00:00 - Il est 7h12 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le secrétaire général adjoint du syndicat des jeunes agriculteurs.
00:06 - Bonjour Quentin Leguillou ça. - Bonjour.
00:08 - Bienvenue sur Europe 1, les agriculteurs sont en colère, ils le font savoir, on ne parle que de vous ou presque depuis ce week-end.
00:13 Alors on va parler ensemble de la réunion à Matignon hier soir avec le Premier ministre, des actions des prochains jours aussi.
00:20 Mais d'abord une question sur cette crise agricole, ça vient d'où ? Quel est le déclencheur ?
00:25 Parce qu'il y a cette opération panneau retourné par exemple à l'entrée des villages et ça, ça dure depuis des mois, quant à Leguillou.
00:31 - Oui, oui, ça fait des mois que ça dure.
00:34 Déjà durant cet été, multiplication de crise agricole, des revenus, des rendements qui ont été vraiment pas du tout, je veux dire, au rendez-vous cette année.
00:44 Et grande culture, le monde vitit, en élevage aussi aujourd'hui. - Viticulture.
00:49 - Viticulture, le monde de l'élevage en ce moment qui est en pleine égo commerciale où on leur demande vraiment de raboter pour, on va dire, descendre l'inflation.
00:56 Sauf que malheureusement, il n'y a pas que eux dans le milieu de tout ça.
00:59 Donc vraiment une crise qui est ancrée là depuis un petit bout de temps et là en fait c'est les gouttes d'eau, voilà, on arrive au bout.
01:05 Là on est en pleine égo commerciale, c'est ce que je disais.
01:07 On a les normes en plus qui viennent de nous rajouter par dessus, on nous réannonce encore, on a eu le GNR à l'automne.
01:14 - Alors le GNR, c'est le rouge, c'est ce qu'on appelle.
01:17 - C'est ça, c'est le rouge, c'est ce qu'on met dans nos tracteurs.
01:20 - Donc c'est un carburant qui est moins taxé que celui qu'on met dans les voitures.
01:24 - C'est un carburant qui, on va dire, en partie, est taxé, on a une part de taxe dessus, qui est récupérable et qu'on peut en fait, dès le départ, on en paye au moment de l'achat.
01:33 Ensuite on a un système informatique, logiciel, on va dessus, on rend toute notre facture une à une, on peut aller rechercher une petite compensation.
01:41 - Et on vous rembourse une partie de cette TISP.
01:44 - C'est une simplification de tout ça. Pourquoi on ne nous la met pas directement au moment de l'achat, sous la facture ?
01:48 - Si j'ai bien compris, il y a à la fois des raisons ponctuelles, conjoncturelles, des histoires de prix de marché, de difficultés à précisément boucler les choses,
01:57 et puis il y a les problèmes aussi structurels. On entend beaucoup parler du poids, de cette surchauffe réglementaire, il y a trop de normes.
02:04 Je citais l'exemple par exemple des haies. Vous avez des haies sur votre exploitation.
02:08 Alors racontez-nous les haies, parce que c'est assez emblématique.
02:11 - Je ne sais pas ce qu'on a sur ce grand combat des haies. Moi personnellement, je suis agriculteur à l'ouest de Paris, j'ai 180 hectares.
02:19 - Vous êtes dans l'Eure et Loire.
02:21 - L'Eure et Loire, voilà, l'ouest de Paris, nord de l'Eure et Loire, 180 hectares, donc une exploitation on va dire au-dessus de la moyenne, certes.
02:28 Maintenant ce n'est pas une exploitation qui me permet de vivre indécinment.
02:31 - Par exemple, là vous en avez tout, vos comptes 2023, si je peux me permettre de vous poser la question.
02:36 - Je continue à me sortir 1500 euros par mois, mais il va falloir que je réfléchisse sur la continue, enfin voilà.
02:42 J'ai hâte d'être au mois de juillet pour la nouvelle moisson, parce qu'il va me falloir de la trésorer assez rapidement sur l'exploitation.
02:48 Moi j'ai des haies, j'ai 3,5 km de haies qui ont été plantées, donc des haies linéaires, j'en ai replanté 1,4 km l'année dernière.
02:55 - Bravo, parce que c'est ce qu'on vous a rejoint à faire. On vous dit, on vous encourage en fait.
02:59 - Maintenant je me pose des questions sur les avantages, en fait vraiment, et le bien de la haie.
03:05 Idéalement il faudrait mettre des haies quasiment tous les 20-30 mètres dans le champ et faire retourner à des micro-parcelles.
03:10 - Sauf qu'on n'a pas le droit de les tailler du 15 mars au 15 août, que si vous le faites, vous êtes exposé à des amendes.
03:16 - Tout à fait, aujourd'hui on ne peut pas entretenir les haies comme on veut.
03:20 - Alors on sait que c'est début juillet qu'il faudrait les tailler sur le bord des routes, il y a des questions de sécurité routière aussi, mais vous ne pouvez pas le faire.
03:27 - Non, alors sur le mois de juillet on peut dire "allez, c'est pas grave, c'est pas grave", mais peut-être que sur les reprises, etc.
03:33 Des fois, là aujourd'hui on nous dit 1er mars. 1er mars, vous avez vu en ce moment le temps et que c'est crabe qu'il fait,
03:40 donc on n'a pas le temps en ce moment et on ne peut pas aller dans les champs les tailler.
03:43 Idéalement il faudrait attendre un petit peu le début du printemps qu'ils reviennent pour essayer d'y aller au 15-20 mars, 1er avril.
