00:00 Et on va aussi évoquer ce sujet avec votre invitée Boris Compin, vous recevez Virginie
00:04 Charot qui est nutritionniste à Tours.
00:06 Bonjour Virginie Charot.
00:08 Bonjour, bonjour tout le monde.
00:09 Concrètement, qu'est-ce qui a changé dans le Nutri-Score depuis le 1er janvier dernier ?
00:12 Ils sont peut-être un tout petit peu plus réalistes sur la teneur réelle, qualitative
00:18 des aliments.
00:19 C'est-à-dire que ce fameux Nutri-Score, qui est un code qui aide à juger l'aliment
00:25 dans sa qualité, il est un peu plus juste parce que la teneur en sucre, en gras notamment,
00:31 est mieux prise en compte.
00:32 Ce qui veut dire que peut-être on utilise mieux toute l'échelle de A à E pour les
00:37 produits.
00:38 Ça veut dire que c'était un faux ami avant ? Que c'était finalement pas si bon que ça
00:44 ?
00:45 Alors, ça permet quand même de donner des repères, mais je tiens à préciser parce
00:47 que c'est vraiment important, des repères de produits quand on les compare entre eux
00:51 dans la même catégorie.
00:53 Par exemple, si je vais dans la catégorie des céréales de petit-déjeuner, que je compare
00:57 les céréales de petit-déjeuner avec des céréales de petit-déjeuner et non pas comparer
01:01 les céréales de petit-déjeuner avec les yaourts par exemple.
01:03 Mais par catégorie de produits, ça donnait des repères.
01:06 Cependant, à mon niveau, je trouvais que c'était assez imprécis, c'était pas suffisant.
01:11 Mais pour bon nombre de consommateurs, c'était déjà un peu d'indication de se rendre compte
01:15 que ce produit-là est codé A, B ou C, D.
01:20 Mais là où il y avait quand même un peu de cacophonie, par exemple un produit qui
01:25 va être sucré, donc prenons les céréales de petit-déjeuner, à 20 ou 22%, donc ça
01:29 veut dire un quart, un cinquième, un quart du produit c'est que du sucre, ça pouvait
01:35 être codé A ou B.
01:37 Donc ce qui était un peu bizarre.
01:39 Sauf qu'aujourd'hui, avec les nouvelles règles du Nutri-Score, ce produit-là va être reclassé
01:44 plutôt en C ou en D.
01:45 - Vous savez s'il y a beaucoup d'aliments qui ont changé de catégorie depuis ce changement ?
01:50 - Alors, ils sont en train de changer de catégorie, c'est-à-dire que dans les logiciels, il y
01:55 a à peu près 30 à 40% des aliments qui ont changé de catégorie.
01:58 Mais le consommateur le verra petit à petit dans ses rayons, parce qu'il y a une mise
02:04 en application.
02:05 Vous vous doutez bien qu'il y a plein d'emballages qui ont déjà été imprimés en 2023 sur
02:08 des produits qui vont sortir en 2024.
02:09 - Oui, les industriels ont un délai de deux ans pour justement liquider les stocks avec
02:13 l'ancien Nutri-Score et imprimer de nouveaux emballages.
02:16 - Tout à fait.
02:17 Donc pour nous les consommateurs, ça va nous interpeller et en même temps, on va avoir
02:22 une période de deux ans où on va avoir deux genres de Nutri-Score mis en place.
02:26 Mais ce n'est pas grave, ce n'est pas ça le principal.
02:28 Parce que la santé et l'équilibre nutritionnel ne se fait pas sur une consommation.
02:32 Ça se fait sur plusieurs consommations et même sur l'échelle de notre vie.
02:37 Donc si pendant deux ans, on a consommé un produit qui était labellisé C et qu'en
02:43 fait c'était un E ou qui était B alors qu'en fait c'était un D, ce n'est pas gravissime
02:47 du tout.
02:48 Ce qui est intéressant avec ce Nutri-Score, c'est de s'interroger et de se poser des questions
02:51 sur ce qu'on consomme.
02:52 - Et ce Nutri-Score, il n'est pas obligatoire ? Est-ce que c'est quelque chose que vous
02:57 regrettez ?
02:58 - Un peu.
02:59 Alors ce Nutri-Score, il est facultatif effectivement à cause de la loi européenne.
03:04 Et en même temps, si on est malin, et c'est peut-être une astuce que je voudrais donner
03:08 aux conservateurs ce matin, on peut se dire qu'un industriel qui ne veut pas afficher
03:13 son Nutri-Score, ça nous met quand même un peu la puce à l'oreille, non ?
03:17 - Oui, on va en citer quelques-uns d'ailleurs.
03:19 Parce qu'on a par exemple Coca-Cola, Mars, Ferrero, Lactalis qui refusent le Nutri-Score.
03:26 Alors que pourtant c'est un élément qui pèse sur les ventes.
03:30 On sait que les aliments notés A et B se vendent davantage que les autres.
