Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 ans
Depuis plus de quatre siècles, l'art équestre, qui se transmet de génération en génération, contribue à l'excellence française et permet au pays de rayonner dans le monde.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00 (Générique)
00:29 (Générique)
00:34 -L'équitation de tradition française est inscrite
00:37 au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO depuis 2011.
00:40 Un savoir-faire unique, basé sur une relation complice
00:44 et fusionnelle avec le cheval.
00:46 La réquestre française se transmet d'écuyer en écuyer
00:49 depuis le XVIe siècle,
00:51 comme une petite flamme, un trésor à préserver.
00:54 Le célèbre cadre noir de Saumur est désormais le garant
00:58 de l'équitation de tradition française.
01:00 Nous allons vous dévoiler les secrets de dressage
01:03 de ces plus grands écuyers, aboutissement d'années de travail.
01:07 Vous découvrirez les légendaires chevaux sauteurs du cadre noir.
01:10 -Il faut que toutes ces années de formation restent un jeu
01:13 et qu'on cultive le jeu et l'envie.
01:16 Cette petite étincelle dans leurs yeux,
01:19 il faut que les chevaux aient le sourire aux lèvres.
01:22 -D'autres écuyers de renom font rayonner la réquestre française.
01:26 Le charismatique Barthabas est à sa manière un héritier
01:29 des grands maîtres de l'équitation, dont il applique les préceptes.
01:33 -La première qualité d'un bon écuyer, c'est l'écoute.
01:37 -Barthabas est également le créateur
01:40 de l'académie du spectacle équestre de Versailles,
01:43 où une douzaine d'écuyers font revivre
01:46 les somptueuses écuries du roi Soleil et leur manège réinventé.
01:50 Une troupe féminine qui symbolise la conquête du cheval par la femme,
01:55 des écuyers en Amazone du XIXe siècle,
01:57 à la surdouée Alizée Froment.
02:00 -On n'arrive pas à ces ententes-là, à ces écoutes,
02:05 parce que c'est tellement infime,
02:09 et ce lien-là est tellement fort que c'est des années de construction.
02:13 -Voyage au coeur des secrets et merveilles
02:15 de l'équitation de tradition française,
02:18 à la découverte de cette relation fabuleuse
02:21 qui nous unit depuis des siècles au cheval.
02:24 ...
02:26 -Je salue les téléspectateurs de la 1re et de la 2e chaîne
02:30 qui nous rejoignent ici pour un spectacle équestre
02:33 offert à la reine d'Angleterre,
02:34 les évolutions du cadre noir de Saumur.
02:37 -1972.
02:39 Le cadre noir de Saumur se produit à Paris
02:42 en l'honneur d'une fervente admiratrice,
02:44 la reine Elisabeth II.
02:46 -La reine salue le public qui l'acclame.
02:53 -Le colonel de Saint-André, écuyer en chef,
02:56 porte une culotte blanche, la tenue de rigueur
02:58 devant un chef d'Etat.
03:00 ...
03:05 La reine est impressionnée
03:06 par les spectaculaires chevaux cabrioleurs.
03:09 ...
03:14 32 ans plus tard, Elisabeth II demandera de nouveau
03:18 à admirer le cadre noir,
03:19 qui se déplacera spécialement pour elle à Paris.
03:23 ...
03:28 Musique de tension
03:31 -Mondialement renommé, le cadre noir est aujourd'hui
03:34 le garant de l'équitation de tradition française,
03:37 inscrite au patrimoine de l'UNESCO depuis 2011.
03:41 ...
03:58 Cette institution naît à Saumur en 1815,
04:02 au lendemain des guerres napoléoniennes.
04:04 La cavalerie française est décimée,
04:08 on manque cruellement de chevaux et d'officiers.
04:11 L'école d'instruction des troupes à cheval
04:15 est créée sur les bords de la Loire pour reconstituer la cavalerie.
04:18 C'est Louis XVIII qui l'ordonne.
04:22 Cette école est dotée d'un splendide manège,
04:26 et les écuyers du cadre noir en sont les enseignants.
04:29 ...
04:33 -Pourquoi le cadre noir ?
04:34 A l'époque, les uniformes étaient tous bleus,
04:37 pour des raisons obscures.
04:38 Les instructeurs d'équitation changent leur tenue
04:41 et l'assemblissent jusqu'à ce qu'elles soient noires.
04:44 C'est devenu le cadre noir, l'encadrement noir.
04:47 Les cadres qui faisaient la tactique sont restés le cadre bleu.
04:51 -L'époque de l'équitation savante, chère à Louis XIV, est révolue.
04:55 Au XIXe siècle, les écuyers du cadre noir
04:58 ont pour mission d'enseigner une façon de monter à cheval
05:02 plus facilement assimilable par les soldats.
05:05 -Tout le travail de ces principes équestres militaires
05:08 consiste à simplifier l'équitation
05:11 de manière à pouvoir instruire de jeunes recrues
05:13 et à avoir des chevaux qui ne font pas de la haute école
05:16 mais qui sont utiles sur les champs de bataille.
05:19 -Cette quête du style d'équitation le plus approprié
05:22 provoque des débats houleux, à une époque
05:25 où le cheval occupe une place centrale dans la société.
05:28 Deux célébrités s'opposent.
05:31 D'un côté, un écuyer de cirque, François Bauché.
05:35 De l'autre, le vicomte Antoine Cartier-Dor.
05:38 -L'équitation au début du cadre noir,
05:41 qui était techniquement plutôt proche de l'équitation de cour,
05:45 de la noblesse, s'est transformée au cours du XIXe siècle
05:49 en équitation d'extérieur, avec un chef de file, le comte Dor,
05:52 qui sautait des gros obstacles, qui a été écuyer en chef.
05:55 Et il a une équitation extrêmement instinctive et très énergique.
05:59 -Il s'oppose à lui assez rapidement, dans les années 1830-1840.
06:04 Un écuyer de cirque hors du commun, François Bauché,
06:07 qui prend une équitation très différente,
06:10 avec une approche rationnelle, quasiment scientifique,
06:13 considérant que l'équitation est une science exacte, quasiment.
06:18 -C'est la querelle des anciens et des modernes.
06:20 Tous les opposent.
06:22 Et à cette période, le mi-XIXe siècle,
06:25 les partisans de deux côtés s'enflamment.
06:27 Cette querelle devient médiatique et très importante.
06:31 -Bauchéristes et doristes
06:33 ferraillent par voie de presse.
06:35 Et le débat prend une tournure passionnelle.
