00:00 Vous avez choisi France, Bleu et Rond, et France 3 Occitanie pour commencer ce mercredi.
00:04 Guillaume Rouland, nous sommes avec Sébastien Denaja, conseiller municipal d'opposition à Sète.
00:08 Et pas que conseiller régional, ancien député, aussi sous la mandature François Hollande,
00:14 enfin non ce n'était pas François Hollande à l'époque c'était Jean-Marc Ayrault le Premier ministre,
00:17 Manuel Valls derrière.
00:19 Aujourd'hui vous décidez de quitter votre fonction de conseiller municipal d'opposition à Sète.
00:24 Sébastien Denaja, c'est quoi ? C'est un gros coup de colère ? Un gros coup de ras-le-bol ? C'est quoi en fait ?
00:28 Je veux interpeller mes concitoyens, c'est sûr, à Sète c'est leur dire un truc simple,
00:32 on est des citoyens, libres, on n'est pas les sujets d'un baron.
00:35 Et vous savez le pouvoir, on a tendance à en abuser quand on reste trop longtemps dans son fauteuil.
00:40 Donc je pense qu'à Sète comme ailleurs, le problème de base c'est que quelqu'un qui occupe
00:44 depuis plus de 20 ans un mandat, il a tendance à finir par en abuser.
00:48 Le baron en l'occurrence, c'est pas la peine de tourner autour du pot,
00:52 il s'agit de François Commègne, maire de Sète, confortablement réélu,
00:55 il faut quand même le dire, en 2020 vous vous aviez fait tiquer avec Véronique Calueba,
01:00 avec qui vous formiez, j'en parle au passé, désormais ce tandem d'opposants à François Commègne,
01:05 en même temps il a été légitimement réélu.
01:07 - Oui, mais son pouvoir est légitime, il n'a pas été confortablement réélu,
01:11 il avait fait 47%, mais il y a un problème... - Au premier tour ?
01:14 - Non, non, au second tour. - Au second tour, pardon, autant pour moi alors.
01:17 - Oui, mais il y a un problème de base qui s'applique à Sète comme partout ailleurs,
01:20 il y a un problème démocratique.
01:22 En 82 on a réformé le système électoral municipal, c'était un progrès,
01:25 aujourd'hui c'est un problème, c'est une anomalie.
01:28 Vous faites 47% des voix, comme effectivement l'actuel maire de Sète,
01:31 vous êtes élu et vous avez d'entrée 50% des sièges et le reste.
01:35 Bref, aujourd'hui ce maire, il représente 25% des citoyens,
01:39 mais il a 75% des sièges, donc à la fin vous finissez par perdre un peu les repères,
01:44 et vous finissez par un peu...
01:46 crabouiller souvent votre opposition, mais c'est le système presque juridique qui le permet.
01:50 - Cela dit Sébastien Denagev, si vous quittez vos fonctions aujourd'hui,
01:53 c'est pas que parce que François Comeyne gouverne avec les outils réglementaires
02:00 et l'ego constitutionnel qu'on lui offre,
02:03 c'est parce que vous vous dites, parfois c'est allé ou c'est en train d'aller beaucoup trop loin.
02:08 - Oui, bon, moi je ne veux pas embêter vos auditeurs qui sont...
02:12 - Vous avez fait des déclarations dans les colonnes de Noix de Bourg-Camus,
02:14 - Oui, oui, mais je peux les assumer, voilà.
02:16 - Qui vont très loin quand même.
02:18 - En tout cas j'ai conscience aussi que je ne vais pas embêter vos auditeurs
02:20 à l'histoire de corne-cul.
02:21 Mais il ne faut pas s'habituer effectivement à ce que j'ai subi pendant 10 ans,
02:25 comme apparemment plein d'autres élus,
02:27 des intimidations, en répétition peut-être de sympathisants incontrôlés,
02:30 je ne dis pas qu'ils sont forts.
02:31 - Alors c'est quoi ces intimidations ?
02:32 - Bah écoutez, je les ai dites dans les colonnes de votre confrère Midi Libre,
02:36 c'est effectivement "on va te casser les deux genoux", "on va te crever".
02:39 Bon, on s'habitue à ces paroles.
