00:00 Les nouvelles têtes avec vous Mathilde Serrel, ce matin un rappeur qui a fait de l'île
00:05 d'Inkerck et Tourcoing son triangle d'or.
00:07 Ben PLG est dans le studio Portrait sonore.
00:11 La Voix du Nord, premier numéro, il est daté du mardi 5 septembre 1944, à la une et sur
00:16 trois colonnes, ce titre, la région du Nord est libre, nous voici pour les prémices.
00:21 Son héros, c'est son grand-père, rédacteur au quotidien La Voix du Nord, au départ il
00:27 voulait être comme lui, mais c'est le rap infini qui s'est imposé comme mode de récit
00:31 journalistique, même si sa carrière commence d'abord dans le foot.
00:35 Et oui, étudiant en fac de l'île, ça chante dans le studio, en fac de sport à l'île,
00:55 ancien gardien de l'USL Dunkerque, il a fallu que son coach le voit sur Netflix pour le
01:01 croire quand il lui disait qu'il faisait du rap.
01:02 Sale, sale, sale, sale, sale.
01:21 Ce commentaire encourageant de la rappeuse éjurée Chay ne lui donne pas la victoire,
01:25 mais un passeport pour la gloire, PLG comme son pseudo.
01:29 A l'origine, un hommage à la panenka de Zizou face à l'Italie en 2006 tirée pour
01:34 la beauté du geste.
01:35 C'est exactement ce qu'il fait après son élimination de Nouvelle École en sortant
01:39 ce son.
01:40 Une décennie s'est écoulée depuis ses premiers morceaux.
01:55 Merguez Frites, c'était le titre de ce premier recueil.
01:58 Travailleur social dans les prisons pour mineurs, maisons de retraite ou hôpitaux psychiatriques,
02:02 il a financé sa musique en aidant les autres et compte bien continuer à le faire dans
02:06 ses textes, maintenant qu'il en vit.
02:07 A 32 ans, il balance dans ses chansons qu'il n'a toujours pas réussi à rendre sa boxe
02:27 SFR, mais qu'il a enfin fini son premier album.
02:34 Après des dizaines et des dizaines de titres, ce sont ceux de « Dire je t'aime » qui
02:39 font aujourd'hui de lui la voix du Nord.
02:42 Ben PLG, bonjour !
02:44 - Incroyable !
02:45 - Alors, ça vous étonne encore quand vous réalisez que vous vivez de votre musique ?
02:49 - Non, ça ne m'étonne plus, je pense.
02:52 Parce que je suis un peu désenchanté de voir comment ça fonctionne.
02:56 Et puis je pense que j'arrive enfin à être fier de moi.
02:57 Donc je me dis que j'ai bien mérité quand même de prendre un petit smic.
03:01 - Vous ne parlez pas de moulas, vous, en même temps.
03:03 Vous parlez des difficultés de la classe ouvrière, etc.
03:06 Mais ce n'est pas sur ce mode-là.
03:08 - Je ne sais pas, j'ai du mal à me comparer aux autres parce qu'il n'y a personne que
03:13 j'ai envie de décrédibiliser.
03:15 Mais en tout cas, j'arrive à vivre ce que je vis maintenant en gardant la réalité
03:19 des gens que je croise quand je descends en bas de chez moi.
03:22 - Vous êtes dans la « schnorr connection » on pourrait l'appeler comme ça, entre
03:25 les instrus et tous les gens avec qui vous travaillez.
03:28 Vous avez mis un peu le rap, c'est vrai ?
03:30 - La schnorr connection ?
03:31 - Oui, je l'appellerais comme ça.
03:32 - Ecoutez, je vous la laisse.
03:33 - Vous me la laissez ?
03:34 - Oui, je vous la laisse.
03:35 - Vous avez mis le « schnorr » sur la carte du rap, quand même, concrètement.
03:39 - Je pense que depuis quelques temps, on est en train de le faire.
03:42 Il y a quand même d'autres artistes dans le rap gradueux.
03:45 Il y a presque 10 ans maintenant, ZKR, BK, Arstow, plein d'artistes super qui existent.
03:50 Mais en tout cas, si je peux permettre de faire rayonner ma région de naissance et
03:53 de cœur, j'en suis fier.
03:55 Et mon grand-père, comme vous l'avez si bien dit, en est fier aussi.
03:57 - Oui, vous faites du rap journalistique, vous diriez ça ?
03:59 - Euh non.
04:00 Je dirais que je fais du rap qui sort des tripés du cœur.
04:03 - Vous dites « je suis qu'un rappeur de plus, je raconte la rue, l'arrêt de bus,
04:07 la vodka et Red Bull ».
04:08 C'est pas que ça, quand même ?
04:10 - Non, mais ça c'est plus, à ce moment-là, quand je le raconte, des fois je peux me le
04:14 dire.
04:15 Je pense que c'est pour représenter le fait que des fois, on est en train de raconter
04:19 ce qu'on…
04:20 En fait, des fois, je me trouve super fort et puis des fois, je me trouve quelconque.
04:23 Mais je pense que c'est le parcours d'un être humain.
04:25 Et du coup, quand je dis ça, c'est vrai.
04:27 Au final, je suis qu'un rappeur de plus, comme il y en a plein sur Spotify.
04:30 Mais après, j'essaie de raconter ma réalité à moi et de la rendre singulière.