06:38 L'écrivaine Georges Sand
06:40 est une fervente partisane de l'équitation classique du comte Dor,
06:44 comme d'autres intellectuels.
06:47 -Les doristes, comme on va les appeler,
06:49 sont par exemple Alexandre Dumas, plus tard Flaubert,
06:53 le duc de Nemours.
06:54 Les partisans d'une équitation plus moderne,
06:58 celle de Bauché, sont le duc d'Orléans,
07:01 Théophile Gautier, Lamartine, Delacroix,
07:03 qui vont prendre fait et cause pour des sujets éloignés
07:07 de leur centre d'intérêt,
07:08 car ils sont des hommes de lettre ou des hommes politiques.
07:12 -Le retentissement de la querelle en dit long
07:14 sur la place du cheval et de l'équitation
07:17 dans la France du XIXe siècle.
07:19 En 1845, la méthode de François Bauché
07:22 est interdite dans l'armée,
07:24 car on la juge destructrice pour les chevaux
07:26 lorsqu'elle est mal appliquée.
07:30 -Le comte d'Or, lui, est nommé écuyer en chef du cadre noir en 1847.
07:35 Un homme a considéré les deux méthodes sans passion,
07:38 le futur général Alexis Lotte.
07:40 Cavalier et militaire brillant, il est nommé écuyer en chef en 1864.
07:45 -Il exprime clairement dans ses ouvrages
07:49 que l'équitation d'Or, pour les militaires,
07:52 c'est une équitation d'extérieur.
07:54 Pour la haute école en manège, c'est l'équitation de Bauché.
07:58 -Le cadre noir a hérité de toutes ces méthodes.
08:01 Aujourd'hui, c'est l'Ecole nationale d'équitation.
08:05 Ce sont des gens qui ont un savoir et une pédagogie exceptionnelles.
08:10 C'est eux qui préservent l'équitation française
08:13 avec toutes ses facettes.
08:14 -Le cadre noir a déménagé dans les années 1970
08:21 pour s'installer à quelques kilomètres de Saumur, à Terrefort.
08:25 Musique de tension
08:27 Là, l'attendait un nouveau manège des écuyers,
08:30 version contemporaine et de très grande dimension.
08:34 Applaudissements
08:36 ...
08:38 Le colonel Patrick Tesserand est aujourd'hui
08:41 le 37e écuyer en chef du cadre noir,
08:44 aussi appelé "Grand Dieu".
08:46 -Il faut remettre ça dans un contexte de potache.
08:51 Les instructeurs d'équitation recevaient
08:54 des jeunes officiers qui arrivaient de Saint-Cyr.
08:57 Et là, les instructeurs d'équitation bénéficiaient
09:00 d'une aura exceptionnelle.
09:01 Et donc, c'était leur dieu, avec la reprise des dieux.
09:05 Et à la tête de la reprise des dieux, il y avait le Grand Dieu.
09:09 Voilà pourquoi l'écuyer en chef est appelé "Grand Dieu".
09:12 -Le prestige lié à la fonction d'écuyer en chef du cadre noir
09:15 est immense, et tout un cérémonial y est attaché.
09:18 Lors des galas du cadre noir,
09:21 le cheval de l'écuyer en chef est le seul à évoluer
09:24 au pas d'école, ses antérieurs venant se poser
09:28 loin devant lui avec élégance et délicatesse.
09:31 Musique de la foule
09:34 L'écuyer en chef mène la très traditionnelle reprise des dieux.
09:39 Son but était au XIXe siècle de démontrer la maestria
09:43 des écuyers professeurs de l'armée française.
09:46 ...
09:49 Musique de la foule
09:54 C'est aussi l'écuyer en chef qui dirige la reprise des sauteurs,
09:58 véritable symbole du cadre noir.
10:00 ...
10:03 Les sauts d'école sont au nombre de trois.
10:05 La courbette.
10:08 ...
10:10 La croupade.
10:12 Et le plus technique et difficile à obtenir de ces trois sauts,
10:17 la cabriole.
10:18 ...
10:21 Les sauts d'école n'étaient pas employés sur les champs de bataille,
10:25 mais pour l'éducation des cavaliers.
10:27 -C'était utilisé pour développer la tenue, l'assiette des cavaliers.
10:32 De façon à ce que les cavaliers n'aient pas d'appréhension
10:36 à ce que le cheval se dresse ou fasse une rouade ou des bons.
10:40 C'est pour ça qu'on a gardé les sauts d'école.
10:43 -Voilà, bien.
10:44 S'occuper.
10:46 -Le travail des sauteurs relève du maître de manège,
10:49 Gildas Flaman.
10:50 Nous avons le privilège d'assister à ce qui n'est d'habitude
10:54 jamais public, l'entraînement des jeunes chevaux.
10:57 Les élèves sauteurs sont fine gants
11:00 et antivirus.
11:02 La musculature de ces sauteurs est sculptée par le travail.
11:07 Et pourtant, ils n'ont pas encore fait leur début
11:10 dans le célèbre gala du cadre noir.
11:13 Leur éducation est en cours et demande des années.
11:16 -Il va intégrer la grande reprise, dans le meilleur des cas,
11:20 fin d'année de 8 ans ou début d'année de 9 ans.
11:23 Sinon, ça peut être 10 ans, 11 ans.
11:25 Donc, en fait, c'est entre 4 ans et 6 ans de travail
11:30 pour obtenir ça.
11:31 Hop, hop, hop !
11:34 On dresse toujours les chevaux à la main
11:37 et ensuite, on fait le lien avec le cavalier
11:41 qui est sur le dos du cheval.
11:43 Donc, ça commence d'abord avec quelqu'un à pied,
11:46 souvent le maître de manège ou son adjoint,
11:49 et puis, ensuite, petit à petit, on arrive à s'éloigner,
11:52 les chevaux et les cavaliers prennent de l'autonomie.
11:55 Quand tu veux, derrière.
11:57 Hop !
11:58 C'est pas grave. Encore une fois.
12:00 Ah !
12:04 Bien, Benoît ! Très bien.
12:06 C'est brave.
12:07 -L'adhésion du cheval est impérative pour faire un bon sauteur,
12:11 en plus de certaines qualités physiques.
12:14 -La 1re qualité, c'est l'énergie, puis l'envie de faire
12:18 ce qu'on leur demande de faire.
12:19 S'ils n'ont pas envie de le faire, on ne va pas les forcer.