02:41 Autrefois, à Sète, on a toujours eu le verbe haut, c'était peut-être le folklore.
02:44 Moi je dis qu'aujourd'hui on ne peut pas s'habituer à ce que, en tout cas moi,
02:47 depuis 10 ans, je fasse l'objet effectivement d'intimidations,
02:50 qui sont parfois les plus loins, mais je ne veux pas rentrer dans le détail,
02:52 ce n'est pas le sujet.
02:53 - Non mais je vais le dire à votre place si vous ne voulez pas le dire,
02:54 "on va te casser les genoux", "on va te crever", c'est quoi ?
02:57 C'est verbal, c'est écrit ?
02:58 - Non non, ça c'est verbal, oui.
02:59 - Ou alors vous croisez quelqu'un, un homme qui vous montre une photo de vous
03:03 en train de manger un sandwich, et il vous dit "on sait ce que tu fais,
03:07 on sait où tu es".
03:09 - Oui voilà, c'est l'air de rien, j'étais avec ma compagne,
03:11 d'ailleurs sur la photo en réalité je suis avec ma compagne,
03:13 on mange un sandwich, je lui dis "mais c'est quoi cette photo ?"
03:15 "Ah mais c'est pour que tu saches qu'on sait ce que tu fais où tu es",
03:17 c'est délirant même en réalité.
03:19 Ma compagne a été vitrifiée, et moi aussi je me suis dit "mais qu'est-ce que ça veut dire ?"
03:24 Vous voyez, on m'a dit "pourquoi tu n'as pas porté plainte ?"
03:26 Parce qu'aller porter plainte pour un truc comme ça,
03:28 ce n'est pas suffisamment effectivement grave,
03:30 mais ça participe de cette espèce d'ambiance quand même
03:32 qui n'est pas celle du sud de la France, mais plutôt celle du sud de l'Italie.
03:35 Ça n'est jamais allé plus loin.
03:37 - Vous dénoncez un système mafieux quelque part.
03:39 - Non, je n'emploie pas ces mots-là,
03:41 parce qu'effectivement là pour le coup ce serait diffamatoire,
03:43 et je ne dis pas en plus que ces sympathisants-là
03:45 ne se soient pas cru autorisés tout seuls à faire ça.
03:47 Je ne dis pas que derrière il y a la main du maire.
03:49 Mais il y a des gens qui sont dans la dérive aussi
03:52 de ce que doit être normalement le débat démocratique.
03:55 - Vous parlez quand même Sébastien Denaja, pardon de reprendre encore vos propos
03:58 dans "Midi Libre" en début de semaine,
03:59 vous dites des petites frappes au service d'un système quand même.
04:02 C'est bien votre...
04:04 - Oui, des gens, des sympathisants en tout cas,
04:07 au service, croient-ils, d'une cause.
04:10 Ils la défendent très mal.
04:11 En tout cas ce n'est pas en allant menacer un élu.
04:13 À l'époque, notamment quand ça a commencé, j'étais député,
04:16 de lui casser les deux genoux pour faire valoir sa cause.
04:19 En tout cas ça on ne doit pas le tolérer,
04:21 parce que l'avouance verbale, parfois effectivement,
04:23 ça débouche sur l'avouance physique.
04:24 - Bon, ça c'est, j'ai envie de dire, la partie un peu la plus spectaculaire,
04:27 mais vous dénoncez aussi, au-delà de ça,
04:30 une gestion particulière du pouvoir,
04:33 la gouvernance cétoise, vous parlez alors de gestion opaque,
04:37 de conseil municipaux à huis clos.
04:40 - Tous les conseils municipaux, depuis le Covid,
04:42 en réalité se déroulent dans les conditions du Covid,
04:44 c'est-à-dire que c'est dans une petite salle,
04:45 où il n'y a pas le public, il n'y a pas la presse,
04:46 elle est dans un couloir.
04:47 Bon voilà, ça ce n'est pas le monde normal de tenue d'un conseil municipal.
04:51 Normalement il y a le public, y compris la presse,
04:54 qui est dans la même salle.
04:55 Ce n'est pas grand-chose, mais c'est quand même le signe,
04:57 effectivement, d'une démocratie qui ne fonctionne pas bien.
