49 Tout ça a poussé les producteurs de roses néerlandais
07:52 à délocaliser leur production au Kenya dès les années 1980.
07:56 Et les conséquences écologiques ont été désastreuses.
07:59 Pour irriguer les roses, les horticulteurs pompaient massivement les eaux du lac Naivasha
08:03 et leurs eaux usées, pleines de pesticides, étaient rejetées dans la nature,
08:06 contaminant ainsi l'écosystème de la vallée.
08:09 Des pratiques qui ont fait polémique au milieu des années 2000.
08:12 Soucieuses de leur image, certaines exploitations ont adopté des mesures.
08:16 Elles ont mis en place des cultures hors sol, collectent les eaux pluviales,
08:19 recyclent leurs eaux et utilisent beaucoup moins de pesticides qu'avant.
08:23 Les conditions de travail des employés, soumis à un rythme effréné
08:26 et surexposés à des pesticides toxiques, se sont elles aussi améliorées.
08:30 La plupart des grandes fermes, c'est codifié, c'est surveillé.
08:33 D'autant plus qu'il y a des labels.
08:34 Je pense qu'ils ont plus à perdre à ne pas respecter les cahiers des charges
08:38 et à faire n'importe quoi.
08:40 Pour autant, tout ça est difficile à contrôler et les journalistes qui enquêtent sur le sujet
08:44 dénoncent l'opacité de ces serres ultra sécurisées.
08:48 Pur produit de la mondialisation, la rose importée a beau être un désastre écologique,
08:53 elle est devenue indispensable pour faire face à la demande de fleurs en Europe,
08:56 qui est constante.
08:58 Est-ce que finalement tout ça, c'est pas un peu aberrant ?
09:00 C'est complètement aberrant. Ce qui est aberrant, c'est notre désir de fleurs.
09:04 Ce qui est aberrant, c'est qu'à la Saint-Valentin, je vais offrir une fleur à ma femme.
09:08 Ça s'appelle de la dépendance. Ça interroge notre modèle de consommation.
09:11 Le mieux, c'est d'acheter des fleurs locales et de saison.
09:14 Mais si vous aimez vraiment les roses, une petite balade romantique dans les jardins,
09:19 c'est bien aussi.
09:20 Sous-titrage ST' 501
09:23 *Musique*
09:33 [Sonnerie]
09:35 [SILENCE]
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