- il y a 2 ans
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00:00 7h46, vous avez la parole. Ce matin, on chausse les skis Théo, mais avec beaucoup de prudence.
00:05 Oui, car depuis quelques jours, les accidents se multiplient sur les pistes.
00:08 Les sauveteurs en montagne sont débordés, les hôpitaux surchargés en cause,
00:12 les conditions météo, une neige dure comme du béton de matin, de la souple après-midi,
00:16 à tel point qu'on se pose la question, faut-il garder les pistes ouvertes ?
00:20 Et on attend vos appels Mathieu.
00:22 Oui, allez-y maintenant, appelez-nous.
00:23 On vous pose notamment cette question, est-ce que vous mettez un casque si vous n'en mettiez pas avant ?
00:26 Est-ce que vous avez changé vos habitudes ?
00:28 Est-ce que vous avez aussi carrément renoncé à skier en raison de ces conditions météo ?
00:31 Et puis, si vous voulez nous partager quelques souvenirs de chutes,
00:35 et même d'expérience d'ailleurs, vous êtes blessé en montagne, comment ça s'est passé ?
00:38 Est-ce que ça s'est "bien passé" ?
00:41 Vous nous appelez au 04 76 46 45 45.
00:44 Et pour en parler, ce matin, notre invité Richard Langlois, bonjour.
00:48 Oui, bonjour.
00:49 Vous êtes médecin à Prapoutelle au Sept-Lots,
00:51 président en Rhône-Alpes de l'association Médecins de Montagne.
00:54 Merci d'être avec nous, alors que les vacances de février débutent demain soir.
00:58 Est-ce que vous craignez l'arrivée des Parisiens dans ce contexte ?
01:02 Alors, Médecins de Montagne, nous sommes des médecins généralistes,
01:07 nous sommes en front de neige, au pied des pistes,
01:10 et on accueille à la fois la médecine générale et les blessés des pistes l'hiver.
01:16 L'arrivée des Parisiens, enfin l'arrivée des vacanciers,
01:20 la flûte touristique, pour nous, on s'y prépare toute l'année.
01:24 Au sein de l'association Médecins de Montagne, depuis 70 ans,
01:27 on se forme, on s'entraîne.
01:29 Aujourd'hui, les Médecins de Montagne, on est une association de jeunes médecins,
01:33 la moyenne d'âge, elle est de 36 ans, avec des médecins dynamiques.
01:36 Donc, voilà, on a une certaine appétence pour les urgences et la traumatologie.
01:41 Et les vacances de février, c'est votre pic d'activité ?
01:44 C'est notre pic d'activité, sur l'échelle nationale.
01:50 Les accidents de ski, c'est une incidence qui diminue d'année en année,
01:55 mais quand on reste, on reste au-dessus de 100 000 blessés par an.
01:59 Alors, ça peut être des petites blessures, mais des blessures un peu plus importantes.
02:03 Donc, on travaille en équipe avec des infirmiers, des manipulateurs radio,
02:07 nous sommes des petits services d'urgence au pied des pistes.
02:10 Donc, on se prépare pour cette activité.
02:14 D'autant plus qu'on entendait, Richard Langlois, dans le journal tout à l'heure,
02:18 le responsable de la maison médicale de l'Alpe d'Huez,
02:21 qui accueillait, là, ces jours-ci, jusqu'à 100 personnes par jour.
02:24 Est-ce que vous, par exemple, au Cetlo, la dynamique est la même ?
02:29 Alors, moi, je suis à moindre altitude qu'à l'Alpe d'Huez,
02:32 donc j'ai une activité importante les week-ends de Grands Bouts en particulier.
02:39 Mais effectivement, on peut avoir un afflux massif de blessés
02:44 avec des coups de chaud à certains pics de la journée.
02:48 Alors, est-ce que ça dépend de la neige ?
02:50 Est-ce que ça dépend plutôt, moi, je pense, des pratiques ?
02:54 C'est-à-dire de l'affluence et puis, peut-être, des prises de risques,
03:00 de la fatigue et des protections.
03:03 Vous parliez du casque tout à l'heure, j'ai écouté votre introduction.
03:06 Effectivement, je crois que le casque est très important à porter.
03:10 Ça ne change pas tout, c'est surtout la vitesse
03:14 et puis l'adaptation des pratiques sur les pistes.
03:18 On va détailler tout cela dans un instant, si vous le voulez bien, Richard Langlin.
