00:00 Aujourd'hui, Christophe Marie, directeur adjoint de la fondation Brigitte Bardot.
00:04 Christophe, bonjour. Bonjour.
00:06 Il y a quelques semaines, la ville de Marignane a procédé à l'euthanasie de plus de 300 cochons
00:12 sauvages sur des enclos financés par la fondation Brigitte Bardot. Pouvez-vous nous rappeler
00:16 concrètement les faits de cette histoire ? Alors l'histoire remonte à pas mal de temps.
00:22 Déjà la problématique des cochons qui divaguent dans Marignane. Donc c'est véritablement,
00:28 ça a été véritablement une difficulté pour la mairie de gérer ce problème. Donc
00:32 on est intervenu à plusieurs pas. En fait, dans un premier temps, on a financé une campagne
00:37 de castration des mâles. Il y a eu aussi un test avec des stérilisations chimiques
00:41 de femelles. Bon, très honnêtement, ces opérations n'ont pas été très concluantes.
00:46 Déjà, il y a eu une forte mortalité des animaux et puis on n'a pas de résultats
00:52 très concrets sur la population de cochons sauvages qui était très présente et qui
01:00 reste présente dans Marignane. Donc dans un second temps, effectivement, il y a eu le
01:05 financement d'un deuxième enclos parce qu'il y en avait déjà un qui était en
01:09 place et géré par l'association Croque-Mou. Et ce deuxième enclos, il a été financé
01:15 l'été dernier. Et effectivement, on a appris… et l'idée c'était justement
01:20 de séparer les mâles et les femelles pour qu'il n'y ait pas de reproduction. Et
01:24 on a appris donc en décembre, tout à fait par hasard et la veille de l'intervention,
01:30 qu'il y avait un projet d'intervention de la mairie pour supprimer ces cochons.
01:35 Donc c'est pour ça qu'il y a eu un coup de gueule de la fondation, initialement orientée
01:40 vers les services vétérinaires parce qu'on pensait qu'ils étaient à l'initiative
01:44 de cette tuerie. En réalité, c'est la mairie qui a organisé l'intervention pour
01:50 gazer 350 cochons qui se trouvaient dans les enclos. Donc c'est ce qui nous a d'autant
01:54 plus choqués parce que finalement, ce n'est pas eux qui posent tant le problème, mais
01:58 c'est ceux qui peuvent divaguer. Donc effectivement, ça a été très compliqué parce qu'on
02:04 s'est senti totalement trahis dans le travail qui a été mis en place. Pour autant, moi,
02:10 j'étais la semaine dernière à Marignane pour rencontrer les représentants de la mairie,
02:15 pour rencontrer également les représentants des services vétérinaires pour essayer de
02:19 trouver une solution parce qu'il reste à peu près une centaine de cochons dans les
02:23 enclos de Marignane et une cinquantaine qui seraient en divagation. Mais la difficulté,
02:30 c'était de trouver un lieu d'accueil pour ces animaux. Et on a lancé un appel via
02:38 la chambre d'agriculture qui a été super parce qu'ils ont diffusé une annonce auprès
02:43 des éleveurs du département. Donc on a lancé une proposition de financer l'accueil en
02:50 pension de tous ces cochons dans des structures existantes. Donc il y a eu un bon relais et
02:58 l'idée c'est bien évidemment qu'ils soient détenus à vie et pris en charge financièrement
03:05 par la fondation avec l'accastration des mâles pour éviter toute reproduction.
03:10 On vous lancé donc une opération sauvetage de plus de 150 animaux rescapés. Comment
03:16 va s'organiser cette action ? Alors là en premier temps il y a tout un
03:20 travail qui doit être fait par la mairie pour rassembler les cochons qui divaguent.
03:24 On se doute que ça va être quand même assez long parce qu'il y a aussi pas mal de gens
03:29 qui nourrissent à droite à gauche les cochons et ça amplifie la problématique. Il y a
03:35 aussi des vols de petits cochons parce qu'ils sont mignons les cochons vietnamiens et sauf
03:40 qu'une fois qu'ils deviennent adultes ils sont rejetés dans les rues de Marignane.
