00:00 Julie Andreux, bonjour.
00:02 Bonjour.
00:03 Vous êtes avocate au barreau de Marseille.
00:06 On va évoquer avec vous un dossier que vous connaissez parfaitement,
00:10 un dossier avec lequel il y a ces six riverains des sociétés sur fosses et lavera,
00:16 ArcelorMittal, Méditerranée et Souraffinage,
00:18 le DPF, le dépôt pétrolier de fosses et Kemoine,
00:22 des riverains qui ont été déboutés en juillet 2022.
00:27 Pour quelles raisons ?
00:29 Alors en effet, nous avions déposé pour six riverains
00:32 une assignation devant le tribunal judiciaire d'Aix-en-Provence
00:36 pour troubles anormaux du voisinage.
00:38 Les riverains estiment qu'ils subissent des troubles
00:42 qui ne peuvent pas être jugés comme étant normaux
00:44 étant donné que les sociétés émettent une pollution importante
00:48 qui vont les gêner dans leurs conditions de vie.
00:50 Le tribunal les a déboutés en estimant que les troubles en fait étaient prévisibles
00:56 et donc que les choix de sociétés politiques qui avaient été faits
00:59 d'installer les industries à l'époque dans cette zone
01:02 ne pouvaient pas entraîner des troubles jugés aujourd'hui anormaux.
01:06 Et en gros, on a eu une décision avec plutôt une réponse politique que juridique
01:12 qui était que tous les riverains qui seraient dans une situation identique ailleurs en France
01:19 pourraient demander en effet à ce que leur situation de vie soit déclarée comme étant anormale
01:25 mais à fausse surmer, il fallait tout simplement accepter et subir cette pollution quotidienne.
01:32 Comment elle est caractérisée au quotidien ?
01:34 Racontez-nous un petit peu ce que subissent en étant un peu plus précis ces riverains.
01:39 En fait, ce qui se passe c'est que nous ne contestons pas une marche normale d'une industrie,
01:45 il faut bien l'avoir en tête.
01:46 Les riverains n'ont pas découvert hier en ouvrant leur fenêtre
01:50 qu'il y avait des cheminées et des usines devant leurs yeux
01:52 mais ils avaient estimé qu'en s'installant si proche d'une usine,
01:57 il y avait en quelque sorte un contrat entre l'industriel et les riverains
02:01 qui était que la marche normale de l'industrie, de l'entreprise,
02:05 ne devait pas mettre en cause en tout cas leur santé.
02:08 Et en fait, ils se sont rendus compte au fil des années
02:11 qu'il y avait des développements de pathologies de plus en plus importantes
02:15 dans les quelques kilomètres autour des usines pour les habitants de Fosse et de Porte de Bouc
02:21 et d'ailleurs, et donc ils se sont interrogés de la marche normale de l'industrie.
02:25 C'est la raison pour laquelle ils ont franchi les portes de notre cabinet d'avocats,
02:28 savoir si les sociétés émettaient dans le strict respect de la réglementation.
02:35 Et on s'est rendu compte que, bien non, en effet,
02:38 qu'il y avait des dépassements beaucoup trop importants,
02:41 qu'il y avait des incidents en répétition,
02:43 et donc qu'il y avait un risque sanitaire important pour leur santé
02:48 de vivre si près d'usines qui émettaient des pollutions extrêmement graves.
02:53 Alors Julie Andrieu, il y a des études, Julie Andrieu, avocate,
02:56 il y a des études locales qui ont été publiées ces dernières années
03:00 et qui ont dressé un constat alarmant notamment.
03:04 Exactement, c'est-à-dire qu'à la suite de l'étude notamment Fosse et Ptial,
03:08 mais il n'y a pas que celle-là, il y en a eu beaucoup d'autres,
03:10 ils se sont rendus compte que ce qu'ils subissaient,
03:13 donc vous me demandiez les nuages, les fumées, les odeurs,
03:15 des retombées dans leur jardin, eh bien ils étaient plus malades qu'ailleurs.
03:19 Ces études et notamment celle de Fosse et Ptial ont révélé,
03:23 eh bien malheureusement qu'il y avait deux fois plus de risques
03:27 de tomber malade à Fosse qu'ailleurs,
03:29 compte tenu justement de cette imprégnation de pollution dans l'atmosphère.
03:34 Donc oui, c'est toutes ces choses qui ont fait que les riverains
03:37 qui pensaient qu'il n'y avait pas de difficultés
03:39 et qu'il n'y aurait pas d'incidence puisqu'il y avait une marche normale de l'industrie,
03:42 se sont regroupés autour d'une association qui est l'ADPLJF
03:46 et ont franchi les portes de notre cabinet pour demander tout simplement
03:49 à ce que leur statut de victime soit reconnu
03:52 et que cette pollution hors norme cesse.
03:56 Qu'est-ce que les riverains que vous défendez
03:59 attendent ce matin de la cour d'appel d'Aix-en-Provence ?
04:04 Exactement, comme je viens de l'indiquer,
04:07 c'est que le statut de victime soit reconnu,
04:09 c'est-à-dire qu'on arrête de dire que ce sont tout simplement des sacrifiés
04:12 et qu'il faut accepter de vivre avec cette sur-imprégnation
04:16 de l'environnement aux polluants industriels,
04:18 mais qu'il faut se battre pour que l'environnement et que l'air soient plus sains.
04:22 Et donc aujourd'hui, tout ce qui a été inhalé, on ne va pas revenir en arrière.
04:25 Donc il faut demander des indemnisations pour que les industriels
04:28 assument les conséquences de leur non-acte,
04:31 de l'absence de leur action puisqu'ils ne se conforment pas aux prescriptions réglementaires.
04:37 Et il faut tout simplement lever l'impunité des industriels
04:41 qui trop longtemps a été malheureusement le quotidien de tous ces riverains.
04:47 Donc voilà la raison pour laquelle aujourd'hui ils se regroupent et ils se battent.
04:50 Des riverains qui ont rendez-vous ce matin avec vous
04:53 devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence.
04:55 Merci.