00:00 46, c'est une question comme chaque matin, si vous le pouviez, seriez-vous prêt à accueillir
00:03 chez vous un ou une sans domicile fixe pendant l'hiver ? C'est la question qu'on vous pose
00:07 ce matin, on va en parler avec notre invité dans un instant, je voudrais juste savoir
00:10 où on en est au niveau des résultats Guillaume, c'était sans appel tout à l'heure.
00:13 Oui alors question directe, question même un petit peu cash, vous répondez franchement
00:18 alors certes sous l'anonymat de votre souris ou de votre petit clic, mais vous répondez
00:24 non à 76%, je ne suis pas prêt, même si je le pouvais, à accueillir un ou une sans
00:30 domicile fixe à mon domicile pendant l'hiver et quand on va relire vos commentaires sur
00:34 la page Facebook, il y en a quelques-uns, vous pouvez d'ailleurs continuer même si
00:38 on attend surtout vos appels au standard de France Bleu Héro, vous dites que ce n'est
00:42 pas à vous, ce n'est pas à nous de régler le problème, mais c'est à l'État de faire
00:46 en sorte, comme l'avait promis, il faut le rappeler aussi en 2017 Emmanuel Macron, lors
00:50 de sa première campagne présidentielle, de faire en sorte qu'il n'y ait plus une seule
00:53 personne qui dorme dans la rue, c'est ce qu'il avait dit en 2017, je ne veux plus voir personne
00:57 dormir dans la rue avant la fin de l'année, malheureusement on attend toujours.
01:00 Une étude sur le sans-abri à Montpellier est sortie, Marion Lièvre est avec nous ce
01:05 matin, elle est maître de conférence à l'université de Bordeaux.
01:08 Depuis quelques mois, puisqu'il y a encore quelques mois, bonjour Marion Lièvre d'abord,
01:11 merci d'être venue nous rejoindre, vous étiez chercheur à la maison des sciences
01:15 de l'homme sud à l'université Paul-Valéry et c'est dans ce cadre là d'ailleurs que
01:20 vous aviez été sollicité pour, dans le cadre de cette Nuit de la Solidarité, mener
01:25 cette étude et donc mener notamment ce recensement.
01:29 Mais vous êtes toujours montpellierenne.
01:30 - Exactement.
01:31 - Ce qui nous permet de vous accueillir dans ce studio ce matin et on vous en remercie.
01:34 Donc Nuit de la Solidarité, au mois dernier, vous intervenez comme universitaire pour procéder
01:40 à une photographie, un recensement de ce qu'on appelle le sans-abrisme à Montpellier, c'est
01:46 ça ? - Exactement.
01:47 Alors l'enquête a eu lieu en mai 2023 et c'était la troisième édition pour la ville
01:52 de Montpellier, enfin la métropole de Montpellier et c'est une enquête qui prend cadre, qui
01:57 prend forme dans une dynamique nationale.
02:00 Donc c'est une enquête qui a lieu dans plus d'une trentaine de villes en France.
02:03 - Et vous avez publié vos résultats au mois de décembre dernier avec un chiffre très
02:09 précis.
02:10 En mai dernier, la ville, enfin la métropole de Montpellier, puisque cette étude vous
02:14 l'avez réalisée sur l'ensemble de la métropole, comptait au moins, disiez-vous, au moins,
02:20 2794 sans-abris.
02:23 2794, c'est un chiffre considérable quand même.
02:25 - Alors, exactement, oui, c'est un chiffre très important et je précise sans domicile.
02:32 C'est-à-dire que la catégorie de sans-domicile intègre...
02:35 - C'est très large, oui.
02:36 - Les personnes qui, la veille, étaient dans un hébergement d'urgence ou d'insertion,
02:41 ce que le sans-abri n'inclut pas.
02:45 - Oui, parce que vous recensez cette population-là qui n'est pas seulement la population qui
02:49 va, je dirais, dormir dans la rue, mais aussi celle qui dort en squat, en hébergement d'urgence
02:54 ou dans ce qu'on appelle les bidonvilles.
02:56 - Exactement, voilà.
02:57 - On en a beaucoup parlé pendant un moment avec un préfet de Leraud qui voulait démanteler
03:01 tous les bidonvilles de Montpellier et on se rend compte qu'au mois de mai dernier,
03:05 ce n'était pas le cas.
03:06 Il y en avait encore des gens qui dormaient en bidonville, beaucoup même.
03:08 - Oui, il y en a encore à peu près 600 personnes, je crois, qui vivent en...
03:13 Enfin, habitants, adultes et enfants compris.