12:23 Il faut que toutes ces années de formation restent un jeu
12:26 et qu'on cultive le jeu et l'envie,
12:29 cette petite étincelle dans leurs yeux.
12:32 Il faut que les chevaux aient le sourire aux lèvres.
12:34 Baisse-le un peu.
12:36 -Malgré des années de patience et tout le talent des écuyers,
12:41 les sauteurs les plus doués restent des perles rares,
12:44 surtout les cabrioleurs.
12:46 Musique douce
12:48 ...
12:56 -Un bon cabrioleur, c'est compliqué à trouver,
12:59 car il faut de l'équilibre, beaucoup d'énergie, de sang,
13:02 mais il faut qu'ils aient de la force, de monter là-haut
13:05 et de pouvoir s'ouvrir pour détacher la cabriole
13:09 au moment où ils sont au point le plus haut.
13:12 Et ça, c'est compliqué à trouver.
13:14 J'en ai eu un, il y a des années, qui est parti en retraite l'année dernière,
13:18 qui sautait à 2 m de haut.
13:20 Il s'appelle Monet of Martrette.
13:22 Il est toujours en vie.
13:24 Il est à la retraite en Bretagne,
13:26 chez une dame charmante qui prend soin de lui.
13:29 Il est super heureux.
13:30 Celui-là, on l'appelait Flying Monet, mais parce qu'il volait.
13:35 ...
13:50 -La discipline des longues reines consiste à évoluer,
13:54 non pas sur, mais derrière son cheval.
13:57 Elle a été créée en Italie à la fin du XVIIIe siècle
14:01 dans le but d'éduquer les jeunes chevaux.
14:03 Laurence Sautet, l'une des 3 écuyerres du cadre noir,
14:07 entraîne Falco, un cheval lusitanien de 8 ans.
14:10 Ce duo est formé depuis 3 ans, mais la route est encore longue
14:14 avant que le beau gris puisse un jour intégrer le gala du cadre noir.
14:19 -On va attaquer le travail plus poussé au niveau musculaire,
14:22 mais aussi au niveau psychologique.
14:25 Le cheval doit se discipliner un peu.
14:28 Il doit apprendre à écouter.
14:30 Hop ! Galop !
14:32 -La voix est le principal moyen de communication
14:35 entre l'écuyerre et le cheval.
14:37 L'animal doit saisir les mots et intonations
14:40 de l'être humain qui marche à ses côtés.
14:43 -Falco.
14:44 ...
14:49 -Des années de travail et de répétition
14:52 pour aboutir à une extraordinaire complicité.
14:55 ...
14:59 -Il doit avoir confiance en moi et surtout en lui.
15:03 C'est-à-dire que je suis vraiment à sa portée.
15:05 Il peut taper dans un moment de stress,
15:08 quand on rentre en public, un bruit...
15:12 ...
15:15 -Toi, toi, toi.
15:17 -De toute façon, techniquement, quand il veut pas faire,
15:20 on a peu de moyens de l'exiger. C'est assez limité.
15:24 ...
15:26 -C'est pas grave.
15:28 ...
15:29 C'est pas grave.
15:30 ...
15:32 On recommence.
15:34 ...
15:36 Allez !
15:38 -Comme les sauteurs du cadre noir, les chevaux présentés
15:41 au long graine doivent adhérer à la volonté de leur écuyer.
15:44 Il n'y a pas moyen de faire sans ce bon vouloir
15:47 et cette complicité.
15:49 -On s'efface derrière le cheval, on est derrière,
15:51 et on voit le cheval évoluer de façon assez autonome.
15:55 -Toute la finesse du travail au long graine
15:58 se ressent dans le gala du cadre noir,
16:00 quand Laurence Sautet et Zeus entrent en scène.
16:03 A 16 ans, celui zitanian est au sommet de son art.
16:08 ...
16:11 ...
16:39 ...
16:42 L'excellence peut aussi mener au titre de champion olympique
16:46 de concours complet.
16:47 Une médaille d'or obtenue par l'écuyer du cadre noir Thibaut Vallette
16:51 au JO de Rio en 2016,
16:54 avec King du Brio et l'équipe de France.
16:57 ...
16:58 -King du Brio, c'est un cheval qui a 15 ans,
17:01 qui appartient à l'Institut français du cheval et de l'équitation,
17:05 c'est un peu le cheval de tous les Français.
17:07 Il a fait 3 fois les championnats d'Europe,
17:10 les JO et les JO olympiques,
17:11 et a eu des médailles dans chacune de ces épreuves.
17:14 C'est une des stars du cadre noir, du concours complet,
17:17 car c'est un cheval très régulier.
17:19 Il a fait, pour l'instant, 5 championnats consécutifs,
17:23 donc c'est un cheval qui, en même temps, a une santé
17:27 qui est assez admirable.
17:29 Il n'a que des qualités.
17:31 -Les courses et les sports écastres
17:34 constituaient un bon entraînement pour les militaires en temps de paix.
17:37 Les écuyers du cadre noir ont toujours excellé
17:40 sur les terrains de compétition.
17:42 En 1932, déjà, le commandant Le Sage
17:47 était sacré champion olympique de dressage avec le pur centaine.
17:51 -Aujourd'hui, en 2019,
17:55 le sport au cadre noir,
17:58 c'est ce que la Formule 1 est à une grande marque automobile.
18:02 C'est montrer nos savoir-faire, c'est une vitrine.
18:05 -Le lieutenant-colonel Thibault Vallette
18:10 se situe dans la lignée des écuyers militaires sportifs de haut niveau.
18:14 Il participe aussi au gala du cadre noir
18:17 et enseigne l'équitation,
18:19 les 3 missions principales de cette institution.
18:22 -Ca a longtemps été un rêve
18:25 de pouvoir venir dans cette institution-là.
18:27 C'est une maison magnifique pour pouvoir travailler à cheval
18:31 et une maison où sont passés beaucoup de grands écuyers,
18:34 de grands maîtres de l'équitation de tradition française.
18:38 C'est une fierté de travailler ici.
18:40 En même temps, c'est très riche comme endroit
18:43 pour tout ce qui est expérience humaine et équestre.
18:46 -Faire des galas et travailler les chevaux pour le gala,
18:49 c'est complémentaire des chevaux de compétition.
18:52 On va présenter nos chevaux en gala, même si ils sont différents.
18:56 Faire de l'enseignement, ça permet de réfléchir à la pédagogie
19:00 et de trouver des solutions pour les problèmes rencontrés.
19:03 C'est complémentaire.
19:04 Musique de violon
19:06 ...