03:21 On file d'abord au Standard de France Bleu Isère, Mathieu.
03:23 Oui, vous pouvez passer, n'hésitez pas, c'est bienvenu d'ailleurs,
03:26 04-76-46-45-45, pour nous dire justement quelles sont vos habitudes.
03:30 Alors, juste avant d'accueillir Valérie,
03:31 je cite le commentaire de James sur la page Facebook qui nous dit
03:35 "N'étant pas de très bons skieurs", parce que vous posez la question
03:37 est-ce que vous avez changé vos habitudes ?
03:38 Vous avez renoncé peut-être ?
03:40 On a arrêté de skier il y a quelque temps parce qu'on prend de l'âge,
03:42 on s'est fait peur, tout le monde va trop vite à notre goût sur les pistes
03:45 et on ne voulait pas passer notre temps à surveiller ce qui arrivait derrière.
03:47 Donc, est-ce que vous avez ce sentiment aussi ?
03:49 Appelez-nous pour nous en parler.
03:50 On accueille Valérie qui nous appelle d'Annecy. Bonjour Valérie.
03:53 - Oui, bonjour.
03:54 Moi, je voulais vous dire de faire attention effectivement,
03:56 parce que comme on a un gros manque de neige,
03:59 la neige est fabriquée, elle est artificielle
04:01 et effectivement, elle est beaucoup plus dure.
04:04 Les flocons ne sont pas les mêmes que les flocons naturels.
04:07 Donc, il serait peut-être comme aussi juste de communiquer
04:09 qu'on vient à la montagne et pas que skier.
04:12 Si vous ne skiez pas,
04:13 eh bien la montagne est belle et il va falloir malheureusement s'adapter.
04:17 - Ça va être un cheminement obligatoire de se dire
04:20 peut-être qu'il faut aussi mettre le ski un peu de côté.
04:23 Ce ne sera plus l'activité numéro une pour vous ?
04:26 - Eh bien non. De toute façon, le rapport de la Cour des comptes
04:28 est sorti hier ou avant-hier.
04:29 Il est dramatique pour l'instruction de ski.
04:31 - Avant-hier, effectivement.
04:33 - On sait depuis 2011-2018,
04:35 avec les premiers rapports de la Cour des comptes,
04:37 qu'il faut s'adapter.
04:38 Malheureusement, on peut se rouler par terre et crier,
04:41 la neige ne tombera plus un jour.
04:43 Donc, c'est bien de skier, c'est agréable, c'est chouette.
04:45 Moi, j'en ai fait beaucoup, mais malheureusement, ça va s'arrêter.
04:48 Donc, on doit aujourd'hui penser différemment.
04:51 - Vous, Valérie, vous avez arrêté de faire du ski aujourd'hui ?
04:53 Ou ça vous arrive encore ?
04:55 - Moi, j'ai même enseigné.
04:56 Et aujourd'hui, je me dis que je ne peux plus cautionner
05:01 ce qui se passe en montagne éthiquement.
05:04 Donc, j'apprécie la montagne telle qu'elle est.
05:06 Et puis, finalement, le contemplatif, c'est gratuit.
05:10 Donc, allons-y.
05:11 - C'est presque un slogan.
05:13 - C'est une belle conclusion.
05:14 - Merci beaucoup, Valérie, pour votre passage.
05:16 A bientôt.
05:17 - Merci, au revoir.
05:18 - 04-76-46-45-45.
05:20 Comme Valérie, vous nous donnez votre avis,
05:21 que ce soit sur la pratique ou les changements,
05:23 et selon comment vous vous placez maintenant
05:25 par rapport à la pratique du ski en montagne ?
05:27 - Richard Langlois, je reviens vers vous,
05:28 médecin à Prapoutelle, au CETLO,
05:30 et président Renald de l'association Médecins de Montagne.
05:33 Alors, elle dit plusieurs choses, Valérie.
05:34 Elle nous dit d'abord, les conditions, la neige de culture,
05:38 rajoutent de la difficulté et rend les conditions plus compliquées.
05:41 Est-ce que ça, vous le constatez effectivement ?
05:43 Est-ce que c'est aussi l'impact des conditions météo ?
05:46 Vous, vous nous disiez, c'est plutôt secondaire
05:48 par rapport aux pratiques de ski qui ont évolué.