05:00 L'opacité, elle est propre à Asset,
05:02 parce que je pense qu'elle est renforcée pour un certain nombre de raisons,
05:04 mais c'est le système aussi, aujourd'hui, qui le fait.
05:07 Le pouvoir, dans toutes les villes, et Asset en particulier,
05:10 en réalité, il n'est pas exercé au conseil municipal,
05:12 il est exercé dans les sociétés publiques locales,
05:14 celles qui gèrent l'aménagement, l'urbanisme, le foncier, les gros sous.
05:17 Mais là, il n'y a pas l'opposition.
05:19 Il y a un conseil d'administration,
05:21 où tout se décide sur des sujets très lourds,
05:23 un parking à 8 millions d'euros,
05:25 une zone d'aménagement concertée.
05:27 - C'est la place Aristide-Briand.
05:29 - Oui, mais la place Aristide-Briand, en réalité, c'est la ville,
05:31 mais les gens ne savent pas, en réalité,
05:33 c'est une société publique locale qui est derrière.
05:35 Et ça, nous, on n'a aucun moyen de contrôler
05:37 exactement ce qui s'y passe, etc.
05:39 Donc, c'est un sujet qui est renforcé, Asset, je pense,
05:42 par, justement, un comportement, à mon avis,
05:45 qui est vraiment, en plus, lui-même, à la dérive,
05:47 et puis parce que le système, il permet ça, aujourd'hui.
05:49 Ça, il faut le réformer.
05:51 - Alors, justement, vous proposez quoi ?
05:53 Parce que réformer le système, ça veut dire réformer le système électoral
05:56 dans son ensemble.
05:58 Vous vous dites, par exemple, la règle de la moitié des élus acquis,
06:01 déjà, à la liste, qui arrivent en tête au premier tour.
06:04 Il faut arrêter avec ça, parce que ça crée des majorités...
06:06 - Écrasantes.
06:08 - Écrasantes. - Le beau système, il faut être raisonnable.
06:10 Il faut des majorités qui puissent gouverner.
06:12 C'est normal, il faut de la stabilité.
06:14 - On voit bien ce que ça donne à l'Assemblée, en ce moment.
06:16 Je veux dire, vous avez été député, vous connaissez encore mieux
06:18 que quiconque, les parlementaires, mais une majorité,
06:20 à un moment donné, ils en font une pour gouverner, quand même.
06:22 - Évidemment, parce que sinon, regardez, c'est le 49-3.
06:24 Et ça, c'est jamais satisfaisant.
06:26 Mais pour revenir au système municipal,
06:28 moi, je pense qu'il faut l'aligner sur le système régional.
06:30 Ça veut dire que vous donnez à celui qui gagne,
06:32 non pas 50% des sièges, mais 25% des sièges.
06:35 Il pourra gouverner, et en même temps,
06:37 il sera quand même amené à respecter une opposition
06:39 qui respectera plus fidèlement ce qu'on dit les électeurs dans les urnes.
06:43 Parce que vous savez, il ne faut pas s'étonner qu'en ce moment,
06:45 les agriculteurs, ils finissent par mettre le feu
06:48 à des balleaux de paille dans les ronds-points.
06:50 - Je suis en collègue avec eux ce week-end.
06:52 Le problème, c'est le même, c'est un problème démocratique.
06:54 Parce qu'au niveau européen, on est dans une dérive technocratique.
06:57 Et en réalité, la démocratie, elle va mal à peu près à tous les échelons.
07:00 Au niveau municipal, derrière le vernis, patelin et tout,
07:03 ça ne fonctionne pas bien, je viens de l'expliquer.
07:05 Au niveau national, il n'y a qu'à regarder ce qui se passe à l'Assemblée nationale.
07:09 Le Premier Ministre, hier, il est obligé de faire un buzz,
07:12 ou une punchline toutes les secondes, pour espérer être entendu.
07:15 Et à Bruxelles, le citoyen, il n'est pas entendu.
07:18 Donc, je sais bien qu'aujourd'hui, le problème, c'est le plein d'essence,
07:21 c'est la facture de chauffage, etc.
07:23 Et on y est tous confrontés.
