00:00 -Il n'a jamais fait le coup de poing
00:01 dans la cour de l'école, mais il pratique la politique
00:04 comme un sport de combat, au point d'avoir déclenché
00:07 un des incidents de séance les plus marquants
00:10 du début de l'égislature.
00:12 Musique intrigante
00:14 ...
00:22 Bonjour, Aurélien Saint-Aul. -Bonjour.
00:24 -On a tous étudié les fables de La Fontaine
00:27 quand on était à l'école ou au collège,
00:29 mais il n'y a qu'un agrégé de lettres classique
00:32 pour transformer une fable en arme politique.
00:34 On va revoir votre prise de parole au nom de la France insoumise
00:38 pendant le projet de loi sur le pouvoir d'achat.
00:41 -On connaît la stratégie de l'extrême droite
00:43 qui agit comme la chauve-souris de la fable.
00:46 Dans le parti des oiseaux, elle montre ses ailes.
00:49 Dans le parti des fachos, elle montre son poil et l'intérêt.
00:52 Acclamations
00:54 Vous ne connaissez pas La Fontaine, peut-être ?
00:57 -Si, si.
00:58 -Vous ne connaissez pas La Fontaine. -Non, mais...
01:01 Acclamations
01:02 Non, s'il vous plaît.
01:03 Acclamations
01:06 -Je pense que vous vous comportez comme des zadistes
01:09 et que vous risquez de dégrader le mobilier national.
01:12 Acclamations
01:15 -S'il vous plaît.
01:16 -Je ne vous ai pas insulté, je vous ai caractérisé.
01:19 -On voit que votre prise de parole a mis en colère
01:22 vos collègues du Rassemblement national.
01:24 C'est assez étonnant.
01:25 Vous avez un ton calme, des mots posés.
01:28 On ne s'attend pas à ce que vous portiez des coups
01:30 aussi rudes que ceux-là.
01:32 Ca fait partie de vous ?
01:33 Vous aimez provoquer vos adversaires ?
01:35 -Non, je ne me suis jamais considéré
01:38 comme un provocateur.
01:39 En revanche, là, en l'occurrence,
01:41 je trouvais que c'était exact, c'était précis.
01:44 L'extrême droite est fachisante.
01:46 -Parti des fachos, zadistes,
01:49 puis assimiler le RN au parti des rats,
01:52 c'est quand même extrêmement violent.
01:55 Parfois, on peut se demander si vous n'êtes pas au bord
01:58 de franchir la ligne rouge.
01:59 -Je crois qu'en l'occurrence, le sujet de ce jour-là,
02:02 c'était l'hypocrisie du RN,
02:04 qui, d'un côté, parle de lutter contre l'islamisme, etc.
02:09 Et puis, moi, j'avais suivi, dans le débat présidentiel,
02:12 j'avais suivi en particulier les questions
02:14 sur la défense nationale, et j'avais lu le programme
02:17 de Marine Le Pen sur la défense nationale.
02:20 Il était question de renforcer les alliances
02:23 avec les Etats-Unis, le Qatar, les Emirats arabes unis.
02:25 C'était cette hypocrisie que je voulais pointer.
02:28 C'était amusant, c'était une référence à l'esprit,
02:31 mais j'imaginais pas du tout que ça provoquerait cette réaction.
02:34 -Quand on vous entend, comme ça, citer La Fontaine,
02:38 les mots sont une arme en politique ?
02:40 -Bien sûr, on est dans un débat public
02:42 qui est souvent un peu corseté,
02:44 où on a...
02:47 On cherche à se faire entendre.
02:49 Donc, si on peut piquer l'intérêt,
02:51 soit par la curiosité, le bon mot,
02:53 dans le débat public en France, en particulier,
02:56 on a un peu peur de...
02:58 On se cache un peu derrière son petit doigt,
03:00 on a un peu peur des mots.
03:02 En l'occurrence, dire "l'extrême droite",
03:04 ce sont des fachos, le mot est un peu familier,
03:07 mais il est rigoureux, il est juste,
03:09 du point de vue analytique, si vous me permettez.
03:12 -On va remonter le fil de votre histoire.
03:14 Vous expliquez qu'au collège,
03:16 vous étiez le souffre-douleur des autres,
03:18 le bon élève chahuté par le reste de la classe,
03:21 et que, à 13 ans, même si on manie bien les mots,
03:24 ça ne suffit pas pour se défendre.
03:26 Est-ce que c'est une période qui a laissé des traces en vous ?
03:29 -Est-ce que ça a laissé des traces ?