19:16 -Dans les écuries du cadre noir,
19:18 les chevaux se préparent pour le traditionnel gala
19:21 dont ils sont les acteurs principaux.
19:24 Leur harnachement fait partie du patrimoine
19:26 et de la tradition de l'école.
19:28 ...
19:49 "Témis", la jument de l'écuyer-ranchef,
19:51 va être natée à la française.
19:53 Une méthode qui ne se pratique qu'au cadre noir.
19:56 ...
20:00 Les crains de la jument sont mêlés à un ruban de couleur amarante
20:04 bordé d'un galon doré
20:06 que seuls arborent les chevaux de l'écuyer-ranchef.
20:09 Le natage à la française est une opération méticuleuse
20:13 qui nécessite une heure de temps.
20:15 ...
20:26 La selle de l'écuyer-ranchef est également de couleur amarante.
20:29 Cette nuance de rose très spécifique
20:32 qui n'est ni lit de vin ni violet.
20:34 ...
20:41 Le gala du cadre noir, c'est une plongée
20:44 au coeur de l'équitation de tradition française.
20:47 Avec la très classique reprise des dieux...
20:49 Applaudissements
20:55 ...
20:56 ...
20:57 ...
20:58 ...
21:00 ...
21:01 ...
21:02 ...
21:03 ...
21:05 ...
21:06 ...
21:07 ...
21:08 ...
21:10 ...
21:11 ...
21:12 ...
21:13 ...
21:14 ...
21:16 ...
21:17 ...
21:18 ...
21:19 ...
21:21 ...
21:22 ...
21:23 ...
21:25 ...
21:26 ...
21:27 ...
21:28 ...
21:29 ...
21:31 ...
21:32 ...
21:33 ...
21:34 ...
21:36 ...
21:37 -Le cadre noir est le dépositaire
21:39 de l'équitation de tradition française,
21:42 un savoir-faire qu'il personnifie.
21:44 ...
21:53 -Totalement le sentiment des ambassadeurs
21:56 d'incarner des valeurs typiquement françaises
21:59 et des valeurs positives françaises,
22:02 donc de précision, de travail, de rigueur et de passion.
22:07 -On est tous, effectivement, conscients
22:09 de la notion de représentativité d'un patrimoine.
22:13 On n'est que des passeurs,
22:14 on est les maillons d'une chaîne qui a 200 ans d'histoire
22:18 et qui, on le souhaite, va en avoir
22:20 environ de nombreuses centaines d'années derrière.
22:23 ...
22:36 -Le cadre noir quitte parfois son manège saumurois
22:39 pour se produire sur d'autres scènes,
22:42 comme au Grand Palais à Paris,
22:44 où la belle équitation part à la conquête du public.
22:48 ...
22:54 Si le cadre noir incarne le classicisme de l'équitation,
22:58 d'autres personnalités ont repris à leur compte
23:01 et réinterprété l'enseignement des grands écuyers.
23:04 ...
23:11 Versailles est le berceau de l'école française d'équitation,
23:15 porté au firmament par Louis XIV.
23:18 ...
23:22 Les somptueuses écuries royales, bâties en face du château,
23:26 furent inaugurées par le monarque en 1682,
23:29 reflétant par leurs dimensions la puissance absolue du roi Soleil.
23:34 ...
23:44 Les plus grands maîtres de l'équitation ont enseigné en Sémur,
23:48 sous l'Ancien Régime,
23:49 et la grande écurie vit toujours au rythme des chevaux.
23:52 ...
23:55 Dans son magnifique manège restauré en 2003,
23:58 on croise parfois un personnage singulier,
24:01 cavalier émérite et artiste mondialement renommé,
24:04 Barthabas.
24:05 Il est le créateur du théâtre équestre Zingaro,
24:09 installé en 1984 à Aubertvilliers, en banlieue parisienne,
24:13 et dont les spectacles ont sillonné le monde.
24:16 ...
24:25 A Versailles,
24:27 Barthabas a fait naître en 2003 une académie novatrice
24:30 dont la vocation est de former des artistes du spectacle équestre.
24:34 ...
24:39 Barthabas y éduque sa dernière trouvaille,
24:43 un cheval qui n'a encore jamais été présenté au public.
24:46 Sartre, géant noir, au regard doux, de race hannovrienne.
24:51 Le partenaire de ses prochaines années de vie, peut-être.
24:54 -C'est un cheval très attachant, parce que c'est un monstre.
24:59 Il est d'une gentillesse et d'une douceur incroyables.
25:02 ...
25:06 C'est le cheval qui m'a, comme toujours dans ma vie,
25:09 donné l'idée de faire un solo avec lui.
25:12 Chaque cheval a un cas particulier, il faut savoir faire avec.
25:17 Je le considère comme un don.
25:19 Quand le cheval arrive, c'est à nous de savoir l'écouter,
25:22 de savoir en quoi il est intéressant, comment aborder son travail.
25:25 -Entre Barthabas, saletain banque, ombrageux,
25:28 et les maîtres écuyer du passé, théoricien de l'équitation,
25:32 il y a, a priori, un monde.
25:34 ...
25:37 Et pourtant,
25:38 Barthabas, comme ses illustres ancêtres,
25:41 est fasciné par l'exercice, ô combien difficile, du galop arrière.
25:45 Peu d'écuyer ont su le pratiquer au fil des siècles.
25:48 Après François Bauchet, le comte d'Or et tant d'autres,
25:52 Barthabas, lui aussi, est en quête de la perfection équestre,
25:56 éphémère et indescriptible.
25:58 -Un grand metteur en scène, c'est celui qui va obtenir
26:01 d'un acteur, d'un grand chorégraphe, d'un grand soeur,
26:05 quelque chose qu'il veut, qu'il a pressenti,
26:07 sans lui avoir demandé.
26:09 L'acteur doit avoir l'impression de l'avoir trouvé tout seul.
26:12 A cheval, c'est pareil.
26:14 Qu'est-ce qui fait la beauté, la grandeur,
26:16 l'expression d'un geste, au final ?
26:18 C'est pas seulement des critères physiques,
26:21 c'est plus impalpable.
26:22 C'est tout d'un coup le coeur et l'envie
26:25 que va y mettre le cheval.
26:26 -L'éducation de Tzahar en est à ses premières étapes
26:30 et prendra des années.
26:31 Chaque cheval ayant son propre rythme d'apprentissage,
26:35 auquel l'écuyer doit s'adapter avec tact et patience.