03:16 Et en effet, beaucoup d'études montrent que les démantèlements ne changent pas beaucoup
03:22 la situation en termes de personnes et de nombre d'habitants des bidonvilles.
03:25 - Alors Marion Liève, comment vous avez procédé très concrètement pour recenser cette population-là ?
03:31 La nuit de la solidarité, en tout cas, vous a donné la possibilité et les outils pour le faire ?
03:36 - Alors, c'est une enquête qui repose principalement sur l'engagement bénévole, c'est-à-dire
03:42 que toutes les personnes qui passent les questionnaires, le square de l'enquête, sont bénévoles.
03:48 Donc du coup, voilà, ça repose sur l'engagement bénévole et sur la métropole qui a piloté
03:59 cette enquête sur Montpellier.
04:01 - Ça s'est passé un peu comme une maraude, en fait.
04:03 Vous êtes allé à la rencontre de ces personnes sans domicile fixe, dans la rue.
04:07 Certaines ont accepté de répondre, mais pas forcément toutes.
04:10 Certaines ont décidé de répondre.
04:12 - Alors, il ne s'agit pas vraiment d'une maraude, c'est important de le préciser.
04:16 - C'est un peu le même principe, on va dire.
04:17 - Voilà, c'est-à-dire qu'on va à la rencontre des personnes et on leur demande si elles
04:22 sont d'accord pour répondre au questionnaire.
04:25 Et en effet, sur les 267 adultes rencontrés, il y en a 123 qui ont donné leur consentement.
04:31 - Et les autres refusaient de répondre.
04:32 - Alors, 30 ont refusé.
04:34 30 autres n'étaient pas disponibles.
04:36 Soit ils dormaient, soit il y avait des tentes ou des campements qui n'étaient pas habités
04:42 à ce moment-là.
04:43 Donc voilà.
04:44 Et puis après, il y a eu pas mal de non-réponses aussi.
04:47 - Et parmi ceux qui refusaient, ils refusaient pourquoi ? Quelle explication ils vous offraient ?
04:52 - On n'a pas forcément de motif.
04:53 On n'a pas forcément de précision du refus.
04:56 Souvent, ce qui revient, c'est la critique de la prise en charge par l'État et les politiques publiques.
05:03 - Donc, 267 personnes rencontrées, me disiez-vous, qui vous a permis de faire une projection
05:08 ensuite entre ceux qui dorment dans la rue, ceux qui dorment dans les bidonvilles, ceux
05:12 qui dorment dans les accueils d'urgence.
05:13 Il y a quelques données quand même, on va éviter de donner trop de chiffres.
05:16 Ça donne quand même un petit peu une idée.
05:18 600 personnes à l'époque qui vivaient encore dans des bidonvilles, c'est ça ? Un peu plus
05:23 de 600, je crois.
05:24 Plus de 1000 personnes à ce moment-là accueillies en hébergement d'urgence et en été au mois de mai.
05:29 On peut imaginer que ces chiffres-là sont différents aujourd'hui avec l'hiver, non ?
05:34 - Complètement.
05:35 Plus 634 personnes aussi de mise à l'abri, c'est-à-dire en hôtel social.
05:38 Ce qui fait en gros plus de 1700 personnes prises en charge la veille, le soir de l'enquête.
05:45 Oui, complètement, avec un chiffre qui est potentiellement plus important aujourd'hui
05:49 en situation hivernale.
05:51 Plus de 600 personnes placées dans des hôtels à l'époque et 242 qui vivaient dans des squats.
05:55 Ce que vous appelez des squats, ce sont des logements vacants ou détériorés, inoccupés,
06:00 qui sont du coup occupés par ces personnes.
06:03 - Alors, vacants pas forcément, c'est-à-dire que c'est des lieux en tout cas qui sont occupés
06:07 sans droit ni titre.
06:08 - Oui.
06:09 Et alors ce qui est intéressant à travers votre recensement, c'est que c'était la troisième
06:12 édition de la nuit de solidarité, donc vous avez un peu de recul aussi par rapport à
06:16 des nuits de la solidarité précédentes.
06:18 Et comment les choses ont-elles évolué ?
06:20 Vous vous êtes rendu compte que finalement ça ne s'est pas arrangé du tout et que même
06:23 cette population-là était en augmentation ?
06:26 - Alors, les chiffres sont quand même assez stables alors que l'enquête n'a pas eu lieu
06:30 forcément tout le temps à la même période.
06:32 En 2019 c'était en mai, donc la même période, mais en 2022 l'enquête était en janvier,
06:36 donc en période hivernale.
06:37 Les chiffres sont assez similaires.