03:42 Donc c'est très complexe et ça va sûrement prendre plusieurs phases. La première phase
03:46 est celle qui concerne le plus d'animaux. Elle est prévue d'ici la fin du mois et
03:53 qui concerne donc ceux qui sont déjà dans les enclos pour les transférer dans une pension
03:58 qui restera dans le département. Mais pour ça il faut aussi qu'il y ait des prélèvements
04:02 sanguins qui soient faits pour connaître l'état sanitaire des animaux parce qu'évidemment
04:06 il faudra mettre en place toute une prophylaxie en plus des castrations et stérilisations.
04:11 Est-ce qu'une personne lambda peut venir participer à ce sauvetage d'animaux ou pas du tout ?
04:15 C'est un peu compliqué parce que là justement on fait appel à des professionnels que ce
04:20 soit, et puis des capacitaires, que ce soit pour manipuler les animaux, pour les transporter
04:27 et les accueillir. D'autant que quand on fait un chargement d'animaux de ce type,
04:34 ça n'est pas sans danger, c'est des animaux qui cherchent à fuir, ce qui est logique.
04:38 Donc non, on ne peut pas faire appel, on va faire appel à des aides, mais des personnes
04:44 qui ont l'habitude de manipuler les animaux. On imagine que ces animaux seront endormis
04:48 automatiquement pour être récupérés ? Pas spécialement, ça dépend des... non pas
04:53 forcément, on va déjà essayer de les rediriger vers un couloir d'années pour les charger.
04:59 Effectivement s'il y en a qui ont un comportement plus spécifique. En fait l'opération qui
05:06 consiste à les endormir, ça va plutôt être pour les cochons errants. Donc effectivement
05:12 la mairie est en train de travailler avec une personne qui peut venir avec soit du fléchage
05:17 ou du fusée hypodermique, parce que l'espace est ouvert, donc effectivement c'est très
05:22 compliqué d'attraper un animal dans ces conditions. Mais pour un animal en enclos, même si les
05:27 enclos sont très grands, il est toujours possible déjà de les habituer à un lieu
05:31 de nourrissage qui sera un couloir d'années. On verra, mais endormir les animaux n'est
05:39 pas une option systématique.
05:41 Et où seront placés plus précisément ces animaux récupérés ? Est-ce qu'il y aura
05:46 vraiment un suivi par la suite de ces animaux une fois placés ?
05:48 Ah bien sûr, au niveau de la fondation on passe des accords avec généralement d'anciens
05:55 éleveurs qui arrêtent leur activité. On a plus de 8000 animaux de ferme, bon là c'est
06:00 un peu hybride entre animaux de ferme sauvage, mais placés en pension et donc on suit systématiquement
06:07 puisqu'on paye en plus évidemment tous les mois. Donc on suit l'évolution du cheptel,
06:12 les conditions dans lesquelles les animaux sont détenus et entretenus. Là moi j'ai
06:16 des deux lieux d'accueil auprès de Salon de Provence qui sont vraiment des sites très
06:24 appropriés pour ces cochons. Donc oui bien évidemment, et en plus vous savez dans le
06:28 département on intervient très régulièrement parce que depuis des années on intervient
06:33 au moment des sacrifices rituels de l'Aïd Al-Kébir sur des sites d'abattage clandestin
06:38 et chaque année ce sont des centaines de moutons qui sont retirés sur des sites d'abattage
06:42 clandestin, beaucoup dans les bouches du Rhône, essentiellement c'est là où on avait commencé
06:46 les opérations et donc on a plus de 4000 moutons aujourd'hui qui sont placés dans
06:50 différentes pensions. Donc tous ces animaux nécessitent effectivement un suivi, on a
06:55 une personne qui est en charge de ça. D'après vous ces cochons représentent-ils
07:00 vraiment une gêne ou un danger pour la population ?