26:39 -La première qualité d'un bon écuyer, c'est l'écoute.
26:44 Quand on a été jouer à New York,
26:46 tout le monde disait "Bartabas, c'est chuchoteur".
26:49 "Non, je chuchote à rien. Moi, j'écoute les chevaux."
26:52 Musique rythmée
26:55 Le travail d'un cheval, c'est long.
26:58 Ça dure 4, 5, 6 ans.
27:00 On est à un siècle où tout doit aller très vite,
27:03 tout le monde... C'est le contraire.
27:05 Le travail des chevaux, c'est l'antimodernisme,
27:08 parce que c'est le temps long.
27:10 -C'est une longue histoire d'amour passionnelle et évolutive
27:13 qui lie les écuyers à leurs chevaux.
27:16 Le gris horizonté est resté plus de 2 décennies
27:19 dans la vie de Bartabas.
27:21 -J'ai connu des chevaux zingaro qui sont restés plus de 30 ans.
27:25 Le dernier cheval horizonte qui est mort l'année dernière,
27:29 il était à la retraite il y a seulement un an.
27:32 Il est arrivé à l'âge de 5 ans.
27:34 Pendant 25 ans, je l'ai travaillé tous les jours.
27:37 Non seulement c'est une histoire, une relation,
27:40 mais tu apprends à travailler un jeune cheval
27:43 qui est plein de vouloir donner trop.
27:46 Et ça devient un vieux cheval.
27:48 A toi de t'adapter. Tu ne le balances pas, il est vieux.
27:51 En tant que créateur, tu vas déjà adapter son travail.
27:55 C'est comme un grand danseur étoile qui prend de l'âge
27:57 et est capable d'être très bon pendant un solo.
28:00 Il ne peut pas faire une longue chorégraphie.
28:03 Les chevaux, c'est pareil. Apprendre à vieillir avec eux.
28:06 -A l'académie du spectacle équestre de Versailles,
28:11 telle que l'a imaginé Bartabas, on n'apprend pas que l'équitation.
28:15 -Ici, c'est un lieu pluridisciplinaire.
28:18 Bartabas voulait développer tous les sens artistiques
28:21 qu'on puisse exploiter.
28:23 Il y a du chant.
28:25 On a tous les jours 3/4 d'heures de cours de chant particulier,
28:28 plus 1h30 de chorale tous ensemble.
28:30 ...
28:34 On a un cours de danse, un cours d'escrime artistique
28:37 et de l'escrime qu'on pratique aussi à cheval.
28:40 ...
28:42 Toutes ces disciplines sont très complémentaires.
28:46 Elles nous aident à prendre conscience de notre corps.
28:49 -Dans l'ancien manège du roi Soleil,
28:51 repensé par l'architecte Patrick Bouchain
28:54 au début des années 2000,
28:56 les écuyerres répètent le spectacle de l'académie.
28:59 ...
29:09 -Quand on fait une académie,
29:11 c'est pas juste transmettre un domaine artistique,
29:14 c'est aussi transmettre, j'allais dire,
29:18 une manière de vivre et une manière d'être.
29:21 Le cheval doit nous aider à devenir meilleurs en tant qu'être humain.
29:25 C'est ça, le but du truc, au final.
29:26 C'est de faire des beaux êtres humains à l'académie.
29:30 ...
29:34 -A Versailles, les écuyers sont, à une exception près,
29:38 des écuyerres, même si l'idée n'était pas au départ
29:41 de ne recruter que des femmes à l'académie.
29:44 ...
29:46 -C'est un hasard dont je suis fier,
29:48 car l'académie est à l'écoute de son siècle.
29:50 Il faut savoir que maintenant,
29:52 on appelle les "équitants",
29:54 tous les gens qui, de manière professionnelle ou amateur,
29:57 travaillent autour du cheval.
29:59 Ça va de l'élevage aux courses,
30:01 en passant par toutes les disciplines sportives.
30:04 C'est 70 à 80 % de femmes, maintenant.
30:07 ...
30:10 -Entre le XIXe et le XXe siècle,
30:13 le cheval est passé du monde militaire au monde civil,
30:16 de la guerre au sport et aux loisirs,
30:18 de l'homme à la femme.
30:20 ...
30:23 Mireille François fut la 1re institutrice
30:25 d'équitation diplômée en France, dans les années 1970.
30:29 -Avoir ainsi travaillé Mireille François et son cheval,
30:32 on se demande qui peut prétendre
30:34 que la femme n'est pas faite pour l'équitation.
30:37 ...
30:44 -Cela n'étonne personne, en 2020,
30:46 de voir des femmes enseigner l'équitation,
30:48 qui plus est dans un environnement militaire.
30:51 Des femmes gendarmes, des femmes écuyerres de spectacle.
30:54 ...
30:58 Si la parité des sexes est de mise dans le monde du cheval,
31:01 c'est en partie aux pionnières de l'équitation
31:04 de tradition française qu'on le doit.
31:06 ...
31:15 Les cavaliers en Amazone du XIXe siècle
31:18 ont ouvert la voie,
31:19 elles qui volaient la vedette aux meilleurs écuyers.
31:22 ...
31:24 Des femmes adulées du public,
31:25 dans les cirques dont le cheval était roi.
31:28 ...
31:31 Au XIXe siècle, la capitale compte plusieurs de ces établissements,
31:36 bâtis en pierre et très richement ornementés,
31:38 le tout Paris s'y bouscule.
31:40 ...
31:43 -Le cirque, c'est l'équivalent de la comédie française.
31:46 -Au XIXe siècle, en queue de pie, en frac,
31:50 les femmes en grande toilette,
31:52 toutes les huiles s'y rendent, de la société civile au militaire,
31:55 pour applaudir les prouesses réalisées par des grands écuyers.
31:58 -Tout le monde venait, c'était des grandes mondanités.
32:01 On allait voir le spectacle, on allait voir l'écuyerre.
32:05 C'était à chaque fois merveilleux.
32:07 ...
32:16 -Une seule de ces merveilles se dresse encore fièrement à Paris,
32:20 un monument rappelant au monde la splendeur des cirques du XIXe siècle.
32:25 Le cirque d'hiver, autrefois appelé cirque Napoléon,
32:29 se situe dans le XIe arrondissement de la capitale.
32:32 Il fut inauguré en 1852 par l'empereur Napoléon III lui-même,
32:37 d'où son nom.
32:39 ...
32:48 -C'était un cirque qui fait 42 m de diamètre,
32:51 qui pouvait accueillir 3900 personnes,
32:54 et tout était en dorure et magnifique,
32:58 avec des spectacles somptueux.