03:32 Je crois que ce qui reste en moi,
03:34 c'est une forme de compréhension et de bienveillance.
03:37 Je ne suis pas du parti des winners.
03:39 C'est quelque chose qui est très loin de moi.
03:41 J'ai eu la chance de pouvoir grandir,
03:44 d'être un adulte qui fait face, et c'est une bonne chose.
03:47 En revanche, je suis très sceptique
03:49 devant les gens qui croient qu'il y a des winners,
03:52 des gagnants, des perdants, des riens.
03:54 Tout ça me met...
03:55 Ca me met même pas mal à l'aise.
03:57 En réalité, je désapprouve totalement,
03:59 et c'est loin de ma culture.
04:01 -Vous avez eu un parcours scolaire brillant,
04:03 lauréat du concours général en version latine,
04:06 une classe prépa au lycée Louis-le-Grand à Paris.
04:09 Vous êtes agrégé de l'être classique.
04:11 Ca pourrait donner le sentiment que vous êtes issu
04:14 d'un milieu assez favorisé, ce qui n'est pas le cas.
04:17 Dans votre expérience de classe, j'ai vécu des moments de honte sociale.
04:21 Il faut chercher les racines de votre engagement politique ?
04:24 -En grande partie, oui.
04:25 J'ai grandi dans un milieu, disons, populaire,
04:28 pour faire un peu vite,
04:29 j'ai été confronté à l'inégalité, à la difficulté sociale.
04:34 Une des premières choses que j'ai dites à Jean-Luc Mélenchon,
04:38 quand je l'ai rencontré, j'étais tout jeune militant,
04:41 c'est que les gens ne se rendent pas compte
04:43 que quand on est pauvre, on a une charge mentale
04:46 pour acheter le prix le moins cher,
04:48 on calcule tout le temps, dès qu'on a une petite tuile,
04:51 tout part à volo.
04:52 Ce genre d'expérience, je l'ai vécue dans ma jeunesse,
04:55 dans mon enfance, j'ai vu ce que c'était,
04:58 j'ai été conscient des inégalités.
05:00 Il y a quelque chose d'important aussi,
05:02 c'est qu'en grandissant, je me suis rendu compte
05:05 que ceux qui dirigeaient n'étaient pas les meilleurs.
05:08 -Vos parents n'ont jamais été encartés dans un parti
05:11 ou membre d'un syndicat,
05:12 or, ils ont un fils qui est député
05:14 et un autre qui est responsable syndical
05:16 chez Force Ouvrière, on vous voit avec votre frère Mathieu Saint-Aoul.
05:20 Comment vous expliquez ça ?
05:22 -Je sais pas, alors il faudrait...
05:24 -Il y a quand même un terreau ?
05:26 -Oui, il y a un terreau d'éducation.
05:28 Je pense qu'on a une éducation qui nous rend disponibles
05:31 et surtout... -A l'engagement.
05:34 -A l'engagement, et puis on se sent concernés.
05:37 On pense qu'on a une certaine responsabilité
05:40 à ne pas laisser le monde tourner à l'envers,
05:42 comme il tourne à l'envers.
05:44 -Vous dites de votre frère, lui, c'est l'ouvrier,
05:47 moi, c'est l'intello, ça peut donner l'impression
05:49 que vous êtes de deux mondes séparés ?
05:52 -Non, on n'est pas deux mondes séparés,
05:54 mais on est très complémentaires.
05:56 Ce serait hypocrite de dire qu'on a le même parcours,
05:59 la même vie, etc. On est très proches.
06:01 Au contraire, je crois qu'on s'enrichit mutuellement
06:04 énormément, on garde...
06:06 Voilà, moi, j'ai un parcours académique,
06:08 mon frère, non, mais je lui ai, d'une certaine façon,
06:12 donné un point de vue sur ce monde-là,
06:14 de la même façon qu'il est en prise beaucoup plus directe
06:17 avec le monde du travail, je ne vais pas le cacher,
06:20 et il m'a appris beaucoup.
06:21 -Vous avez milité au parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon
06:24 en 2009 avec votre frère. Vous faites partie
06:27 de cette nouvelle génération de députés
06:29 de la France insoumise, qui est apparue en 2022 à l'Assemblée.
06:32 Je vous ai associé à cinq autres députés
06:35 de la France insoumise.
06:36 Vous avez sans doute une idée de pourquoi.
06:39 On voit sur la photo Damien Maudet, Arnaud Le Gall,
06:42 David Guiraut, Clémence Guettet et Anne Stambach-Terre-Noire.
