00:00 trop longtemps à accompagner ses dérives.
00:02 Ce matin, Marie, vous recevez donc Catherine Moyon de Bac,
00:05 ancienne championne du lancé de marteau
00:08 et qui a été victime d'agressions sexuelles.
00:10 Bonjour et bienvenue à vous.
00:11 – Bonjour Catherine Moyon de Bac, merci beaucoup d'avoir été avec nous.
00:14 Donc Thomas le disait, c'est un rapport qui sort aujourd'hui,
00:16 un rapport à cas blancs, concrètement, dans lequel vous avez témoigné.
00:20 – Oui, d'abord je vous remercie pour votre invitation.
00:23 Je voudrais vous dire que pour ce rapport de la commission d'enquête
00:26 de l'Assemblée nationale sur les violences sexuelles
00:29 et autres violences et les défaillances des fédérations et des institutions,
00:33 il y a deux manières d'aborder ce rapport en réalité.
00:36 Soit sur un plan individuel, en niant le travail considérable
00:40 qui a été effectué et la réalité, donc une forme de discrédit
00:44 qui je crois n'est pas entendable aujourd'hui.
00:46 Et une autre façon de se dire, ce rapport a été un travail considérable
00:51 pendant des mois mais qui est attendu depuis des années,
00:55 en étant la première athlète de haut niveau à avoir brisé la loi du silence
00:58 et dénoncé cette violence et ouvert la voie à travers un combat historique
01:02 pour les autres, je considère qu'au contraire,
01:06 ce rapport de l'Assemblée nationale est une chance historique
01:10 pour que nous nous en servions tous ensemble comme un levier.
01:13 – Une vraie avancée, enfin.
01:14 – Oui mais ce n'est même pas une avancée, il faut changer ce paradigme,
01:18 il faut absolument faire en sorte que les violences s'arrêtent,
01:21 ce n'est pas hier, ce n'est pas demain, c'est ici et maintenant.
01:24 – Justement, vous avez témoigné dans ce rapport
01:26 puisque vous avez vous-même une histoire,
01:29 vous avez été championne d'athlétisme,
01:30 unique femme de votre fédération, d'équipe de France,
01:33 et en 91 vous subissez une agression sexuelle par plusieurs de vos coéquipiers,
01:37 racontez-nous votre histoire et on parlera ensuite de ce rapport.
01:41 – Oui effectivement, en 1991, lors d'un stage national,
01:44 j'ai été victime d'agressions sexuelles aggravées
01:46 de la part de plusieurs membres de l'équipe de France,
01:49 encouragés par l'entraîneur national,
01:51 et ma vie évidemment a volé en éclats à tous les niveaux,
01:54 mais en fait j'ai refusé de mourir, j'ai parlé pour ne pas mourir,
01:57 j'ai parlé pour que la vérité soit connue,
01:59 j'ai parlé pour que ces crimes et ces déris n'arrivent pas à d'autres,
02:02 et en fait ce qui s'est passé, c'est que malgré des décisions de justice,
02:05 parce que mes agresseurs ont été condamnés…
02:07 – Oui alors c'est ça qui est complètement…
02:08 parce que ce qui a suivi votre parole est complètement incroyable,
02:11 alors déjà on vous a dit "ma petite fille, vous êtes jeune, vous allez oublier",
02:15 concrètement ça c'est votre… – Vous êtes jeune et jolie, vous oublierez.
02:17 – C'est le président de votre fédération qui vous dit ça à ce moment-là ?
02:19 – Oui, et le directeur de l'INSEP également.
02:21 – Et malgré la condamnation de trois de vos agresseurs,
02:25 qui ont été condamnés, et je crois que ça fait jurisprudence,
02:27 c'est la première fois, vous êtes totalement rejeté par la fédération,
02:32 il y a même l'accès de l'INSEP qui vous est interdit.
02:34 – Oui absolument, en fait pour avoir dit la vérité et résisté,
02:37 j'ai été mis pendant 20 ans à l'écart,
02:39 mes agresseurs ont continué à participer aux Jeux Olympiques,
02:43 aux championnats du monde, aux championnats d'Europe,
02:45 comme si de rien n'était, alors que les victimes étaient priées de se taire,
02:48 or moi j'ai refusé de me taire parce que c'était trop grave en fait,
02:51 et j'ai subi pendant 20 ans, et encore aujourd'hui indiscrédible,
02:55 donc je vous remercie de m'inviter et de parler de mon histoire, de ce combat,
03:00 mais derrière moi il y a une armée d'athlètes, de victimes, de dirigeants,
03:04 d'hommes et de femmes, parce que nous sommes tous et toutes concernés
03:07 au sein de la société, pas simplement du sport,
03:09 et si vous voulez, c'est quand même difficile,
03:12 des pressions, des menaces de mort…
03:14 – Qu'est-ce qu'on vous disait par exemple ?
03:15 On vous disait "non, vous n'avez plus le droit d'entraîner,
03:18 comment ça s'est passé concrètement ?
03:19 – Si je résume, d'abord il m'a été reproché,
03:21 on m'a accusé d'avoir terni l'image du sport français
03:24 pour avoir dit la vérité et résisté, et puis c'est surtout dans les actes,
03:29 des pressions, des menaces, dont des menaces de mort,
03:31 je peux vous dire que les menaces de mort,
03:33 quand vous n'avez pas de garde du corps, ça fait très peur,
03:36 et quand vous êtes perdu déjà avec ce qui vous est arrivé,
03:38 parce que non seulement j'ai été victime d'agressions sexuelles aggravées
03:41 par les membres de l'équipe de France, mais ensuite j'ai subi un harcèlement moral
03:46 et des maltraitances institutionnalisées indiscrédibles
03:49 qui perdurent encore aujourd'hui, parce qu'au-delà de qui je suis aujourd'hui,
03:52 à travers tout ce que j'incarne, de mon histoire,
03:54 du combat historique que j'ai mené, mais c'est pour les autres,
03:57 c'est pour que ces crimes et ces délits n'arrivent pas à d'autres.