33:01 ...
33:04 -Un décor marque encore la présence de l'empereur au cirque d'hiver.
33:08 L'abreuvoir intérieur.
33:10 Installé près des écuries, il était réservé exclusivement
33:14 aux chevaux de Napoléon III par mesure de sécurité.
33:17 -L'idée était vraiment que les chevaux ne soient pas empoisonnés.
33:22 Par conséquent, ils avaient leur abreuvoir à part,
33:25 car empoisonner les chevaux de l'empereur, c'était un attentat.
33:29 Il fallait vraiment veiller aux chevaux de l'empereur.
33:32 ...
33:34 -Depuis sa loge du cirque Napoléon,
33:37 l'empereur admire les prouesses des meilleures écuyeres de l'époque.
33:40 Des femmes qui se démarquent dans un monde du cheval
33:44 par ailleurs strictement masculin.
33:46 ...
33:48 Les reines de la piste ronde subissent les rigueurs vestimentaires
33:52 de leur temps.
33:53 Elles se produisent en robe longue et corset serré,
33:56 montent en amazone, une difficulté technique supplémentaire
34:00 quand on fait danser les chevaux.
34:02 Ces aventurières à l'esprit libre sont les divas du XIXe siècle.
34:07 ...
34:11 -C'était des stars, à l'époque.
34:13 Elles avaient des programmes incroyables,
34:15 des tempéraments fous, les hommes en étaient fous.
34:18 Elles étaient amusantes, ces écuyères,
34:21 parce qu'elles faisaient le tour de l'Europe,
34:23 se présentaient dans les cirques en Russie, en Allemagne,
34:27 en Autriche, en Italie.
34:29 C'était incroyable pour cette époque.
34:32 -Les écuyères de cirque occupent une place très importante,
34:36 qu'on sous-estime aujourd'hui,
34:38 dans la pratique de l'équitation du XIXe siècle.
34:41 ...
34:42 -L'une des premières amazones à se produire au cirque
34:46 fut Caroline Loyo, une élève du célèbre écuyer François Bauchet.
34:50 Elle n'aimait pas partager la scène avec son illustre maître.
34:54 -Caroline Loyo, qu'on appelait la diva à l'acravage,
34:57 a un tempérament assez fort.
34:59 ...
35:04 -Je crois que chacun avait son soir,
35:06 parce que toutes ses personnalités étaient de fortes personnalités.
35:10 Le dernier numéro, c'était le numéro de haute école
35:13 dans les spectacles, et c'était le meilleur, paraît-il.
35:16 Et là, c'était ou Caroline ou François Bauchet,
35:20 chacun son soir.
35:21 ...
35:27 ...
35:31 -Le destin des écuyères de cirque
35:33 a souvent été romanesque, mais parfois aussi tragique.
35:37 Leur célébrité était un vecteur d'ascension sociale.
35:41 Emilie Loessay n'eut pas le temps de faire un beau mariage.
35:44 C'est dans les coulisses du cirque d'hiver
35:47 qu'elle subit une chute fatale.
35:49 -Son cheval était rétif, il s'appelait "Pour toujours",
35:52 puisque le dernier numéro, quand on revenait au final,
35:55 la femme sautait un obstacle pour arriver sur scène.
35:58 Et là, le cheval a refusé.
36:02 ...
36:03 Le cheval s'est cabré et est retombé sur elle.
36:05 Et là, elle s'est retrouvée avec la selle
36:08 et les fourches de la selle d'Amazone dans le ventre,
36:12 donc morte au bout de deux jours.
36:14 Emilie Loessay devait y épouser un prince,
36:19 tout comme sa soeur avait épousé un baron.
36:22 Donc, malheureusement, le mariage n'a pas eu lieu.
36:25 ...
36:28 -Mais la plus douée de ses écuyères avait pour nom Thérèse Renz.
36:33 Née en Belgique, dans une famille de circassiens,
36:37 elle était totalement habitée par son art.
36:39 -Elle va vraiment briller et être une référence
36:43 pour tous les cavaliers et les cavalières d'Europe.
36:46 C'est une dresseuse accomplie, qui se fera remarquer
36:48 par des numéros de haute école, mais aussi par un numéro en particulier,
36:52 qu'on appelait "La dame blanche". Elle va évoluer sur un lipisan,
36:55 une dresse blanche également, dans des volutes de toile, de tissu,
37:00 qui vont lui donner un aspect un peu vaporeux, éthéré,
37:04 et ce numéro sera très apprécié et fera son renom.
37:07 -Les chevaux de Thérèse Renz étaient ses complices
37:11 et savaient même sauter à la corde.
37:14 L'écuyère aimait trop le cirque et sa vie de bohème
37:17 pour y renoncer, même dans son grand âge.
37:20 -La curiosité avec Thérèse Renz, c'est qu'elle va poursuivre
37:24 la pratique de l'équitation très âgée.
37:26 Elle va continuer à travailler à plus de 70 ans passés.
37:29 En 1932, au Cirque Medrano, elle sera applaudie du public,
37:32 à qui elle rappellera ses prouesses effectuées 30 ou 40 ans plus tôt.
37:36 Musique classique
37:38 ...
37:41 Musique classique
37:43 -Elles furent nombreuses, ces audacieuses Amazones,
37:46 à éclipser les hommes au cirque et à innover en matière d'équitation.
37:52 Il fallut attendre plus d'un siècle pour que d'autres femmes
37:55 suivent le chemin de ces pionnières et deviennent des professionnels
37:59 de l'équitation, comme les écuyères de l'Académie du spectacle
38:02 équestre de Versailles.
38:04 Musique classique
38:06 On les croise parfois au petit matin sur le parvis du château
38:10 du Roi Soleil ou dans le parc, à cheval, sur leur lusitanien,
38:14 à la robe crème et aux yeux bleus.
38:16 ...
38:21 Mais c'est dans la grande écurie du Roi Soleil
38:23 qu'elles exercent leur art.
38:25 L'Académie fonctionne avec un esprit de troupe, comme au théâtre.
38:29 ...
38:35 -C'est un lieu de transmission et une école de vie.
38:39 C'est très important de dire ça,
38:41 car c'est un endroit où on apprend à vivre ensemble au quotidien.
38:45 On est une douzaine d'écuyers, avec des jeunes en formation,
38:48 d'autres moins longtemps,
38:50 mais on apprend à travailler tous ensemble dans le respect.