03:35 Est-ce que vous pensez qu'à un moment, justement, si le Nutri-Score est de plus en plus pris
03:39 en compte par les consommateurs, ça va en quelque sorte obliger les industriels à s'y
03:43 plier ?
03:44 - Oui, c'est déjà le cas.
03:45 C'est-à-dire qu'il y a beaucoup d'industriels qui sont honnêtes et sincères aussi par
03:49 rapport à la santé du consommateur et qui ont vraiment amélioré leur formule depuis
03:53 2015 que ce Nutri-Score existe.
03:55 Donc là, il y a vraiment eu de l'amélioration.
03:56 Et en même temps, ceux qui ne voudront pas le mettre, j'ai envie de vous dire, un Ferrero,
04:01 un Coca ou une Barmars, je crois qu'on n'a pas besoin de Nutri-Score pour savoir que
04:06 c'est un produit gras et sucré.
04:07 Donc tous les consommateurs le sauront.
04:10 Et on peut en manger.
04:11 On peut en manger en pleine conscience parce que manger un produit qui est mal coté, si
04:17 j'en mange pas souvent et en petite quantité, ça ne pose pas de problème sur la santé.
04:20 Simplement, quand même sur cet affichage obligatoire ou non, je pense que pour toutes
04:25 les marques moins connues ou sur des produits où on ne sait pas trop s'il est valable
04:29 ou pas valable, quand il ne sera pas affiché, on pourra se dire quand même que c'est peut-être
04:33 que ce n'est pas un produit très intéressant.
04:35 - Qu'un soda light, c'est meilleur qu'un soda classique ?
04:38 - Alors je suis un peu embêtée justement avec les édulcorants.
04:41 Et les édulcorants, donc le light, c'est des faux sucres.
04:44 Et ils sont mieux pris en compte avec le nouveau Nutri-Score.
04:47 Et en réalité, vous allez voir qu'ils n'ont pas des bons codes.
04:50 Donc un soda light occasionnel ou un soda classique occasionnel, je les mettrai un petit
04:56 peu dans le même rayon.
04:57 - D'accord.
04:58 Et pour finir, je suis sûr qu'il reste beaucoup d'idées reçues et beaucoup d'idées fausses
05:02 en matière de nutrition.
05:04 Vous en avez quelques-unes qui vous viennent ?
05:05 - Oui, justement, et peut-être en lien avec le Nutri-Score, il ne faudrait pas sous prétexte
05:10 qu'on cherche à manger sain, ne chercher à manger que des produits A, parce que ce
05:13 sera impossible.
05:14 Par exemple, le corps humain a besoin de manger de la matière grasse, on a besoin de manger
05:18 du gras.
05:19 Mais les graisses sont forcément codées un peu négativement, c'est-à-dire elles sont
05:24 entre B et E ou entre C et E.
05:26 Ça n'existe pas en A.
05:28 Donc ce que je ne voudrais pas, c'est que le Nutri-Score favorise ce qu'on appelle l'orthorexie,
05:33 c'est-à-dire le vouloir manger ultra-sain et culpabiliser dès qu'on mange un produit
05:39 qui aurait une notation moyenne.
05:42 Donc, cherchons à manger sain, c'est quand même mieux, globalement le plus souvent.
05:47 Et en même temps, si on mange un produit qui a une mauvaise cotation occasionnellement
05:52 en petite quantité, il n'y a aucun problème, parce que la nutrition est beaucoup plus
05:56 complexe que ça.
05:57 - Cette réaction vous suit, en fait, une bouteille d'huile d'olive entière, forcément c'est
06:02 très mal noté, mais si on en prend un tout petit peu pour faire cuire un aliment, c'est
06:07 possible.
06:08 - C'est exactement ça, et merci pour l'exemple.
06:10 Et si je peux me permettre, j'ai mis sur mon site internet un replay d'une vidéo sur le
06:14 régime méditerranéen, qui est disponible jusqu'au 12 février, autour de l'huile d'olive
06:20 justement, et de l'intéressanté que ça a d'en ajouter dans nos assiettes.
06:24 - Même si c'est plutôt mal noté.
06:26 - Même si c'est plutôt mal noté, voilà.
06:28 Donc c'est très intéressant, finalement ce Nutri-Score nous permet d'ouvrir le débat,
06:33 nous intéresser au sujet nutritionnel, mais on ne définit pas la qualité nutritionnelle
06:38 de nos assiettes par la qualité intrinsèque d'un aliment, puisque c'est aussi une affaire
06:44 d'association d'aliments, de fréquences de consommation et de portions mangées, bien
06:48 entendu.
06:49 On essaye de manger plus sain, mais si à un moment on dérive un petit peu, on n'en
06:53 fait pas une maladie.
06:54 Bonne conclusion, conclusion positive à cet entretien.
06:58 - Et si je peux ajouter un dernier mot, regardez les emballages peut-être quand vous êtes
07:02 aussi chez vous, tranquillement chez vous, parce qu'en magasin c'est souvent complexe,
07:07 on n'a pas le temps.
07:08 - Très bien, merci beaucoup Virginie Charreau, je rappelle que vous êtes nutritionniste
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