- il y a 3 ans
Catégorie
🎥
Court métrageTranscription
00:00 Je suis François-Algis Godry, journaliste gastronomique,
00:03 et je vais sélectionner le meilleur menu gourmand de cinéma.
00:06 Ah ouais !
00:10 Alors, là on n'est pas vraiment...
00:14 Enfin, on est dans une scène où il y a de la dégustation,
00:16 mais de la dégustation sous haute tension.
00:19 Mélanie Laurent dans le rôle d'une juive qui se cache dans un restaurant à Paris,
00:25 dans une situation d'inconfort, ça se devine sur son visage.
00:28 Et lui, un peu sadique...
00:30 - Attendez la crème...
00:32 - Et puis tout ça, effectivement, avec cette tension
00:35 qui est l'attente de la crème fraîche pour surmonter cet apple strudel, en fait.
00:41 Parce qu'il s'agit d'un apple strudel.
00:42 L'apple strudel, c'est vraiment ce dessert à base de pommes.
00:45 Là aussi, on est dans une espèce de chausson aux pommes
00:48 qui serait plutôt originaire d'Europe centrale, côté Autriche,
00:52 et qui est aussi un grand totem de la cuisine juive, de la cuisine juive ashkénaze.
00:56 On trouve beaucoup d'ailleurs l'apple strudel dans les pays d'Europe de l'Est,
00:59 mais également à New York, partout où il y a une communauté ashkénaze.
01:02 Et c'est vrai que cet apple strudel, paradoxalement,
01:05 au-delà de l'atmosphère glaçante de cette scène, il fait très envie.
01:10 D'abord parce que Tarantino le filme en très gros plan.
01:13 Vous voyez là d'ailleurs, il est poudré de sucre glace.
01:16 Il y a cette généreuse crème fouettée qui fait très envie,
01:20 qu'ils attendaient impatiemment évidemment pour que la scène s'écourte,
01:24 et puis qui finit par arriver.
01:25 Par contre, il y a un truc qui est un peu curieux.
01:27 Je connais bien le sujet de l'apple strudel.
01:29 Là d'ailleurs, vous distinguez que c'est un apple strudel avec des raisins secs,
01:32 je n'avais pas vu.
01:33 En général, un apple strudel, il y a effectivement beaucoup de pommes
01:36 qui sont coupées en gros quartiers,
01:37 et puis vous avez souvent aussi de la cannelle évidemment et des raisins secs.
01:40 Mais ça, ce n'est pas tous les apple strudel.
01:42 En revanche, l'apple strudel, il est surtout fait avec une pâte brisée.
01:47 Et là en fait, il y a une pâte feuilletée.
01:50 Et je me dis, mais pourquoi c'est une pâte feuilletée ?
01:51 Parce que finalement, ce n'est pas la bonne pâte qui est utilisée d'habitude dans cette recette.
01:55 J'ai presque l'impression qu'ils ont choisi le feuilletage
01:59 parce qu'à un moment donné, au moment de la première découpe,
02:01 il y a une espèce de glissement
02:06 qui contribue vraiment à la montée de la tension de la scène en fait.
02:09 Et je pense que cet apple strudel, il est là paradoxalement pour apporter du plaisir,
02:14 mais il apporte surtout de la tension, et notamment par le bruit du feuilletage.
02:17 C'est acceptable.
02:19 Cervelle de singe en sorbet.
02:21 Ah bah oui, Indiana Jones, le fameux dessert.
02:24 Moi, quand j'étais jeune, je ne sais plus exactement quel âge j'avais quand le film est sorti,
02:28 j'étais absolument épouvanté.
02:30 Cervelle de singe, moi personnellement, je n'en ai jamais mangé, je n'en mangerai jamais,
02:33 mais c'est quand même un plat qui existe vraiment.
02:35 Alors pas en Inde, où se passe cette scène à la table du Maharaja,
02:39 et puis encore moins en sorbet.
02:40 Parce que là, on voit un sorbet, et je crois que pour la petite histoire,
02:43 ils ont utilisé d'ailleurs un sorbet de framboise.
02:45 Et du coup, il y a ce côté, effectivement, chair crue,
02:49 qui vraiment, vraiment a l'air dégoûtante.