06:45 -On a tous travaillé, soit pour des députés,
06:48 soit pour des groupes, des élus.
06:50 -Vous avez tous été collaborateurs parlementaires,
06:53 soit à l'Assemblée, soit au Parlement européen,
06:55 soit au groupe de la France insoumise.
06:58 Moi, ça me surprend un peu,
06:59 parce qu'LFI est souvent présenté comme le parti anti-système,
07:03 et là, ça donne l'impression que, finalement, LFI
07:06 est mise sur des professionnels de la politique,
07:09 mais pas loin d'être des professionnels de la politique.
07:12 C'est pas contradictoire ?
07:13 -Le paradoxe, c'est qu'il faut prendre le sujet
07:16 dans l'autre sens, je connais pas le détail de l'avis
07:19 de mes collègues et camarades,
07:21 mais pour ce qui me concerne,
07:22 je suis devenu assistant parlementaire
07:25 parce que j'étais militant, et pas l'inverse.
07:27 J'ai pas rejoint un parti politique
07:29 parce qu'il m'a donné à manger. -C'était pas pour faire carrière.
07:33 -On va s'attarder sur ce qui est sans doute
07:35 l'épisode le plus marquant de votre début de mandat.
07:38 C'était pendant le débat sur la réforme des retraites.
07:41 Vous êtes adressé à Olivier Dussopt
07:43 pour dénoncer l'augmentation du nombre de morts au travail.
07:47 -Vous ne pouvez pas arriver ici et me dire
07:49 que la suppression des CHSCT n'a eu aucun effet.
07:52 Ce sont 150 orphelins,
07:54 veuves, veuves en plus,
07:56 et vous avez la responsabilité de ces choix politiques.
07:59 Vous êtes un imposteur et un assassin.
08:01 Applaudissements.
08:03 -J'ai eu, il y a quelques instants, à ce micro,
08:06 des mots que l'émotion et l'emportement
08:09 m'ont fait mal choisir et qui sont déplacés.
08:13 Je souhaite évidemment les retirer
08:16 et adresser des excuses publiques au ministre.
08:19 Je me tiens à sa disposition pour avoir un échange plus personnel
08:22 et lui présenter à nouveau mes excuses.
08:25 -Vous qui maniez la langue française avec subtilité,
08:28 vous qui aimez les mots,
08:29 on l'a vu au début de l'émission,
08:31 vous qui aimez bien la finesse de cette langue française,
08:36 là, vous qualifiez un ministre d'assassinat.
08:38 Qu'est-ce qui s'est passé ?
08:40 -Les images sont assez claires.
08:42 Je suis en colère parce que dans la séquence qui précède,
08:45 j'évoque au sujet de la réforme des retraites
08:48 le fait que le risque d'accident mortel au travail
08:51 augmente de façon très explicite avec l'âge des salariés.
08:54 Je lui demande ce que vous avez prévu
08:56 pour les personnes qui vont rester au travail
08:59 et qui ont décidé de mourir.
09:01 Je lui dis que c'est d'autant plus grave
09:03 qu'ils ont, avec le gouvernement précédent,
09:05 supprimé les CHSCT, les comités hygiène et sécurité au travail,
09:09 et que le nombre des accidents mortels au travail
09:12 a déjà augmenté.
09:13 Il ne peut pas balayer ça d'un revers de la main.
09:16 Il me dit que mes chiffres sont faux, que je mens.
09:19 -Le mot "assassin", il sort comme ça.
09:21 -Non, il n'est pas du tout préparé.
09:23 Ce que j'ai à la main, c'est une fiche
09:25 sur laquelle il y a les chiffres exacts
09:28 du nombre de morts année après année au travail.
09:30 Le mot "assassin" était impropre
09:32 parce qu'évidemment, le ministre du Travail
09:35 n'est pas responsable directement de la mort des gens.
09:38 Par contre, il y a quelque chose qui est important
09:41 et qui est bien connu dans le débat public,
09:43 c'est la part de responsabilité des politiques.
09:46 On peut être responsable, mais pas coupable.
09:48 Dans le cas de M. Dussopt, évidemment,
09:51 il n'est pas coupable et il ne sera pas coupable
09:53 de la mort directement des personnes.
09:56 Par contre, quand on a des responsabilités,
09:58 il faut être capable de les regarder en face.
10:01 Si des gens meurent au travail
10:02 du fait de décisions politiques, il faut le voir.
10:05 -Qu'est-ce qui vous a poussé à présenter vos excuses
10:08 comme vous l'avez fait ? La séance a été interrompue.