05:52 - La pratique du ski ou des sports de glisse,
05:56 c'est une pratique quand même de plein air,
05:59 en dépendant effectivement des conditions météo,
06:02 et c'est aussi aux pratiquants d'adapter leur vitesse
06:06 aux conditions de visibilité, de neige et de fréquentation.
06:11 - Le casque, vous le disiez, est-ce qu'il faut le rendre obligatoire ?
06:18 - Alors, j'ai l'impression quand même qu'il y a un changement de pratique
06:20 depuis 2-3 ans avec un port de casque qui s'est quasiment généralisé.
06:25 Moi, c'est ce que je vois dans la station.
06:27 - Et c'est une bonne chose ?
06:31 - Les protections et la préparation physique aussi.
06:33 - D'accord, c'est-à-dire la préparation physique,
06:35 les gens arrivent mieux préparés ?
06:37 - Oui, que les gens arrivent un peu mieux préparés au ski,
06:42 un peu plus musclés, un peu plus souples,
06:45 pour avoir des meilleures réactions au niveau du corps.
06:50 Il faut savoir que quand même, le gros problème,
06:52 vous me posiez la question de ma crainte des vacances,
06:54 c'est que l'hôpital est en tension, comme tout le monde le sait,
06:58 c'est sur tout le territoire, mais en particulier sur le bassin grenoblois,
07:01 les urgences sont surchargées,
07:03 il y a moins de lits de traumatologie pour accueillir nos patients.
07:07 Nous, on a des gros soucis, si vous voulez,
07:10 quand le peu de personnes qu'on a besoin d'hospitaliser,
07:13 c'est une bataille quotidienne pour pouvoir trouver une place quelque part.
07:17 Donc, on est très inquiets sur ce point-là.
07:19 - Parce qu'il manque effectivement des infirmières, par exemple,
07:22 à l'hôpital Sud à Grenoble, il y a 24 lits ouverts actuellement,
07:26 contre 60 il y a quelques années, par manque d'infirmières,
07:29 donc ça, ça se répercute chez vous ?
07:31 - Forcément, du coup, on hospitalise à peu près 4 à 5% des patients immédiatement,
07:38 pour soit faire des examens complémentaires,
07:41 comme des scanners ou des IRM,
07:43 ou une prise en charge chirurgicale urgente.
07:46 Et pour ça, il faut que non seulement les urgences soient en capacité de les accueillir,
07:52 et puis que derrière, le bloc opératoire,
07:54 adapté à l'état du patient, puisse le recevoir,
07:57 et derrière, les suites de blocs, il faut qu'ils soient pris en charge contre des services.
08:01 Alors actuel, à l'hôpital Sud, qui est un des plus gros centres de traumatologie du bassin,
08:07 ils ont 24 lits de traumatologie.
08:09 Avant Covid, ils étaient à 60 lits.
08:11 Donc, l'activité, le nombre de pratiquants n'a pas diminué,
08:15 et voilà, on est très inquiets.
08:17 Déjà, avant les vacances, on est saturés, on n'arrive pas à hospitaliser nos patients.
08:22 Donc, voilà, on s'inquiète beaucoup pour février.
08:26 - Ça veut dire concrètement, Richard Langlois,
08:29 ça veut dire que quand vous avez quelqu'un à opérer,
08:31 que vous appelez l'hôpital Sud, par exemple, à Grenoble ou le CHU,
08:35 on vous dit quoi ? On vous dit "il n'y a pas de place, il faut l'envoyer ailleurs" ?
08:38 - Oui, c'est-à-dire qu'on fait des pieds, des mains,
08:42 pour les faire recevoir par le service public.
08:44 Si ce n'est pas possible, alors on travaille en collaboration
08:48 avec le CHU, l'hôpital Sud en particulier,
08:51 et les cliniques privées du bassin grenoblois,
08:53 avec une plateforme numérique où on transfère nos images de radio qu'on fait en station,
08:58 pour que le patient aille au bon endroit,
09:01 pour se faire opérer au bon endroit, par la bonne personne, au bon moment.
09:05 Et quand ce n'est pas possible, du coup, il faut qu'on mute les patients sur d'autres villes.
09:09 Donc ça peut aller à Lyon, ça peut aller sur Saint-Etienne,
09:14 ils rentrent chez eux dans des conditions que nous on trouve risquées,
09:18 à la fois pour nos patients, et puis nous on prend des risques professionnels
09:23 à faire ce genre de choses.