02:52 Là, quand on voit notamment la cuillerée, la généreuse cuillerée que le Maharaja porte à sa bouche,
02:57 là, on distingue un peu ce côté abbas, chair crue, cervelle écrabouillée, c'est vraiment dégueulasse.
03:05 En revanche, il y a effectivement des pays où on mangeait vraiment jusqu'il y a peu de la cervelle,
03:10 notamment en Chine.
03:11 Je suis déjà allé dans un restaurant à Canton, où on m'a proposé de la cervelle de singe sauvage,
03:17 mais qui était préparée soit en bouillon, soit sautée dans un wok,
03:22 mais en aucun cas, évidemment, en dessert façon sorbet,
03:25 et encore moins en Inde d'ailleurs, parce que je crois qu'en Inde,
03:28 ils ne sont pas très friands de cervelle de singe.
03:31 Ah, la tarte à la pêche !
03:36 Évidemment.
03:38 Bon, là, on est un peu mélangé avec Ken Wisslet,
03:43 en train de prendre une leçon de baking à l'anglo-saxonne.
03:47 On est dans un rapprochement sensuel, voire légèrement érotique,
03:52 c'est un peu le basic instinct de la bouffe.
03:54 Moi, ce que j'aime bien aussi dans le baking à l'anglo-saxonne,
03:57 c'est-à-dire cette façon de mettre ses gros doigts dans la pâte,
04:00 d'y aller dans des proportions pas très précises, rien n'est pesé, tout est fait à l'œil.
04:04 Mais ça, c'est une façon de cuisiner anglo-saxonne qui donne en général de très bons résultats,
04:09 parce que c'est une cuisine de la générosité, de l'abondance, du sentiment.
04:13 Ce n'est pas la cuisine millimétrée, la pâtisserie des Français,
04:16 où tout est mesuré au gramme près.
04:18 Le baking à l'anglo-saxonne, c'est l'idée de mettre dans un seul saladier
04:21 des ingrédients comme ça, qu'on pèse à peine, le sucre, le beurre, la farine, boum boum.
04:26 Il y a toujours beaucoup d'ingrédients, il y a beaucoup de pâte,
04:29 et d'ailleurs, le résultat final, il est quand même consistant.
04:32 On a affaire à une tarte, ce n'est pas du tout notre tarte fino pomme.
04:37 D'ailleurs, là où notre macho, je ne le trouve pas méga crédible,
04:42 c'est la façon dont il a d'étaler la pâte.
04:44 Je trouve qu'il s'y prend vraiment comme un manche.
04:46 Là, quand on voit la scène où il étale, il abaisse la pâte,
04:51 on ne donne pas très cher du résultat.
04:53 Il y va en rapiéçant la pâte, c'est vraiment fait avec des moufles.
04:57 Au départ, ça commence mal, après ça s'arrange un peu.
04:59 Là, on sent d'ailleurs qu'il se sert du plat comme un emporte-pièce
05:03 qui va rendre quand même sa tourte un petit peu régulière,
05:06 mais on sent quand même que ça déborde un peu de partout,
05:08 beaucoup, beaucoup de fruits.
05:09 Là, on a carrément un salarié de pêche.
05:11 C'est un truc hallucinant, on ne sait même pas si les fruits vont tenir dans le récipient.
05:14 Et après, on sent que ça s'arrange, mais surtout, le miracle de cette recette,
05:18 c'est le résultat, et c'est cette espèce de time-lapse que vous avez dans le four,
05:22 qui montre la cuisson de la tarte, que je trouve totalement irrésistible,
05:28 avec la caramélisation de la pâte.
05:31 Voilà, alors là, regardez, quand vous regardez le truc,
05:34 pardon, mais vous avez même carrément des crevasses dans la pâte,
05:40 le fruit qui dépasse, il y a quelque chose de très, très rustique,
05:46 voire maladroit.
05:49 Alors, on sent qu'ensuite, il y a un styliste sur le plateau
05:53 qui s'est chargé quand même de la rendre un peu mieux,
05:55 parce que là, tout d'un coup, vous n'avez que de la pâte
05:57 et vous n'avez pas les crevasses qu'on voyait, qui laissaient transparaître la pêche.
06:00 Donc ça veut dire que là, il y a quand même un peu plus de sérieux culinaire
06:03 qu'au moment où la scène se déroule.
