00:00 -À 18 ans, quand vous prenez ça dans la gueule,
00:02 quand vous voyez votre mère qui ouvre le courrier
00:04 et qui voit ça, qui voit de la merde,
00:06 à ce moment-là, vous souffrez ?
00:08 Vous êtes... -Je souffre, je m'interroge.
00:11 Je me dis souvent qu'il faut avoir vraiment...
00:15 Il faut être psychiatriquement atteint
00:18 pour faire ce genre d'acte.
00:19 Non, en fait, ce qui m'interrogeait,
00:21 c'était Mme de Fontenay, à l'époque,
00:23 qui recevait cette vague d'un seul coup de fans de Miss France
00:27 qui envoyaient des lettres horribles,
00:29 en disant que les armes allaient parler.
00:31 Il y avait quand même des insultes et des menaces de mort.
00:34 Geneviève, je me souviens qu'elle voulait
00:37 convoquer l'AFP,
00:39 faire une conférence de presse pour me défendre.
00:42 -Pour dire "stop les insultes racistes".
00:44 -Je lui dis que je ne leur offrirai pas une tribune.
00:47 Ils n'existent pas.
00:48 À l'époque, il faut resituer les choses, dans les années 90,
00:51 ne serait-ce que l'extrême droite.
00:53 On en riait, les guignols en riaient constamment.
00:56 On tournait tout en dérision à cette époque-là.
00:59 Je lui dis que si je leur offrais une tribune,
01:01 ils existeraient, alors qu'ils n'y existaient pas.
01:04 -Sauf que Sonia vous dit qu'il faut rester vigilant,
01:07 car la parole discriminatoire s'installe de façon insidieuse
01:10 dans l'inconscient collectif.
01:12 C'était rigolo, on la tournait en dérision,
01:15 et c'est vrai, dans ces années-là, mais là, ça rigole plus,
01:18 parce que ce que vous dites, ça s'étend et ça s'étale.
01:21 Vous dites que la seule chance, c'est que la société
01:24 est de plus en plus métissée, et que les racistes
01:27 sont des racistes. -C'est une spécificité
01:29 sur laquelle on ne s'appuie pas.
01:31 La France est un des pays les plus métissés d'Europe,
01:35 et on n'en fait pas une force.
01:36 Après, les bas du front, que j'appelle les racistes,
01:40 je me dis que s'ils faisaient juste une prise de sang
01:43 et qu'ils regardaient leur ADN, ils auraient...
01:45 -Des surprises. -Oui, évidemment.
01:47 Mais comment répondre à ça ? Comment répondre à l'abject ?
01:51 -Mais que faire, alors ? -Que faire ? Le combattre.
01:54 Le combattre. Enfin, je veux dire, on est en France,
01:57 et je n'arrive pas à comprendre qu'il soit possible
02:00 qu'on s'imagine un jour qu'un pays comme le nôtre
02:03 puisse être dirigé par l'extrême droite.
02:05 Moi, c'est un truc qui me révolte.
02:08 Je me dis, mais il ne faut pas banaliser ça.
02:10 On ne peut pas banaliser ça,
02:12 après ce qu'a vécu ce pays.
02:16 C'est impossible. C'est insulter des générations
02:19 qui se sont battues pour la liberté de ce pays,
02:22 pour une union... Enfin, je veux dire,
02:24 je ne suis pas dans des discours politiques...
02:27 -Raphaël, qu'est-ce que... -Mais qui sont nécessaires.
02:30 Je fais partie d'une génération aussi
02:32 qui a vu l'extrême droite prendre le pouvoir
02:35 via les réseaux sociaux.
02:36 Et les médias donnaient cette place
02:39 qui a permis de banaliser, dans l'inconscient collectif,
02:42 cette possibilité qu'un jour, l'extrême droite
02:45 arriverait au pouvoir.
02:46 Et ça, je me dis, moi, j'ai vécu le Rwanda.
02:49 Le Rwanda, le génocide n'arrive pas par hasard,
02:52 un soir, comme ça.
02:53 30 ans, 40 ans de lavage de cerveau,
02:57 d'on pointe du doigt l'ennemi,
03:00 enfin, on crée un ennemi,
03:02 les Tutsis deviennent un ennemi, voilà.
03:04 Et donc, de façon insidieuse,
03:07 ça devient normal, en fait,
03:09 qu'on aille prendre une machette et tuer son voisin,
03:11 puisque le génocide du Rwanda, enfin, des Tutsis du Rwanda,
03:14 a quelque chose d'inédit,
03:16 c'est que c'est le premier génocide de proximité,
03:19 on a tué le voisin, on a poussé la population
03:21 à aller tuer l'autre.
03:23 Et là, on est en train de banaliser le fait
03:25 qu'on puisse insulter des musulmans,
03:28 des juifs, des homosexuels,
03:31 mais c'est devenu n'importe quoi, n'importe quoi.
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