07:25 Mais la démocratie, elle est malade, et il faut que nous, les citoyens, on se réveille.
07:28 - À la région, la parole de l'opposant, elle est écoutée et entendue.
07:31 Je vous pose cette question, parce que vous restez conseiller régional,
07:33 vous êtes aux côtés de Carole Delga, vous l'assumez,
07:36 et vous avez tenu à conserver votre poste.
07:38 Mais est-ce qu'on écoute les opposants à la région aussi ?
07:41 - Non seulement à la région, on écoute les opposants, dans leur esprit.
07:44 Carole Delga, c'est quelqu'un qui fait en sorte que toutes nos séances,
07:47 elles soient tenues avec une haute exigence de respect de nos concitoyens.
07:50 Et puis nous, surtout, on fait aussi bien d'autres choses,
07:52 c'est écouter le citoyen plus directement, avec la démocratie participative à tous les étages.
07:57 Pour un certain nombre de budgets participatifs,
07:59 le nom même de la région, c'est les citoyens qui l'ont choisi.
08:01 Ça vous donne la marque, Carole Delga.
08:03 - Ça reste un symbole.
08:05 - C'est un symbole, non, mais il n'y a pas que ça.
08:06 Il y a des budgets participatifs dans à peu près toutes les politiques publiques qu'on fait.
08:09 Et Delga, voilà, Carole Delga, c'est quelqu'un qui, elle,
08:11 elle y est dans les ronds-points aux côtés des agriculteurs.
08:13 Donc la démocratie directe, elle est, voilà, c'est quelqu'un qui est les pieds sur terre.
08:17 - Deux questions rapidement pour terminer, Sébastien Denagella.
08:20 La première, ceux qui vont vous dire,
08:21 "C'est pas en pratiquant la politique de la chaise vide que vous allez faire avancer les choses."
08:24 Répondez-moi à ça.
08:25 - Alors, c'est pas une chaise vide, parce que je suis conseiller régional,
08:27 je suis président du conseil...
08:28 - Oui, mais en tout cas, au tout cas, à Sète, au conseil municipal.
08:31 - Oui, ben, je serai plus, effectivement, dans une...
08:33 acheté sur une chaise où je suis pas utile,
08:35 parce qu'en réalité, depuis dix ans,
08:36 même quand on fait une proposition constructive au maire de Sète,
08:38 il la retient pas.
08:39 Ça aussi, c'est un problème français.
08:41 C'est pas possible que, tout jamais, on retienne une seule proposition
08:44 d'un type de l'opposition qui, des fois, dit pas que des conneries.
08:47 Bon, voilà.
08:48 Et c'est pareil au niveau national.
08:49 J'ai été député, l'opposition, elle est systématiquement écrabouillée.
08:53 Alors, je dis pas qu'on va devenir des Scandinaves ou des Canadiens,
08:55 mais quand même.
08:56 - Et dernière chose, la prochaine échéance électorale, c'est 2026.
09:00 Vous vous inscrivez dans cette perspective ?
09:02 - Ah oui, ben, alors, 2026...
09:04 - À Sète, je parle.
09:05 - Mais 2026, moi, je serai, de toute façon,
09:08 conseiller régional encore, je serai un citoyen très engagé
09:11 pour qu'effectivement, il y ait un changement.
09:12 - De candidat, de nouveau, comme vous l'étiez en 2020 ?
09:14 - Mais je serai peut-être dernier d'une liste, ou premier, ou...
09:17 - Et pourquoi vous voulez y retourner ?
09:18 - Non, mais je serai engagé dans le combat municipal
09:21 pour qu'il y ait un changement d'air, et d'air, voyez, voilà.
09:24 On a besoin de respirer à Sète, la démocratie a besoin de respirer.
09:26 Et si je suis dernier d'une liste, ou même absent d'une liste,
09:29 je serai quand même engagé dans le combat à tracter dans les ronds-points.
09:33 - Merci Sébastien Denagey d'être venu dans le 6-9 ce matin.
09:36 - Merci à vous.
09:37 - A re-écouter sur notre site internet, francebleu.fr.
09:40 Il est 8h20, on va accueillir Roger Dupont.
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