06:05 Ce qui compte finalement, c'est d'aller un peu là où nos sentiments
06:09 et nos inspirations nous mènent, et quand on fait en général une recette avec cœur,
06:14 elle a toujours quelque chose à nous dire en bouche.
06:16 Et là, c'est le cas, parce que très sincèrement,
06:18 moi, j'ai carrément envie de croquer dedans quand elle sort du four.
06:24 Ah, ben le chocolat, la salstrom, encore Juliette Binoche,
06:28 qui décidément est abonnée au film de gastronomie,
06:30 en face de Judi Dench dans le rôle de la grand-mère rochonne,
06:35 acariâtre, qui a besoin d'un petit remontant.
06:38 Et ce petit remontant, ça va être un chocolat chaud
06:40 que lui prépare dans un décor très salon de thé français.
06:46 Très belle casserole en cuivre, une cuillère en bois
06:48 qui permet de mélanger un chocolat chaud.
06:50 Un chocolat qui coule délicatement dans la tasse,
06:54 que j'ai tendance à trouver légèrement liquide.
06:56 Moi, je l'aurais imaginé un tout petit peu plus onctueux.
06:59 Et puis là, alors, surtout, un truc intéressant,
07:01 qui n'est pas du tout une habitude française,
07:03 c'est d'ajouter cette petite touche de piment.
07:05 D'ailleurs, la grand-mère, elle prend ça pour de la cannelle.
07:07 Juliette Binoche qui la corrige en lui disant "non, non, c'est du piment".
07:09 Et en fait, quand on y pense, c'est pas totalement absurde
07:11 de mettre du piment dans du chocolat,
07:13 parce que c'est la recette que pratiquaient les Aztèques
07:15 dans les années -500 avant Jésus-Christ.
07:18 C'était vraiment une tradition, un rituel
07:20 de mélanger du cacao cru,
07:22 de le piler dans un mortier avec du piment.
07:24 Ça donnait vraiment une boisson reconstituante,
07:27 très dynamisante.
07:28 Et donc, c'est assez étonnant de la retrouver là comme ça,
07:30 alors que le chocolat chaud au piment,
07:32 c'est pas vraiment un truc qu'on trouve en Europe,
07:34 ni en France d'ailleurs.
07:36 Ça, c'est plutôt une fantaisie ou une coquetterie du réalisateur.
07:40 Et puis ensuite, évidemment, de la crème fouettée
07:42 pour le réconfort de ce chocolat chaud.
07:44 Et c'est assez marrant de voir là encore
07:46 comment un chocolat chaud peut tout d'un coup
07:49 apporter du réconfort à quelqu'un
07:52 qui est un peu de mauvaise humeur
07:54 ou dans un mauvais jour.
07:55 Peut-être que c'est aussi lié au fait qu'on dit
07:57 que le chocolat est antidépresseur.
07:58 Et la crème fouettée
08:00 qui apporte beaucoup d'onctuosité en bouche.
08:02 Moi, j'ai déjà goûté des créations chocolatées au piment,
08:06 et c'est vraiment mariage d'amour.
08:08 C'est tout simplement mariage d'amour
08:09 parce que très souvent, quand vous prenez
08:11 deux ingrédients issus de la même zone géographique,
08:13 originaires de la même zone,
08:14 c'est le cas du cacao,
08:15 et du piment, qui sont tous les deux originaires
08:17 d'Amérique centrale.
08:18 En général, quand vous les associez,
08:20 il y a toutes les chances que ça se passe à peu près bien.
08:22 Et là, je trouve que dans cette tasse,
08:23 ils ont l'air de faire bon ménage.
08:26 Alors c'est marrant parce que c'est
08:31 le dessert qui me fait le plus envie.
08:33 Il n'est pas du tout à l'image de la qualité du film
08:37 parce qu'à la limite, c'est presque le film
08:39 que j'ai le moins envie de revoir.
08:40 Mais c'est cette tarte à la pêche.
08:42 Le côté paille à l'anglo-saxonne,
08:45 tourte bien généreuse,
08:46 avec un cœur de fruit bien confit,
08:48 une pâte caramélisée à l'extérieur.
08:50 J'avoue que là, c'est carrément dans cette tarte à la pêche
08:53 que j'ai envie de croquer.
08:55 Sous-titrage Société Radio-Canada
08:59 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org