07:02 Oui, ils peuvent représenter un danger, oui un danger parce que ce sont des animaux qui
07:12 actuellement divaguent au niveau d'axes routiers importants, le fait de les nourrir comme j'ai
07:18 pu le voir dans la zone industrielle c'est très problématique parce que ça amène
07:23 des mouvements de groupes qui peuvent être d'une vingtaine de cochons, donc les cochons
07:27 en eux-mêmes ne sont pas agressifs mais la problématique c'est que potentiellement
07:32 ça peut créer des accidents, autre problème réel c'est qu'il n'y a pas d'encadrement
07:37 sanitaire de ces animaux et donc potentiellement ils peuvent aussi être porteurs de maladies
07:43 transmissibles non pas à l'homme mais sur des cheptels, donc il y a une nécessité
07:48 d'agir, ça c'est évident. Nous on n'a jamais été dans une démarche de dire il
07:52 faut rien faire, il faut laisser les choses comme ça, non. Il y a une nécessité d'agir
07:57 mais il y a des moyens autres que l'abattage.
08:00 Vous pouvez estimer un petit peu le coût de cette action, tout est entièrement pris
08:04 en charge par la fondation ?
08:05 Alors oui, effectivement, que ce soit le transport ou la pension, la pension pour vous
08:11 dire les choses, très transparent, c'est deux euros par jour par cochon de pension,
08:19 donc sur une population estimée de 150, vous voyez, ça fait 300 euros par jour, hors
08:25 taxe en plus, donc ça c'est par jour, donc vous imaginez à l'année ça refait
08:31 pas mal quand même, et en plus il y a effectivement toutes les interventions vétérinaires, tout
08:36 le travail qui va devoir être fait au départ, donc de castration des mâles et puis toute
08:41 la prophylaxie à refaire de zéro pour tous les animaux, donc oui c'est un coût très
08:46 important mais on a fait voter un budget spécifique au conseil d'administration.
08:51 On rappelle que la fondation vit essentiellement des dons et que ces dons sont déductibles
08:57 des impôts à hauteur de 66%, c'est important de le rappeler ?
08:59 Oui tout à fait, effectivement la fondation Brigitte Bardot ne bénéficie pas de subventions
09:04 d'Etat mais en revanche elle est reconnue d'utilité publique donc elle vit uniquement
09:09 grâce à la générosité des donateurs, que ce soit via des legs qui représentent
09:13 un gros du budget de la fondation ou des dons directement qui effectivement, comme
09:18 vous le rappelez, sont déductibles des impôts à plus de 60% effectivement.
09:23 Quels sont vos rapports aujourd'hui avec la ville de Marignane ?
09:26 Je ne vais pas vous cacher que ça a été très tendu, au départ ça s'est bien passé,
09:33 au contraire on a souligné l'initiative prise par la ville d'essayer de trouver des
09:38 solutions, c'est assez rare objectivement parce que la facilité c'est l'abattage
09:42 directement, donc pendant plusieurs années même on a eu des très bons rapports avec
09:46 la mairie, là il y a eu effectivement une situation absolument choquante et ce qu'on
09:53 n'a pas compris c'est qu'on n'a pas été alerté de la problématique rencontrée,
09:57 à savoir que ça n'était pas efficace, on aurait pu essayer de trouver une solution
10:01 autre et là c'est vrai que l'adjointe à la mairie me disait l'autre jour oui mais
10:05 bon la veille je vous ai dit de prendre 600 cochons, ben non, ça ne se passe pas comme
10:09 ça du jour au lendemain et le lendemain était prévu le gazage de tous ces animaux.
10:14 Donc oui ça s'est vraiment tendu à ce moment là, maintenant on essaie de trouver
10:21 une situation de collaboration fructueuse dans le sens où tout le monde y est gagnant,
10:27 on a tous intérêt à ce que l'opération soit une réussite et pour ça on a besoin
10:31 de toutes les bonnes volontés et de la bonne volonté en premier lieu de la mairie.
10:36 Christophe Marie un immense merci, merci de nous avoir accordé quelques minutes de
10:40 votre temps pour Marie Thimah.
10:41 Merci à vous, bonne journée.