09:24 - On avait effectivement dans le journal un témoignage aussi d'un médecin urgentiste
09:28 à l'Alpe d'Huez qui était un peu dans la même situation.
09:30 On retourne, je reviens vers vous François, Richard Langlois,
09:33 juste après un petit tour au Standard de France Bleu Isère.
09:36 - Exactement, on accueille Marc qui est à Alvar. Bonjour Marc !
09:39 - Oui, bonjour !
09:40 - Avec vous on va revenir sur la pratique du ski.
09:43 Justement, vous dites que c'est aussi dans les nouvelles pratiques et l'évolution
09:46 qu'on a des problèmes.
09:47 - Oui, alors je voulais intervenir sur deux points,
09:50 parce que le premier point c'est sur le rapport de la Cour des comptes
09:53 pour les stations de ski.
09:54 Hier on a entendu la présidente de Mountain Wilderness qui est intervenue,
09:59 qui sont des rois du mont Raphael.
10:02 Et je voulais dire qu'en fait, après avoir analysé un peu ce rapport,
10:06 il y a plein de choses qui sont fausses dedans, ou qui sont erronées,
10:10 et que DSF et les stations de ski ont voulu communiquer là-dessus.
10:14 - On a eu Marc, un représentant de l'Association Nationale des maires
10:19 de stations de montagne qui était avec nous hier en direct à 7h15.
10:25 On ne va pas forcément détailler tout cela,
10:28 mais je vous invite à aller voir sur France Bleu Isère sur ce sujet.
10:31 - Je voulais intervenir aussi sur la nouvelle pratique,
10:35 parce que ce qu'on constate dans nos stations de ski,
10:37 et notamment par rapport à l'après-Covid,
10:40 c'est qu'en fait on a une clientèle qui est complètement, on va dire,
10:43 très très loin du milieu de la montagne,
10:45 qui s'aventure sans matériel, et qui vont se lancer sur des pistes de ski,
10:51 après avoir monté souvent en ski de randonnée, en raquette ou en luge,
10:55 et qui vont prendre des risques très importants à la fois pour eux
10:59 et pour les gens qui fréquentent les domaines alpins.
11:02 Et c'est vrai qu'aujourd'hui, en ce moment, on a des neiges qui sont plutôt dures.
11:05 Alors il faut savoir aussi quand même que les damers arrivent
11:08 à ramener quand même pas mal de ces neiges, des neiges on va dire qui sont skiables,
11:13 mais qu'effectivement il y a des nouvelles pratiques,
11:15 et puis surtout d'une clientèle qui fréquente les massifs alpins,
11:19 qui est complètement inconsciente de tout ce milieu de montagne,
11:23 qui reste quand même un milieu dangereux,
11:25 et qu'il faut prendre avec beaucoup beaucoup de précautions.
11:28 Nous on a vu il y a une quinzaine de jours sur notre station,
11:31 des gens qui voulaient descendre d'une piste à 30% en luge,
11:35 avec des enfants, sans raquettes, sans rien du tout.
11:38 - Il faudrait refaire de la sensibilisation et de l'explication quoi.
11:41 - Voilà. Et puis je voudrais remercier quand même le cabinet de Praputel,
11:44 parce que heureusement qu'il est là,
11:46 parce que quand on voit la difficulté qu'on a à accueillir les blessés,
11:50 que ce soit sur Grenoble ou Chambéry,
11:53 heureusement qu'il reste des cabinets médicaux comme ça,
11:56 qui sont en charge des accidentés, souvent des accidents bénins,
12:00 mais qui resteraient des heures et des heures aux urgences à Grenoble.
12:04 C'est vrai que la diminution du nombre de lits
12:07 est aussi un gros problème pour accueillir les secours.
12:11 - Merci beaucoup Marc de votre passage, votre témoignage,
12:14 et puis de vos explications aussi. Merci et à bientôt.
12:17 - A bientôt. Au revoir.
12:19 - Et le message en tout cas est passé, j'imagine que ça vous touche,
12:22 Richard Langlois, médecin à Praputel, au 7 Lot,
12:25 président en Renalp de l'association Médecins de Montagne.
12:28 Merci d'avoir été notre invité ce matin. Je vous souhaite une belle journée
12:31 et puis de belles vacances de février tout de même. Bon courage.
12:34 - Merci à vous.
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