06:39 Après, il est difficile justement de comparer ces chiffres et il est difficile aussi de
06:46 s'en tenir à ces chiffres comme une représentation de la réalité.
06:51 On insiste vraiment sur le fait que c'est une photo, un instant T.
06:54 - En tout cas, ça ne diminue pas, ça c'est une évidence.
06:57 Et alors j'ai relevé quand même deux, trois choses dans vos conclusions.
07:01 D'abord le nombre de femmes qui...
07:03 Là en revanche, étant en haut, on peut dire de femmes seules qui vivent ou dans la rue
07:09 ou dans des hébergements d'urgence, ça c'est assez net.
07:12 - Complètement.
07:13 Et pour revenir sur le profil des personnes sans abri ou sans domicile, il y a des femmes
07:20 et aussi des familles.
07:21 C'est important aussi de prendre en compte la présence de famille.
07:24 - Ça c'est nouveau ou pas les familles ?
07:25 On va dire avec enfants ?
07:27 - Oui, voilà.
07:28 C'est en effet de plus en plus présent ces derniers temps, ces dernières années.
07:33 - Vous observez aussi que le nombre de personnes qui passent la nuit sous une tente a aussi
07:37 été en 2023, avait été multiplié par deux par rapport à 2022.
07:42 Deux fois plus de gens qui vivent sous une tente, y compris en hiver.
07:46 - Alors là l'enquête était en mai.
07:48 - C'était en mois de mai, mais dans ce qu'elles vous déclarent en tout cas, dans ce qu'elles vous disent.
07:52 - C'est là les limites encore une fois de cette enquête, c'est que c'est un instant T,
07:56 donc en fait on leur demande ce soir-là où est-ce qu'elles vivent, et on ne peut pas
07:59 savoir si c'est le cas toute l'année.
08:02 Alors il y a une question quand même qui permet de demander, est-ce que vous vivez là régulièrement ?
08:06 Et en effet, cette question-là permet de vérifier que oui, la tente,
08:10 enfin en tout cas quand ils ont déclaré habitude dans une tente, c'était le cas toute l'année.
08:15 - Il y en a aussi qui vivent dans leur voiture, dans une petite proportion.
08:18 - Ou dans des locales électriques d'immeubles aussi.
08:21 - Et alors, dernière chose Marion Lièvre, dans votre étude, j'ai cru comprendre aussi
08:27 qu'il y a une grande proportion de ces personnes qui disent être dans cette situation-là
08:33 depuis au moins cinq ans, c'est ça ?
08:35 - Oui, complètement.
08:36 - Ça veut dire qu'on s'est installé dans la précarité ?
08:39 - Complètement, et ça c'est quelque chose qui est très important, puisqu'il y a souvent
08:43 cette idée qui revient de personnes qui sont dans des processus de saisonnalité,
08:47 donc qui viennent, qui repartent, etc.
08:49 Ce qu'on voit c'est qu'il y a quand même une majorité de personnes qui sont là depuis longtemps.
08:55 - Et qui n'ont pas trouvé d'autres solutions que celle-là dans les cinq années qui ont précédé.
09:01 C'est peut-être le caractère le plus inquiétant des conclusions de votre enquête, non ?
09:06 - Oui, en effet, c'est un constat qui est fait par d'autres enquêtes au niveau national,
09:12 c'est pas quelque chose qui est nouveau.
09:15 - Pas spécifique à Montpellier ?
09:16 - Non, non, non, complètement.
09:17 Mais en effet, ça montre à quel point on est avec une population qui est là, ancrée,
09:22 et du coup ça donne aussi une autre manière, ça permet d'appréhender les politiques différemment.
09:29 - Merci Marion Liev d'être venue nous parler de votre étude et de votre recensement.
09:33 Je rappelle le chiffre, en mai dernier, 2794 personnes vivaient dans la rue ou dans des squats
09:39 sur la métropole de Montpellier.
09:40 C'est quand même un chiffre assez considérable, évidemment.
09:44 On pense à elle en cet hiver qui commence à être un petit peu rigoureux avec les températures qui baissent.
09:49 Merci à vous d'être venue ce matin nous en parler.
09:51 - Merci à vous, merci à vous, au revoir.
09:53 - Et notre question est toujours en ligne, si vous le pouviez,
09:55 seriez-vous prêt à accueillir chez vous un sandomye Silfix pendant l'hiver ?
09:58 Vous pouvez y répondre sur la page Facebook France Bleu Héro sur notre appli.
10:01 Vous retrouvez en tout cas cette interview sur Francebleu.fr.
10:04 Dans un instant les infos de 8h, juste après Véronique Samson.
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