38:53 -Continue. Jambes sans main, mains sans jambes.
38:56 Tu reçois. Pense à la gauche et tu te crois à droite.
38:59 -L'écuyer titulaire Laure Guillaume, bras droit de Barthabas,
39:02 à l'Académie, assure le suivi équestre des écuyers
39:06 dans un esprit de partage.
39:07 -Sors plus tes épaules, Clem.
39:10 Tu refais la même chose et sors tes épaules.
39:13 T'as pas les épaules assez sorties.
39:16 Il doit être en parallèle, ton cheval.
39:18 Attention qu'il garde ses verticalités, ton cheval.
39:23 Pas qu'il baisse trop la nuque.
39:25 Là, refais à cette main.
39:28 -C'est des valeurs où on est tous égaux, en fait,
39:33 face aux difficultés, j'allais dire face aux chevaux,
39:35 car dans le dressage, on rencontre à tout moment des difficultés,
39:39 des moments d'ascension, des moments où on est perdu,
39:42 quel que soit son niveau, son âge.
39:44 C'est donc ces valeurs d'humilité, de respect
39:47 et d'écoute des autres aussi,
39:49 puisqu'on ne cesse jamais d'apprendre.
39:51 Des plus jeunes qui arrivent à l'Académie
39:54 peuvent nous aider avec un regard nouveau
39:56 et accepter le regard des autres.
39:58 Musique de marche
40:00 ...
40:09 -L'Académie équestre présente au public le spectacle
40:13 "La voix de l'écuyer".
40:14 Sur la piste du somptueux manège,
40:17 il n'y a plus vraiment d'hommes ou de femmes, mais des centaures.
40:20 ...
40:30 -Pour moi, à cheval, il n'y a plus d'hommes ou de femmes.
40:33 C'est un être humain et un animal.
40:35 On laisse de côté, avec Ziccaro, je l'ai prouvé pendant longtemps,
40:39 je dis souvent aux cavaliers d'aller chercher la partie féminine
40:43 qui est la plus masculine à cheval.
40:44 Et le contraire, il y a beaucoup de voltigeuses à Zingaro,
40:47 où c'est des choses plus physiques, où il faut aller chercher
40:51 les choses qui sont "plus ou moins masculines".
40:53 Je pense vraiment qu'à cheval, il n'y a plus d'hommes ou de femmes.
40:57 Il y a un être humain sur un animal.
40:59 C'est un être humain et un animal qui se trouvent
41:02 leur propre langage commun et leur propre vocabulaire.
41:05 ...
41:12 -Elle aussi fait corps avec son cheval.
41:15 Alizée Froman est l'héritière de toute l'histoire contée jusqu'à présent.
41:21 Il y a en elle la passion de Thérèse Renz,
41:24 l'académisme de l'école de Versailles du temps de Louis XIV,
41:28 le classicisme du cadre noir
41:31 et, au-delà de cela, une âme d'artiste.
41:34 ...
41:41 -Elle est somptueuse à cheval.
41:43 C'est tout simplement la beauté, la finesse, l'élégance, l'harmonie.
41:49 Elle ne fait qu'un avec son cheval.
41:51 Quand on observe sa position, c'est la perfection.
41:54 ...
42:04 -Alizée Froman est paradoxale.
42:06 Indépendante, elle est pourtant la parfaite ambassadrice
42:10 de l'équitation de tradition française.
42:12 Passée par le cadre noir de Saumur,
42:14 elle a lu tous les ouvrages des grands maîtres et s'en est affranchie.
42:19 -Pour moi, monter à cheval, c'est de l'instinct, du feeling,
42:22 du sentiment, de la réaction.
42:25 Et ça, si on est juste en train de vouloir reproduire
42:28 le chapitre-temps du livre-temps,
42:31 parce que celui-là a dit que c'était comme ça,
42:33 c'est faire fausse route.
42:35 Il y a une phrase que j'aime beaucoup qui dit
42:38 "La perfection n'existe pas, mais la chercher amène à l'excellence."
42:42 Je crois que le dressage, c'est assez ça.
42:44 ...
42:50 -Pour des raisons familiales,
42:52 Alizée Froman a posé ses bagages en République tchèque,
42:55 dans une région qu'on appelle le paradis bohémien.
42:58 Ses chers chevaux étaient évidemment du voyage.
43:01 -Je ne peux pas imaginer une vie sans chevaux,
43:05 c'est pas normal, j'ai grandi avec eux,
43:07 ils ont toujours été avec moi,
43:09 donc si ils étaient plus là, c'est un vide incomblable.
43:12 -Alizée Froman grandit dans le sud de la France,
43:15 où elle pratique avec sa mère une équitation sans contrainte.
43:19 Puis son talent est repéré,
43:20 et elle intègre l'équipe de France de dressage
43:23 avec son cher Mistral, un Lusitanien qu'elle a choisi et formé.
43:27 ...
43:30 -Je pense que c'est un cheval exceptionnel,
43:32 j'en parle comme ça parce que c'est le cheval de ma vie,
43:35 et je sais qu'il n'y en aura pas un autre comme lui pour moi.
43:38 ...
43:53 -Avec Mistral, Alizée Froman participe
43:56 aux plus grandes compétitions internationales.
43:59 Jusqu'à ce jour où elle décide d'enlever la selle
44:02 et la bride de son cheval.
44:03 ...
44:05 Elle n'a donc plus rien pour le contraindre
44:08 et l'obliger à lui obéir.
44:10 ...
44:11 Nous sommes en 2014, et la scène est filmée par une amie.
44:15 Pour Alizée, c'est une révélation.
44:18 ...
44:21 -Tout s'est fait comme une évidence,
44:23 je me suis dit que j'allais essayer une session,
44:25 je vais essayer un appuyé, ça passe, je vais essayer un zigzag,
44:29 on va galoper, on va pirouetter, on va faire les changements de pieds
44:32 au temps, au deux temps, et puis voilà.
44:36 -Sans mors dans la bouche, sans selle, sans éperon,
44:40 Mistral est aussi aérien qu'avant, une prouesse technique.
44:44 C'est l'équitation académique des grands maîtres modernisés
44:48 et adaptés à la sensibilité d'Alizée Froman.
44:51 ...
44:53 Mistral et elle tournent le dos au sport
44:56 et deviennent des stars du spectacle équestre.
44:59 Grâce à des numéros créés par Alizée.
45:01 ...
45:23 Ils sillonnent l'Europe, se produisent devant des dizaines
45:26 de milliers de spectateurs et partout, ils triomphent.