03:49 On nous dit non, 1er mars. Donc on se retrouve avec du coup des agriculteurs qui se disent "on veut qu'on plante des, mais on est retenus par des obligations".
03:57 Donc qu'est-ce qu'on fait de tout ça ?
04:00 - Quant à le secrétaire général adjoint du syndicat Les Jeunes Agriculteurs, le mouvement il est parti d'Occitanie, donc sud-ouest,
04:07 et qui est à la fois la région la plus bio, mais aussi la plus pauvre de France en termes de revenus agricoles. Est-ce qu'il y a un lien entre les deux ?
04:15 - Oui, enfin aujourd'hui, oui, non, difficile à quantifier. Le bio aujourd'hui est en pleine crise.
04:21 Le bio, nous chez GIA, on met énormément en alerte le gouvernement et tout agriculteur qui veut se lancer en bio,
04:29 attention, il faut bien préparer et prévoir son dossier. Il faut être sûr que là où le jeûne va s'installer, il ait une structure qui va pouvoir lui prendre ses marchandises,
04:38 qu'elle soit structurée, il faut que ça soit suivi.
04:41 Le bio aujourd'hui, je vais prendre l'exemple sur les céréales, on m'achète 180€ la tonne, 180-190€ la tonne de blé conventionnel,
04:48 en bio on va être à 200-210.
04:50 - C'est mieux ?
04:51 - C'est mieux, mais on est très loin du compte. Il faudrait qu'ils vendent aujourd'hui les bio pour 250-300€, ils font 50% de rendement en moins.
04:57 Il faudrait quasiment fois deux sur le prix. Donc aujourd'hui ils n'en vivent pas. Et j'ai même des voisins qui ont vendu leur blé en tarifs conventionnels.
05:06 C'est parti en mélange conventionnel et c'est parti à l'export pour la fric parce qu'aujourd'hui on ne sait plus quoi faire de la marchandise bio.
05:11 - Oui, alors on entend beaucoup dire que le sujet central c'est les normes, sauf que quand on entend le micro aux agriculteurs qui sont sur les blocages,
05:19 sur les autoroutes, ils disent deux choses. Ils disent un, ils expriment une forme de méfiance à l'égard des syndicats agricoles, on ne va pas se mentir,
05:26 il y a une crise de représentation. Et puis ils disent aussi non, non, mais on est en train de mourir.
05:31 Nous, individuellement, ce sont nos revenus, et il y a ce chiffre ahurissant qui circule depuis hier, le revenu agricole moyen,
05:37 il a chuté de 40% en 30 ans, quand on parle en euros constants. 40% en 30 ans, c'est incroyable.
05:45 - C'est incroyable et ça fait peur. - Et on a pris 50% d'inflation depuis à peu près.
05:49 - Bien sûr, et je vais vous donner un chiffre, moi en Eurellois, on s'est mis en relation avec Mutualité sociale agricole, notre MSA,
05:56 notre casse sociale qui accompagne les agriculteurs, ils nous mettaient en alerte sur 10-15 agriculteurs l'année dernière
06:02 qui étaient en difficulté, qui étaient des dossiers à suivre, avec peut-être des risques à la tendance, on va dire, rose, noire, voire même suicide.
06:09 On est entre 120 et 150 dossiers, là, au 1er janvier. - Donc 10 fois plus.
06:15 - 10 fois plus, en l'espace de 6-8 mois. Le revenu est clairement, aujourd'hui, le principal sujet est clairement en fait une base de tout, c'est le revenu.
06:24 - Et vous allez en décoller dans l'urgence au Premier ministre qui dit des actes précis.
06:31 - Aujourd'hui, en fait, ce qui se passe, c'est qu'on nous prépare tout un tas de belles petites choses et de lois et de normes qui sont en train d'arriver,
06:38 qui sont en train de préparer, on va pouvoir parler de la planification écologique, qui veut que l'éco-phyto, qui veut qu'on réduise de 50% les phytos,
06:45 on est prêt à travailler sur tout ça. Sauf que pour travailler avec tout ça, déjà, il faudrait qu'on soit convenablement assis sur nos exploitations avec du revenu.
06:52 Une fois qu'on a du revenu, je sais pas, un agriculteur, aujourd'hui, d'où un agriculteur qui, vous l'utilisez 3 fois par jour parce que vous mangez matin, midi et soir,
07:00 d'où un agriculteur doit toucher moins de 1000€. C'est pas entendable, c'est pas possible. Si un agriculteur est capable de sortir 2500€,
07:06 parce qu'aujourd'hui c'est ce qu'il faut parler, entre 2000 et 2500€ minimum sur son exploitation, on est prêt à avancer sur des normes environnementales.
07:12 On est prêt à réduire, on est prêt à mieux faire. Mais pour ça, déjà, aujourd'hui, il faut qu'on voit au bout, il faut qu'on soit bien, avec de l'argent, avec du revenu,
07:20 et une vie sociale. Parce qu'aujourd'hui, quand il n'y a plus de revenu, la vie sociale s'effondre, ça va mal dans les foyers, et aujourd'hui, on arrive au pire sur les exploitations.
07:28 Merci d'être venu nous voir ce matin sur Europe 1 Quartier, avec Guillaume. Je rappelle que vous êtes le secrétaire général adjoint des jeunes agriculteurs.
07:34 Vous êtes sur une action aujourd'hui ?
07:37 Une action médiatique, on va dire, pour la journée. Oui, il y a des actions qui vont se préparer un petit peu autour de Paris.
07:43 Loise, le Loiret, qui se lancent en manif.
07:46 Merci beaucoup. Bonne journée à vous. Merci d'être venu sur Europe 1 Quartier.
Commentaires