10:11 Vous êtes revenu à la reprise pour présenter vos excuses.
10:15 -D'abord, je voulais pas que le débat s'éternise
10:17 sur cet aspect. Et puis, à titre personnel,
10:20 j'aime avoir des mots les plus exacts possibles.
10:23 "Assassin", ce n'était pas le mot le plus exact.
10:25 Donc, voilà. Après...
10:27 -Comment vous expliquez que ce soit très rare
10:29 de voir des hommes politiques s'excuser ?
10:32 -Parce que s'excuser, c'est...
10:35 Si la bonne foi caractérisait le débat public,
10:38 je pense qu'on hésiterait moins à s'excuser.
10:41 Le problème, si vous voulez...
10:43 -C'est pas aussi une question d'ego ?
10:45 -Non. Je crois pas qu'on soit tous bourrés d'un ego démesuré.
10:49 Je crois que, dans le débat public,
10:51 ce qui est aussi intéressant, c'est de voir qu'après ces excuses,
10:55 le ministre, lui, dit qu'il n'accepte pas mes excuses.
10:58 Ce qu'on ne verra pas, non plus,
11:00 c'est la façon dont il est sorti de l'hémicycle juste avant
11:03 en proférant des injures à mon égard.
11:05 Mais c'est pas grave.
11:06 Si on avait eu juste un échange de personne à personne...
11:10 -Vous l'invitiez à avoir cet échange,
11:12 il l'a jamais eu ? -Mais bon, écoutez,
11:14 c'est pas grave. J'ai pas d'obus.
11:16 Personne n'a envie d'être amié avec l'un ou l'autre.
11:19 C'est pas le sujet. Pourquoi on s'excuse pas ?
11:22 Parce que, d'une certaine façon, le risque qu'en face,
11:25 on abuse de votre excuse est très important.
11:27 -On va passer à notre quiz, à présent.
11:29 Vous allez devoir compléter les phrases que je vais vous proposer.
11:33 "Si Cyril Hanouna m'invite dans TPMP..."
11:36 -Ah bah... -Vous dites ça
11:37 parce que vous êtes en guerre contre Bolloré,
11:40 vous êtes en commission d'enquête... -Je suis pas en guerre,
11:43 mais si Cyril Hanouna m'invite dans une TPMP,
11:46 non, je dirais pas, en revanche,
11:48 qu'il viendra devant ma commission d'enquête.
11:51 -Vous êtes désespéré ? -C'est en réflexion.
11:53 Dans le cas de Cyril Hanouna, ce qui est intéressant,
11:56 c'est qu'il est la personne, ou ses programmes,
11:59 qui ont fait le plus souvent l'objet
12:01 de sanctions ou de rappels à l'ordre de l'ARCOM.
12:04 Je travaille sur ce sujet,
12:06 la façon dont les chaînes respectent ou pas leurs obligations,
12:09 et en particulier qu'elles sont contrôlées par l'ARCOM.
12:12 Je suis curieux de savoir ce que Cyril Hanouna a pu répondre
12:16 à l'ARCOM quand on lui a dit "Vous avez abusé", etc.
12:19 Peut-être qu'on l'auditionnera.
12:21 -Quand je sens monter la colère pendant un débat à l'Assemblée.
12:24 -Ah, quand je sens...
12:26 Euh...
12:27 L'expérience, si vous voulez, de l'assassin,
12:30 me fait dire que, oui, j'ai appris...
12:32 -A respirer un peu. -A respirer un peu
12:34 et aller boire frais, mais je crois que cette colère
12:37 est légitime, partagée par énormément de nos concitoyens.
12:41 Donc, elle doit pas faire dépasser les bornes,
12:43 mais elle doit pouvoir s'exprimer.
12:45 -Enfin, comme disait Plin le jeune...
12:48 Je teste votre maîtrise en...
12:50 Ce qui reste du latinisme que vous êtes.
12:54 -Je vais pas avoir de citations spécifiques
12:57 de Plin le jeune, c'est un peu...
12:59 C'est un peu spécifique.
13:01 J'aime bien, si on doit avoir une citation latine,
13:04 j'aime bien celle de Terrence.
13:06 "Je suis humain et rien de ce qui est humain ne m'est étranger."
13:10 C'est une bonne base pour fonder l'universalisme politique.
13:13 -Ce sera le mot de la fin.
13:15 Merci à vous, Aurélien Saint-Auuld, d'être venu.
13:18 SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
13:21 Générique
13:23 ...
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