45:29 ...
45:33 Mistral est libre.
45:35 On ne voit pas Alizée Froman lui demander quoi que ce soit
45:39 et pourtant, ils ne font qu'un.
45:40 -Pour moi, c'est l'aboutissement de tout le travail.
45:44 On fait tout le dressage avec les étapes,
45:46 le dressage d'un cheval jusqu'au grand prix,
45:50 c'est pas quelque chose de linéaire.
45:52 Quand on a fait toute la route et qu'on arrive à tout enlever
45:56 en rien, c'est qu'on a réussi à faire toute la route
45:59 avec suffisamment de confiance et de respect mutuel
46:02 pour qu'on puisse enlever absolument tous les artifices
46:05 qui nous ont aidés à arriver jusque-là
46:07 et qu'avec presque plus rien, les deux corps soient
46:10 tellement connectés que ça fonctionne toujours.
46:14 ...
46:19 Mistral se grandissait au moment de rentrer en scène.
46:22 C'est un cheval qui n'a jamais voulu s'arrêter
46:25 dans une compétition.
46:26 A chaque fois, le salut, j'étais en train de bouger les fesses
46:30 d'un côté de l'autre.
46:31 Et en spectacle, l'arrêt final devant le public,
46:34 il peut rester arrêté pendant deux minutes
46:37 juste à regarder et à profiter du moment.
46:39 On voit vraiment qu'il est heureux d'être là.
46:42 ...
46:47 -Pousse.
46:48 ...
46:53 -Oui. -Allez.
46:55 -Mistral est aujourd'hui à la retraite
46:57 et son fils Sultan a pris son relais.
47:00 Il est dressé à la haute école,
47:02 mais avec lui, Alizé Fromand est passée à une autre étape,
47:06 le travail à pied avec un cheval en liberté.
47:09 -Et allez.
47:12 Celui-là. Oui. Voilà.
47:17 Sifflement
47:19 Très bien, mon petit père.
47:22 -Alizé Fromand se sert d'une chambrière
47:24 pour donner des indications au cheval.
47:27 -Celui-là.
47:28 On appelle ça des micro-touches.
47:30 C'est par un mouvement du poignet comme ça.
47:33 Ca permet de donner le rythme, la vitesse, la hauteur qu'on veut,
47:37 de les aider à gérer leur équilibre.
47:39 Voilà. Encore.
47:41 Non.
47:43 Voilà. Voilà.
47:46 -La voix est aussi une aide précieuse pour les cuillères.
47:50 Dans le travail à pied, encore plus que lorsqu'elle est en selle.
47:53 -Et hop !
47:54 Qu'est-ce que tu fais ?
47:59 Ils savent très bien, à ma voix, s'ils doivent aller plus vite,
48:03 moins vite, s'ils ont fait une bêtise, si c'est super...
48:06 Je leur parle tout le temps.
48:08 Hop ! Voilà.
48:09 Je dis pas qu'ils comprennent mes mots,
48:11 mais ils comprennent les intonations, le sens.
48:14 Pour qu'ils aient la confiance,
48:17 il faut qu'ils sentent que l'humain avec eux est un leader.
48:20 Il faut qu'ils sachent que rien ne peut leur arriver.
48:23 Sultan, il est très peureux.
48:24 A la maison, il est chez lui, donc il est plus autonome.
48:28 Mais dès qu'on arrive en spectacle, il est complètement accroché à moi.
48:32 Il se met derrière moi partout,
48:34 parce qu'il sait que je suis son référent
48:37 et que quand je suis là, rien ne peut lui arriver.
48:40 C'est beaucoup de travail là-dessus
48:42 pour inclure cette notion que, finalement,
48:46 son confort à lui, sa sérénité, sa paix,
48:49 elle est à côté de moi et pas loin de moi.
48:52 -C'est bien !
48:53 -Pourquoi Sultan reste-t-il auprès d'Alize et Froman
48:56 alors qu'il pourrait fuir ?
48:57 Un lien intangible les unit, dit-se épatiemment.
49:00 -C'est bien ! Brrrr !
49:02 Super, c'est très bien.
49:04 C'est énormément d'heures de travail.
49:08 On n'arrive pas à ces ententes-là, à ces écoutes,
49:11 parce que c'est tellement infime.
49:15 Et ce lien-là, il est tellement fort
49:17 que c'est des années de construction.
49:19 Il le fait parce qu'il se sent bien dans cet exercice-là,
49:23 dans ce que je lui demande, dans ce travail-là,
49:26 parce qu'il est bien à mes côtés, qu'il a envie de me faire plaisir.
49:30 C'est sûr que c'est aussi une énorme générosité.
49:33 -Cette générosité du cheval, c'est sa marque de fabrique.
49:37 Un animal capable de se donner sur tous les fronts et toutes les scènes.
49:41 Capable aussi d'établir avec son cavalier
49:44 une connexion extraordinaire,
49:46 comme si l'un devenait un peu l'animal et l'autre, un peu humain.
49:50 L'homme a considéré le cheval comme un symbole de sa puissance.
49:55 Cela l'a poussé à construire des monuments extraordinaires.
49:59 Les écuries royales de Versailles, voulues par Louis XIV,
50:02 que les chevaux passionnaient, ont traversé les siècles.
50:05 Elles témoignent de la place cruciale qu'avait le cheval sous l'Ancien Régime.
50:13 L'équitation de tradition française
50:15 est classée au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO
50:18 et contribue au rayonnement de la France à travers le monde.
50:22 Incarnée par le trait renommé "cadre noir de Saumur",
50:25 elle est le fruit de siècles d'évolution,
50:27 mais ne cesse de progresser dans ses méthodes,
50:30 sa technique de génération en génération.
50:33 Le cheval a aussi conquis le coeur des femmes,
50:39 qui représentent aujourd'hui une large majorité des équitans.
50:43 Écuyerres de spectacle, militaires, enseignantes,
50:45 on les trouve dans tous les secteurs de l'équitation.
50:48 La motorisation a enlevé au cheval son rôle dans la vie quotidienne des Français,
50:55 mais elle ne l'a pas chassée de leurs souvenirs ni de leur imaginaire.
50:59 Le cheval fait rêver, le cheval est aimé.
51:02 Il fait partie du patrimoine français,
51:05 un patrimoine vivant qu'il faut préserver.
51:08 ...
51:10 Musique de l'ambiance
51:13 ...
51:42 [Bruit de machine qui démarre]
Commentaires

Recommandations