03:59 Je parle pour les athlètes, je parle pour les victimes.
04:02 – Vous n'avez jamais regretté d'avoir parlé ?
04:04 – Non, parce que j'étais authentique, j'étais pure,
04:08 et je pense que je le suis encore, et que c'était trop grave,
04:11 et que ce n'est pas possible.
04:13 Les principes éthiques, éducatifs, humanistes et environnementaux
04:19 de la charte olympique, du comité international olympique,
04:22 ces principes m'ont porté les valeurs de l'olympisme,
04:24 ça signifie quelque chose, et à l'aune des Jeux olympiques et paralympiques
04:28 d'été en France en 2024, c'est une chance incroyable,
04:32 c'est une possibilité de nous rassembler, de célébrer,
04:37 de contribuer à faire gagner les athlètes,
04:39 d'affirmer le rayonnement international de la France,
04:41 mais aussi de montrer que nous sommes là pour prévenir,
04:45 pour protéger, pour agir ensemble, et pas en opposition, mais en union.
04:52 – Comment vous expliquez encore aujourd'hui,
04:54 parce que votre histoire c'était en 1991,
04:56 en 2024 il y a encore une omerta énorme dans le monde du sport,
05:00 comment vous l'expliquez ça ? Pourquoi on ne parle pas dans le monde du sport ?
05:03 – D'abord je précise que ce n'est pas que le monde du sport,
05:06 parce que je pense que à tous les niveaux de la société, dans tous les domaines…
05:09 – Principalement le sport est quand même un bastion de silence,
05:15 comment on explique ça ?
05:16 – Oui, de silence je précise, de silence, de violence et d'indifférence,
05:20 oui parce qu'il y a de tels enjeux, il faut préserver l'image des champions,
05:24 mais encore une fois, un champion qui…
05:26 – Mais pas des championnes.
05:27 – Moins des championnes, même si nous espérons une évolution,
05:30 et que quand je vois tous les efforts qui sont faits pour faire avancer la situation,
05:34 pour mettre en valeur les femmes sportives, pour un certain nombre d'avancées,
05:39 c'est hallucinant qu'il faille tous ces efforts,
05:42 moi dans ce que je fais aujourd'hui, je suis confrontée…
05:44 – Oui parce qu'aujourd'hui vous êtes présidente de la commission de lutte
05:46 contre la violence sexuelle et la discrimination dans le sport
05:48 au Comité national olympique.
05:49 – Et sportif français, absolument, et par ailleurs ambassadrice
05:52 des valeurs de l'olympisme pour la France,
05:54 mais en fait je suis confrontée sans arrêt à des freins,
05:58 alors que tout le monde devrait me tendre la main
05:59 et me donner des moyens pour pouvoir mettre en action…
06:03 – Quels freins ? Qu'est-ce qu'on vous dit ?
06:05 – Les freins c'est un manque de moyens financiers,
06:10 c'est le fait que je n'ai toujours pas été reçu par le président du CNOSF,
06:14 le nouveau président depuis 7 mois, que finalement,
06:18 on fait des sourires, on veut bien que je sois là mais sans trop parler…
06:23 – Oui mais en fait la cause n'est pas importante, finalement,
06:26 c'est ce que vous ressentez vous.
06:27 – Oui c'est ce que je ressens, mais pas simplement moi,
06:29 tout le monde l'observe, et en même temps ce n'est pas une critique,
06:32 parce que je veux toujours être un plus, je veux être constructive,
06:35 je pense qu'il faut nous rassembler, que le sport français mérite mieux,
06:38 mais en même temps, je vais vous dire quelque chose,
06:41 à titre personnel, franchement,
06:44 cette commission d'enquête est une libération pour moi,
06:47 Dieu sait si cette audition a été éprouvante, mais elle était nécessaire,
06:52 et je pense que les membres de la commission,
06:54 la présidente et la rapporteure notamment, ont bien compris ce qui se passait,
06:58 mais franchement, j'ai eu le sentiment que pour la première fois
07:02 depuis toutes ces années, et je l'attendais avec une telle espérance,
07:05 je n'imagine même pas qu'elle pouvait arriver,
07:08 j'ai eu le sentiment que enfin, et ça n'est que le début,
07:12 tous ces gens malveillants qui ont voulu me faire disparaître,
07:14 parce que c'est la réalité et beaucoup sont encore au pouvoir aujourd'hui,
07:18 en fait, j'ai le sentiment que maintenant,
07:21 on ne peut plus occulter mon histoire, on ne peut plus minimiser ce que je suis,
07:26 et je veux affirmer justement l'incarnation de ce symbole dont tout le monde parle,
07:30 de cette résilience dont tout le monde parle, pas pour moi,
07:33 pour les autres, pour ensemble, les athlètes, les enfants, les adolescents,
07:36 les jeunes adultes, c'est sacré, nous devons les protéger,
07:39 nous devons prévenir, nous devons agir,
07:41 nous devons célébrer les valeurs de l'olapisme, c'est très important.
07:44 Merci beaucoup, merci pour votre message,
07:46 j'ai passé un message très fort,
07:48 merci beaucoup d'être venue Catherine Moyon de Bac,
07:51 et d'avoir témoigné ce matin, merci.
07:52 Voilà, merci beaucoup à vous.
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