04:34 - Et en quoi vous considérez que c'est votre vrai premier album, alors que ça fait
04:38 dix ans que vous publiez des titres ?
04:40 - Parce que je pense que là, j'ai le sentiment d'avoir sorti un disque qui peut rester
04:47 dans le temps, qui peut rester…
04:49 Qui existe en tant qu'œuvre, en tout cas dans ma vie artistique.
04:54 Je pense que j'ai sorti une œuvre importante et du coup, c'est mon premier album.
04:58 - Vous rêvez d'être un Alain Souchon ?
05:01 - Non, je rêve de faire un morceau avec Alain Souchon.
05:05 - Je crois que vous aimez vraiment cette chanson-là, cette capacité-là, cette punchline qu'on
05:10 peut avoir dans « Full Sentimental ».
05:11 - Ça m'a marqué quand j'étais petit.
05:13 Je pense que c'est ma Madeleine de Proust un peu.
05:15 Il y avait le CD de l'Olympia d'Alain Souchon quand j'étais petit qui traînait
05:19 tout le temps.
05:20 Je ne sais plus en quelle année d'ailleurs, mais qui traînait tout le temps en bas.
05:22 C'est le truc que j'écoutais.
05:23 Du coup, je pense que c'est un des premiers chanteurs qui m'a marqué.
05:27 - Est-ce qu'il y a un côté travailleur social au fond dans la chanson, dans le métier
05:31 de rappeur ?
05:32 Vous qui avez travaillé dans les hôpitaux psychiatriques, les prisons pour mineurs et
05:37 qui avez cette fibre-là au départ.
05:39 Est-ce que c'est ça la fonction du rap et de la chanson aujourd'hui ?
05:42 - Je pense que c'est tellement large qu'on en donne la fonction qu'on veut.
05:46 Mais en tout cas, c'est vrai qu'il y a un vrai impact social.
05:48 En tout cas, je me rends compte, les retours que j'ai par la plupart des gens qui écoutent
05:52 ma musique, c'est qu'ils ont l'impression que je leur donne le droit de rêver, le droit
05:55 de se valoriser, le droit de penser qu'ils sont uniques eux aussi.
05:57 Et donc là, juste ça, je trouve que donner de la confiance et de l'amour aux gens, c'est
06:01 social.
06:02 - Et il fait beau dans la thèse, ça veut dire qu'on y reste aussi.
06:05 Il n'y a pas d'ailleurs forcément magique dans vos chansons.
06:08 - Moi, j'avais beaucoup cette expression en tête "aller chercher le bonheur ailleurs"
06:12 qui m'embêtait un peu des fois.
06:13 Je me disais "mais en fait, est-ce que le plus dur que d'aller chercher le bonheur ailleurs,
06:17 c'est pas de trouver le bonheur ici ?" Et du coup, c'est un peu le thème de mon projet,
06:20 je pense.
06:21 - Alors ce projet, justement, vous avez sujet libre, vous avez plus d'une minute pour le
06:25 défendre d'un PLJ à l'antenne.
06:26 - Je vais chanter, là ? - Oui, attention.
06:27 "Silhouette des ombres", c'est le titre que vous avez choisi sur ce nouveau disque.
06:31 - Pas du tout, c'est "Faut pas oublier de dire que je l'aime".
06:33 - Ah, vous venez de changer ? - Non, je n'ai pas changé, mais une petite
06:36 coquille, ça arrive.
06:37 - Allez-y.
06:38 - Il y a des problèmes, c'est les solutions.
06:44 Souvent l'évidence, c'est pas l'un seul issue.
06:46 Je peux voir les fantômes dans l'impollution.
06:48 PLJ marqué sur le capot dans la salissure.
06:51 Parait qu'on s'habitue, j'ai plus peur de l'altitude.
06:53 Ils m'ont dit "Tout est trop dur".
06:54 Le bac, l'envie, les factures.
06:55 De toute façon, soit je vais visiter le ciel ou bien je nourris la pâture.
06:58 Ça me fait grimacer comme quand j'étais petit, le yaourt nature.
07:01 La mélodie de la fracture, je suis à l'avant de la caisse.
07:03 Fier de mes copains, les mêmes à qui on disait "Tu sais pas quoi faire de tes deux
07:06 mains, regarde-nous bien".
07:07 Ils nous ont énervés, là, regarde-nous bien.
07:09 Y'a que des gars qui savent pas où se mettre, ça existe pas, les bons à rien.
07:12 Faut pas oublier de dire "Je t'aime".
07:17 Ça fait du bien de se laisser aller, c'est fini de se laisser faire.
07:20 J'ai toujours pas réussi à renvoyer ma box chez SFR, mais j'ai fini mon album.
07:24 Chacun ses qualités, sa manière de se dire qu'il cartonne.
07:26 Moi, je suis toujours avec mes potes et on finit notre album.
07:29 Bravo les gars, on cartonne.
07:30 Mamie est toujours sur le lit, à chaque fois c'est la même rengaine.
07:34 J'espère encore qu'elle réagisse.
07:36 Je lui fais un bisou sur le front, mais c'est pas si magique.
07:39 Comme si c'était Paris, comme si c'était une princesse, mais c'est pas si facile.
07:42 Papi me fait quatre bises sans sourire en m'appuyant l'épaule.
07:45 Ça veut dire merci d'être venu, ça veut dire merci pour tout.
07:51 Bravo, on va oublier de dire "Je t'aime".
Commentaires